‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 52 sur 64 · DES ONDJNS OU GÉNIES DES EAUX · texte numérisé non relu

DES ONDJNS OU GÉNIES DES EAUX

SECTION XI

Des ondins ou génies des eaux , vulgairement appelés

ludions.

Il y a longtemps que l’on connaît en physique ces petites figures librement suspendues au milieu d'une fiole de verre remplie d’eau. Elles sont ordinairement en émail, attachées à une boule de verre creuse et très-mince. Cette boule qui soutient la petite figure, reste au milieu de l’eau, parce que l’on a calculé d’après sa pesanteur spécifique quel doit être le volume d’eau dessus et dessous elle, pour qu’elle se tienne ainsi en équilibre. On a imaginé depuis un moyen de faire de ces petites figures que l’on peut fabriquer soi-même, qui sont bien supérieures à celles déjà connues et fort amusantes ; mais il faut connaître la manière de les fabriquer.

Un jour, en temps de foire, on a vu un homme qui excitait la curiosité et l’étonnement de tous ceux qui le voyaient. Il tenait une carafe remplie d’eau et bien bouchée. Tout en haut de cette carafe il y avait deux petits bons-hommes, auxquels il ordonnait de se placer à tel endroit de la carafe qu'il voulait ; il les faisait descendre, monter, valser et saluer les personnes qui ambitionnaient cet honneur, en se tournant agréablement vers elles. Si étant en bas, on leur commandait de monter, ils s’arrêtaient net dans leur ascension s’ils en recevaient l'ordre. Ces deux messieurs qui avaient établi leur domicile au milieu des eaux, probablement pour être à l’abri des incendies, n’allaient pas toujours de compagnie; ils avaient chacun leur nom, l’un s’appelait Jacques, l’autre Thomas. Quand le patron ordonnait à Jacques de monter et à Thomas de rester au fond, sur le champ il était obéi sans la moindre hésitation. Enfin, après avoir régalé l’honorable assemblée de maintes gentillesses, ils terminaient leurs exercices par une valse exécutée de la plus gracieuse manière.

SUPPLÉMENT

Surpris comme les autres, surtout lui voyant tenir la carafe par le col sans lui faire faire aucun mouvement, non plus qu'à sa main qu’il tenait dans une immobilité parfaite, je proposai à cet homme de me vendre son secret. U fit beaucoup de difficultés, m'objectant que c’était son gagne-pain et qu’il était de son intérêt de ne pas révéler son moyen. Je lui fis quelques offres qui le tontèrent et nous tombâmes d’accord.

Comme ce petit phénomène physique amuse en même temps qu’il surprend, que j’ai vu souvent des personnes regretter de ne pouvoir se le procurer, n’étant pas une marchandise que l’on trouve en boutique; qu’il n’est la possession que de quelques rares individus qui, lorsqu’on les rencontre par hasard, vous vendent bien les petits bons-hommes , mais vous font le plus grand mystère de la manière de les fabriquer, et que ce secret de les fabriquer c’est tout, puisque ces petites figures tombent au bout de deux ou trois jours renversées au fond de l’eau, ne donnant plus signe de vie, et quç l’on ne peut plus en jouir, puisque messieurs les marchands se gardent de vous enseigner le moyen de les ressusciter, ce que l'on pourrait faire à l’instant si l’on connaissait ce moyen par lequel on garderait ces artistes un temps indéfini dans un bon état de santé, je me propose, d’après toutes ces considérations, puisque j’ai eu l’heureuse chance de rencontrer l’occasion de m'initier dans le mystère et que par le présent supplément j’ai contracté l'engagement de ne rien cacher à mes lecteurs, de leur révéler ce secret qui, je l’espère, pourra leur faire passer agréablement quelques minutes, et c’est beaucoup dans la vie.

On a donné à ces petites figures le nom de ludion , d’autres par allusion à ces esprits fabuleux que les anciens supposaient habiter les eaux, les appellent ondin, nom qu’avaient ces prétendus génies aquatiques. Mais le nom ne fait rien à l’affaire, occupons-nous de la chose.

Il faut d’abord avoir un moule, soit en fonte, soit en cuivre ou tout autre métal, mais convenablement ferme. Ce

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moule sera composé de deux, pièces. Sur l’une, on fera graver en demi-relief une apparence de petite figure d’environ quatre centimètres et demi. Ces petits bons-hommes n’ont pas besoin d'être bien soignés comme dessin, on indique la masse des formes principales, et cela suffit. Avec la peinture que l’on met dessus, on leur donne à peu près l'aspect d’une figure humaine, je parlerai tout-à-I’heure de cette peinture. L’autre pièce sera le creux Ju demi-relief : ils sont pris l’un sur l’autre; car la condition indispensable est que ces deux pièces coïncident parfaitement ensemble.

Pour faire ces petites figures, on prend de ces feuilles de cuivre minces comme du papier, enfin de cette espèce de fort paillon qui sert à graver à jour. On le fait recuire en le mettant au feu pour qu’il soit plus souple et qu’il puisse s’estamper facilement. On en met un morceau sur le creux, on applique le relief dessus et on l’estampe d’un coup de maillet, on rabat bien les bords pour les dresser. On les retire du moule et on coupe le superflu du cuivre qui reste autour, à l’exception de deux millimètres que l’on laisse pour joindre deux parties ensemble ; car, pour faire un ludion, il faut deux. parties. Pour coller ces deux parties, on se sert d’un mastic dont je donnerai tout-à-l’heure la composition. On allume une bougie, on chauffe le mastic pour le liquéfier, on en enduit tout l’intérieur des deux pièces qui doivent composer le ludion. Cet enduit est nécessaire pour boucher les petits trous qui pourraient se trouver dans la feuille de cuivre. Ensuite on réunit ensemble les deux pièces du ludion, qui sont déjà disposées à tenir par le mastic que l’on vient d’appliquer. On chauffe à la bougie pour attendrir le mastic qui s’est refroidi, et avec les dents ou autre chose on serre les bords des deux pièces ensemble pour les faire bien joindre sur tous les points : cela fait, on met du mastic autour des joints pour fermer bien hermétiquement; car il ne faut pas qu’il y ait la moindre ouverture, cela est très-important; il faut même, quand on enduit l’intérieur des pièces du lu-

SUPPLÉMENT

dion, regarder bien attentivement à la lumière, pour voir s'il n’y a point quelques petits jours, que l’on boucherait bien exactement au mastic s’il y en avait.

En mettant le mastic, il ne faut pas oublier de faire des deux côtés de la tête, deux petites cornes avec ce même mastic. Ces cornes facilitent beaucoup les mouvements du ludion, parce qu’elles coupent l’eau. On peut même aussi figurer deux petits pieds s’il n’y en avait point au moule, il suffit pour cela de chauffer le mastic et d’en laisser tomber une goutte à l’endroit où on veut figurer un petit pied ou une corne.

Quand les deux pièces du ludion sont bien réunies, on perce avec une forte aiguille, un trou à l’endroit à peu près de la ceinture, un peu sur le côté. Ce trou sert à y fourrer un petit tube que l’on fixe avec le mastic. Il faut que ce tube soit placé obliquement et non pas droit. On fait ce petit tube avec le même cuivre en feuille qui a servi à la confection des ludions, on roule ferme cette espèce de paillon autour d’une aiguille en faisant deux ou trois tours, et comme il y a toujours un des deux bouts plus gros que l’autre, on fera passer ce plus gros bout par le trou fait au ludion. Ce petit tube passe en dehors de 4 ou 5 millimètres et on le place derrière la petite figure. C’est par lui que les ludions acquièrent la faculté de varier leurs mouvements, ce qui les rend bien supérieurs aux anciens ludions et plus mystérieux.

Quaud les ludions sont entièrement confectionnés, on les peint avec des couleurs détrempées au vernis gras copal y mais avant de les peindre avec les différentes couleurs, on donnera une couche générale d’une couleur quelconque. Cette couche sert à boucher les petits trous qui pourraient encore se trouver dans quelques endroits de la petite figure et que le mastic n’aurait pas tout-à-feit remplis.

Voici la composition du mastic qui sert à coller les ludions:

Poix résine 2 parties.

Cire jaune 1 —

Gomme laque. . 1/2 —

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