‹ La sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou, Cours complet de prestidigitationChapitre 59 sur 64 · FORCE FACTICE · texte numérisé non relu

FORCE FACTICE

Tout en enlevant le fil en charpie, vous aurez soin de laisser paraître le fil entier. Vous revenez sur ce fil, et en le développant vous le montrez dans toute son étendue, en laissant voir vos mains sans affectation, en vue de faire connaître qu’il n'y a rien de caché.

Ces petites récréations qui ne nécessitent aucun apprêt, sont plus précieuses qu’on ne le croirait d’abord, en ce qu’elles donnert occasion de passer agréablement le temps en compagnie; c’est un véritable antidote contre l’ennui. Souvent, ce sont des riens, mais ces riens amusent, et cela suffit. Quelques-uns même de ces amusements peuvent par occasion devenir utiles.

Il y a beaucoup de ces amusements plus ou moins connus, et pour en donner une idée, je vais, comme échantillon, en rapporter trois ou quatre que je tire au hasard d’un recueil que j’ai dans un petit coin de ma mémoire, et comme il faut donner un nom, un titre, à toute chose, je vais intituler ceux-ci selon leurs propriétés et l'effet qu’ils produisent.

' SECTION XX

Force factice, adresse fictive , jeu de filou, boussole improvisée.

Après son esprit dont il fait grand cas, l’homme aime beaucoup à faire valoir sa force musculaire dont il est trèsvain. Si l’on se trouve en société, et que sa conversation vienne à tomber sur l’éloge de cette qualité physique, on présente à celui qui parait avoir le plus de prétention, une corde d’une certaine force en lui demandant s’il a le poignet assez solide pour rompre cette corde. Il essaie, mais la corde ne cède pas. Vous la prenez et vous la rompez sans beaucoup d’efforts. Vous prenez de même un jeu de cartes ; vous le saisissez des deux mains et vous le déchirez comme une feuille de papier.

Sorcellerie expliquée. 42

490 SUPPLÉMENT

Les assistants vous rendent les armes et saluent votre puissance herculéenne.

Pour casser la corde, on la pose sur sa main droite en faisant la partie qui pend du côté du pouce, plus courte que l’autre qui est du côté du petit doigt. On prend pardessous la main, cette partie plus courte, vous la ramenez en dessus, sur le dedans de la main droite, et en la faisant passer sur l’autre partie, vous en entourez le petit doigt de cette même main droite. Vous prenez de la main gauche la partie qui est encore pendante et vous l’étendez horizontalement dans toute sa longueur, en mêm6 temps* que la main droite se retourne en se fermant. Vous remarquerez qu’en dedans de la main droite, les deux parties sont entrelacées. La main gauche s'entoure du bout qu’elle tient, se ferme aussi en tenant serrée la corde. On donne une secousse sèche et forte des deux mains, et la corde se rompt. On conçoit qu’elle se tranche dans l’entrelacement formé par le croisement des deux parties.

La disposition que je viens d’expliquer doit se faire en un moment, vous paraissez seulement assurer la corde dans vos mains pour qu’elle ne s’échappe pas par la secousse.

Il ne faut pas s’attacher strictement aux indications que je donne des mains; si l’on trouve plus commode de faire de la gauche ce que je dis de faire de la droite, il faut sans scrupule céder à cette propension instinctive. J'ai déjà fait cette observation dans ma Sorcellerie expliquée.

Maintenant, voyons si ce moyen de rompre une corde peut devenir utile.

Supposons que n’ayant aucun instrument tranchant à votre disposition, il vous soit d'urgence de séparer une corde assez forte pour résister aux efforts d’un homme vigoureux. On voit que le procédé que je donne deviendrait utile.

Quant au moyen de déchirer un jeu de cartes d’un coup, je n’entrevois pas duvtout le côté où il pourrait devenir utile : il me semble au contraire qu'il n’y aurait rien d'avantageux

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