W. (le Lenz, Beethoven et ses trois styles
L\ SONATE MODEUNE IQI
Avec Paul Dukas nous admirerons « ces grandes construc- « lions sonores où se complaît une pensée qui, pour s'expri- « mer toute, a besoin des amples périodes, du vaste espace « qu'elles lui accordent », et u s'édifient d'elles-mêmes, ainsi M qu'il sied, sous l'impulsion nécessaire de son développe- « ment ». Avec lui encore nous dirons : « c'est parce que, « chez Franck, cette pensée est classique, c'est-à-dire aussi « générale que possible, qu'elle revêt naturellement la forme « classique, et non pas en vertu d'une théorie préconçue ni « d'un dogmatisme réactionnaire qui subordonnerait la pen- « sée à la forme '' » .
« Franck, dit d'Indy, ne considéra jamais cette manifesta- « tion de l'œuvre qu'on appelle ybrm^, que comme la partie (* corporelle de « l'être œuvre d'art », destinée à servir d'enve- « loppe apparente à l'idée qu'il nommait lui-même « l'ànie « delà musique ».
(( Son œuvre fut, comme celui de nos poètes de la pierre « de nos bons Français constructeurs de cathédrales, tout de « splendide harmonie et de mystique pureté. Même lorsqu'il « traite des sujets profanes, Franck ne peut se départir de '( cette conception angélique^ »
Demandons, de cela, la raison à M. Gustave Derepas qui, faisant une comparaison entre la conception d'art wagnérienne et celle de Franck, a écrit ceci : « Le mysticisme de « César Franck traduit l'âme directement et lui laisse, en ses (( élans vers le divin, sa pleine conscience. La personne hu- « maine, à travers les accents de l'amour joyeux ou doulouu reux, garde son intégrité. Tout cela parce que le Dieu de « César Franck lui a été révélé par l'Évangile et diffère du « Wotan des Nibelungen comme le plein jour de midi diffère M du pâle crépuscule. Franck laisse aux Allemands leurs « nébuleuses rêveries ; il garde toujours, du Français, ce à u quoi nous ne tenons peut-être plus assez : la raison lumi- « neuse, le bon sens, avec l'équilibre moral ^. »