‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 51 sur 64 · TOUR AVEC DES LETTRES · texte numérisé non relu

TOUR AVEC DES LETTRES

SECTION IX

Moyen de faire passer à l’instant, soit une bague, un papier plié ou d’autres petits objets dans la dernière de plusieurs lettres toutes pliées, cachetées et renfermées l’une dans l’autre, y en aurait-il un cent ?

Ce moyen est une des plus ingénieuses inventions que l’on puisse concevoir. Peu de prestidigitateurs le possèdent, et ceux qui le connaissent le tiennent rigoureusement secret : aussi est-il encore sous le mystère ; et en vérité je vous le dis, cher lecteur, si je vous dévoile ce mystère, c’est parce que vous êtes mon plus intime ami, mais n’en dites rien à personne ! et puis je pense qu’il serait peut-être dangereux de passer pour savoir ce secret, car si le directeur général des postes ▼enait à connaître l’existence du moyen dont il est question, qui sait s’il ne lui prendrait pas la fantaisie de faire pendre par précaution tous ceux qui le possèdent ? Ne se dirait-il pas tout naturellement qu’il n’y a plus de sûreté avec des gens comme nous, qui pouvant sans •violence introduire des bijoux dans tant de lettres cachetées, pourront sans doute de même, par contre, soustraire des billets de banque enfermés dans des lettres bien scellées, sans endommager le cachet ?

Ma foi, cette pensée-là me donne le frisson. Je soumets mes réflexions à votre sagacité, e4 je vous prie de me faire savoir si mes craintes sont fondées.

Il y a un ancien tour assez joli, mais fort connu, qui consiste à escamoter une bague ou une petite pièce de monnaie que l’on emprunte et que l’on fait marquer pour la faire passer subito dans la dernière de sept boîtes enfermées l’une dans l’autre. Mais ce tour, maintenant, cause peu de surprise, parce que l’on sait que ces boites se ferment toutes ensemble comme une seule, en jetant l’objet dausla cuvette des boîtes. Mais si l’on substitue les lettres que je vais expliquer, aux

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bottes dont je viens de parler, alors le tour prend un nouvel éclat et cause un véritable étonnement. En effet, faire passer tout-à-coup une bague que l'on vient de vous confier dans la dernière de vingt lettres toutes cachetées et que l'on décachète en présence de tous les spectateurs, est vraiment quelque chose qui tient du prodige. Hâtons-nous d'expliquer ce moyen.

Prenez autant de feuilles simples de papier que vous voudrez. Vous en étendez une sur une table et vous lui donnez la forme d’une lettre en en marquant les plis par les deux côtés et lès deux bouts, bépliez-la et mettez une seconde feuille dessus que vous plierez comme la première; vous ferez la même chose jusqu’à la dernière feuille. Il est bien entendu qu’il faut chaque fois diminuer les grandeurs des feuilles, puisqu'il faut que les lettres tiennent l'une dans l’actre. Quand elles seront toutes préparées* l’une sur l'autre étendues, sans les déranger, donnez un coup de pointe de canif en travers sur le pli du bas de la dernière lettre posée, c'est-à-dire la plus petite, celle enfin qui doit recevoir l'objet; mais notez bien que le coup de canif donné, doit percér toutes les feuilles. La fente faite aura environ deux centimètres. Ces fentes sont invisibles et n'attirent jamais l’attentiôn de ceux qui développent les lettres.

Ce que je viens d’expliquer étant fait, prenez une bande . de papier un peu moins largo que la fente faite aux lettres. Pliez cetté bande en deu| sur sa longueur, et par le moyen d’une petite lame mincè, faites-la passer par son bout plié, par toutes les fentes des lettres. Quand la bande est arrivée dans la dernière lettre qui est la plus petite, coupez le bout plié et n’y touchez plus. Maintenant repliez toutes les lettrés l'une après l'autre, et toutes l’une dans l'autre en les cachetant jusqu’à la dernière qui est celle de dessus, par conséquent la plus grande et fa première à développer. On prendra garde que les bandes ne s'en aillent, en îés tirant par accident par la partie qui ressort des lettrés. Conservez ces lettrés ainsi préparées pour le besoin.

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Quand, tous voudrez tous en servir dans un tour que je, ( suppose ici fait avec une bague, pour faire passer cette bague dans la dernière lettre, il suffît de la placer entre les petites bandes de papier qui servent de conduit, et de la pousser avec une petite lame comme celle qui a servi peur introduire la bande de papier pliée à travers les fentes faites aux lettres. La bague étant arrivée, ce dont on est averti par un peu de résistance, on retire les bandes de papier. On se souvient que l'on avait coupé le bout plié de la bande, que les deux petites bandes à retirer sont séparées et qu'elles se retirent facilement en laissant la bague.

Lorsque l'on fait le tour, on a sa lettre multiple toute apprêtée, avec la petite lame à, côté pour pousser la bague. Cette introduction est l’affaire d'une seconde.

On doit comprendre que ces lettres peuvent sertir pour plusieurs tours différents ; je vais seulement expliquer celui dans lequel elles remplacent les sept boites.

On joindra à, ces lettres, comme on le fait pour les sept bottes, une autre petite boite que l’on trouve chez tous les tabletiers qui fabriquent des instruments pour la physique amusante. Voici la propriété de cette boîte. On fait mettre dedans une pièce de monnaie ou une bague, on ferme la boite que l'on laisse dans les mains d’une personne. Mais par un secret connu du prestidigitateur, la botte peut s'ouvrir assez pour donner passage à la pièce que l'on y a mise* Elle se referme par le même secret par lequel on l’ouvre et l’on ne peut en apercevoir l’ouverture. Dans le couvercle de cette boîte, est ménagé un espace intérieur, dans lequel est enfermé une petite pièce quelconque, qui se fait entendre quand on secoue la boîte; mais quand on veut qu’elle cesse de faire du bruit, on appuie sur le bouton du couvercle, et ce bouton s’enfonce un peu, presse la pièce enfermée et l'empêche de bouger.

11 y a de ces boîtes de différentes constructions, plus ou moins ingénieuses, le goût décide du choix que l'on en fait.

Ayant donc une de ces boites, on lait mettre dedans, je

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suppose, une bague en donnant cette botte à tenir, on fait tomber la bague dans sa main. On invite la personne à seeouer la boite, pour prouver par le bruit qu’elle fait que la bague est toujours dedans. On va vite introduire la bague dans la lettre que l’on apporte et que l’on pose sur la table. On prie la personne qui tient la table de secouer encore; on entend sonner, mais sous prétexte d’inviter cette personne de lever le bras plus haut, on lui prend la main en appuyant sur le bouton avec le pouce. On feint de prendre la bague par le fond de la boîte et de l’envoyer invisiblement dans la lettre et on trouve .la bague dans la dernière des lettres qui ont toutes été décachetées l'une après l’autre. J’ai oublié de dire que la personne qui tenait la boîte la secoue instinctivement et n’entendant rien, l'ouvre et n’y voit plus la bague. Il est à présumer que cette personne n’est pas sans soupçonner un peu, que le diable ne soit pour quelque chose dans cotte disparition,

Mon intention n’était pas d’entrer dans des explications sur ce tour déjà trop connu. Je n’ai voulu que donner une idée de l’usage que l’on peut faire de la lettre que je viens de décrire.

SECTION X

Tour à l’état de projet.

Il y a bien longtemps que je connais un effet physique assez singulier, sans me rappeler d’où vient cette communication : et ce que je trouve de plus singulier encore, c’est de n’avoir jamais entendu personne me parler de cet effet. Voici ce que c’est :

Tout le monde connaît, depuis des siècles, les larmes de verre. On' sait qu’en cassant avec les doigts le bout de la queue qui est fort mince, la larme se brise avec fracas, par la rentrée subite et énergique de l’air, dans le vide ouvert par la rupture de ladite queue, et cependant le corps de ces

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larmes est tellement dur qu’il résiste longtemps aux coupg de marteau. Mais ce que j’ai découvert sans savoir comment, c’est que la répulsion extensible de l'air est si forte, que si l’on casse, comme je viens de le dire, une de ces larmes plongée dans un verre rempli d’eau, le verre se brise en éclats. Il y a plus, je dirai qu’avec une larme un peu grosse, j'ai fait casser une cruche, aussi remplie d’eau.

J’ai quelquefois pensé que l’on pourrait appliquer cet effet à la prestidigitation. Mais vous savez, lecteur, l'homme propose, et Dieu dispose. Quoi qu’il en soit, j'ai toujours négligé de m'occuper de cette recherche, et si je mentionne ici le fait dont je viens de parler, c’est dans l’espoir que des amateurs de magie plus actifs ou plus ingénieux que moi, auront plus de chance et exécuteront ce que je n’ai fait que projeter.

Au premier abord, on voit qu’en attendant mieux en pourrait se servir de cette propriété des larmes bataviques (l) pour faire éprouver quelque émotion à des personnes que l'on voudrait mystifier, dans le but de divertir l'assemblée. Par exemple, on fait tenir par quelqu’un une assiette sur laquelle on aura placé un verre rempli d’eau. Ou a une larme que l'on lient par la queue entre deux doigts serrés, la main doitôtre un peu étendue. Sous prétexte de faire tenir l’assiette dans une position horizontale, condition, dites-vous, nécessaire pour la réussite du tour que vous allez exécuter, vous plongez votre larme dans l'eau. Cette larme ne se voit pas, étant cachée par la main. Au moment où vous vous plaignez que l'assiette n'est pas d'aplomb, vous poussez le corps de la larme en dedans avec le pouce, et la queue maintenue serrée entre les doigts se casse, le verre éclate, l'eau se répand, et la personne qui tient l'assiette est fort étonnée, ne pouvant se rendre compte de l'accident, sachant que vous n’avez pas touché le gobelet. Cette personne est d'autant plus surprise qu'elle ne peut trouver la cause de cet effet, puisque la larme

(tj Appelé» aiatl, paroequ’eilM ont été Inventée» en Hollande.

SÜTPLÉMZKT.

réduite en poudre a totalement disparu. Il est bon de faire dans le courant d’une séance quelques innocentes mystifications qui occasionnent un élan de galté toujours bien venu. C’est dans cette intention que parfois un prestidigitateur prend une bouteille de fer-blanc qui est censée remplie d’une liqueur chimique merveilleuse , la met dans les mains d'un des spectateurs en le priant de verser quelques gouttes de la liqueur qu’elle contient, sur un vase dans lequel il y a de la terre, et qu’aussitôt on verra naître des fleurs. La personne chargée de cette petite commission débouche la bouteille pour obéir à la recommandation ; mais tout-à-coup elle est inondée d’une pluie qui lui tombe sur les jambes et les pieds, et fort embarrassée, ne sachant à quoi attribuer ce malheur, croit avoir brisé quelque chose par sa maladresse.

Le fond de labouteille est percé de petits trous comme une passoire, et faisant l’effet d'une pompe, l'eau ne s’échappe que quand elle est débouchée. »

Une autre fois, le prestidigitateur donne une botte en métal à une personne en la priant de la mettre dans sa poche, et annonce qu'il va faire passer dans cette boite un objet qu’il va emprunter. Le tour censé fait, le dépositaire de la botte est prié de voir si l’objet est arrivé à bon port. Il veut prendre la boite, mais impossible, elle est tellement brûlante qu’il n’ose pas y toucher. Le magicien glose à sa manière sur cet évènement, et dit que c’est sans doute l’effet de la chaleur naturelle, qui est très-intense chez cette personne, à laquelle il avait confié la botto.

La boite de métal était remplie de chaux vive et percée de quelques trous placés de façon à ne pas attirer l'attention.

Un moment avant de la donner, on la trempe dans l’eau et on l’essuie bien, pour que l’extérieur ne soit pas humide. La chaux atteinte par l’eau ne tarde pas à faire son effet, et la boite à devenir très-chaude.

On pourrait rapporter beaucoup de ces leurres, je viens de citer ceux qui les premiers se sont présentés à ma mémoire.

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