‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 22 sur 64 · ri PRlàBIDIGITATION · texte numérisé non relu

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sous chacun d’eux. Alors j’invite une personne à venir retirer les muscades qui sont sous les gobelets ; mais j’ai soin de ne m’adresser qu’à celles qui sont placées du côté du gobelet où est la muscade. Une personne arrive et lève naturellement, d’abord, le premier gobelet qui est à sa main. Je lui laisse découvrir la muscade, et, aussitôt, je lui dis en rabaissant le gobelet : «Pardon, Monsieur, j'ai oublié de vous dire qu’il fallait retirer les muscades sans lever les gobelets. Rien n’est plus commun que de les prendre comme ceci, en levant le gobelet. »

Ici, je joins l’action aux paroles; je lève le gobelet de la main gauche et je prends la muscade de la droite. Je feins de remettre cette muscade sous le gobelet (selon la deuxième manière, voyez la Section III de cet article), mais je l'escamote entre les doigts, et revenant au premier gobelet, c’està-dire à celui qui est opposé à celui où était la muscade, je dis : « Je vais vous montrer une manière plus distinguée de les retirer. » Alors je tire les muscades de la tète des gobelets, et je feins de les mettre dans ma poche, à l'exception de celle du troisième gobelet, que je mets réellement dans ma main gauche. Je fais le mouvement de la mettre dans ma poche comme les autres, mais je m’arrête comme par réflexion, en disant : « Ah! celle-ci, j’en ai besoin : je vais m’eu servir dans le moment, » et je la mets sur la table.

On voit que de mots il faut écrire pour détailler toutes les feintes d une seule passe ! Où cela nous conduirait-il, s’il fallait décrire ainsi toutes celles qui constituent le jeu des gobelets? Je crois bien que personne n’aurait le courage de les lire quand j’aurais celui de les expliquer. Cependant on voudra bien me permettre d’en donner encore une ; mais je prie le lecteur de ne pas s’impatienter, et pour le rassurer, je lui dirai que je vais choisir la plus courte.

Je vais prendre pour second et dernier exemple la onzième passe du jeu décrit dans Guyot.

JEU DES GOBELETS

SECTION XIII

Autre passe avec feinte.

Cette passe consiste à faire passer l'une après l’autre trois muscades sous un même gobelet.

Les trois muscades étant sur la table, et en ayant une quatrième entre les doigts, on lève les gobelets pour faire voir qu’il n’y a rien dessous. On introduira la muscade qui est entre les doigts sous l’un des trois. On en prend une de celles qui sont sur la table, et l’escamotant, en feignant de la mettre dans la main gaucbe , on dit qu’on l’envoie sous un des gobelets. On lève celui sous lequel on en a mis une pour la faire voir. En recouvrant cette muscade, on introduit celle qui était dans les doigts. On fait de môme jusqu’à ce qu’il y ait trois muscades sous le gobelet; on le lève pour faire voir ces trois muscades; mais, en les recouvrant, on met avec, la quatrième cachée dans la main, en laissant adroitement une des muscades à découvert, c’est-à-dire qui ne soit pas sous le gobelet.

Les spectateurs ne manqueront pas de vous avertir qu’il y a une muscade dehors ; on feint de ne pas s'en être aperçu, on la reprend, et, en l’escamotant, on dit qu'on la renvoie sous le gobelet avec les deux autres ; on lève et on fait remarquer que toutes les trois muscades y sont.

Les spectateurs sont bien persuadés que cette muscade était restée découverte par mégarde, et vous la voyant renvoyer sous le gobelet de cette manière, ils sont convaincus que toutes celles qui ont reçu l’ordre de passer invisiblement sous les gobelets dans les passes précédentes, y sont allées parle môme chemin, ce qui, au fond, est vrai ; ils ne se trompent que sur la forme.

En voilà suffisamment pour donner une idée Ües feintes que l’on peut employer dans les passes des gobelets» Sorcellerie expliquée. 18

J’avais promis d’en rester là sur ces'feintes ; mais i! m’en revient une dans la mémoire que je vais donner, parce qu'elle n’a aucune analogie avec celles dont je viens de parler.

SECTION XIV

Feinte dans la passe appelée la poste.

Il y a une passe que l’on appelle la poste , probablement par rapport au cliquetis que font les gobelets quand on l’exéeute. Cette passe consiste à faire disparaître trois muscades que l’on met sur la tête d’un gobelet, que l’on couvre des deux autres. On feint de retirer ces trois muscades à travers les deux gobelets de dessus, en se servant d’une quatrième muscade que l’on a dans les doigts et qu’on escamote.

Quand les muscades sont censées retirées, et qu’on veut prouver qu'elles sont parties, on Renverse les gobelets en les prenant des deux mains; on leur donne une position à peu près horizontale, un peu plus penchée vers la droite, où se trouve la tète des gobelets, ce qui fait que l’ouverture est plus élevée. On pose le gobelet de dessus sur la table, et, prenant le second au fond duquel sont les muscades, on le met sur le premier. Les muscades n’ont pas le temps de se répandre et se placent naturellement sur la tète de ce premier gobelet; on sait que les têtes des gobelets sont concaves. On met enfin le troisième sur les deux autres. On recommence trois ou quatre fois, et vivement, cette manœuvre. Les spectateurs, voyant qu’on sépare ainsi les gobelets pour les réunir, et n’apercevant aucune muscade; pensant, d’ailleurs, que s’il y en avait entre les gobelets, elles s’échapperaient par cette manipulation, sont bien portés àcroire qu’elles sont absentes, emportées invisiblement par une puissance magique ; mais, ayant fini par poser séparément les gobelets sur la tablé, en mettant au milieu celui dans lequel sont les muscades, on annonce qu'on va les faire.revenir, en leur ordonnant de se trouver sons le gobelet du milieu.

JEU DES GOBELETS. 207

Voilà l’explication de cette passe, que l’on appelle la poste, et voici la feinte que j’ai promise, feinte insidieuse s’il en fut jamais.

Ayez dans le creux de la main deux muscades, et, manœuvrant vos gobelets comme je viens de le dire, laissez échapper ces deux muscades, qui doivent aller tomber du côté de l’assemblée. Il est bien entendu que vous n’aurez pas l’air de vous en apercevoir.

Parmi une nombreuse société, il y a toujours quelques sceptiques qui n’ajoutent pas une foi entière à vos prestiges. Ceux-là ne sont pas fâchés de vous prendre en défaut. En voyant tomber ces muscades, ils se garderont bien d’en rien dire, pour voir comment vous vous tirerez de ce mauvais pas, car ils sont persuadés que ces deux muscades viennent, à votre insu, de s’échapper des gobelets; ils jouissent d'avance de Vôtre désappointement. Mais, quand ils vous entendront annoncer, d’un ton affirmatif, que vous allez faire revenir les trois muscades sdus le gobelet du milieu, il y èn aura au moins un qui vous proposera un pari, en vous disant, pour vôus leurrer, qu’il ne peut pas croire à une chose qui lui . parait impossible. Vous acceptez, pour le punir de sa malice, que vous avez devinée ; vous levez le gobelet, et apercevant tés trois muscades, votre adversaire est bien étonné de voir le désappointement retomber sur lui.

Si, ce qui peut arriver, quelques officieux vous prévenaient de la chute des muscades, alors, vous termineriez autrement : dans ce cas, vous prenez les deux muscades qui vous sont rendues, et vous les escamotez en disant que vous les renvoyez invisiblement sous le gobelet. Les spectateurs ne sont pas moins surpris que dans la première circonstance ; car, croyant de bonne foi que ces muscades échappées sont celles qni devraient être sous le gobelet, ils trouvent extraordinaire que vous ayez pu les envoyer à leur poste d’une façon aussi peu usitée.

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