‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 55 sur 74 · Ibid., p. 3a · texte numérisé non relu

Ibid., p. 3a

« même comment Ja voix du génie, qu'il écoutait, était deve- « nue en même temps celle de la démence ! Il était naturel « que cette nature métaphysicienne en vînt à chercher dans « les régions de l'occullisme les raisons suprêmes de sa des- « tinée'. »

Ici apparaît la conception erronée du xi\^ siècle, que Schumann suivit, confondant l'ordre fantastique et l'ordre divin.

Une religiosité vague, inconsistante, une terreur fataliste, diabolique, plane sur la poésie romantique. Ce sont d'abominables cauchemars ; au milieu du bonheur rêvé, l'homme a peur. Il ne sait pas de quoi il a peur. Il sait seulement qu'il a peur, dans ce désordre oii il ne sent nul appui. « La peur du trouble qui naît de la loi violée », dit très justement Hello. Cette parole éclaire toutes les terreurs qui peuplent l'art de cette époque de fantômes, d'hallucinations, d'apparitions décevantes de revenants et d'esprits mauvais. En Schumann semble s'être concentrée l'expression de la douleur, de l'impuissance humaine devant une fatalité implacable, de toute l'angoisse, de toute ia révolte de cet être vivant, se croyant voué au néant.

Beethoven et Schumann représentent bien les deux états opposés de la souffrance humaine : l'un luttant pour conquérir la vie, l'autre se débattant pour échapper à la mort.

Qu'ils apparaissent grands, ces géants, hérauts de la Vie et de la Mort, parlant visiblement au nom de tous, broyés dans la souffrance de leurs cœurs plus grands qu'eux-mêmes I

Et leurs vies et leurs œuvres, semblablement nobles, opposées de caractères, semblent synthétiser l'Humanité.

Écoutant, un jour, après maints autres cris de détresse déchaînés en tempête, plus déchirants encore après les courtes éclaircies entrevues en rêve, les Fantasieslûcke, op. m, écrites en i85i, alors que Schumann avait tout ce qu'il fallait pour être humainement heureux, nous nous prîmes à dire : Entendez-vous gémir ce cœur? — La souffrance de cet homme est profonde. — Mais pourquoi ce cœur gémit-il si fort ? son gémissement dépasse l'être qui pleure. — Enten-

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