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Etudions maintenant les œuvres déjà mentionnées, non point tout à fait dans leur ordre de production, mais à la date de la dernière Sonate d'un même auteur.
La première est celle que Paul DutAs (i865) écrivit en 1899- 1900 pour le piano.
Il y avait longtemps que la littérature du piano ne s'était enrichie d'œuvres de cette valeur. Depuis le Prélude, Aria et Finale de Franck, elle ne connaissait plus que de courtes pièces, le plus souvent pittoresques.
Dukas renoua la tradition de ces œuvres de forte pensée que le piano avait autrefois connue, sans se borner à ne lui demafider que son coloris spécial. Arrêtons-nous un instant sur l'écriture instrumentale de cette Sonate.
Dukas y a déployé magnifiquement bien des ressources du piano; sans les avoir épuisées on peut lui reprocher de les avoir dépassées. Le tort de cette réalisation pianistique est d'être trop proche parente d'une admirable réduction d'orchestre au piano.
La difficulté technique n'est point à envisager, les interprètes ayant le devoir de posséder le talent nécessaire à l'exécution aisée de l'œuvre présentée aux auditeurs, mais la disposition instrumentale est ici, en plusieurs endroits, matériellement irréalisable pour un seul exécutant.
Citons un exemple, pris dans la première page de ÏAndante :
De quelque manière que l'on s'y prenne, malgré toutes les plus habiles substitutions des mains et de la pédale (et même avec les pianos à péda-le tonale), on ne peut arriver à l'exécution correcte do ce passage. Il est impossible de maintenir le si\n* de la main gauche en reprenant nettement l'harmonie de LAt> de la basse qui suit. Ou il faut interrompre
cette partie mélodique, ou il faut laisser la pédale du Mit» de la basse continuer à vibrer sur le la:? qui suit, ce qui est inadmissible puisqu'il y aurait horrible confusion des harmonies (d. sur T.).
On peut reprocher aussi à cette Sonate, au point de vue instrumental, un trop long déploiement du maximum dynamique dans le Finale. La continuité de ce déchaînement sonore est un peu fatigant à l'audition. Ces petites réserves faites, il faut rendre hommage à la belle noblesse de cette oeuvre, si dignement musicale. La personnalité de Dukas n'y est point encore aussi dégagée que dans ses œuvres ultérieures, le premier morceau est un peu « Franck » de contour mélodique, le Scherzo un peu « Mendelssohn-Sainî-Saëns » dans son premier élément du moins, mais il est précisément fort intéressant de voir les germes de la personnalité poindre dans cette œuvre de jeunesse (Dukas n'avait que trente-cinq ans quand il l'écrivit) si magistralement réalisée.
L'œuvre est divisée en quatre morceaux.
I' Modérément vite, en mi?, de forme Sonate.
Exp. Le premier thème, en mi^ , puis en la?, s'infléchit vers réi> (procédé d'assonibrissement très fréquent chez Dukas et toujours employé avec à-propos et habileté). Cette progression tonaie sert de transition pour amener une préexposiiion du second thème qui apparaît en utp, s.-d. de son ton de S0Lt>, dans lequel il s'expose.
Dév. mouvementé, très solidement établi et équilibré, par le premier thème d'abord, plus tard par le second, en état de repos.
Rêexp. normale, mais sans la préexposition du second thème qui n'aurait ici aucune raison d'être.
Dév. term. par le second thème qui conclut. Le second morceau forme contraste avec celui-ci, inquiet, douloureux, restant sombre malgré l'éclaircie tonale du second thème.
2» Calme, un peu lent, en LAb, de forme Sonate avec développement, cas assez rare dans un mouvement lent. Exp. Thème A, en L\b, servant de cadre, pour ainsi dire.
Thème B, en miï>, plus mouvementé et expressif. Dév. Par les deux thèmes, tour à tour.
Réexp. Thèmes A etB, en LAb, l'un et l'autre enveloppés d'une atmosphère nuageuse et paisible.
En contraste avec ce repos du second morceau est le : 3» Vivement, en si-uf?, de forme Scherzo. C'est là que.
LA SONATf3
dans le second élément du Scherzo proprement dit, commence à apparaître un des aspects les plus caractéristiques de la personnalité de l'auteur.
Dans tout le Scherzfi, du reste, émergent, en saillies, de ces élans solides et farouches qu'on retrouvera plus tard dans les <f paysans » d'Ariane el Barbe-Bleue.
Le Scherzo disparaît ensuite dans une ombre inquiétante apportée par le rythme de la cellule du premier thème de l'oeuvre, faisant ici fonction cyclique.
Quand le Scherzo s'est anéanti dans l'obscurité, la mélodie de la cellule initiale apparaît à son tour, tandis que les ténèbres s'épaississent. On s'enfonce dans une sorte de souterrain plein de mystérieuse horreur et c'est le Tbio, où semblent ramper des larves, des formes inachevées, sans couleurs et sans nom, se soulevant avec peine et retombant affaissées dans la niait profonde. Là encore, s'esquisse un des caractères que Dukas atteindra génialement, avec le début du second acte d'Ariane.
Scherzo réexposé en si et concluant aAcc le thème de son Trio.
4° Introdaclioii et Finale. Animé, en mit>, de forme Sonate. •
L'Introduction contient un thème générateur.
Après avoir modulé, en se trouvant entrecoupé par des esquisses rythmiques du thème du Finale, apparaît le mouvement : Animé.
Exp. en mit?
Thème k., contenant la cellule exposée dans l'Introduction.
Pont long et modulant.
Second thème en Irois phrases, en si :