‹ La Sorbonne et les gazetiersChapitre 3 sur 8 · ET LES · texte numérisé non relu

ET LES

Holà ! petit garçon ! faites en sorte que nous soyons bien à Taise en ce bureau des merveilles.

Nous voulons dépasser cette fois le solstice du beau, le zénith du joli. Pour nous, l'élégance n*a rien de trop raffiné, la perfection n'est pas assez parfaite. Il faut que les plus fins connaisseurs s'extasient sur le vernis de nos

paroles. Vous verrez cette fois, messieurs les pantouÛiers de Sorbonne, si nous sommes vêtus à la dernière mode, en véritables Benoîtons de la langue latine; si notre petite oie est con»

gruante à Phabit, si notre ruban n*est pas du Perdigeon tout pur, si nos canons ne sont pas d'un grand quartier plus longs que tous ceux qu'on a (kits. Attachez un peu sur ces gants la réflexion de votre odorat! « Ils sentent terriblement bon, j'imagine, et jamais vous n'avez respiré une odeur mieux conditionnée. »

Et la senteur de nos cheveux \ j'espère que celft est tout à hh de qualité, « et que le sublime en est touché délicieusement. »

Quant à nos plumes, « elles sont efifroyablement belles, le brin en coûte un louis d'or. » Ainsi parleraient Cathos et Madelon, les deux précieuses aspirantes aux honneurs du baccalauréat.

Je l'ai donc lu ce fameux discours sous lequel devait succomber la critique française, et j'avoue, au premier abord, que j'en suis resté atterré :

Tfaîtrc, tu oous gatdais ce coup pour le [dernier!...

Heureusement (et voilà ce qui nous a sauvés tous, critiques mes frères) que dans cette catilinaire le joli l'emporte sur le beau, et qu'à force de parure, ce rude

jouteur a montré le défaut de sa cuirasse élégante. Il écrit, comme un naïf, |en si petit franco-latin, que le premier venu va lui répondre. Et d'abord il intitule son mélange : De Criticis! Critiques de qui ? critiques de quoi ? Parlez-vous de Phomme écrivant la critique, ou de la critique écrite?

Censura, disait Juvénal. Un vrai latiniste eût appelé ces Critici des grammairiens {grammatici certant), et, mieux encore, des rhéteurs, — « C'est un nom que Pon me donne assez souvent, disait M. Villemain, et qui ne me déplaît pas toujours. » Rhé^ teur est un mot noble et de belle origine. Jules César et Cicéron furent élevés par des rhéteurs.

Un seul caprice de la fortune peut faire un consul <Vun rhéteur , disait le poôte satirique; ou tout au moins fallait-il ajouter, comme fiedt Cicéron, le de Viris. Il disait les hommes politiques, pour parler des grands orateurs. Même chez nous, quand nous disons tout court un politique, nous disons pres'^ qu'une injure; au contraire, un homme politique est parfois une suprême louange. Hommes athé^ niens I s'écriait Démosthène ; c'était sa façon de dire Messieurs! lis se méfiaient, ces grands anciens, de la bassesse du style autant que d^une mauvaise action. Une fois que le grammairien Cecilius- dissertait

sur la rhétotiquCf et prouvait peu de chose : — « Ami, reprit un auditeur, prends garde à ne pas ouvrir une si grande bouche pour souffler dans une si petite flûte. » Et quand, nonobstant cette juste remarque, eut paru çon Ti-aité de la critique^ ah ! s'écria-t-on, le livre de Ge- /cilius est trop petit pour son sujet.

Le Cecilius de la Sorbonne a commencé par nous dire qu'il était un enfant, qu41 avait grand'peur que la langue ne lui fourchât {ne lingua titubet), et que dans ce grand sénat de la Sorbonne, il ressemblait au paysan du Danube, non pas, j'imagine, par la majesté, mais tout simple-

tneht par la tustidté de son discours :

Son menton nourrissait une barbe toufbie...

Puis, tout d'un coup^ notre orateur porte- toge (togatus inter togatos), se reprenant : « Non^ non, dit-il, je n'ai pas la barbe et Phabit du paysan du Danube; je suis un porte^toge au milieu des robes universitaires. Certes^ il eût cité, s'il Pavait su, ce vers des Géorgiques, traduit par Pau*teur du Lutrin ':

D'une robe à longs plis balayer la Sor- [bonne... *.

Non, certes, on ne reconnaîtrait pas le paysan du Danube à

* Et gradiens imd vertit vettigia caudâ.

cette invocation magnifique :

Auditeurs très-omés, ce qui veut dire en même temps dames trèsélégantes. Un sénat de rois ! Le paysan entrait plus vite en matière que le docteur :

Romains, et vous, Sénat, assis pour m'é-

[couter.

Je supplie avant tout les dieux de m'assister.

Lui aussi, notre homme en toge, il va prier les dieux,,, puis, le voilà soudain qui s*arrête en se souvenant qu'il est chrétien :

<c Laissons là les dieux, dit-il , mon Dieu, c'est assez (Deos imo Deum). » Que c'est pieux et précieux ce soudain singulier substitué au pluriel ! Telle, autrefois, Zaïre s'écriait :

Tu balançais son Dieu dans son cœur [alarmé.

Voilà par quel détour ingénieux il arrive au sujet de son discours. Il manquait , nous dira-t-il, une critique de la critique. Je vais remplir cette lacune et livrer les critiques aux dieux mânes. (Nous rentrons ici dans le pluriel.) En même temps, à propos des critiques, et c'est fâcheux, il se souvient du touchant épisode où le jeune Euryale attire à soi l'attention de Pennemi (m me cànvertite fermm), et de ce ferrum il tire un effet inattendu :

Tournez donc contre moi votre pl)ime

Bientôt le voilà, comme un agrégé sans reproche et . sans

peur» qui r^noQte aux origin/es de la critique. Elle a^ de 80B propre aveu, une origine iUUttre : « Âristotei un fleuve d'or; Cicéron, le maître et l'exemple le plus parfîdt de l'élo quence; Horace et Cbiintilien, Boileau et Fénelon, et plusieurs aufœs..^. » Mais il n'ose pas mettre en si vilain latin ces noms fiimeux : « C'étaient, dit-il, en même temps que de grands cri* tiques, de grands inventeurs. »

Il ajoute» et toujours en ne nommant personne : « que, s'il le voulait bien, il rencontrerait encore de nos jours des Aristotes, desHoraces et des Qiiintiliens. »

Mais, grands dieux ! (ou grand Dieu!) c'est le petit nombre»

Combien de misérables petit»

critiques^ après «eux4à, qulpar* knt sans^. rîen dire^ ignosanu dfii.^fies du distour^) passant de la. tetre au ciel) de tout à oten ! Si Ton vouUdt bien chercher dans tous les puits, on trouverait un critique : « Ils aintent la nuit et le vagabondage (iioc#e errantes), t» Nous en ayons réncontcétde o^e aorte dans les fableè de La Fontaine :

Capitaine renard alloit de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés.

«Des grande critiques grecs, lamina et français, on n'oserait pas dire que nos petits critiques soient non pas les ûls, mais les bâtards* « Je yeux ^ipurir {Dies

me defidât) si la race infime dont je parie dans cette illustre rénnion mérite un pareil honneur. »

Et cependant ils occupent toutes les positions littéraires. Qui n'est pas de leur écurie est' reçu à coups de pied. Ce sont des amis qui se grattent les uns les autres, et, quand ils sont en guerre, autant de gladiateurs dont le tapage est infernal. « On les comparerait volontiers (c'est une comparaison que j'emprunte à Sénèque parlant des philosophes) à des horloges dont pas une ne dit la même heure. Ah !

France infortunée! sous mon consulat née, qu'as-tu donc fait de ta politesse et de ton innocence? » Ek voilà comment, dans

tm style ennemi de la lumière, notre éloquent criticus jette à nos yeux éblouis le sel réjouissant tie son esprit. Nous, cepen- <lant, nous restons aveuglés des météores de ce grand discours.

Jamais, dans le Traité de la Satire, par Saint-Réal, dans le discours de Voltaire, qui n'est pas toujours tendre au pauvre' monde, et dans ce passage où Bayle a si bien parlé de Vincivi' lité des critiques, nous n'avons lien trouvé qui fût comparable À la civilité de ce docteur Pomposus. Plus il s'est mis à l'abri des critiques officiels, plus il s'en donne à cœur-joie à dauber «ur les petites gens qui ne sont quedes écrivains — rienquecela?

si peu qqevçelft! ïleii*MW-*M* cependant cette justice : il.dési* ^e iiuftsi peu ceux-ci que.cej^ix* là ; il laiwe à la sagacité de^ ses au4iteurs très-omés le 8oi|x 4ç dî^^guer Içs aigles des liibçux* Les anciens faisaient , ng^f^x , z quiconque était désigné pîjr ^vx o^ait deux ^om&,/un sot^riq^t, 'pQur le vaqîn» : Alexandre» £1»

de Philippe; Alcibiade, . fils 4c jQUnias; Diogène le Cyni^te; Denis le Tyran. .Nows somnae»

f&ché des ambiguïtés du critique latin. Il &ut qu»il se 6oit rappela cette exclamation du bon Sçarron, revenant d'une distribution des prix au collège Louis le Grand :

« Madame, dl^ût-il à la femme fllustçe qui sera plus tard Mmcde

— Si —

MàinteiKHi, réjouisiez-^ôris, je ne suis phis le bonhomme Searr^m > mais bien le riche et tout-pniàsmt Scatirus, dont la maison était le Versailleis du temp« d'Augtiste. « Et de rite. Ililait volontiers de l'emphase, et, di^ soûft'mieux, de la tautologie. Il n^dtait pas grand ami des tsA" seurs de tragédies et de c6mé« dies latines, des Euripidèset des Térencesde Louis-le^rand. Ces déguisements latins ne lui plaisdftnt guère : « Quand Mé^ nage, Santeuil et Dupériér se seront bien appelés : Ménagius, Fererius et Santolius, en serontils i^us gras et plus connus ? »

disait-il. Il avait pour voisin uif jeune rhétoricien qui, faisant de»

vers latins, cherchait ud adjectif à Jupiter dans un livre intitulé le Choix des épithètes, par Jean Teissier, seigneur de Ravisi^quî s'appelait Ravisius Textor (aller donc vous reconnaître en ces noms propres). Or. le jeune homme trouva dans le Choix, des épithèfes (on dirait de nos jours le Cahier des bonnes ex-pressions) Jupiter biscornu.

« C'est bien fait, disait Scarron, et que ça t'apprenne, 6 mon fils !

à ne pas écrire en latin : tu serais forcé de dire : sur la rive du fleuve, quand c'est le bord de la rivière qu'il faut dire. Parlant du pont Neuf 9 tu dirais : le pont nouveau, ce qui n'est pas la même chose ; on ne dit pas :

mon blanc bonnet, on dit : mon bonnet blanc, en dépit du proverbe. » Mais ceci ne rentre pat dans le sujet de cette réj^ique.

Il ne s'agit pas, cette fois, du moindre ou du petit latin, il s'agit de justice et d'équité. Si le îeune agrégé de Sorbonne, à peine dépouillé de cette robe en argumentabor * , avait été interrogé par un homme habile à tirer son secret : « Là, voyons, mon jeune docteur, je ne suis pas farouche et je suis de vos amis. Vous parlez d'or; mais dites-moi en langage vulgaire le

* Et qui sur cette jupe à maint rieur

[en cor

Derrière elle faisait lire : Argumen-

{tabor.,,

vrai nom de ces Critici qiie vôud traitez de la belle sorte \ Allons^ courage, et pas de feusse honte^ on TOUS garder» le secret... Vous vous taisez; je vais vous le dire:

on les appelle, avec votre permission : des jour^-na-lis-^tes t Ah! la bonne farce, et que c'est bien fait ! Ils Pont bien mérité, ces fils de Sicambre !

En effet, voilà le vrai mot de ce pot-pourri, et les ornatissimi au^ ditores ne s'en sont pas doutés.

Encore moins se sont-ils doutés de cette nouvelle attaque à la littérature facile : « Hélas ! plus que jamais le délire et le songe se sont emparés du théâtre et du roman. C'en est Eût de l'amour, de la colère et de la douleur.

des grandes passions de l'art dra»

matique. C'en est £ût du beau langage où respirait la suave odeur de l'antiquité cicéronienne» Plus de langue française ; nous parlons un patois barbare.

On diiait que nous sommes tombés chez Circé la magicienne, qui, par ses herbes et ses enchantements^ change en pourceaux les compagnons d'Ulysse.»

On le voity nous traduisons de notre mieux, et nous combattons à armes courtoises.

Mais quoi ! cette nouvelle déclamation des anciens et des mo-

, dernesy nous la savons par cœur.

QjLiant à la dispute, soulevée il y a trente ans^ de la littérature

, faciié,. nous dirons au jeune.latin

que la dispute appartient à un maître, à son maître, et que, par respect autant que par modestie, il eût bien feit de s'abstenir. S'il eût daigné relire avec soin cette dispute illustre, il eût compris que tout d'abord elle avait été épuisée, et qu'avec toutes ses figures de rhétorique, amplification, imitation, image, figure, interrogation, hyperbate, qu'il ne faut pas confondre avec Phyperbole, il perdrait son latin (qui n'est pas grand'chose) à souffler sur ces cendres éteintes.

En vain il invoque Aristote et Théophraste , en s'écriant : Par Hercule!,; On ne l'écoute guère quand on l'entend, on ne l'écoute plus quand on l'a compris. Pareil

malheur est arrivé à Théopompe, et pourtant il disait plus de bruit à lui seul qu'un enterrement romain de première classe. « Engagez-moi, disait-il, vous verrez si je sais glorifier les morts; je fais plus de bruit que six trompettes.... — Respecter, lui dit quelqu'un, ces grands instruments inanimés; ils suffisent à réveiller le courage; ils servent à donner le signal des grandes actions... » Et nous aussi nous vous dirons, jeunes gens qui avez à peine le pied dans Pétrier : Ayez du moins quelque souci de vos anciens. Us ont combattu dans plus de batailles que vous n'avez pu en lire à

votre âge *. Redoutez tes discours pleins de vide et de vent; méfiez-vous des quolibets sans portée, «c II ne me déplaît pas toujours, disait Quintilien, d'assister aux gaietés de Démosthènes, mais ces gaietés ne lui vont guère. » C'est bel et bon, jeunes gens très-ornéSy de s'incliner devant. rabbé d'Aubignac; mais VOUS perdez votre temps à nous expliquer Bartole, Macrobe et Lycophron. Au temps de Boileau, l'un de ses confrères écrivait en français les jolis vers que voici :

De Boileau l'affreuse satire

* Plura %ella gessit quant cœteri iegeruHt, (Cicéron parlant de Pompée^i

Déchire nos rois et nos dieux...

Un ingrat comme toi n'eut jamais de cou> [rage...

Et puît, en TÎle prose, il disait à ce grand homme : « O fainéant impie! une âme religieuse he peut te Toir qu'avec horreur. »

Avez-Yous donc pensé, messieurs de la toge neuve, cvant de porter ces terribles accusations, quelle était la Sorbonne autrefois, ce qu'elle est encore aujourd'hui ?

Qjjelle est l'autorité, même dans une langue morte et que vous achevez tous les jours, de cet écho formidable ? Et lorsque vous franchissiez à pas comptés, semblables ou grand pontife portant

les images des dieux, les degrés de cette chaire éloquente autour de laquelle tant de gens considérables par leur position sociale,, et quelques-uns paV leur mérite, attendaient votre bon plaisir, vous disiez-vous que du haut de cette chaire avaient parlé, au milieu de l'enthousiasme universel de la jeunesse admirable qui contenait la révolution de i83o et ses splendeurs, les trois maîtres de la critique moderne, en poéûe, en histoire, en philosophie, et que le lieu était mal choisi sans doute pour annoncer votre humble £Eictum : De Criticis?Le respect, jeunes gens, le respect ! Ajoutons : la recon-

naissance ! Oh ! quelle douleur !

Nous comprenons à h. rigueur que vous immoliez les critiques à votre beau génie; oui, mais "que vous ont fait les poètes?

Voilà cependant tout ce que vous en dites : « Ces poètes dont les vers et les poèmes ont rempli nos premières années d'une grâce et d'une douceur incomparables, les voilà qui se taisent, écrasés jpar Poutrage du temps ou fauchés par la mort, sans pitié... » Rien de plus. Vous dédaignez môme la plus simple précaution pour dire à l'auteur des Méditations poétiques : « Vous êtes vieux! » Cela ne se dit point au génie resté debout et qui travaille encore. A lui seul ilappar-

tiendrait de 8*écrier comme Mithridate expirant :

Mes ans se sont accrus, mes honneurs sont [détruits...

Mais nous autres, les petits et les faibles, doués d'une grande admiration, quand nous parlons de Page accru de ces grands hommes, nous y mettons autant de précaution qu'Horace, ou Voltaire, ou Despréaux :

Malgré soixante hivers escortés de seize [ans...

Cependant le poôte des MédL tations n'est pas le seul qui ait enchanté votre aimable jeunesse; oubliez-vous donc ces poôtes regrettés, à jamais regrettables :

Alfred de Vigny, également habile

à la prose, au poôme; Alfred de Musset, mélange heureux de don Juan et de Byron? Si j'avais été que de vous, dans cette gloire, assis entre la statue de Pascal et le marbre de Bossuet, je me serais souvenu même de Brizeux, le poète inspiré de la Breta* gne. Il mourut comme il avait vécu, en chantant sa forte et fière patrie. Ou, tout au moins, pourquoi ne pas réveiller dans ces murailles dont Pécho a gardé le nom jeune et glorieux de Casimir Delavigne, un souvenir de Tauteur des Messéniennes, con- * solatrices des malheurs de x 8 1 5 ?

O jeune homme, habile et prolixe à la louange des puissants et des forts, n'êtes-vous pas malheu-

reux de tant de concision, s'il ne s'agit que des poètes qui vous ont tant charmé? Quoi ! pas un mot sous ces voûtes sonores pour le nouvel Horace appelé Béranger ! Il chantait si bien Lisette et l'empereur ! Celuî<iy même' en Sorbonne, eût fait passer celle-là; le laurier eût dissimulé la tubéreuse, et vous eussiez conquis sans trop de peine l'applaudissement des anciens, l'applaudissement des trèsieunes. Pourriez-vous me dire à qui donc appartiennent ces beaux * vers tout remplis de piété filiale :

Vous que j'ai vus périr, vous, immortels cou-

[rages.

Héros, dont en pleurant j'aperçois les

[images...

Ces deux vers sont sortis de ^'âme ardente et reconnaissante •de Voltaire. Aussi bien que vous il maniait Tironie, et mieux que vous il savait pleurer ks grandes vertus.

Mais (voilà pour moi le vrai trouble et l'énigme inexplicable), en supposant que vous ayez oublié ou négligé ces grands es* prits dont le nom ne saurait s'écrire en latin, il en est un qui se présentait à votre éloquente période et dont le nom n'aurait pas déparé vos sons parapkones.

Le nom de Hugo appartient à la double langue. Il vient de montrer encore, à six reprises, que les années n'ont pas su l'atteindre. Il est resté debout dans son

génie et sur sa roche. A votre âge, on n'a pas le droit d'oublier une pareille gloire. Virgile, à vingt ans, célébrait le plus illustre des bergers des champs de Mantoue, hélas! trop voisine de Crémone.

Daphnis foule à ses pieds la nue et les [étoiles. «

De ce courage sans danger et de cette reconnaissance que votre jeune auditoire eût payés de ses acclamations de quinze ans. Despréaux vous a laissé un exemple immortel :

Kn vain contre le Cid un ministre se ligue, Tout Paris pour Chimène a les yeux de ' [Rodrigue...

Et celui-là, ce mi^tre absolu^ qui n'était pas homme à donner raison aux peuples contre leurs princes, Frédéric le Grand :

En vain de notre sort un souverain décide^ Son exil dans le Pont n'avilit point Ovide.»

Il n'est pas bon, ce distique.. « il feit le plus grand honneur au roi qui l'écrivit.

Voilà ce que nous tenions à dire à ce jeune homme. Il n'a pas encore assez de mérite et de talent pour que, de si bonne heure, on lui réponde, écrivant et parlant une langue morte ; mais il' s'adressait à des auditeurs qui sou* riaient et applaudissaient, nous dit-on, et nous voulons répondre à ces sourires. Ils oubliaient, les

uns et les antres, ces victorieux applaudissant aux injures des vaincus, que Pun des nôtres, M. Saint-Marc Girardin, a fiedt du journal français une louange immortelle en disant : M. de Chateaubriand était un grand journaliste. En vain les nouveaux venus voudraient prévaloir contre cet arrêt sans appel. Consolonsnous. Plus nous avançons vers le silence, et plus nous entendrons sans pâlir les voix qui racontent le peu que nous avons été.

Écoutez-les, et si chacune de ces voix, qui représente une année, une passion de votre vie, arrive à vous, racontant des opinions auxquelles vous êtes resté

fidèle et des admirations qui n'ont fait que grandir; si vous rencontrez dans ce passé qui aert de jouet aux imberbes quelque souvenir de luttes généreuseS) de résistances loyales, de combats qui n'étaient pas sans courage ; si vous pouvez dire à coup sûr : voilà une renommée que l^ai fiiite, un- esprit <[ue j'ai découvert le premier ; si, en fin de compte, vous avez pour amis les vûllants, les fidèles, les Courageux, les grands esprits, et si les autres seuls vous accusent*; si, parmi les choses que vous avez maltraitées, il ne s'est pas rencontré un cheM'oeuvre, et û, parmi les oeuvres que vous avez le plus louées, il ne s'est

pas découvert une honle) et si votre iastiact vous a guidé dans les passages difficiles de façon à vous £ûre éviter les trappes, les écueils et les alûmes dont le sentier des belles-lettres pratiques est , semé de toutes partSy rassurez-vous, mon frère»

mourez en paix, vous ne mourrez pas tout entier. Enfonts de la littérature fiBu;ile, on le veut bien, mais voici tantôt quarante ans que vous restez exposés aux premiers coups des chevaliers errants dans le domaine de imagination. Hélas! combien, restés sur la place, ont été ramenés par le barbier Samson Carasco dans la maison dont ils n'aunûent pas dû sortir i Dans les louanges qu'il faisait

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