‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 58 sur 74 · Cours de composition musicale, t. II · texte numérisé non relu

Cours de composition musicale, t. II

Li. SONATE MODERNE l83

hétéroclite&tremplace la richesse harmonique. Le manque de relation en constitue la laideur particulière. C'est ici, entre des accords, la même incompréhension de la destination des choses, de leurs rapports qui pousse le modem-style allemand à édifier l'Opéra-Comique de Berlin, ou encore certaine brasserie du même pays, sous forme de tombeau.

A prendre séparément, dans Reger, chacune des harmonies, rien ne choque, elles sont creuses, quelconques souvent, mais point horripilantes. Et dès qu'elles se juxtaposent on se sent comme enserré par une muraille inégale refermée sur vous, et dont les pierres anguleuses s'enfoncent dans votre chair. On étouffe et on sent que la fuite seule serait la délivrance... Mais les grosses basses d'octaves, sempiternelles, épaississent la muraille...

Aucun sens du mouvement, ici ! Cela commence, continue et s'arrête sans qu'on puisse jamais savoir pourquoi ! On préfère seulement quand cela s'arrête... et l'on préférerait encore que cela n'ait jamais commencé !

Certes, cette musique n'est point difficile à comprendre I On conçoit que son auteur en puisse écrire rapidement les lourdes pages. Mais on s'étonne que la Musique puisse enfanter, ou plutôt couvrir de son nom, un monstre aussi anti-harmonieux. Se peut-il, surtout, que nous manquions assez de sensibilité pour ne plus avoir la répulsion de la laideur, à moins que nous ne poussions la haine de la Beauté jusqu'à éprouver une sorte de joie mauvaise à nous vautrer dans ce qui révolte, et à vouloir pervertir le goût en cherchant à faire accepter ces choses anti-esthétiques à notre bon sens français, qui sut, pourtant, la souveraineté nécessaire de l'harmonieux rapport, donnant seul la proportion, la clarté et l'intelligibilité dans la profondeur?

Attribuer de la puissance et de la profondeur à cette musique est jouer sur l'ironie des mots ; autant calculer la puissance et la profondeur d'un homme sur la rotondité de son ventre !

Thuille (1861) a écrit des Sonates pour violon, d'une honnête médiocrité. Max Reger 2 Sonates pour violon, 2 Sonates pour violoncelle, 6 Sonates pour violon seul, 1 Sonate pour orgue.

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