‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 58 sur 64 · TOUR DE LA BAGUE · texte numérisé non relu

TOUR DE LA BAGUE

fous avez jeté la bague, puisqu’on ne la voit plus dans vos taains, étant rentrée dans la manche. La personne qui a prêté la bague, la retire de la canne et la reçonnalt. Je pense qu’on a de la peine à comprendre comment une bague sans ôuverture a pu s’enclaver ainsi dans une baguette, et qu’on

est tenté de oroire que l’impossible est possible pour les

prestidigitateurs.

On voit que le barillet ou tambour de montre peut servir, comme nous l’avons dit, pour d’autres tours que celui de la multiplication des pièces de monnaie. Ce petit instrument h’est même pas nouveau, puisque le fameux Conus, physicien de mérite , surtout pour la physique curieuse , et qui Vivait dans le dix-huitième siècle, en faisait usage dans quel- ' ques récréations, qui seraient de peu d’importance à présent. Il faut dire que Conus qui donnait des séances de physique expérimentale très-intéressantes, dit-on, avait l’habitude, dans le courant de ses séances, de faire plusieurs tours d’adresse pour égayer les spectateurs que les expériences sérieuses ne faisaient pas toujours rire. Je vais mentionner un de ses tours, non pas pour qu’il figure dans mon supplément comme en faisant partie, mais seulement dans le but de donner une idée plus étendue de l’emploi que l’on peut faire du tambour de montre ou barillet.

Ce tour est donc fort ancien, j’ai oui dire que Pinetti, escamoteur, qui vivait sous le règne de Louis XVI, le faisait aussi. Cependant je ferai observer que son ancienneté même pourrait le faire passer pour nouveau si on l’exécutait maintenant, car il doit être inconnu de la génération actuelle. Quoi qu’il en soit, voici le tour :

On a une baguette attachée à la corde du tambour placé dans la manche, on en emprunte une pareille à celle qu’on a préparée, et, comme dans le tour que je viens de décrire, on feint de la porter de la main droite à la gauche, mais on la retient dans la main droite en montrant de l’autre main la bague qui communique au barillet. On aura d’avance atta-

SUPPLÉMENT

ché un petit crochet à son pantalon sur le côté extérieur de la cuisse à droite. On étend le bras gauche de toute sa longueur en laissant tomber naturellement le bras droit. On profite de cette position du bras droit pour attacher au petit crochet la bague qu'on a dans la main. Vous demandez à quel doigt de la main droite on veut que vous lassiez passer la bague que vous tenez de la main gauche.

On montre sa main droite en faisant cette question pour faire voir qu’elle ne renferme rien, et on la laisse retomber. Aussitôt que l'on a indiqué le doigt, vous le passez de suite dans la bague qui est au crochet et vous étendez ce bras droit de même que l’autre. Vous faites remarquer que vous tenez toujours la bague de la main gauche ; vous fermez cette main en lâchant la bague qui rentre dans la manche. Vous commandez à la bague de passer au doigt que l’on a désigné de l'autre main. Vous ouvrez les doux mains, on ne voit plus rien dans la gauche, et on voit la bague au doigt désigné de la droite.

Gomme je l’ai dit, ce barillet est connu depuis longtemps, mais on ignorait les tours auxquels il peut servir. On en faisait usage seulement pour des puérilités, tel par exemple, d’enfermer une pièce de monnaie dans sa main et que l’on faisait disparaître. Voilà pourquoi il est presque oublié maintenant. J’ai eu à cœur de le faire revivre, sachant de quelle utilité il peut être dans la prestidigitation.

SECTION XVIII

Moyen ingénieux de faire le tour de la jarretière

coupée.

On voit souvent exécuter ce tour ; il y a plusieurs manières de le faire que je connais, mais celle que je vais décrire est, à mou avis, la mieux imaginée. Comme on ne fait pas ce tour suivant la méthode que je vais donner, je crois faire

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plaisir aux amateurs de prestidigitation de la leur faire connaître.

Ce petit tour, fort modeste par nature, est néanmoins trèsagréable; et on jugera à sa physionomie distinguée, que dans une séance de salon, il tiendra honorablement sa place.

Escamotez la jarretière d'une dame; non, plutôt ayez en une à vous. Etendez-la sur une table. Prenez-en un bout de chaque main avec le pouce et l'index : vous laisserez passée de ces bouts en dehors des doigts, environ cinq centimètres. Maintenant, avec le plus grand doigt de chaque main et l'index qui est déjà occupé à tenir la jarretière par un" bout, prenez cette jarretière de façon à laisser entre vos nûaÎBS un espace d’à peu près dix centimètres.

La jarretière ainsi disposée , présentez-la à une personne qiri se sera préalablement munie d’une paire de ciseaux, sur vôtre invitation. Priez cette personne de couper la jarretière ati milieu de l’espace qui se trouve entre vos mains. Il est évident pour tous ceux qui sont présents, que si l’on coupe à cet endroit, la jarretière sera bien partagée en deux. Cette personne s’étant approchée et sur le point de couper, retirez vivement vos deux mains de côté , comme par plaisanterie, en lui disant : Mais ne coupes pas les doigts. Ce mouvement qui parait n’ètre fait que par badinage a pour but de changer la disposition de la jarretière ; car, tout en le faisant, vous dégagez le grand doigt d’une des deux mains, qui abandonne la jarretière, qu’il maintenait, pour s’emparer promptement de la partie la plus voisine de lui, de la jarretière tenue par l’autre main et remettre cette partie dans la position qu’avait l’autre partie abandonnée, qui formait l’espace dont j’ai parlé. Ainsi, dans cet état de choses, l’aspect de cette dernière disposition de la jarretière est tellement semblable au premier, que l’on ne peut pas faire attention à une légère différence qu’il pourrait y avoir. Ce changement de disposition doit se faire en un clin-d’œil.

La personne coupe cette fois dans le milieu qui lui est pré-

SUPPLÉMENT

senté. Vous lâchez de suite tout ce que tenait de la jarretière la main du grand doigt qui s'est dérangé : deux longues parties tombent, et avec ces deux parties, la main encore occupée ne tient plus qu'un court bout dont on relève austitôt les deux extrémités. Alors on semble bien tenir une jarretière réellement coupée en deux , car la désqnion de la jarretière et du bout coupé est cachée par les doigts.

Vous dites que vous allez rétablir la jarretière selon une méthode qui vous est connue. Vous roulez le bout coupé dans vos doigts en façon de boulette et vous l'escamotez, comme une muscade, entre l'annulaire et le grand doigt; mais en faisant cette espèce d^pelotte, vous roulez pareillement une partie de la jarretière que vous tirez peu à peu et vous tenez ce petit peloton caché dans votre main. Vous * faites prendre par deux personnes, les deux parties qui pendent de la jarretière. Elles tirent chacune de leur côté. D'abord voyant que la jarretière s'allonge sans effort, on eroit que ces deux parties sont séparées, que la jarretière est vraiment coupée et que le tour est manqué ; mais quand on sent de la résistance, et que vous lâchez la main, on 'est fort étonné de la voir dans son entier; on cherche la soudure et on ne voit rien.

Mais ce n’est là encore que la moitié du tour. Il faut tirer parti du bout qui vous reste dans la main. Vous dites : » Mais à propos, j’ai oublié une chose importante. Je sais (pie l'on a cherché à imiter le tour que je viens de faire, mais on ne le faisait qu’aux dépens de la jarretière à laquelle on coupait un bout. De ce bout on faisait un nœud autour de la jarretière qui paraissait grossièrement rattachée. On coulait la main tout le long en emportant le faux nœud, qui, disparaissant, faisait voir la jarretière parfaitement rétablie.

» Mais pour prouver que je n’ôte rien à la jarretière, je vous prie d’en mesurer exactement la longueur, que vous vérifierez après que j’aurai fait le tour de nouveau, car je vais le recommencer. »

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Pendant que l’on mesure la jarretière, vous préparez le bout qui est resté dans votre main , en le pliant en deux, et reprenant la jarretière aussi pliée en deux, vous rajuste* adroitement ces deux parties, de façon que les deux extrémités du petit bout soient contre le pli de la jarretière. Vous tenez caché ce pli et ces extrémités avec le pouce et l'index* Par cette disposition, l’extrémité pliée du petit bout qui paraît en haut, représente parfaitement la jarretière pliée simplement en deux. Vous faites couper à cet endroit, et alors la jarretière semble bien visiblement coupée. On en voit les deux extrémités en haut et en bas. Vous faites de même que la première fois, vous roulez dans vos doigts les deux morceaux du bout coupé, et vous le placez entre deux doigts. Comme 7ous avez aussi roulé une partie de la jarretière, vous faites toujours comme la première fois, vous faites tirer les deux bouts pendants de la jarretière, dont on vérifie la longueur * que l’on trouve juste.

Ce petit tour fait de cette manière et bien exécuté est réellement agréable. Il me rappelle un autre petit tour assez joli que l’on fait avec du fil à coudre, mais il ne peut se produire qu’en petite assemblée, comme quand on est à table pour s’amuser. Cependant, comme il est très-peu connu, assez plaisant et facile à exécuter, je crois devoir le communiquer au lecteur, dans l’espoir qu’il voudra bien l’agréer. Le voici.

SECTION XIX

Joli petit tour fait avec du fil à coudre.

Ayez deux aiguillées de même fil et de même longueur.

Vous avez remarqué que quand on rapproche le doigt indicateur du pouce, comme si on voulait pincer quelque chose, le bout de l’index était saillant sur le pouce, c’est-à-dire plus allongé.

Enroulez sur le bout saillant de l’index, une des aiguillées ;

SCG .ÉMEUT. 7

vous en faites un petit peloton que vous gardez dans vos doigts comme si vous teniez une prise de tabac. Vous prenez de ces mêmes doigts, la seconde aiguillée par un de ses bouts. De l’autre main, vous prenez l’autre bout. Vous faites couper ce fil au milieu ; vous réunissez la partie qui vient d’être coupée, à l’autre partie toujours tenue par les deux doigts entre lesquels est déjà le petit peloton fait avec la première aiguillée. Vous reprenez de la main restée libre les bouts des deux parties coupées de l’aiguillée, et vous faites toujours couper au milieu et reportez encore par les bouts, les deux fils qui viennent d’être coupés, entre les doigts qui tieuneot toujours les autres bouts. Vous faites constamment de même, jusqu’à ce que les ciseaux n’aient plus de place pour couper sans compromettre les doigts des deux mains qui tienne?* les fils.

Je ferai observer que les deux doigts entre lesquels se trouve le petit peloton de fil entier étant toujours occupés à recevoir les bouts de fil et à les tenir, ne peuvent être suspectés en restant sans cesse dans l’état de jonction.

Vous mêlez tous ce6 petits bouts de fil en boulette, mais en faisant -ce tripotage du bout des doigts, vous changez de place les deux boulettes de fil, vous ramenez en avant celle du fil entier en mettant l’autre derrière. Alors vous saisissez un des bouts du fil entier qui parait, vous le tirez sans lâcher la boulette, et on voit ce fil reparaître dans toute sa longueur. Vous le roulez de nouveau autour du bout de l’index, vous faites les mêmes mouvements des doigts, et ramenez les bouts coupés que vous faites revoir en charpie. Maintenant pour terminer, vous reprenez toujours du bout des doigts, les fils coupés; et comme pour vous donner plus de ■facilité dans cette espèce de massage que vous opérez sur ces fils, vous portez les doigts de la main libre, à la bouche comme pour les mouiller un peu. Vous faites un geste deux ou trois fois, enfin pour la dernière, vous enlevez le petit peloton de fil coupé et le cachez dans la bouche en feignant de ne faire que mouiller vos doigts comme avant.

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