‹ La sonate, étude de son évolution technique, historique et expressive en vue de l'interprétation et de l'auditionChapitre 61 sur 74 · Vincent d'Indy, Cours de Composition, t. II · texte numérisé non relu

Vincent d'Indy, Cours de Composition, t. II

j. Charles Lévêque, la Science du Beau, ses principes, ses applications et son histoire, t. I, p. 407.

« Il n'agrandit l'intelligence ni de celui qui s'en inspire, ni « de celui qui le produit, ni des amateurs friands qui le {( payent à chers deniers. Il nous intéresse, il nous amuse; <( mais jamais il ne nous satisfait pleinement. Promptement n épuisé, tandis que le Beau est inépuisable, il ne remplit pas « nos désirs ; il ne comble pas notre attente, comme s'il était « chargé de nous instruire de ce qu'il est et de ce qu'il vaut. (( Apprenons donc du joli lui-même qu'il n'est qu'un échelon « où se peut un instant reposer l'âme en quête du Beau ; « apprenons que le joli n'est pas le but de la faculté esthéti- « que, mais seulement un point de la roule qu'elle doit parce courir, La destinée de ceux qui s'arrêtent là et qui s'y attar- « dent est bien connue. Amollis par un trop long commerce « avec ce qui divertit à bon marché, incapables de réflexion « et d'étude, ils n'avancent plus ; et, comme l'âme ne peut « demeurer en place, ils reculent. Du joli, ils descendent au u mignon, et du mignon au mignard ; ils tombent ensuite au « petit, puis au mesquin, trop heureux, dans leur chute préce cipilée, de s'arrêter à ce qui est insignifiant et plat sans « rouler jusqu'à ce qui est bas, Le plus certain est de traver- « ser la région dangereuse des choses jolies et charmantes, et <( de marcher d'un pas viril droit à la cime escarpée où réside (( le Beau '. »

Rechercher la loi de la Beauté, afin de non seulement pouvoir l'admirer intelligemment mais s'y conformer soi-même, doit être, en effet, le seul but visé par l'artiste. N'est-ce point ce que disait W. de Lenz qui, s'il n'a pas toujours compris toutes choses (ceci est inhérent à la nature humaine), a su du moins s'abandonner sincèrement à ce qu'il voyait de beau, en en acceptant toutes les conséquences, et atteignit souvent, de ce fait, à une intelligence de l'art étonnamment pénétrante, lui, simple amateur, alors que tant de gens u de la partie » y restent si entièrement étrangers !

« Une fois que l'Europe se sera persuadé qu'elle ne trouve « point son compte aux idées représentées comme généreu- « ses par quelques brouillons ambitieux, pressés de sortir de

1. Ch. Lévèque, la Science dn Beau, p. 48o. II faudrait citer, aussi, dans le même ouvrage, les études si pénétrantes sur le sublime et sur le laid €t le ridicule.

igO LA SONATE

« la misère, la vérité pénétrera de nouveau toules les phases « de la vie, la vérité redeviendra possible dans l'art; les com- « positions des grands maîtres paraîtront alors nouvelles, M impérissables comme la vie cjle-mcme qui passe, mais ne u finit pas.

« La musique n'est qu'une des formes que revêt l'esprit « divin pour permettre à l'homme d'en approcher. Celte « démonstration qui, en dernière analyse, devrait être le but « de tout enseignement musical, peut seule compenser les « sacrifices exigés par des occupations constantes, difficiles, « dispendieuses; seule elle fait de la musique un objet d'étude « digne des plus grands esprits : un moyen de l'éducation da « cœur. Les inspirations des maîtres ne sauvaient rester sans (( influence sur le caractère si l'enseignement est assez intclli- « gent pour les faire comprendre*. »

Etonnantes paroles pour avoir été tracées par la plume d'un « dilettante » ! Par-.>les faisant écho à celles d'un artiste auquel nul ne peut refuser la c sensibilité o émotive : Robert Schumann, et qui voulut, entre autres Conseils aux Jeunes artistes, avei tir ceux de l'avenir que « les lois de la morale régissent l'art ».

Certes si un artiste pouvait répondre à cela, par sa vie et son œuvre, un triomphal Amen, ce fut bien le doux et génial maître auquel l'évolution historique delà Sonate nous permet enfin d'adresser, avec les maîtres qui furent ses disciples ou ses admirateurs, l'hommage de noire humble dilection : César Fiianck.

César Franck, né à Liège, le ro décembre 1822, vint à Paris en i835, où il fut naturalisé français, et où il mourut en 1890.

Nous renvoyons ceux qui veulent pénétrer dans l'intimité si attachante de sa vie et de son œuvre à l'élude qu'en a faite celui qui fut son élève et notre maître : Vincent d'indy.

Avec lui nous dirons qu'au point de vue musical, les œuvres de César Franck se distinguent par la « noblesse et la valeur expressive de la phrase mélodique », par 1' « originalité de l'agrégation harmonique w et par la « solide eurythmie de l'architecture musicale ».

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