‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 56 sur 64 · TOUR AVEC UNE PIÈCE DE CINQ FRANCS · texte numérisé non relu

TOUR AVEC UNE PIÈCE DE CINQ FRANCS

dans votre main : cette introduction est très-facile, seulement il ne faut pas oublier de placer la tabatière de façon à savoir où est la fente pour ne pas tâtonner.

On fait sonner en secouant la tabatière où est censé la pièce marquée. On demande à la personne qui est près de soi où elle croit qu’est la pièce. Cette personne indique naturellement la tabatière où elle entend du bruit; mais en faisant sonner l’autre tabatière où est la pièce marquée, on dit : « Vous vous trompez, car elle est là. » On remue la première tabatière, on n’entend plus rien. Pour prouver que c’est bien la môme pièce, on fait ouvrir la tabatière pour faire voir et reconnaître la pièce. On fait remettre cette pièce dans la même tabatière et on la fait entendre tantôt dans une tabatière et tantôt dans l’autre. Enfin, pour terminer, on pose sur la table la tabatière où est la pièce marquée en laissant couler cette pièce dans sa main, et on dit : « Pour vous faire voir que je puis faire passer cette pièce où je veux, je* vais la prendre sans toucher à la boite que je tiens de l’autre main. » On feint alors de la tirer le long de son bras, on la montre au voisin. Dans le temps que ce dernier fait son exa-: men, on fait pisser l’autre pièce restée dans la tabatière que l'on tient enQire, sous cette tabatière qui doit la cacher entièrement. On ouvre la boite et l'on fait voir qu’il n’y a plus rien.

Pour être sûr que personne ne puisse s’apercevoir du passage de la pièce sous la tabatière et d’opérer en toute sécurité, Conus passait sa main derrière le spectateur qu’il avait fait venir auprès de lui, sous prétexte de l’engager à bien s’assurer que ce sont les mêmes marques faites à la pièce par les assistants et par lui.

Nota. Il faut avoir soin de tenir les doigts le long de la fente de la tabatière quand elle est ouverte, afin que l’on ne voie pas de jour qui pourrait se faire apercevoir au travers.

SUPPLÉMENT

SECTION XIV

• Tour du parapluie. .

Ce tour est un tour de théâtre d’un assez bel effet; et malgré qu’il ait été exploité par beaucoup de prestidigitateurs, on le voit encore avec plaisir.

Plusieurs amateurs de physique amusante m’ont témoigné le regret de ne l’avoir pas trouvé dans ma Sorcellerie expliquée; pour réparer cette omission, je vais donner à ce tour une place dans mon supplément.

Effet du tour. — On emprunte des mouchoirs desquels on fait un paquet que l’on pose sur une table. On couvre ce paquet d’un grand vase.

On prend une boite dans laquelle on fait voir qu’il n’y a rienfeton la met bien en vue des spectateurs.

On présente un parapluie que l’on met dans un étui assez grand pour le contenir.

Ces choses ainsi disposées, on touche avec la baguette magique l’étui et la boite. Avec cette môme barrette, on fait quelques signes cabalistiques au-dessus du vttse qui couvre les mouchoirs. On lève ce vase, le paquet a disparu. On retire de l’étui le parapluie que l’on ouvre; on le voit dépouillé de sa couverture, et portant au bout de ses branches les mouchoirs empruntés.

On ouvre la boite que l’on avait montrée vide, qui avait toujours été sous les yeux des spectateurs, et on retire de cette boite la couverture du parapluie.

Explication. — Ayant emprunté une demi -douzaine de mouçhoirs, on en prend un pour envelopper les autres. On pose le paquet sur la grande trappe de la table et on le couvre du vase conique dont j’ai parlé plusieurs fois dans ma Sorcellerie expliquée.

On fait voir le faux tiroir ou tiroir vide de la boite dite aux.

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TOÜR DU PàRAXI.UIE.

bonbons, que j’ai décrite dans la Sorcellerie expliquée , et que l’on trouvera sous le numéro 3 de la section 23 du chap.2.

On pose cette boite sur une table de façon à ce qu'elle soit vue de tous les spectateurs.

On prend un parapluie que l'on fait voir de toutes 'manières pour prouver qu’il n'y a aucune préparation.

Mais pendant que le prestidigitateur fait examiner son parapluie et montre que sa boîte ne contient rien, le compère qui se glisse sous la table à trappe, s’empare des mouchoirs et les attache vite chacun par un des coins au bout de chaque branche d’un parapluie sans couverture. Cette couverture, qui est pareille à celle du parapluie que le prestidigitateur vient de montrer, est renfermée dans la partie supérieure du tiroir double dont nous venons de parler. Les mouchoirs étant attachés, le compère met de suite celte carcasse de parapluie ainsi décorée dans un grand étui à deux compartiments.

Le physicien ayant amusé l’assemblée avec son parapluie, le temps nécessaire pour les opérations de son compère, va chercher l’étui et met son parapluie dans celle des deux cases qui est vide. Après, le magicien prend sa baguette, s’en sert pour conjurer les mouchoirs qui sont censés encore sous le vase. Il touche aussi de sa baguette la boîte et l’étui. Il relève le vase qui couvrait les mouchoirs ; il n’y a plus rien. Il retire de sa case le parapluie préparé, l’étcnd, et on voit les mouchoirs pendus tout autour. On ouvre la boîte en emportant le tiroir tout entier, et dans lequel se trouve la couverture du parapluie qu’il fait voir aux spectateurs.

On trouvera chez les constructeurs d’objets de physique amusante tout l’appareil nécessaire pour ce tour : tels que les parapluies, l’étui à deux cases, la boîte aux bonbons, le grand vase conique qui est indispensable pour couvrir toutes choses que l’on met sur la trappe dans le but de les faire disparaître.

Quant à la table à trappe, comme ordinairement, on met autour une garniture qui tombe jusque sur le plancher. Dans

SUPPLÉMENT

le cas où on voudrait faire ce tour dans un salon, on pourrait disposer cette table de façon à ce que le compère pût se fourrer dessous sans être aperçu et se retirer de même.

On peut soi-même se procurer une de ces tables, rien n’est plus simple que sa construction.

Voir pour cela la description que j’en donne dans ma Sorcellerie expliquée , chapitre 3, section lre.

SECHON XV.

Tour de carte oublié dans la sorcellerie expliquée.

L’effet de ce tour a beaucoup d’analogie avec celui de la pièce de cinq francs qui passe d’une tabatière que l’on tient d'une main, dans une autre tabatière que l’on tient de l’autre main, et ayant les bras étendus, tour dont nous nous sommes occupés précédemment.

Pour ce tour de carte, on prend un jeu que l’on sépare en deux parties. On met une de ces parties dans chaque main et on étend les bras. On montre la première carte qui se trouve sur l’une des parties en la glissant du pouce sur le bord du paquet que l’on tient, et en levant le poignet pour que la carte soit bien en vue des spectateurs. On ramène la carte sur le paquet, et, par un mouvement sensible fait en même temps des deux poignets, la carte passe (aux yeux de l’indocte vulgaire) sur l’autre partie que l'on tient de l'autre main; de celle-ci sur l’autre, et alternativement de l’une à l'autre autant de fois que l’on veut.

Pour faire ce tour, il faut avoir un jeu préparé d’avance, tel que je vais l’expliquer :

D’abord il faut une clef au jeu. On sait que c’est une caxte plus longue ou plus large que les autres et que l’on sent facilement par le tact du bout des doigts.

On fait du jeu deux parties. On sépare aussi en deux cba-

TOUR DE CARTE

cune de ccs deux parties, pour mettre ces deux parts face contre face, ce que l’on appelle faire baiser les cartes. Ainsi, voilà donc les deux parties du jeu qui présentent le dos des cartes des deux côtés.

On met la clef sur une des parties, et sur l’autre il y aura une carte pareille à la clef ; car il faut deux cartes semblables, mais une seule clef. Enfin, on réunit ces deux parties, de manière à ce que la clef se trouve au milieu du jeu et posée sur sa pareille.

On place sur une table ce jeu ainsi préparé. Quand on veut faire le tour, on le prend comme le premier venu qui vous tombe sous la main. On coupe le jeu par la clef, mais comme si l'on coupait au hasard. De sorte que la main qui a coupé, aura la clef sous le paquet qu’elle tient, et la carte pareille à la clef se trouvera sur l’autre paquet tenu de l’autre main. On montre, comme je l’ai dit, cette dernière carte aux spectateurs comme prenant indifféremment la première carte qui se présentera. On montre également la première carte qui se trouve sur le paquet de l’autre main pour faire voir qu’elle n’est pas semblable à l’autre.

Je suppose que la carte double soit la dame de carreau et que celle des deux qui n’est pas la clef, soit sur le paquet que l’on tient de la main droite, on a donc l’autre dame de carreau qui est la clef sous le paquet que l’on tient de la main. Ayant, comme je l’ai dit, fait voir les deux cartes qui sont sur les deux paquets, on annonce que la dame de carreau que l’on vient de montrer, va passer du paquet de droite sur celui de gauche. On a soin de tenir sur le bout des doigts les cartes maintenues par le pouce. Alors, pour opérer cette transposition, on n’a qu’à fermer les deux mains en levant le pouce pour laisser placer les cartes qui se retournent naturellement; mais en faisant faire ce mouvement aux cartes, il faut en même temps faire celui des deux joignets dont j’ai parlé plus haut, afin que l’on ne puisse s’apercevoir de ce renversement que l’on faitsubir aux caries. Ce mouvement des poignets se fait très-brusquement comme si on décrivait un cercle.

SUPPLÉMENT

Oa comprend que les deux parties du jeu étant retournées, la dame de carreau qui était sur le paquet de droite se trouve dessous, et que La carte de gauche qui était dessous se trouve dessus.

On remontre ces cartes qui sont sur les paquets, et la dame de carreau qu’on venait de voir à droite, se voit à gauche et parait avoir passé invisiblement d’un paquet à l’autre. On peut, si l’on veut, produire cet effet plusieurs fois de suite.

Pour se faire une clef dans un jeu, on est obligé de couper toutes les cartes, excepté celle que l’on réserve pour clef. Si l’on veut prendre cette clef par sa largeur, on coupera les cartes sur leur largeur, en prenant avec des ciseaux le plu» proprement possible environ un millimètre sur un côté seulement. On coupera bien entendu les cartes sur leur hauteur si l'on veut prendre la clef par sa hauteur ou hauteur du jeu.

Les prestidigitateurs mettent quelquefois deux clefs dans un jeu, l’une sur la hauteur, l’autre sur sa largeur. Alors il» font couper les cartes sur leur hauteur et sur leur largeur.

Pour éviter de couper les cartes en me procurant une clef, j’ai quelquefois employé un moyen qui m’a réussi. J’achetais des jeux de cartes de divers fabricants, et je trouvais souvent une différence dans la dimension des jeux. Alors j’en prenais une du jeu le plus grand et je la changeais avec la môme carte du plus petit jeu, et j’avais des clefs sans toucher à mes car tes»

SECTION XVI

Multiplication des pièces de monnaie, tour nouvellement perfectionne.

Ce tour très-agréable se fait de plusieurs manières; la plus généralement adoptée par les prestidigitateurs est celle que

j’ai décrite dans la Sorcellerie ancienne et moderne expliquée. Mais je puis assurer que la méthode que je vais donner pour faire ce tour, le place parmi les plus étonnants.

Je ne manquais jamais de le faire dans les petites séances que je donnais à des amis, il faut l’avoir vu pour croire à l’effet qu’il produit, malgré la simplicité de sa composition ; aussi était-il du petit nombre de ceux que je m’étais réservés, et j'y tenais d’autant plus que je suis certain que personne ne le connaît tel que je vais l'expliquer, cependant on procède comme dans le tour déjà connu.

Effet du tour. — On donne 25 pièces de monnaie ou des jetons à une personne de l'assemblée. On la prie de compter ces pièces dans un petit plat que l’on fait examiner de tous côtés pour prouver que ce plat est très-simple et ne contient aucune préparation. On montre aussi le dedans de ses mains pour faire voir qu’il n’y a rien de caché.

Les pièces étant comptées, on les verse dans les mains de la persunue qui vient de prendre cette peine. On lui en reprend cinq et on lui recommande de bien cacher dans ses mains toutes celles qui lui restent. On va chercher un carré de papier, et devant toutes les personnes assemblées et qui vous entourent, on enveloppe dans ce papier les cinq pièces qui vous ont été rendues. Il faut toujours tenir le papier, et les cinq pièces du bout des doigts, pour que l’on ne soupçonne point d’escamotage.

Les pièces étant enveloppées, on feint de les prendre invisiblement de l’index et du pouce l'une après l'autre, ,et de les renvoyer avec les autres dans la main de la personne qui les tient. Quand elles sont toutes les cinq censées rendues à leur destination, on déchire le papier, on le jette, à la grande surprise des personnes présentes, qui ne peuvent comprendre comment elles ont disparu. Le dépositaire des pièces les recompte, persuadé qu’il n’en avait plus que vingt, mais il retrouve ses vingt-cinq.

Explication, Pour faire ce tour selon ma méthode, il faut

se procurer deux objets qui pourront aussi servir pour d’autres tours. ,i

D’abord, on fera placer par un horloger, un barillet ou tambour de montre entre deux plaques très-minces de cuivre, qui seront soutenues par quatre petites colonnes. Ce barillet aura pour fonction de rouler sur lui-méme et de laisser dérouler une très-fine corde de boyau plus menue que la chanterelle d’un violon. Le bout de cette corde qui n’est point attachée au barillet, passera par un trou fait au milieu d’une des petites colonnes qui maintiennent les deux plaques, de sorte qu’en tirant ce bout, le barillet puisse laisser à la corde la liberté de s’allonger de 25 à 30 centimètres et de rentrer si on la lâche, en s’enroulant autour du barillet par l'effet du ressort qui se détend. Il est nécessaire de faire un nœud à la corde où on veut qu’elle s’arrête, sans quoi elle rentrerait jusqu’à ce que le ressort fût tout-à-fait détendu, ci qui quelquefois le fait dégrafer du crochet auquel il est at taché et donne l’embarras de le remonter. Enfin cette corde est au barillet, ce qu’est la petite chaîne qui l’entoure quand il est dans la montre, sauf qu’il n’est point attaché par les deux bouts comme la chaîne qui l’est au barillet et à la fusée. Au reste, il n’y a point d’horloger qui ne comprenne de suite cette petite pièce, avec le quart seulement des explications que je viens de donner. A l'opposé du trou fait à la petite colonne pour laisser passer la corde, on fera souder sur la plaque un petit crochet, car la pièce que je viens de décrire est destinée à être renfermée dans une manche de l’habit quand on veut s’en servir, et on l’attache par un crochet.

Nous avons encore à donner l’explication d’une seconde machine, qui certes n'est pas compliquée. C’est un petit plat en fer-blanc, tout simple, que l’on ne fera pas peindre, afin de prévenir tout soupçon de mécanisme ; mais on le fera planer pour plus de propreté.

Seulement, sous le bord de ce plat, on fera souder une petite pièce du même fer-blanc, qui laissera une ouverture

entre elle et ce bord, capable de contenir cinq jetons ou petites pièces de monnaie. Il faut, bien entendu, que cette pièce de for-blanc ne soit pas visible, mais cachée par le bord du plat; il ne faut pas non plus qu'elle soit d’une telle étendue, que l’on ne puisse la cacher facilement avec la main quand on tient le plat. Voilà tout l’appareil dont nous avons besoin pour le tour.

An lieu du plat dont je viens de parler, j’aurais bien pu en proposer un autre que je connais. C’est un plat long, d’une forme carrée et peint, composé de deux fonds.Dans l’intérieur, entre ces deux fonds, est pratiqué un conduit pour y placer à la file les pièces de monnaie que l’on veut y mettre. On le i&it ordinairement pour contenir cinq pièces. Il faut que les pièces puissent couler facilement dans ce conduit, mais il ne :feut pas laisser trop d’espace pour la largeur et l’épaisseur de ces pièces; car elles pourraient, en coulant, s’engager les .unes sur les autres, ce qui les ferait arrêter. Il faut enfin que ce conduit soit fait pour les pièces que l’on a l’intention d'y placer. Cette invention n’est pas mauvaise, et je ne la décris que pour la faire connaître aux personnes qui ne la connaissent pas. Pour s’en servir, on fait, comme pour la mienne, compter les pièces avec lesquelles on fait le tour. En les glissant dans les mains <Fune personne, celles qui sont enfermées -tombent avec les autres par l’ouverture que l’on laisse au conduit et on ne s’en aperçoit pas, d’autant moins que ce plat est peint en noir par-dessous. Mais ce que je n'aime pas dans ce plat, c’est qu’il a un aspect qui inspire le soupçon de quelque mécanisme. On voit que cet ustensile n’est fait pour aucun usage ordinaire. A sa forme longue et carrée, on pense naturellement qu’il a été fait à dessein, en vue de quelque supercherie. Son épaisseur qu’on ne peut dissimuler, fait juger qu’il n’est pas aussi innocent qu’il veut en avoir d’air. Enfin, je ne veux pas que les instruments qui me servent dans le tour dont nous nous occupons, sentent le moins du monde la préparation. Revenons-y.

Sorcellerie expliquée. »’ 41

11 est inutile de répéter ce qui a été dit dans l’explication du même tour que j’ai décrit, où je l’ai indiqué au commencement du présent article. Je vais seulement parler de la différence qu’il y a entre la méthode que je donne maintenant et celles déjà connues. Pour introduire les cinq pièces sans qu'on s’en aperçoive, dans les mains de la personne à laquelle on en avait donné 25 à tenir, on se sert ordinairement d’un moyen bien simple, mais ingénieux, c’est celui que j’ai indiqué dans le premier tour auquel j’ai renvoyé. Ce moyen est de cacher cinq pièces dans ses doigts sous le plat en le tenant. En versant les pièces qui sont dans le plat, on laisse tomber avec celles que l’on tenait. Mais malheureusement ce moyen est déjà trop connu des prestidigitateurs. De plus, on ne peut pas montrer ses mains ; et si quelque fâcheux vous demandait à les vôir, on serait fort embarrassé. Avec le plat simple dont j’ai donné la description, on n’a pas le même risque à courir. On peut montrer la main qui tient le plat ainsi que l’autre. On retourne le plat ; on frappe dessus pour faire entendre qu’il ne sonne pas le creux, et on se trouve à l'abri des soupçons.

La pièce de fer-blanc mise sous le plat étant toujours cachée par votre main ne peut pas être aperçue, et cette même main maintient encore les pièces, qui de toutes manières ne peuvent pas s’échapper, car la petite casé’ où elles sont, est placée un peu obliquement de haut en bas pour les empêcher de ne couler que quand on renverse le plat pour faire tomber les pièces dans les mains de la personne qui s’est chargée de les prendre.

Quant à la manière d’escamoter les cinq pièces pour les faire retourner dans les mains de la personne qui vient de vous les rendre, c’est une des plus ingénieuses et des plus surprenantes que l’on puisse imaginer. On attache au bout de la corde du barillet, cinq pièces de monnaie ou jetons, selon la qualité des pièces dont on se sert dans le tour; on attache, dis-je, cinq pièces. Le moyen de les attacher, est de

faire percer un petit trou au bord de chaque pièce. On passe le bout de la corde par ces trous et on fait deux nœuds. On accroche dans sa manche le barillet ainsi disposé, de façon à ce que les cinq pièces soient un peu en dedans de la manche. Je ferai remarquer que le barillet ayant tiré ces cinq pièces, elles touchent au barillet. Quand on yous a rendu les cinq pièces que vous ave-z redemandées, vous allez, sous prétexte d’avoir besoin d’une demi-feuille de papier, porter ces cinq pièces sur une table que l'on doit toujours avoir au fond du salon ; mais en les portant, on tire celles qui sont attachées au barillet, et on les tient au bout des doigts. Ou ne peut pas voir la petite corde, quelque près que soient les spectateurs de vous, parce que cette petite corde est cachée dans l'intérieur de la main. Ces cinq pièces que l’on vous voit tenir, sont toujours regardées par les spectateurs, comme étant celles que vous venez de poser secrètement sur la table, rien ne les oblige à en douter, puisqu’ils les voient. Vous enveloppez ces pièces dans la feuille que vous tenez, vous en imprimez bien la forme dans le papier, et tout en faisant cet enveloppement sous les yeux des spectateurs, tenant toujours les pièces et le papier du bout des doigts, vous ménagez une ouverture au papier par une certaine disposition que vous donnez aux plis. Les pièces passent par cette ouverture pour rentrer dans la main quand vous les lâchez. Il est impossible de voir le mouvement de ces pièces, puisqu’elles sont entièrement cachées par la main.

Ayant fini ce simulacre d’enveloppement, vous feignez de prendre les pièces l’une après l’autre en pinçant le papier du bout des doigts, et de les envoyer avec les autres tenues par la personne dont nous avons parlé. La cinquième étant censée envoyée, on déchire le papier et on jette les morceaux que l'on envoie sur le plancher d’un coup de doigtjOn doit se figurer l'étonnement des spectateurs, qui pensaient que les pièces étaient toujouis restées dans le papier où ils voient qu’il n’y a plus rien, et ce qui augmente leur surprise, c'est

de n’avoir vu faire aucun mouvement des mains qui puisée leur faire concevoir le moindre soupçon d’escamotage.

Pour cet escamotage des pièces, je puis donner encore uü autre moyen que pourraient employer les prestidigitateurs, qui, voulant faire ce tour, n’auraient pas le barillet dont je viens de parler. Ce moyen est très-simple et tient absolument à la prestidigitation.

On prend deux vases de pareille matière, comme par exemple deux gobelets à escamoter. On en place un sur la tablette de sa table (nous avons parlé de cette tablette dans la description des tables), et l'autre on le dispose tout prêt à prendre au besoin.

Ayant redemandé cinq pièces des vingt-cinq que l’on avait prêtées, on revient à sa table, sur laquelle on pose le gobelet disponible. On montre les cinq pièces que l’on tient de la main droite. On dit que l'on va mettre ces pièces dans le gobelet que l’on voit, et que sans toucher au gobelet, on ordonnera aux pièces que l’on va mettre dedans, de retourner invisiblement dans les mains de la personne qui vient de les rendre. On feint de mettre ces pièces dans la main gauche, mais on les escamote dans le creux de la droite. On pose sans affectation cette main droite sur le bord de la table, au-dessus du gobelet qui est sur la tablette. Alors feignant de laisser tomber dans le gobelet qui est sur la table, les pièces qui sont censées dans la main gauche, on laisse tomber dans le gobelet de la tablette, les pièces que l’on retenait dans la droite. Le bruit que font ces pièces en tombant, trompe les oreilles des spectateurs; car ils croient bien que ce bruit part du gobelet qui est sur la table et ne doutent pas que les pièces ne soient dedans. On couvre ce gobelet dè quelque chose. Alors avec la baguette magique, on touche le gobelet en ordonnant aux pièces qui sont dedans d’en sortir et de retourner avec les autres dans les mains dè la personne qui les tient. On découvre le gobelet et on fait voir qu’il n’y a plus rien. On compte les pièces, et les vingtcinq s’y trouvent.

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