‹ La sorcellerie des campagnesChapitre 11 sur 132 · LES ŒUVRES DE LA SORCELLERIE RURALE · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES DE LA SORCELLERIE RURALE

A ) Les œuvres majeures. — B) Les œuvres mineures.

Les maléfices que, dans les campagnes, on attribue aux sorciers locaux sont innombrables et varient à l’infini comme genre et comme ampleur, depuis la poule qui refuse de pondre parce qu’elle a été ensorcelée pour avoir pénétré indûment dans le champ de blé du voisin, jusqu’à la disparition de familles entières fauchées par un mal mystérieux que l’on attribue à un sort, alors que souvent la cause de la mortalité se trouve dans un mépris complet de la plus banale hygiène.

Il est donc impossible d’étudier isolément chacun des méfaits que l’on met au compte de la sorcellerie, mais on peut du moins les réduire à quelques espèces principales qui vont être étudiées successivement.

Tout d’abord ces maléfices se peuvent diviser en deux grandes catégories : — La première, que j’appellerai celle des œuvres majeures, peut ressortir à la véritable sorcellerie, à la sorcellerie de nuisance qui procède du magnétisme humain ou de la vieille Magie dont elle utilise des bribes de recettes incomprises pour elle — et la seconde, celle des œuvres mineures, qui très généralement prennent naissance uniquement dans l’imagination populaire ou dan- la vantardise des faux sorciers.

i) LES OEUVRES MAJEURES fl) Les sorts. — b) La lycanlhropie. — c) Le vampirisme.

Dans cette première catégorie, trois classes principales de maléfices retiendront notre attention : — les Sorts^ la Lycanihropie et le Vampirisme^ qui vont être étudiés successivement.

a) Les sorts ou charges

Comment on jette un sort. — Comment s’évitent les sorts.

Le sort est un maléfice qui procède de paroles, de gestes, de caractères écrits, de pantacles, etc. ; — les moyens de « jeter un sort » sont innombrables. La « charge » est un sort indirect, c’est-à-dire un sort qui, au lieu d’être jeté directement à son destinataire, est en quelque sorte chargé sur un objet quelconque choisi de façon à en augmenter l’intensité, et ensuite enfoui ou caché à proximité de la personne visée, soit sous son seuil, soit dans sa maison, soit même dans ses vêtements, pour, finalement, atteindre cette personne.

Ôn a vu, aux chapitres IV et V du présent ouvrage, par l’exposé des affaires judiciaires Castellan, Hocque, Thorel, et autres, que ce que les paysans appellent un a sort » existe réellement. Par malheur, dans la pratique, ce terme a reçu trop d’extension, et il n’est guère de gens, à la campagne, qui, dès que leur veau tourne mal ou que leur récolte leur semble insuffisante, n’accusent un sort quelconque... Leur exagération en ce sens est cause que nul, parmi les individus doués d’une demi-instruction, m? croit plus aux sorts — lesquels cependant existent, cela a été prouvé plus haut, bien que très rares, puisque pour être efficaces, c’est-à-dire pour ne pas être basés sur la

seule imagination, ils doivent avoir été jetés par un réel sorcier, par un sorcier magnétique ou goétien, sorte d’individus, à tout prendre, et heureusement, assez peu répandue.

Je vais examiner successi^^^ement comment se jettent les sorts et les moyens à employer pour se soustraire à leur influence.

1® Comment on jette un sort

L’aura humaine (note), — Un cas de sort jeté. — Terres envoûtées. — Pseudo-sorcellerie des sorts. — Le cas de Jaspruy. — L’esprit volant.

— Mode d’action. — Les gobes — Le cas Lefebvre. — Le mauvais œil.

— La suggestion. — Chevillage et enclouage.

Les moyens de jeter un sort — qui soit un véritable sort — ressortissent à l’hyperphysique du mal, à la goétie. On a vu plus haut que, pour qu^un sort puisse réellement avoir de l’efTicacité, il faut que le sorcier ait préalablement une influence de domination sur sa future victime, soit en possédant une volonté supérieure à la sienne, soit en la touchant (pour pénétrer son aura (1) et en

(1) L aura est une sorte d’émanation fluidique qui entoure le corps de l’homme comme d’une lueur, d’une phosphorescence, d’une sorte d’estompage, pour ainsi dire : c’est principalement autour de la tête et à l’extrémité des doigts qu’elle apparaît plus visiblement ; le nimbe ou l’auréole dont le catholicisme entoure la tête des saints n’est que la représentation de cette aura, qui est aujourd’hui, mais depuis peu, admise et reconnue par la science ; ainsi, les médecins nomment aura hystérique une sorte de vapeur, de fluide magnétique qui s’élève de la tête des hystériques, des épileptiques, au moment où ils se trouvent sous le coup d’une crise.

Pour les occultistes, Vaura indique le déplacement du corps astral, V extériorisation remise en lumière, en ces temps derniers, par divers savants.

L’aura épileptica est, d’après les personnes compétentes, la première manifestation convulsive de l’attaque d’épilepsie ; cette aura serait une déséquilibration de l’aura normale : on la nomme vulgairement boule hystérique. Van Helmont l’a connue. C’est surtout cette aura qui permet aux médiums, en possédant une haute dose, de produire des effets de matérialisations physiques.

Les Hindous, les Egyptiens et autres peuples de l’antiquité ont parfaitement connu l’aura, et cette émanation a été représentée, chez les Egyptiens, par une vapeur qui sort du cœur, qui s’élève, de là, à la hauteur de la tête, etee répand autour de celle-ci.

D'après quelques écrivains, l’aura serait l’aour de la Kabbalah ; nous

cr.:

conserver quelgue chose par devers lui), soit en se mettant en^ossession d’un objet quelconque lui ayant intimement appartenu, et par suite conservant avec soi une partie de cette awra, sur laquelle pourront s’exercer les maléfices à venir.

Mais, à côté de cette façon de jeter un sort réel, qui tient à l’hyperphysique absolue, il en est des quantités d’autres, qui vivent dans la mémoire des simples, qui ne sont, au fond, que des dégénérescences des procédés que je viens d’indiquer, mais qui, dans la croyance populaire, revêtent des formes multiples dont je vais examiner les principales.

Dans les pays où il existe des sorciers avérés ou soupçonnés, les mères prennent toutes sortes de précautions poùr défendre leurs enfants contre les mauvais sorts. Elles leur recommandent de ne jamais accepter les bonbons ou les fruits qu’on pourrait leur offrir dans la rue. Car il est très généralement admis que c’est surtout aux enfants que s’attaquent les jeteurs de nuisance ; ce qui tient probablement à ceci, que la Volonté de l’enfant est incapable d’une résistance quelconque : et, je l’ai écrit en maints endroits, toute magie — qu’elle soit du bien ou du mal — est œuvre de volonté. Et si, à cet égard, je pouvais établir une échelle de progression, je dirais que le pouvoir du sorcier, à la campagne, s’établit d’abord sur l’enfant, ensuite sur les animaux (l), puis sur la femme, et enfin sur l’homme.

ne le pensons pas personnellement ; nous supposons plutôt que Vaour des Hébreux tirait son origine des champs à.'aour de Vamenti des Egyptiens.

Chez les Hébreux, c’est, croyons-nous, le terme Haïah qui était synonyme d’awra ; c’était en effet une vapeur légère qui s’élevait du cœur ; ils la nommaient esprit vital, esprit simplement, et même fluide animique, termes qui dérivaient d’un verbe signifiant couvrir ; l’aura, en effet, couvre, enveloppe le cœur de l’homme. (E. Bosc, Dictionnaire cC Orientalisme).

(1 ) L’animal a, certes, plus que l’enfant, le sentiment de sa personnalité ; lorsqu’on veut magnétiser un animal — un chat, par exemple — il est prudent de prendre certaines précautions (l’attacher ou le mettre en général dans l’impossibilité de nuire) qu’il est inutile de prendre avec des êtres humains.

Voilà donc la manière dont les mawaises gens jettent leurs sortilèges : c’est en distribuant aux enfants des choses que ceux-ci acceptent sans défiance, des gourmandises ou des fruits, — que dans certains pays, on croit qu’ils recouvrent d’üne poudre grise {?), Dans ce cas, ils choisissent généralement des petites pommes rainettes, des prunes et des poires séchées au four.

La sorcière prend les allures les plus engageantes pour s’approcher des bambins. Elle arrête la mère, s’extasie sur la beauté et la santé de l’enfaut : c’est là l’ordinaire entrée en matière ; si elle parvient à embrasser le petit, celui-ci, dès ce moment, est ensorcelé. Elle a soin de saisir l’enfant par les poignets. Notez que la mère ne se rappellera ces circonstances qii’après coup,, si, par exemple, l’enfant est atteint de l’une ou de l’autre des maladies de son âge.

C’est alors que les bonnes femmes mettent un rapport entre la maladie et les moindres faits ou gestes de celle qu’elles considèrent comme coupable.

Une femme avait coutume de donner à Tenfant d’un voisin tantôt une friandise, ou un fruit, tantôt une pièce de monnaie, enfin, des cadeauy insignifiants.

Un jour même qu’elle visitait le jardin du père, elle offrit à celui-ci un jeune poirier qu’elle ne tarda pas à lui apporter, et qui fut planté en plein vent.

L’enfant était chétif ; un jour, il tomba malade.

Le père consulta un homme qui avait étudié pour être prêtre. Le grimancier demanda aux parents :

— Votre garçon n’a-t-il rien reçu de contraire ?

Ceux-ci alors pensèrent aux attentions de l’étrangère pour leur enfant. Le grimancier persuada au père que le pauvre petit avait été ensorcelé pour avoir reçu les présents de son amie; on le crut sur parole, et il fut prié de conjurer le sort. Il conseilla au père de l’enfant d’arracher le jeune poirier que lui avait donné la commère, de le couper en menus morceaux et d’en chauffer le four. Au moment où le dernier tison brûlerait, la sorcière rendrait le dernier soupir.

Ainsi fait le père, après avoir rémunéré son homme. Par

le hasard qui semble se complaire à accréditer les histoires de ce genre, la femme mourut presque subitement de mort naturelle (1) et la santé de Tenfant devint meilleure. Tel est le fait. Se sentant mortellement atteinte, la sorcière, dit-on, fit tout préparer pour son ensevelissement. Elle manda à son chevet Taînée de ses filles, avec qui elle s’entretint secrètement. On assura dès lors que cette dernière avait repris les papiers de sa mère.

Quelques temps après, comme on parlait de cette mort rapide dans un cabaret où se trouvait le père de l’enfant convalescent, l’homme déclara connaître les causes de cette fin imprévue, et il narra les faits que nous venons de relater.

Tous les personnages de ce petit drame existent ; les péripéties nous en ont été racontées par de proches parents de la défunte. Inutile de dire qu’ils ajoutent à ces faits une entière créance (2).

Les maladies du cuir chevelu^ si fréquerrtes chez les enfants en bas âge, proviennent, dit-on, de ce qu’une sorcière a caressé, de sa main, la tête du petit.

Si un malade languit, dans son lit, parce qu’il ne sait pas mourir^ or\ pense, dans le nord-est de la France, qu’il est sous le pouvoir d’un sorcier. On croit le délivrer plus vite en mettant dans le four plusieurs bottes de paille. Aussitôt qu’elles sont réduites en cendre, le patient doit rendre le dernier soupir.

(1) On peut cependant élever quelques doutes à cet égard, surtout si la femme en question était réellement sorcière.

Le D*" Cari du Prel, qui a étudié les rapports odiques de l’homme avec les objets de son ambiance, rapporte {la Magie, science naturelle, 2 vol. in-8. Liège et Paris, 1908) le fait suivant :

« Au pied d’un arbre, un cultivateur mit un jour du fumier où se trouvaient des cheveux de sa femme. Plusieurs années après, la femme, un jour, accuse de terribles douleurs internes, comme si elle eut reçu des coups répétés. Son état s’aggravant rapidement, son mari se rappelle soudain l’arbre au pied duquel ont été enfouis, mêlés à du fumier, les che- \ veux de la femme. Il court aussitôt au bois voisin, et voit des bûcherons

occupés à abattre l’arbre à coups de cognée. Il les arrête, sauve l’arbre, et sa femme revient à la santé.

L’explication du phénomène ést assez simple : les cheveux avaient conservé en eux l’od (force vitale) de la femme, lequel avait été entraîné, par la montée de la sève, dans l’arbre ; et, d’autre part, la femme devait être douée d’une sensitivité, d’une hypéresthésie presque maladive. De là le rapport, au point de vue sensibilité, de l’être humain à l’être végétal.

(2) J. Lemoine, loc. cit.

Quand une personne ensorcelée va mourir, le sorcier qui la tient rejette le charme sur la personne qui se tient le plus près du lit du moribond.

Les maladies de poitrine et les affections nerveuses sont surtout considérées comme signes de la possession par un sorcier

Dans certains pays, lorsque les enfants s’obstinent à teter plus longtemps que de coutume ou restent longtemps sans marcher, on pense qu’un mauvais sort pèse sur eux. On en cite qui restent ainsi d’ennuyeux nourrissons jusqu'à l’âge de sept ans (1).

Ce ne sont là, de toute évidence, que des croyances populaires ; mais si l’on s’est bien pénétré des chapitres qui précèdent, il est aisé de se rendre compte que ces croyances — qui varient et se compliquent à l’infini en passant d’une région à l’autre, — reposent sur une base indéniable : la réalité de la sorcellerie.

Car à côté des croyances populaires, il y a les faits — et des faits, parfois, qui forcent la réflexion.

Certainement, parmi ces faits indéniables, il en est beaucoup que l’on attribue à la sorcellerie et qui ne sont produits que par une méchanceté ingénieuse.

Dahs cet ordre d’idées, on peut ranger les « terres envoûtées » dont on entend parfois parler. Ceux qui ont fait quelques études des affinités des végétaux entre eux et de leurs antipathies, admettront facilement que, par des moyens très naturels, on puisse faire périr tous les arbres et productions quelconques d’un champ, si l’on dépose à leur base des substances qui leur sont contraires. Il en est de même pour la terre en labour : que l’on prépare les semences d’une manière voulue ou que l’on sème dans ce champ des substances nocives, les productions seront ce qu’on les désire ; et ceci est d’autant plus facile à faire et à admettre que, presque toujours, ce sont les

(1) J. Lemoine, loc. cit.

serviteurs mêmes des fermes — bergers, charretiers et autres, auxquels on attribue un renom de sorcellerie — qui ont recours à ces agissements.

Les maladies, la vermine, les animaux nuisibles peuvent être amenés par des moyens analogues : deux parasites de tête, jetés sur un enfant, suffisent pour l’en infecter. Tel produit pharmaceutique, ingéré, peut produire la dysenterie, la fièvre, etc., et ces produits sont d’autant plus faciles à administrer que les paysans sont généralement sans défiance les uns des autres, et que leur porte est ouverte à tous. Les animaux nuisibles ne sont pas plus difficiles à introduire : — un nid de souris, de couleuvres, de vipères est bien vite placé dans le cellier, la cave ou le grenier, et la victime de ces agissements y voit naïvement un « sort » qui lui a été jeté.

En réalité ce sont là des faits qui ressortissent uniquement et simplement à ce que j’ai appelé plus haut la pseudo-sorcellerie. Mais il en est d’autres aussi — et ceux-là plus graves — qui prennent leur source dan^ les énergies hyperphysiques, consciemment ou inconsciemment mises en œuvre par l’auteur du maléfice, et qui peuvent aller jusqu’à revêtir toutes les apparences d’un véritable envoûtement.

En voici un exemple, pris dans la Magie magnétique, de Cahagnet (1) :

A Jaspriiy, il y avait une honnête femme qui avait derrière sa maison un verger proche du jardin d’une femme voisine qui était sorcière. Or, comme on vint à dérober à son verger, du côté du jardin de la femme sorcière, et que les traces y étaient restées, elle n’osait faire querelle avec la sorcière, regardant néanmoins le lieu par lequel le larron entrait. Sur cela, la sorcière vint, qui lui dit : « Je vois bien que tu soupçonnes que j’entre dans ton verger». L’autre, craignant cette sorcière, lui répondit modestement : « Les pas dans le grain dénotent d’où le dommage procède »,

(1) 1 vol. in-12. Paris, 1858.

La sorcière, voyant qu’elle ne pouvait prendre courroux sur ces paroles, s’en va tout grondant et murmurant. Peu de jours après, cette honnête femme se sentit cruellement atteinte de grandes douleurs dans le ventre : il lui semblait qu’on lui perçait les boyaux avec des aiguilles de part en part, si bien qu’elle gémissait amèrement, et, par ses plaintes, inquiétait ses voisins. Or, comme plusieurs la venaient voir pour la consoler, entre autres un potier y vint qui assure que sa voisine est ensorcelée, fit fouiller au seuil de la porte pour voir s’il n’y avait pas quelque charme ; on y fouille donc, et, entre autres charmes, on y trouva une image qui avait une palme de longueur, laquelle était transpercée des deux côtés avec deux aiguilles. On prend le sortilège et l’on jette le tout au feu ; alors, la patiente se trouve allégée de son mal.

Il y a dans ce charme, à la fois de la charge et de l’envoûtement. Au reste, ils ne sont pas rares, les sorciers de campagne qui savent pratiquer les rites au moins rudimentaires de l’envoûtement (1). Et, en somme, qu’est la « charge » sinon un dérivé, une simplification de l’envoûtement — je dirai même, pour préciser, de l’envoûtement dit à Vesprit isolant.

Comme ce procédé a déjà été divulgué, comme, de plus, il est d’exécution assez compliquée, je vais en indiquer le mécanisme.

11 vous faut, pour d’exécuter, avoir à votre disposition un sujet hypnotisé, dont le corps astral (de nature fluidique) abandonne, sur votre ordre, le corps matériel et soit dirigé par votre volonté vers votre ennemi.

Le corps astral, ainsi extériorisé, ou bien pénètre la victime qui lui est désignée et l’étouffe par sa seule pénétration, en arrêtant, par exemple, les mouvements du cœur ; ou bien il l’empoisonne au moyen de toxiques que vous avez eu l’art de volatiliser (2).

(1) Il est des sorciers de campagne qui, de nos jours, pratiquent réellement l’envoûtement. Voir à ce sujet le Ternaire magique de Shatan. {EnvoûtemetU-Incubal-Vampirisime), du même auteur. 1 vol. in-8. Paris

(2) Et dont il emporte l’essence avec soi. Cf. Docteurs Bourru et Burot : La suggestion mentale et V action à distance des substances toxiques et médicamenteuses. 1 vol. in-12. Paris, 1896.

L'opération terminée, vous réintégrez dans le corps matériel de votre sujet son corps astral, et vous le réveillez.

Certains sorciers, craignant des indiscrétions possibles, s'adressent à un corps astral déjà désincarné, c'est-à-dire au corps astral d'un mort (1).

' Les sorciers de campagne ont bien rarement un sujet hypnotique ou magnétique à leur disposition. Et d’autre part la science nécessaire leur manque pour entrer en relation avec les morts et charger l’un d’eux de leur vengeance. Ils opèrent donc d’après des données bien plus simples et un mode d’action plus rudimentaire. D’ordinaire, c’est le corps astral d’un animal — le plus souvent, d’un crapaud — qu’ils chargent de porter le charme ; d’autre part, au lieu d’envoyer directement ce corps astral vers la victime désignée, ce qui serait trop compliqué pour eux, ils profitent des" liens qui unissent le corps astral au corps physique pendant un certain temps après la mort, ils enterrent le cadavre de l’animal sous le seuil ou dans le chemin de l’ennemi, sûrs ainsi que celuici ira de lui-même au-devant de la « charge».

Se rendent-ils compte du mécanisme de leur opération ? J’en doute fortement (2); je crois qu’ils n’agissent ainsi que par tradition, faisant simplement ce qu’ils ont vu faire à leur maître ou à leurs devanciers, sans aucunement analyser les motifs du détail de leurs actes.

(1) E. Dubus, VArt d'envoûter. Figaro, 29 février 1893.

(2) Cependant, il est des sorciers de campagne qui utilisent les procédés les plus raffinés de la magie noire, tels que celui-ci, dont le prototype se trouve dans Cardan : « Le troisième genre de poison est qui se fait sans touchement, pris des excréments d’iceluy auquel le poison doit nuire, ou pris des excréments de la partie d’iceluy, comme l’urine, la matière fécale, le sang, les rognures de cheveux : ces choses sont encloses aux membres d’un chien, semblables à ceux dont les parties ou excréments sont en l’homme, et sont fermez en l’os d’un homme mort, et enfouis au nom d’iceluy, aucuns à l’entrée de la maison, aucuns aux torrents et eaux courantes... »

Mais ce procédé est d’asse? rare emploi, sans doute à cause de son manque de réussite, qui provient non pas, comme on pourrait le croire, de l’inefficacité des actes en eux-mêmes, mais de ce que l’ignare sorcier ne sait pas leur donner l’adjuvant immatériel qui leur convient et qu’il ne me plaît pas d’expliquer ici.

D’autres fois, ils se servent, dans le même but et de la même manière, de ce qu’ils appellent des gobes ^ qui sont des petites boules faites du poil ou des cheveux des êtres à envoûter, ficelées de manière particulière, avec telles imprécations et tels adjuvants toxiques que l’on peut supposer.

Cahagnet {loc. cit.) nous fournit un exemple typique de cette sorte de charme :

En 1840, lorsque j'habitais Rambouillet, j'eus connaissance d'un fait de ce genre assez remarquable. M. Lefebvre, alors directeur de la poste aux chevaux de cette ville, voyait depuis quelque temps mourir ses chevaux attaqués d'une maladie presque contagieuse, ayant les symptômes de la morve, ce qui obligeait ce monsieur à les faire abattre pour conserver ceux qui n'en étaient pas atteints. On étudia cette maladie à fond, et les meilleurs vétérinaires ne purent la classer dans celles connues. M. Lefebvre était à son quatre-vingt-dix-neuvième cheval abattu, ce qui équiva; lait pour lui à la perte de sa fortune, lorsqu'après avoir employé tous les moyens d'assainissement employés en ce genre, il fut conseillé d'aller consulter une somnambule très en renom du côté de Chartres. Ce monsieur, entendant parler pour la première fois d'un tel moyen, eut quelque peine à croire à son efficacité ; mais dans une telle position, on ne doit mépriser aucun avis ; aussi fût-il trouver cette lucide, qui lui dit, à peine endormie :

— Vous venez me consulter sur une maladie qui détruit vos chevaux sans que vous puissiez y apporter remède. Je le crois bien : le remède qu'il leur faut n'est pas connu des vétérinaires, ou, s'il leur est connu, ils ne savent où le trouver. Vous rappelez-vous qu'à telle époque, un mendiant se présenta chez vous pour implorer la charité de votre maison, et qu'elle lui fut^’efusée assez brutalement ? Vous rappelezvous que cet homme dit en partant : « Vous i>ous souviendrez de moi ! » Eh bien ! si vous ne vous en souvenez pas, je vous rappelle ce souvenir par la perte des chevaux que vous avez faite depuis ce temps-là.

— Qu'a de commun cette perte avec la prétendue mauvaise réception et la malédiction de cet homme Prépondit le consultant.

— Tout ce qui se passe dans vos écuries, dit la lucide, est le fait de cette malédiction.

— Qui vous fait présumer cela ? lui demanda M. Lefebvre.

— Ce que je vois.

— Que voyez-vous ?

— Que vos écuries sont ensorcelées.

— Gomment cela ?

— Au moyen d’un charme.

— Où est ce charme ?

— En tel endroit.

— Où est le mendiant, maintenant ?

— Il n’est plus de ce monde.

— Gomment enlever ce charme ?

— De telle manière.

— Qui m’assure que ce que vous me dites est vrai ?

— Ge que je vois.

— Eh ! que voyez-vous ?

— Le charme dont je vous parle.

— Mais j’ai presque fait refaire à fond mes écuries, depuis j^ue je perds ainsi mes chevaux. Que voulez-vous qui y soit déposé ? Tenez, si vous me dites le nombre des chevaux présentement dans mes écuries, et m’en donnez le signalement, j’ajouterai foi à l’histoire que vous me faites.

— Gela n’est pas difficile. Il y en a tel nombre, et, à l’instant même, un de vos postillons part avec deux chevaux de telle couleur, sur telle route. Qui plus est, je ne vois pas que vos écuries, mais je vois bien l’intérieur de votre maison ainsi que ce qui s’y passe à l’instant.

— Eh ! que peut-il s’y passer à cette heure ? (Il était dix heures et demie du soir).

— Votre demoiselle est en train de plier une robe de telle nuance et de tel dessin, puis la serre dans sa commode...

— Assez ! répondit M. Lefebvre, je prends note de tout ceci et je m’en souviendrai.

Ge monsieur partit à cheval de suite, et n’eut rien de plus pressé, à son arrivée, que de m^ter à l’appartement de sa demoiselle, où il apprit d’elle-même que la vue de la lucide avait été exacte. 11 descendit à ses écuries, et les renseignements qui lui furent donnés lui prouvèrent que cette femme avait également bien vu à l’égard du postillon et des chevaux partis en route. M. Lefebvre fut encouragé par ces faits, à suivre les conseils de la somnambule, et à chercher le char-

me, qui fut trouvé, et, une fois levé, les chevaux jouirent d'une bonne santé.

Les « sorts » ne se jettent pas toujours à l’aide de ces procédés compliqués, mais parfois de façon très simple.

Qui donc n’a jamais entendu parler du maiwais œil ? Ce « charme » spécial nous vient d’Italie où il a toujours été très redouté sous le nom de jettatuia. Mais il y a une différence capitale entre le « mauvais œil » des campagnes de France et la jettatura italienne ; cette dernière a quelque chose de fatal; c’est une qualité mauvaise inhérente à l’individu, et qui s’exerce à son insu et souvent malgré lui : en un mot, on naît jettatore, on ne le devient pas. Les jeitaiori se reconnaissent d’habitude à certains signes : ils sont ordinairement maigres et pâles ; ils ont le nez en bec de corbin, de gros yeux semblables à ceux du crapaud, etc. En France, le mauvais œil est simplement le regard qu’a laissé tomber sur vous un sorcier. Mais que ce soit en France ou en Italie, que ce soit le mauvais œil ou la jettatura^ celui qui en est victime peut s’attendre à tout les déboires possibles jusqu’à ce que le charme soit affaibli ou disparu. Les Napolitains se protègent en portant sur eux une corne de corail ou bien en dirigeant deux doigts vers le jettatore; en France, on se garantit en portant sur soi de l’ellébore blanc ou de la racine de verveine.

Pour que cette croyance soit aussi générale, il faut qu’elle repose sur de sérieuses données, et dont les résultats aient été souvent et partout observés. Les esprits forts plaisantent le mawais œil^ mais il suffît de l’étudier posément, sans s’occuper des histoires merveilleuses qui se racontent à son propos, pour comprendre que ce charme'^ossède une base réelle d’existence : cette funeste influence exercée par certains individus n’est due qu’au magnétisme impur qui souille inconsciemment ou consciemment ces individus ; en un mot, le jet du « mauvais

œil ressortit à la sorcellerie de magnétisme qui a été étudiée ailleurs.

Ceci amène à dire quelques mots de l’hypnotisme et des soi-disant sorts qui sont basés sur des procédés de suggestion mis en œuvre consciemment ou inconsciemment.

Nul, à notre époque, n’ignore ce qu’est la suggestion à longue échéance, sous l’influence de laquelle le sujet fera, à une date déterminée, ce qui lui aura été suggéré. Ne doit-on pas voir là l’explication, du moins pour certains cas, de ce qu’on appelait autrefois jeter un sort ? Oui, on a pu, pensons-nous, et on peut encore « jeter des sorts », c’est-àdire persuader à des prédisposés médiumiques (1) de faire du tort, soit à eux-mêmes, soit à d’autres, à une époque fixée d’avance. Point n'était besoin même que le soi-disant sorcier eût l'intention arrêtée de jeter ce sort. 11 suffisait que telle parole troublante, telle prédiction charlatanesque, par exemple, fût dite à une névrosée, pour que l’imagination de celle-ci restât frappée, et pour que, par autosuggestions successives., hantée par une menace dont elle attendait avec terreur l’accomplissement, elle déterminât elle-même inconsciemment les circonstances qui., peu à peu., devaient amener l' événement redouté (2).

C’est un de ces mille moyens de nuisance qui ont de tout temps été employés par les sorciers de campagne, et qu’on ne saurait énumérer tous, tant est grande leur multiplicité.

Chaque sorcier possède ses procédés particuliers de maléfice, mais il est un point de la doctrine du mal qu’ils connaissent tous : c’est que le « sort » jeté par eux sera d’autaq^ plus puissant qu’il sera plus restreint. Aussi, lor&4^he-^^on a l’occasion de découvrir un « charme » général s’adressant en général à un être humain pu à un animal, à un individu isolé ou à une collectivité (troupeau.

(1) Sujets facilement suggestionnables {Note de l'auteur).

(2) Florian-Parmentier, loc cit.

etc.), on peut conclure qu’on se trouve en présence d’un débutant ou d’un sorcier occasionnel. Lorsqu’un véritable « ensorceleur » veut faire arriver du mal à un ennemi, il s’attaque non à son organisme complet, mais à un de ses organes nommément désigné, en opérant son maléfice sur l’organe identique de l’animal dont il se sert pour son oeuvre. De là vient que, généralement, les « charges » que l’on découvre se composent d’un cœür de mouton lardé d’épingles, d’un cerveau haché, d’un intestin coupé en morceaux, etc. Quand cette charge se compose d’un animal complet, un crapaud, par exemple, cet animal a été tué en lésant l’organe que l’on veut attaquer chez la victime désignée.

C’est ainsi que le chei^illage (qui se pratique en enfonçant en terre une cheville de bois dès qu’on voit uriner l’homme ou l’animal visé, avec la volonté imaginative de l’enfoncer dans le canal de l’urètre de la victime) a pour but de causer la mort ou des douleurs intenses par la rétention d’urine.

C’est ainsi, de même, qu’au lieu d’essayer de tuer un cheval par un « sort » vague et général, qui peut manquer d’efficacité, on préfère avoir recours à Vendoiiage qui se pratique de la manière suivante : — On suit l’animal à enclouer, et quand, sur le sol son pied a laissé une empreinte bien nette, on chasse un clou au milieu de cette empreinte, avec l’idée d’y clouer le pied de l’animal. Il doit en résulter une affection douloureuse dans le pied encloué, qui fait boiter la bête et la met hors de service.

Est-ce à dire que tels agissements doivent être nécessairement couronnés de succès ? Non certainement, si on les examine en eux-mêmes, isolément et sans y voir autre chose. Aussi n’est-ce pas le mécanisme de ces procédés qu’il faut examiner. Mais il convient de se rappeler que tout acte hyperphysique est nécessairement basé sur la force d’une volonté énergiquement dynamisée. Si donc ces procédés appuyés par une simple velléité, un désir

sans force, ne peuvent amener aucun résultat, il en va autrement si on les regarde comme les gestes par lesquels s’affirme une volonté de haine, une voulitodynamie exacerbée de nuisance.

A la ville, on est esprit-fort, et l’on rit de la sorcellerie. A la campagne, on est plus près de la nature, et l’on y croit — avec raison. Mais on y croit trop, au point de la voir souvent où elle n’est pas. Lequel, du citadin ou du villageois, est dans le vrai ?

2o Comment s’évitent les sorts

Formules et oraisons magiques. — Précautions populaires. Contre-charme d’occultisme.

J’ai eu l’occasion ailleurs (1) d’indiquer la règle absolue par l’observation de laquelle on a le plus de chances d’échapper aux influences néfastes :« Vivre honnêtement et correctement, faire le bien autour de soi, selon se^^ possibilités, et croire en Dieu tant que son inexistence' n’est pas démontrée ». Avec cette règle de vie, on a toute chance de ne jamais donner de prise aux opérateurs du mal, toute chance pour que la projection mauvaise glisse sur vous et retourne vers son auteur, décuplée en force, suivant la loi hyperphysique du « choc en retour ». Cette règle évidemment s’applique aux « sorts » comme à toute autre espèce de maléfice, — et j’avoue que, en pareille conjoncture, je n’en connais pas de plus efficace (2).

(1) Ij Au-delà et ses problèmes, 1 vol. in-12. Paris, 1907, prix' 3 fr. 50. Publications de Psychisme expérimental, 30, boul. de Strasbourg, Paris.

(2) A l’époque où j’écrivais ceci, je pensais que cette règle de conduite, soigneusement observée, constituait un infaillible moyen de préservation — et il en est ainsi, évidemment, dans la généralité. — Mais une étude plus approfondie de certains cas m’a montré à l’évidence qu’il est des natures prédisposées à la réception des charmes de mal. Cela doit provenir, à mon avis, d’une constitution particulière et spéciale de l’aérosome, qui le met en état de réceptivité aux projections malsaines, et fait de lui un terrain propice, un bouillon de culture, pourrais-je dire, favorable à leur développement ; c’est là un côté très obscur de l’hyperphysique.

Mais ce n’est pas à dire qu’il n’y ait pas d’autres moyens de se mettre à l’abri, si nous en croyons les grimoires dont chacun donne une recette particulière ad hoc.

Voici celle qu’on relève dans VEnchiridion du Pape Léon et que je cite parce qu’elle est présentée comme une panacée universelle destinée à garantir de tout — sans compter le reste. Au fond, elle parait être tout simplement extraite d’un simple “Manuel” d’exorciste du Moyen-Age ou du commencement des temps modernes.

O RAISON contre toutes sortes de charmes,, enchantements^ sortilèges^ caractères,, visions,, illusions^ possessions, obsessions, empêchements, maléfices de mariage, et tout ce qui peut nous arriver par maléfices des sorciers, ou par V incursion des diables, et aussi très profitable contre toutes sortes de malheurs qui peuvent être donnés (sic) aux chevaux, juments, bœufs, brebis, et telles autres espèces d'animaux.

Verbe qui avez été fait chair, attaché à une croix, mis à la droite de Dieu le Père, je vous conjure par votre saint nom, à la prononciation duquel tout genou fléchit, exaucez les prières de ceux qui mettent leur confiance et croyance en vous ; daignez préserver cette créature N. par votre saint nom, par les mérites de la sainte Vierge votre Mère, par les prières de tous les Saints, oui, des saints de Dieu, de toute attaque de maléfice de la part des démons et des malins esprits, vous qui vivez et régnez, avec Dieu le Père et le S.- Esprit en unité. Car voici la Croix de N. -S. J.-C. d'où dépend notre salut, notre vie, notre résurrection spirituelle, la confusion de tous les démons et malins esprits. Fuyez donc, disparaissez d'ici, démons, ennemis jurés des hommes, car je vous en conjure, vous, démons infernaux, esprits malins, qui que vous soyez, présents et absents, sous quelque prétexte que vous soyez appelés, invités, conjurés ou envoyés de votre bon gré, ou forcés par menaces ou par l'artifice des hommes méchants ou méchantes (sic), pour y demeurer ou habiter ; je vous conjure donc de rechef, quelqu'opiniâtres que vous soyez, de quitter cette créature par le grand Dieu vivant |, par le vrai Dieu f, par le Dieu saint t, par le Dieu Père tî par le Dieu Fils t, et par le wS. -Esprit aussi Dieu f? mais principalement par celui f q^d a été immolé en Isaac

Vfiiidu dans Joseph f, étant homme, a été crucifié qui a été tué comme un agneau, par le sang duquel S. Michel, combattant avec (1) vous, vous a vaincus, vous a fait fuir, lorsque vous vouliez paraître devant lui ; je vous défends de sa part et par son autorité, sous quelque prétexte que ce soit, de faire aucun mal à cette créature, soit dans son corps ou hors d'elle, ni par visions, ni frayeur, ni crainte, tant la nuit que le jour, soit qu'elle dorme, soit qu'elle veille, mange, paie (2), soit qu'elle agisse naturellement ou spirituellement : je veux dire si vous êtes rebelles à ma volonté, je lance sur vous toutes malédictions, excommunications, et vous condamne, de la part de la Très-sainte Trinité, d' {sic) aller dans l'étang du feu du soufre où vous serez conduits et tourmentés par le bienheureux S. Michel : car si on voi^ y a obligés en vous faisant quelque fort et exprès commandement, soit en vous rendant quelque culte d'adoration et de parfum, que l'on ait jeté quelque sort par paroles ou magie, soit sur les herbes, les pierres ou dans l'air, soit que cela se soit fait naturellement, simplement, mixtement ; soit que ces choses soient temporelles ou spirituelles, ou enfin qu'on se soit servi des choses sacrées, qu'on ait 'employé les noms du grand Dieu ou des Anges, qu'on se soit servi de caractères, qu'on ait examiné les heures, minutes, jours, années mois même (3) ; quand on aurait fait avec vous quelque pacte tacite ou manifeste, même avec serment solennel. Je casse, détruis et annule toutes ces choses, par la puissance et vertu de Dieu le Père f (fui a créé toutes choses ; par la sagesse du Fils f Rédempteur de tous les hom|jies ; par la bonté du S. Esprit f, en un mot par celui qui a accompli la loi en son entier t, qui est f, était f, et sera toujours Omnipotens agios f, Aihanatos f, Sother (sic) t, Tetragrarri’ maton f, Jeoaa f, Alpha et Omega'f^ commencement et fin (4) ; en un mot, que toute la puissance infernale soit détruite et mise en fuite en faisant sur cette créature N. le signe do la croix sur laquelle J. -G. est mort, et par l'incarnation des saints Anges, Archanges, Patriarches, Prophètes, Apôtres,

(1) Il est préférable de lire : contre.

(2) Lire plutôt : paisse.

(3) Dans certaines opérations de magie cérémonielle, on utilise des noms ou mots rituels qui varient suivant l’heure^ le jour, la saison, etc.

(4) Etrange assemblage, dans cette formule, de mots latins, grecs et français et d’appellations rituelles et cabbalistiques.

Martyrs, Confesseurs, Vierges, et de la bienlieureuse Vierge Marie, et généralement de tous les saints qui jouissent de la présence de Dieu depuis la création du monde, aussi bien que des saintes âmes qui vivent maintenant dans TEglise de Dieu. Rendez vos hommages au Dieu très haut et puissant, et qu'ils pénètrent jusqu'à son trône, comme la fumée du cœur de ce poisson qui fut brûlé par l'ordre de l'archange Raphaël ; disparaissez comme l'esprit immonde disparut devant la chaste Sara ; que toutes ces bénédictions vous chassent et ne vous permettent pas d'approcher nullement de cette créature qui a l'honneur de porter sur son front le signe de la sainte Croix, parce que le commandement que je vous fais maintenant n'est pas le mien, mais celui qui a été envoyé du sein du Père Eternel, afin d'anéantir et détruire vos maléfices, ce qu'il a fait en souffrant la mort sur l'arbre de la croix ; il nous a donné ce pouvoir de vous commander ainsi par sa gloire, pour l'utilité des fidèles ; ainsi, nous vous défendons, selon le pouvoir que nous avons reçu de N. -S. J.-C. et en son nom, d'approcher de cette créature : fuyez donc et disparaissez à la vue de la Croix ; le lion de la tribu de Juda vainquit, ainsi que la famille de David. Alléluia, Ainsi soit -il, ainsi soit-il. Que cela se fasse, que cela se fasse.

A la suite se trouvent des quantités d’oraisons magiques (?) pour conjurer toutes sortes de maux : celle qui précède suffît pour donner une idée de ce genre de littérature.

Cependant, il est une opération que je relève dans le Grémoire (sic) du Pape Honorius et qui est éminemment curieuse en ce sens que, pour détruire le mal, elle use des procédés d’envoûtement propres à la Magie Noire.

Pour le^er tous sorts et faire venir la personne qui a cause

le mal.

Prenez le cœur d'un des animaux morts ; surtout, qu'il n'ait aucun signe de vie, arrachez le cœur, mettez-le sur une assiette propre, puis ayez neuf piquans d’aubépine, et procédez comme il va suivre.

Percez dans le cœur un de vos piquans {sic) disant :

Adibaga^ Sabaoth^ Adonay, conlra ratout prisons prerunt fini iinixis parade gossiim (1).

Prenez deux de vos piquans et les percez, disant : Qui fiissiim rnediator agros gaoiol oalax.

Prenez-en deux autres, et, les perçant, dites : Landa zazar oaloi sator saluxio parade gossiini.

Reprenez deux de vos piquans et, les perçant, prononcez : Mortus cum fice siint per flagellationem Dominii nostri Jesii Christi,

Enfin, percez les deux derniers piquans aux. paroles qui suivent : Aoir sunt devant vous paradetiir strator oerhonum offisum fidando.

Puis, continuez, disant :

(( J'appelle ceux ou celles qui ont fait fabriquer le Missel Abel ; lâche, a-t-on mal fait que tu aies partout à nous venir trouver par mer ou par terre, tout par -tout, sans délai et sans dédit ? » Percez pour lors le cœur d'un clou à ces dernières paroles.

Notez que si on ne peut avoir de piquans d'aubépine, on aura recours à des clous neufs.

Le cœur étant percé comme nous l'avons indiqué, on le met dans un petit sac, puis on le pend à la cheminée. Le lendemain, vous retirez le cœur du sac, vous le mettez sur une assiette, retirant la première épine ; vous le repercez dans un autre endroit du cœur, prononçant les paroles que nous lui avons destinées ci-dessus ; vous en relevez deux autres, et, les reperçant, vous dites les paroles convenables ; enfin, vous les relevez toutes dans le même ordre pour les repercer, comme nous avons dit, observant de ne jamais repercer dans le même trou. On continue cette expérience pendant neuf jours. Toutefois, si vous ne voulez donner relâche au malfaiteur, vous faites votre neuvaine dans le même jour et dans l'ordre prescrit. A la dernière opération, on perce le clou dans le cœur, prononçant les paroles que nous avons destinées pour cet effet ; puis on fait grand feu ; on met le cœur sur un gril, pour le faire rôtir sur la braise ardente. Il faut que le maléficiant vienne demander grâce,

(1) Les trois premiers mots sont des noms kabbalistiques de la Divinité ; quant au reste, c’est évidemment du latin, mais un latin si dénaturé que la reconstitution peut en être regardée comme impossible. Il en est de même des formules qui suivent.

ou, s’il est hors de son pouvoir de venir dans le peu de temps que vous exigerez de lui accorder, vous le ferez mourir (1) ».

Comme on le voit, ce contre-charme procède absolument de la magie du mal ; aussi, en admettant son efficacité qui, jusqu’à preuve contraire, me semble assez problématique, je ne conseillerais à personne d’en user, le choc en retour, s’il manque son but, devant le ramener décuplé en force, sur ropéra»teur.

Enfin, dans le même ordre d’idées, et pour finir, je citerai une formule relevée dans un vieux grimoire de sorcier que je possède, entièrement manuscrit sur parchemin, et portant la date 1518. Cette formule, à défaut d’autre mérite, a du moins celui de la brièveté.

ORAISON pour lever tontes sortes d'enchantements :

Lasgaroth t A phonidos t Pahatin f Vrat t Condion t Larnairon f Fond f Arpagon t Alamor t Boiirgasis t Veniar Serebani t-

Mais tout ceci constitue un ensemble de formules magiques — ou soi-disant telles — qu’à la campagne détiennent seuls les sorciers... Or, touj^le monde n’a pas l’heur d’être assez lié avec un sorcier pour qu’il coure le risque, en vous mettant en mesure de neutraliser le maléfice d’un confrère, de se fâcher, avec lui.

Aussi les populations rurales ont-elles mille moyens — qui varient à l’infini, d’un pays à l’autre — pour éviter les sorts ou les annuler quand ils sont jetés.

En voici quelques-uns pris au hasard :

(1) On trouve dans V Enchiridion du Pape Léon, édition marquée « à Rome 1740 », un procédé analogue, paraissant provenir de la même source, mais plus simple. Le voici : « Prends un cœur de mouton, et le perce de clous, et le suspends à la cheminée, disant : Rastin, Clasta, Auvara, Chasia, Custodia, Durance ; il faut dire ces mêmes paroles sur le cœur, et le huitième jour ne se passera pas que le sorcier qui a jeté le sort, s’il en a été jeté (!) ne te vienne prier de laisser le cœur, parce qu’il sent<de grandes* douleurs au sien ; alors, tu lui demanderas d’ôter le sortilège, et il te demandera quelque animal pour (le) lui jeter, ce que tu peux lui accorder si non il crèvera par le milieu du corps ».

— Ne jamais jeter dehors ni cheveux ni rognures d’ongles ni quoi que ce soit provenant du corps humain et dont un sorcier pourrait se servir pour opérer ses charmes (1).

— Ne jamais rien accepter de personnes suspectes (1).

— Ne jamais prêter de sel.

— Arriver à la messe à temps pour participer à la distribution de l’eau bénite.

— Dire le pater à rebours si l’on craint d’être maléficié.

— Enterrer sous le seüil de la porte une pièce de monnaie gravée d’une croix à l’aide d’un couteau préalablement trempé dans l’eau bénite.

— Quand on possède un objet appartenant à une personne soupçonnée de sorcellerie, le jeter au feu ; si la personne soupçonnée est réellement sorcière, elle accourt retirer l’objet du feu parce qu’elle même subit les souffrances de la brûlure.

— Si une personne suspecte vous touche, il faut aussitôt la toucher elle-même plus haut qu’elle ne l’a fait pour vous.

— Quand on donne ou vend du lait à un inconnu, il est prudent d’y jeter ui^ grain de sel, faute de quoi la vache peut être maléficiée.

— Pour détruire un sort, faire Je signe de la croix à l’envers.

— Placer du sel, de la terre de cimetière, des bâtons ou fétus de paille en croix, etc. sur le passage d’un individu suspect ; il ne pourra franchir l’obstacle s’il est réellement sorcier.

— Fermer les poings, le pouce tendu devant soi lorsque l’on rencontre un sorcier.

— Tracer, à l’eau de chaux, des croix sur les murs des habitations.

— Etc., etc., etc. Des volumes ne suffiraient pas à

(1) Ces précautions doivent provenir de connaissances dénaturées des propriétés de Vauro.

noter toutes les naïves précautions que prennent les paysans pour se mettre à l’abri des sorts.

— Cependant, pourra m’objecter quelque lecteur, puisque vous prouvez qu’il existe des agissements hyperphysiques donnant lieu à des maléfices analogues à ceux que la sorcellerie de village appelle des « sorts », il doit exister également des actes d’hyperphysique pour se garantir de cette jettatura.

— Certes, il en existe, mais je n’en dirai que peu de mots, car ils ne sont ni connus, ni par conséquent pratiqués à la campagne.

J’ai déjà indiqué au début de ce paragraphe le moyen de donner le moins de prise possible aux « charges » de sorcellerie : c’est le procédé préventif, purement moral, de pratique aisée pour certains, et très difficile pour d’autres : vivre une vie de haute moralité — je n’y reviendrai pas.

Reste le principal procédé pour se débarrasser d’une (( charge » dont les effets se sont déjà fait sentir.

Il faut d’abord s’assurer de deux points : — Est-ce véritablement une œuvre de sorcellerie, plutôt qu’un accident normal ? — 2^ Quel est l’auteur du maléfice ?

Quand, seulement, on peut faire à ces deux questions une réponse d’une certitude absolue, on peut agir contre l’auteur du maléfice.

L’utilité de la première question n’a pas besoin d’être démontrée : ce serait se donner beaucoup de fatigue mentale en pure perte que d’agir hyperphysiquement contre un accident purement matériel

Quant à la seconde question, elle est d’une importance| capitale, car renvoyer le maléfice à un tiers qui en est innocent, « serait, à proprement parler, faire acte d’envoûternent, et, dans ce cas, on aurait à subir tous les risques inhérents à cet acte (1) ».

(1) Celui, notamment, du choc en retour si le tiers incriminé n’est pas en état de réceptivité.

Donc, ces deux questions ayant reçu une solution absolument affirmative, le moyen à employer est double :

— D’abord, comme il est très rare qu’un charme puisse être jeté d’une seule fois, mais qu’au contraire il s’agit d’une succession d’actes nuisibles, en admettant qu’on ait subi l’influence du premier de ces actes, la précaution à prendre pour se soustraire aux suivants, est l’utilisation de la loi du choc en retour.

J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer, ailleurs, l’économie de cette loi qui peut se résumer ainsi : — Quand un charme — qu’il soit de nuisance ou de bienfaisance — est lancé sur un être en état de non-réceptivité, ce charme retourne vers son auteur décuplé en force (1).

Il suffit donc de se mettre, par un effort de volonté hyperdynamisée, en état de non-réceptivité... X^Volonté., tout est là.

Ensuite, la meilleure défense — la seule, d’ailleurs — consiste à renvoyer à l’adversaire, et cela par un mécanisme très simple, le mal qu’il vous fait ou tente de vous faire — toujours en utilisant la oolonté qui est, je l’ai écrit à maintes reprises et le répète encore, la plus forte, quoique la moins connue, de toutes les énergies qui sont au service de l’homme.

Donc, en ce cas, figurez-vous, par un effort de volonté, que votre ennemi est là, devant vos yeux, que vous le voyez dans tous les détails de son individualité et surtout, que vous êtes plus fort que lui parce qUe vous savez à qui vous.avez affaire, alors que lui-même ne se doute pas qiie vous êtes prévenu.

Dans ces conditions, s’il s’agit de créations d’images, de voix ou de bruits, renvoyez à votre ennemi image pour

(1) Je viens de dire : un charme de nuisance ou de hienj aisance... Supposons en effet ce que l’on a appelé l’envoûtement du pardon : si l’ennemi auquel vous pardonnez, du fond du cœur et sans réserve, est en état de réceptivité, il devra venir faire la paix avec vous ; dans le cas contraire, vous avez acquis une force qui vous place au-dessus de lui ; hyperphysiquement, il ne peut plus rien'contre vous.

image, voix pour voix, bruit pour bruit, — et cela, par un effort de volonté à la fois violente et tenace. Or, en fait de volonté, qui des deux peut en déployer avec le plus d’énergie, celui qui vSupporte injustement l’hallucination, ou celui qui l’impose avec crainte et lâcheté ?

Si ces hallucinations vous harcèlent durant votre sommeil, restez debout et éveillé de façon que, dans votre organisme, la circulation du sang s’opère normalement: il en résultera pour vous un état d’agitation nerveuse qui décuplera votre volonté et vous invitera à frapper pour vous défendre.

Si ce charme de mal se porte particulièrement sur un organe, attaquez-vous à l’organe semblable de votre ennemi, en lui repassant, toujours avec une volonté fermement maîtresse de soi, cpup pour coup, sensation pour sensation, douleur pour douleur ; le procédé est assez simple : vous n’avez qu’à vous imaginer que ces deux organes n’en font qu’un, qu’un seul mouvement les fait vibrer, une seule pulsation les anime. Tout est là, et tout ce qui se produit en vous doit être répercuté par votre volonté, sur l’ennemi. On peut évidemment se servir de l’organe correspondant d’un animal, mais alors on aborde la magie noire et l’on ne sait où l’on peut être entraîné. Mieux vaut rester sur le terrain de la simple volonté ; l’idée permanente^ incarnée en vous d’agir directement sur l’organe de l’ennemi, c’est toute la puissance de réaction et de répercussion : vivez et sentez dans cet organe qui vous est étranger, et vous l’emporterez dans cette lutte hyperphysique de deux volontés.

11 est bien évident que ce sont là choses trop élevées, pour être de la compréhension du campagnard victime d’un (( sort » ; aussi n’en ai-je parlé que pour montrer le remède à côté du mal ; mais ce remède — qui tient à la fois du magnétisme, de l’hypnotisme, de la suggestion mentale et du rnétapsychisme — étant inconnu au village, à moins qu’un sorcier ne l’ait communiqné^à un

ami pour sa défense personnelle — je n’en dirai rien de plus ici. Le lecteur curieux de cette phénoménalité spéciale trouvera toutes explications dans les ouvrages techniques.

h) La Luraiithropir

Résumé historique. — Aperçus scientifiques. — Le cas de la femme B.

Le cas du mouton. — I^e cas de la main. — Le cas du meunier Bigot. — Origine embryologique de la zoanthropie. — Observation de Mme François. — Blessures du corps astral. — Répercussion du corps astral au corps physique. — Explication. — Exemples. — Répercussion indirecte.

Que le lecteur se rassure, je ne rééditerai pas, une fois de plus à ce propos, les graves considérations qui se rencontrent dans les écrits de Virgile, Solin (Polyhistor)^ Strabon, Pomponius Mêla, Dionysius Afer, Varron, St Augustin, St Jérôme et bien d’autres jusqu’au Discours de la lycanthropie ou De la transmutation des hommes en loups que Beauvoys de Chauvincourt écrivait en 1599, — en passant par le Conseil Ecclésiastique auquel l’empereur Sigismond soumettait la question, par les ouvrages de Bodin, Delancre et autres démonologues... Je n’examinerai pas non plus la question au point de vue de la médecine moderne qui range la Lycanthropie — ou, comme on dit à l’heure actuelle, la Zoanthropie — parmi les variétés de la folie du genre des Lypémanies ou Mélancolies...

Non ! entre ces deux extrêmes, il y a, ce semble, des observations judicieuses à faire et des faits à glaner d’autant plus probants qiPils reposent sur deux principes certains : la constitution occulte de l’homme, et la possibilité de la dissociation volontaire et momentanée des principes qui composent l’être humain.

La lycanthropie, autrement dit la mutation temporaire de l’homme en animal — en loup-garou, comme on

dit à la campagne — est-elle possible ? Oui, à n’en pas douter pour quiconque possède de simples rudiments d’occultisme. Est-elle fréquente ? Non, parce qu’il faut un entraînement particulier qui se rencontre assez rarement.

La tradition du passé à cet égard est formelle, comme celle qui concerne la magie et la sorcellerie. Or une croyance ne peut, comme celle-ci, durer des centaines et des milliers d’années, se perpétuer, vivre en un mot, que si elle tire son origine d’une source sérieuse et authentique.

Toutes les campagnes — et beaucoup d’habitants des villes — croient fermement à la zoanthropie. Les auteurs tant anciens que modernes, qui ont traité le sujet sont innombrables, et il ne suffit pas de prononcer le mot de folie pour faire qu’un fait réel devienne faux (1).

D’autre part, tout le monde connaît l’histoire — éditée par Boguet (2), d’un gentilhomme d’Auvergne qui, attaqué à la chasse par une louve, lui coupa une patte en se défendant ; rentré chez lui, il s’aperçoit que cette patte est devenue une main féminine à l’un des doigts

(1) .l’ai lu, dans je ne me rappelle plus quel aliéniste, qu’il avait eu à soigner, dans un asile de France, un soi-disant déséquilibré qui prétendait souffrir énormément quand il n’était pas orienté de certaine façon par rapport à l’axe de la terre. La famille de ce malade n’avait vu là qu’un cas de folie, et avait fait entrer son parent dans une maison de santé dont les médecins, convaincus eux-mêmes de la folie du sujet, essayèrent, mais vainement, de le guérir. Chose curieuse et qiii prouvait l’absence de toute simulation, ce malade, transporté dans des endroits inconnus de lui et sans aucun point de repère, indiquait avec certitude la situation du Nord, simplement d’après ses sensations physiologiques. Sa monomanie ne présentant aucun danger, il fut rendu à sa famille, non guéri, après quelques mois de traitement.

Des années plus tard, ce même médecin aliéniste, visitant un asile spécial dans le nord de l’Allemagne, y trouva une femme en traitement pour un motif absolument semblable, et que les médecins de l’établissement regardaient, eux aussi, comme atteinte de déséquilibre mental.

Or, du rapprochement des deux cas, il résulte que, bien que dans l’un comme dans l’autre, ce mot de folie ait été prononcé, il y a une autre conclusion toute différente à tirer ; c’est qu'il existe un ordre particulier de sensitifs sur l’organisme desquels les courants magnétiques du globe influent de façon particulièrement intense — au point de produire de la douleur quand il n’y a pas orientation convenable.

(2) Discours des sorciers.

de laquelle se trouve une bague qu’il avait donnée à sa femme. Il va trouver celle-ci pour avoir l’explication de cette étrange aventure, mais il la voit malade, le bras enveloppé de linges sanglants et comprend que c’est sa femme elle-même qui, transformée en loup-garou, l’a attaqué au cours de la journée.

Enfin, la croyance a longtemps existé — on la retrouve encore dans certaines campagnes, mais sans que je sache sur quoi elle repose — que la peau des sorciers est une peau de loup retournée, et qu’en écorchant l’individu on doit retrouver les poils entre cuir et çhair.

En tous cas la transmutation momentanée d’un homme en animal est absolument possible, et il en existe des exemples authentiques. Je prie le lecteur d’être bien assuré que je ne veux pas faire de merveilleux à plaisir et que cette affirmation de ma part est très sérieuse.

Je m’explique.

Un de mes amis me racontait un jour que, durant un séjoür de quelques années qu’il fit à une quinzaine de lieues de Paris, un sorcier local lui avait proposé de le transformer en lièvre. Cette offre bizarre l’avait d’abord fait rire, mais, devant le sériemx de son interlocuteur, il avait demandé des explications. Celui-ci avait affirmé derechef la chose et maintenu sa proposition, que d’ailleurs déclina l’intéressé.

D’après les quelques renseignements qui m’ont été donnés sur cette affaire, il y a tout lieu de présumer qu’on se trouve en présence d’un sorcier magnétiseur ou hypnotiseur. Et l’expérience est bien connue, que l’on fait couramment dans les laboratoires d’hypnologie, de dire à un sujet : Vous êtes Napoléon ! Aussitôt le sujet de mettre sa main droite dans son gilet, de se redresser et de donner un ordre militaire ; — à d’autres : Vous êtes un cheval fougueux ! et ils hennissent, ils se cabrent, ils ruent ; — à une femme : Vous êtes une chatte ! Et elle se roule, elle joue avec une boulette de papier, elle miaule, elle griffe...

Tel était très vraisemblablement l’ordre de l’expérience que ce sorcier aurait faite sur mon ami si celui-ci avait bien voulu s’y prêter.

Mais dans ce cas, la modification d’être n’est que subjective. Que faut-il pour qu’elle devienne objective ?

L’explication du fait, pour ressortir à une autre classe d’idées, n’en sera pas moins plausible.

Je prierai le lecteur de vouloir bien se reporter au chapitre V (sorcellerie de goétie) et en particulier aux pages où est raconté le procès Thorel, et où sont données les théories du corps astral.

L’homme, composé d’un esprit, d’un intermédiaire plastique où siège la vie, et d’un corps physique peut, sous certaines conditions, se désagréger, c’est-à-dire laisser le corps physique dans une sorte de coma, tandis que l’intermédiaire plastique (corps astral, périsprit, ou aérosôme) et l’esprit, libérés de leur corps matériel, vont où l’a voulu le sujet pendant la préparation de cette opération — laquelle est si commune — au moins relativement — et je ne dis pas facile ni exempte de danger — qu’elle porte en occultisme un nom particulier : sortie consciente en astral.

Donc, il est une catégorie d’êtres humains (et les sorciers-goétiens sont de ce nombre) qui, à la suite d’un entraînement spécial et de préparatifs détaillés dans certains auteurs, peuvent se désagréger, laisser leur sarcosôme où il les gène le moins, extériorer leur corps fluidique ici ou là, dans un but de nuisance ou d’assistance, et, à l’endroit voulu, le matérialiser au moins partiellement pour le rendre visible, audible ou tangible suivant l’objet qu’ils se sont proposé.

Que l’on veuille bien maintenant se reporter au résumé que j’ai donné, du procès Thorel, dit affaire de Cideville. On y verra que l’enfant touché par le berger apercevait sans cesse près de lui V ombre d’un homme en blouse, qu’il reconnaît en Thorel à la première confrontation.

Cette ombre est même vue par d’autres témoins qui la qualifient de « colonne grisâtre » et de «vapeur fluidique ». — C’était le corps astral du berger.

Mais il y a plus. L’enfant voit, à un moment, une main noire qui va lui donner, dit-il, un soufflet ; et les assistants entendent le bruit du soufflet et voient rougir la joue.

Ainsi donc le sorcier pouvait changer de forme, puisque tantôt on le voit sous l’apparence de « vapeur » ou de «. colonne » — et il pouvait changer d’aspect, puisque sa main, à certain moment, paraît de couleur noire.

Ceci nous donne la clé du phénomène de lycanthropie : le sorcier-goétien qui veut (1), avant de se désagréger, donner telle ou telle forme extérieure à son aérosôme qu’il va dégager, peut faire sa « sortie en astral » sous l’apparence qu’il lui plaît de revêtir ; et comme ces agissements, bien qu’assez rares, ont existé de tous temps, depuis que certaines bribes de Haute Science ont fusé dans le peuple, comme, de plus, ils ont toujours été connus par certains, soit les victimes, soit les familiers du sorcier, la légende des loups-garous a été créée et est arrivée jusqu’à nous avec une ferme assurance due à ce fait qu’elle repose sur une base réelle (2).

(1) Je l’ai dit ailleurs ; toute opération d’hyperphysique, qu’il s’agisse de magie divine ou de goétie,est uniquement basée sur l’énergie de volonté que peut déployer l’opérateur.

(2) La théorie théosophique fait remonter le phénomène zoanthropique à une cause extérieure à rnomme. — « Le loup-garou, la lycanthropie, dit à ce sujet Leadbeater (le Plan Astral, 1 vol. in-12. Paris, 1899) bien qu’aussi horrible [que le vampirisme] est le produit d’un karma [ensemble des mérites et des démérites des existences antérieures] différent... puisque c’est toujours du vivant de la victime qu’ont lieu les premières manifestations. Il y faut absolument quelques notions des arts magiques, suffisantes au moins pour projeter le Corps astral. Lorsqu’un homme très cruel et très brutal agit de la sorte, il arrive parfois que son astral peut être empoigné par d’autres entités du même plan, et matérialisé, non dans la forme humaine, mais en celle de quelque animal malfaisant, le loup principalement. Dans ces conditions, cette matérialisation animale parcourt la campagne, tuant d’autres animaux, quelquefois même des humains, satisfaisant de cette manière non seulement sa propre soif pour le sang, mais celle aussi des démons [entités mauvaises de l’Astral et non diables] qui le poussent. En pareil cas, comme il arrive d’habitude avec le corps astral ordinaire, toute blessure infligéo à ladite matérialisation est repro-

Veut-on de^ exemples à l’appui ? En voici :

Je prendrai le premier dans la Magie Pratique de Papus (Dr G. Encausse) qui étudie le fait non au point de vue lycanthropique, mais comme exemple de dissolution d'une laroe par une pointe d'acier, et de répercussion de la blessure sur le corps physique.

Le fait avait été antérieurement publié dans Ylnitiation d’avril 1893.

Les faits suivants m'ont paru dignes d'attention, parce qu'ils m'ont permis de chercher une explication du phénomène de l'apparition lumineuse cité dans le n^ 5 (février).

Je tiens à dire d'avance qu'en fait de conclusions, je ne ferai qu'émettre une hypothèse.

Comme je l'ai dit précédemment, la population de P... se composait de vingt-six personnes demeurant dans six maisons ; je. n'avais pas fait mention d'une septième maison qui se trouvait au milieu du village, et qui, avec la ferme, était devenue propriété de mes parents. Cette maison était inhabitée. A côté d'elle était située une maisonnette, espèce de cabane plutôt, et habitée par une femme vivant seule. Cette femme B. était, dans toute la contrée, réputée comme sorcière. Les paysans lui attribuaient toutes sortes de pouvoirs occultes, à commencer par savoir faire disparaître presque instantanément des durillons, jusqu'aux plus noirs maléfices, tels que jeter le sort, provoquer les maladies des bestiaux, faire avorter les vaches, etc.

J'ai eu l'occasion de voir cette femme pour la première fois quelques mois après que mes parents furent fixés à P... pendant les vacances.

La femme B. venait régulièrement tous les samedis à la

duite sur le corps physique de l’homme par l’étrange phénomène de la répercussion. Après la mort du corps physique, le kama-rupa [corps de désir, corps astral) continue parfois les mêmes manifestations, mais il est alors moins vulnérable, et d’ailleurs moins dangereux, parce qu’il lui faut trouver un médium approprié, fa\ite duquel il ne peut pas se pleinement matérialiser ».

Il est certain que cette cause extérieure peut se rencontrer dans certains cas ; mais je crois que la plupart du temps elle est subjective et personnelle à l’individu lui-même.

En tout état de cause, ceci montre que toutes les écoles d’occultisme sont d’accord pour admettre la réalité du phénomène.

ferme pour acheter des œufs, du beurre et des fromages, lesquels elle revendait au marché dans les environs.

C'était une personne âgée de quarante à quarante-cinq ans, petite, trapue, un peu grassouillette, avec une figure désagréable, sans être laide. La bouche large, avec des lèvres assez épaisses, était tracée un peu de travers, s'abaissant du côté droit ; le nez, court et gros, aux narines largement ouvertes, le front très bas et les cheveux châtain foncé qui commençaient a grisonner. Ses yeux étaient d'une particularité remarquable : ils n'étaient pas de couleurs égales. Petits, d'un vif perçant, Tœil droit était de couleur grise ; l'œil gauche, en sa partie supérieure, était bleu très clair, verdâtre, la ‘partie inférieure était brun foncé.

J'étais au courant des histoires qui circulaient sur cette personne, et sans y prêter la moindre attention, je l'observais néanmoins avec quelque curiosité.

Je dois intercaler ici un détail dont l'importance se dégagera par la suite.

Lorsque mes parents avaient fait l'acquisition de la ferme, celle-ci, appartenant à un grand seigneur autrichien, était administrée par une sorte de régisseur, paysan sans aucune instruction, et qui, de notoriété publique, était sous la domination de la femme B. L'exploitation de la ferme n'apportait aucun bénéfice à son propriétaire : c'est pourquoi cette ferme avait été vendue. Dans la vente étaient inclus tous les animaux, y compris un chien ; c'était un chien de berger de grande taille, au poil roux, bon gardien la nuit, mais qui, dans la journée, était absolument inoffensif. Toutefois, le chien n'était guère familier avec d'autres personnes, en dehors des membres de la famille ; il avait surtout une affection remarquable pour moi.

Ce chien avait des yeux particuliers : l'adl droit était de couleur grise ; l'œil gauche, en sa partie supérieure, était bleu très clair, verdâtre ; la partie inférieure était brun foncé. En un mot, ce chien avait des yeux identiques à ceux de la femme B. En outre, l'animal, qui ordinairement n'était pas du tout méchant, était d'une animosité extraordinaire envers cette personne. Le jour où B. venait à la ferme, on devait avoir soin de mettre le chien à la chaîne. 11 aboyait furieusement, il hurlait, et n'arrêtait pas jusqu'à ce que B. fût sortie. Le chien avait fini par savoir le jour où B. venait faire ses achats, et, dès le matin, il se montrait de mauvaise humeur et cherchait à se soustraire à ce qiLon rattachât.

Les causes de cette animosité étaient inconnues. La femme B., à qui j'avais demandé un jour si elle aurait peut-être, dans le temps, fait du mal au chien, niait cela et répondait seulement que c'était une méchante bête qui un jour ferait encore du mal à quelqu'un, si on ne s'en débarrassait pas à temps. Il est à remarquer que le chien, en dehors de la maison, avait peur de B. ; il s'enfuyait de loin s'il la voyait sur la route.

A la ferme, on s'était habitué ti ses caprices, et on n'y faisait plus autrement attention, quitte à le mettre à la chaîne tous les samedis matin.

Au mois d'août 1876, quelques jours après l'apparition de la lanterne (1), la veille de mon départ pour mon régim,ent, j'allai faire une promenade en compagnie de M. N. déjà nommé. Le chien nous suivit comme d'habitude. Nous nous dirigeâmes vers la maison inhabitée, où je voulais entrer en passant pour voir quelques bric-à-brac qui s'y trouvaient au grenier.

Comme je l'ai mentionné, la femme B. demeurait à côté.

B. avait dû nous voir entrer. Lorsque, une demi-heure après, nous sortîmes, B. était à sa porte, appuyée contre le mur. Le chien suivait derrière nous. A peine sorti du couloir, il poussa un cri, absolument comme un chien qu'on aurait frappé d'un bon coup à l'improviste, et s'enfuit à toutes jambes dans la direction de la ferme. M. N. et moi, nous regardâmes avec surprise, pendant quelques instants le chien courir, lorsque la femme B., qui toujours était restée à sa porte à côté de nous, sans que nous y fassions attention, se mit à rire.

Je me retournai vers elle ; j'étais très vexé, sans savoir pourquoi. Ne sachant que dire, je fis demi-tour dans l'intention d'aller chercher le chien. Mais celui-ci s'était arrêté à une centaine de mètres, peut-être, et nous regardait. Nous restions là où nous étions, et je l'appelai en sifflant après lui. Le chien obéissait à mes appels réitérés. Il commençait à s'approcher lentement, les oreilles basses et la queue entre les jambes, en s'arrêtant pour ainsi dire à chaque pas et en se couchant par terre. Au fur et à mesure qu'il se rapprochait plus près de nous en entendant ma voix (je lui causais tout le temps), il devenait visiblement plus hardi.

(1) Une lanterne mystérieuse que l’on voyait vaguer allumée, la nuit, dans les champs, aux environs du village, sans qu’on la vît portée par qui que ce fût.

Le chien était arrivé à une douzaine de mètres environ. Il sé couchait par terre et se mettait à gronder sourdement. Je rappelai avec insistance. Il ne bougeait pas, mais sa colère semblait augmenter.

J'avais un sentiment qu'il allait se passer quelque chose (M. N. me disait plus tard qu'il se trouvait presque mal). Instinctivement, je jetai un regard sur la femme B... et je fus frappé de l'expression dure et haineuse de son visage, dont l'aspect avait complètement changé. Je n'ai jamais oublié l'expression étrangement méchante de cette figure, ainsi que la colère intense et déraisonnée qui m'envahissait moi-même à ce moment.

J'appelai le chien d’un ton bref, sec ; j'avais la certitude qu'il s'approcherait. L'animal se dressa, les oreilles debout, les yeux étincelants ; puis, en poussant un hurlement furieux, il se jeta en quelques bonds contre. la porte de la cabane. La femme B., au moment où le chien s'élança, s'était retirée précipitamment, et avait jeté derrière elle la porte avec fracas.

Le chien, debout contre la porte, hurlait et grattait furieusement contre celle-ci, comme s'il eût voulu forcer l'entrée. J'eus beaucoup de peine à lui faire quitter la place ; il nous fallut tous deux le prendre par le collier, et le traîner ainsi jusqu'à la maison.

M. N. et moi, nous n'étions plus disposés à sortir, et nous discutâmes longuement l'attitude bizarre de la femme et du chien, en nous perdant dans les conjectures.

Le lendemain, je partis pour ma garnison.

Fin décembre, j'obtins un nouveau congé, à l'occasion du nouvel an, et je rentrai chez; nous, à P.

Comme la place à la maison était très limitée, et toutes les chambres occupées (des parents étaient venus nous voir), je me fis monter un lit dans la maison vide, au village.

Je m'y rendis vers 11 heures du soir, accompagné de la bonne, qui m'apportait de l'eau, des serviettes, etc. ; notre chien de berger me suivait. La bonne, après avoir arrangé le lit, partit en emmenant le chien avec elle.

La chambre où je couchais était au premier. On y arrivait par un couloir sur lequel donnait la porte d'une première chambre. Cette chambre était vide, complètement dépourvue de meubles. Elle était, par une seconde porte en face de la première, en communication avec une chambre à coucher. Mon lit était dressé dans le coin, à côté de la porte

de communication des deux chambres, et de sorte que cette porte, qui s'ouvrait en tournant dans ma chambre, touchait, quand elle était ouverte, le pied du lit.

Après le départ de la bonne, je fermai à clé la porte d'en bas de la maison, et je montai. Je fermai derrière moi la porte de la première chambre, mais pas à clé, et j'entrai dans ma chambre à coucher, en laissant la porte à demi-ouverte : celle-ci était appuyée contre le pied de mon lit.

Je me déshabillai (j'étais en uniforme), en appuyant mon sabre de cavalerie contre une chaise qui me servait de table de nuit. Je me couchai et je soufflai ma bougie.

Dès que j'eus éteint la lumière, j'entendis un grattement très fort, à la porte de la première chambre. C'était un bruit identique à celui que produit un chien qui gratte à une porte pour entrer ou sortir. Seulement, le grattement que j'entendais était un grattement très intense, comme si le chien avait voulu forcer la porte.

Le premier moment de surprise passé, je pensai que notre chien était resté dans la maison ; pourtant, le grattement me paraissait produit contre le côté intérieur de la porte de la première chambre, et non pas venant du côté du couloir ; j'appelai à plusieurs reprises le chien par son nom « Sokol ». Pour toute réponse, le bruit augmentait encore.

Comme je l'ai dit plus haut, j'avais laissé la porte de communication entre les deux chambres ouverte. Cette porte, qui s'appuyait contre le pied du lit, je pouvais l'atteindre avec mes pieds. D'un mouvement brusque, je poussai avec mon pied droit, violemment, la porte qui se ferma avec fracas. Au même instant, le grattement se produisit avec une violence extrême contre cette porte, du côté de la première chambre.

Je dois avouer que, après avoir appelé inutilement le chien, et le bruit s'accentuant encore, je fus effrayé un instant, et c'est cela qui me fit pousser la porte. Mais au moment où j'entendais le bruit à cette porte, tout près de moi, le sentiment de frayeur avait disparu subitement. Je m'apprêtai à allumer ma bougie. Avant que j'eusse fait de la lumière, le grattement avait cessé.

Je descendis du lit, je mis mon pantalon, et j'allai visiter la première chambre.

J'avais toujours le chien dans l'idée, malgré l'impossibilité matérielle de sa présence. Rien dans la chambre. Je sortis

dans le corridor, je descendis Tescalier, je visitai le rez-dechaussée, j'appelai le chien : toujours rien.

Je ne pouvais faire autre chose que de remonter dans ma chambre, et, ne comprenant rien, je soufflai ma bougie.

A peine fus-je couché, que le vacarme recommença, avec plus d'intensité, si possible, et, à nouveau, du côté extérieur de la porte de communication que j'avais fermée, cette foisci, derrière moi.

J'éprouvai alors un sentiment d'agacement, de colère ; j'étais énervé, et, sans prendre le temps de faire de la lumière, je sautai hors du lit, je saisis mon sabre que je tirai hors de son fourreau, et me précipitai dans la première chambre. En ouvrant la porte, je ressentis une résistance, et, dans l'obscurité, je crus voir une lueur, une ombre lumineuse, si je puis dire ainsi, se dessinant vaguement sur la porte d'entrée de la première chambre.

Sans réflexion, je ne fis qu'un bond en av^ant, et je portai un forn^idable coup de sabre dans la direction de la porte.

Une gerbe d’étincelles jaillit de la porte comme si j'avais touché un clou enfoncé dans le panneau. La pointe du sabre avait trav^ersé le bois, et j'eus quelque peine pour retirer l'arme. Je me dépêchai de retourner dans ma chambre, pour allumer la bougie, et, sabre en main, j'allai d’abord voir la porte.

Le panneau était fendu du haut en bas. Je me mis à chercher le clou que je pensais avoir touché, mais je ne trouvai rien : le côté tranchant du sabre ne paraissait pas non plus avoir rencontré du fer.

Je descendis à nouveau au rez-de-chaussée, je. visitai partout, mais je ne trouvai rien d’anormal.

Je remontai dans ma chambre : il était minuit moins le quart.

Je songeai aux choses qui venaient de se passer. Aucune idée d'explication ne se présenta à mes réflexions, mais j'éprouvai un sentiment réel de quiétude après avoir été surexcité, et je me souviens très bien que je caressai involontairement l'âme, de mon sabre en me couchant à nouveau, et je plaçai l'arme à côté de moi dans le lit, sous la couverture.

Je m'endormis sans autre incident, et je ne me réveillai que vers huit heures du matin.

A la lumière du jour, les incidents delà nuit, avec la porte brisée, me parurent plus étranges encore.

Je quittai enfin le lieu et me rendis à la maison où tout le

monde était déjà réuni pour déjeuner, et où on m’attendait. Je racontai naturellement mon«r aventure, qui paraissait bien invraisemblable aux jeunes gens venus en visite. Quant à mes parents, ainsi qu’à M. N., ils en étaient impressionnés.

Le déjeuner terminé, il était près de dix heures, tout le monde voulut voir la porte brisée, et mes parents, nos jeunes gens, M. N. et moi, nous nous dirigeâmes vers la maison du village.

A mi-chemin, une femme du village venait à notre rencontre, et nous disait qu’elle voulait précisément venir chez nous pour prier M. N. de venir voir la femme B... qui était malade. Une autre femme, qui était allée trouver B..., pour une affaire quelconque, quelques instants auparavant, l’avait trouvée sur son lit, sans connaissance, et tout ensanglantée.

Nous pressions nos pas. Moi, j’étais singulièrement ému des paroles de notre interlocutrice.

Arrivés chez B..., un spectacle terrible se présentait.

La femme, en délire, couchée sur son lit, avait la figure presque entièrement couverte de sang coagulé, les yeux fermés et collés par le sang qui sortait encore lentement d’une blessure mortelle au front. La blessure, faite par un instrument tranchant, commençait à deux centimètres de la lisière des cheveux et se prolongeait en ligne droite jusqu’à la racine du nez, parcourant ainsi sept centimètres et demi. Le crâne était littéralement fendu, et la masse cérébrale sortait à travers la fente.

M. N. et moi, nous courûmes à la maison : M. N. pour chercher le nécessaire à faire un pansement, moi, pour faire atteler notre voiture à l’effet d’aller chercher le médecin dans une petite ville voisine.

La voiture partie, je retournai chez B..., laquelle, entre temps, avait été pansée provisoirement par M. N. La cabane s’était remplie de tous les gens du village, y compris l’hôtesse de l’auberge. Personne n’avait une idée de ce qui pouvait être arrivé à B... La blessée, qui avait toujours été crainte par la population, n’inspirait d’autre sentiment que la curiosité aux personnes présentes, à l’exception de l’hôtesse de l’auberge, qui paraissait non seulement être venue par curiosité, mais qui semblait visiblement satisfaite, et ne se gênait pa'S pour dire hautement : « Enfin, B... a attrapé ce qu’elle mérite ».

Je dois dire dès maintenant que, à l’instant où, entrant

chez elle, j'avais vu B... étendue sur son lit avec le crâne ouvert, j'ai eu le sentiment que quelque chose d'obscur s'éclairait subitement dans ma tête. En ce moment, j'ai compris que c'était B..., « la sorcière », qui avait été touchée par la pointe de mon arme, lorsque, la nuit, j'avais frappé le coup de sabre qui avait fendu la porte de la chambre vide. , . .

La blessée étant pansée et nettoyée, je sortis avec M. N. Nous montâmes au premier de la maison vide, vers la porte brisée. M. N. la regarda sans rien dire : il était visiblement émotionné. Quant à moi, je ne l'étais pas moins. Je rompis enfin le silence, et fis part à M. N. de mes idées.

Il faut dire qu'à l'époque dont je parle, je n'avais aucune notion des sciences ou des forces occultes ; M. N. non plus. Les rapprochements que je faisais entre ce qui s'était passé la nuit et l'état dans lequel on avait trouvé B... n'étaient donc que purement intuitifs.

M. N. ne répondait sur mes explications, si on peut ainsi les nommer, que par : « Je n'y comprends rien ; mais il se passe ici des choses horribles ». Moi, je n'y comprenais pas davantage, et nous tombâmes d'accord tous les deux de ne plus parler à qui que ce soit des événements de la nuit, quoi qu'il arrivât avec la femme B... Nous descendîmes, et nous nous rendîmes à nouveau chez B...

Celle-ci était dans un état comateux ; le délire avait cédé à un abattement profond d'où elle ne devait plus sortir.

Après avoir recommandé aux femmes s'y trouvant de renouveler toujours, jusqu'à l'arrivée du médecin, les compresses d'eau froide, nous rentrâmes tous à la ferme. Les membres de la famille avaient complètement perdu de vue le premier but de notre sortie, c'est-à-dire la porte brisée ; et moi, ainsi que M. N. nous nous gardâmes bien d'y revenir. Toutes les idées et toutes les conversations tournaient autour de l'accident de B., et lorsqu'un des jeunes gens me rappela qu'on avait oublié de visiter la porte, je répondis que la chose ne valait pas la peine de se déranger à nouveau, et que je croyais moi-même m'être laissé impressionner outre mesure par un rêve.

A une heure de l'après-midi, le médecin arriva ; M. N. et moi l'accompagnâmes chez B.

Le médecin ne put que constater la gravité de la blessure, et nous prévint que B. n'avait plus que quelques heures à vivre. A ses questions concernant les causes possibles de la

blessure, nous nous abstînmes, comme c'était convenu, de ^ Ipî

toute indication. * ^ ‘

En prévision d'une issue fatale à brève échéance, le médecin resta chez nous, à P. Il dressa un rapport sur le fait, et je fis immédiatement partir un homme pour porter ce rapport au plus proche poste de gendarmerie, qui devait venir faire une enquête sur les causes de l'accident.

Un brigadier arriva à 7 heures du soir. 11 dressa un procèsverbal dans la chambre même de B., où le médecin était présent, ainsi que M. N., moi, la femme qui la première avait trouvé B. sans connaissance, et d'autres habitants encore.

L'enquête du gendarme se continuait encore à 7 heures 3/4, lorsque B. se dressa subitement sur son lit, en s'appuyant sur ses coudes ; elle ouvrit démesurément les yeux, resta quelques instants ainsi, puis s'abattit en arrière avec ses yeux ouverts. Elle était morte. Le médecin lui ferma les paupières.

Comme personne no pouvait donner une indication quelconque sur la manière dont B. avait été blessée, le brigadier termina son procès-verbal et partit. Un magistrat arriva le lendemain matin, janvier, pour procéder aux constatations d'usage avec le médecin, qui était resté chez nous ; et dans la soirée. B... était enterrée au cimetière du village le plus proche.

Une enquête ordonnée, purement pour la forme, par la justice resta sans résultat et fut abandonnée après quelques jours : on avait conclu à une chute accidentelle.

Je n'ai rien à ajouter aux f^its proprement dits, mais j'ai à mentionner une coïncidence : c'est que, depuis la mort de la femme B..., on cessa, à P... et aux environs, de parler de lanterne. Personne ne l'a plus revue au cours des années qui suivirent.

Depuis l'époque de cet événement, donc depuis dix-sept ans, il m'a été donné d'observer un grand nombre de faits d'aspect surnaturel, ou du moins inexplicables par les procédés ordinaires. Mais je n'ai jamais eu occasion de voir se produire un phénomène spontané ayant une analogie avec la lanterne. J'ai toujours trouvé que les phénomènes les plus miraculeux avaient leurs premières causes dans des forces humaines (ce qui ne veut pas dire que je voudrais nier à priori l'existence de forces autres que celles-là), et j'ai cru pouvoir conclure :

Que la femme B... avait été un très fort «médium à effets physiques », mais un médium agissant consciemment ;

2® Que, partant, B... avait été ou bien douée de facultés extraordinaires pour rémission de son corps astral, ou bien initiée dans certaines pratiques à cet effet ;

30 Que le bruit nocturne dans ma chambre avait été produit par B..., c'est-à-dire par son corps astral, et cela dans l’intention de me faire peur, pour se venger de ce que j’avais amené notre chien à résister au pouvoir occulte que B... exerçait sur lui en dehors de notre maison. C’est pourquoi elle avait résolu d’imiter le bruit (1) que le chien avait fait à sa porte lorsqu’il s’était élancé sur elle ;

4^ Qu’en portant le coup de sabre contre la porte ou contre l’ombre lumineuse, l’acier avait touché le corps astral, et une disjonction moléculaire de celui-ci, due au contact de la pointe d’acier le traversant avec une vitesse considérable, avait provoqué la blessure de B...

5® Enfin, que l’apparition de la lanterne n’était qu’une émanation astrale de B..., qui se plaisait à impressionner les gens et à leur faire peur.

Et, à ce dernier sujet, je suis amené à supposer que si, lors de l’apparition de la lanterne (2), j’avais pu tirer un coup de fusil sur le phénomène, comme c’était mon intention, j’aurais probablement tué B... à ce moment.

Cette dernière conclusion du narrateur est certaine, et sa certitude se dégagera du second fait que je trouve dans un ouvrage de vulgarisation, très bien établi, de J. -G. Bourgeat (3) :

Depuis quelque temps, il était question dans le pays d’un mouton qui se montrait la nuit dans les marais d’un château voisin ; cet étrange animal bondissait, disait-on, devant les

(1 ) Non pas imiter, mais réaliser. Le procédé le plus simple pour cette ‘ sorcière, était non de produire une imitation plus ou moins réussie avec ses mains fluidiques matérialisées, mais de réaliser ce bruit en prenant les organes mêmes (pattes et ongles) d’un chien {Noie de V auteur).

(2) Au sujet de cette lanterne, je ne partage pas l’opinion de l’auteur ; non qu’il soit impossible à un aérosôme humain de se faire voir sous une apparence quelconque, fût-ce celle d’un objet inanimé, mais il me semble plus simple de croire que cette lanterne avait son existence propre, et appartenait en réalité à B... dont le corps fluidique invisible la promenait allumée dans les champs (Note de l'auteur).

(3) Magie, 1 vol. in-12. Paris, 1895.

douaniers, les sauniers, et jusqu’alors personne n’avait pu le saisir.

Cela étant venu à mes oreilles, je n’eus désormais qu’une seule pensée, qu’un seul désir : voir le fameux mouton.

Ayant vainement sollicité mon grand-père, et mon désir ne faisant que s’accroître avec les obstacles, une nuit que tous dormaient, je me levai sans bruit, m’habillai à la hâte, je pris ma petite carabine que je chargeai à balle, et, après avoir sifflé Duc, mon chien favori, je me mis en route pour les marais.

Tout d’abord, fier de ma prouesse, je marchai gaillardement, précédé de mon chien qui, la queue droite comme un paratonnerre, ne comprenait rien à ce qui lui arrivait.

De gros nuages noirs couraient dans le ciel, et, par moments la lune rougeâtre apparaissait, projetant autour de moi des ombres fantastiques.

Une demi-heure environ s’était écoulée quand j’atteignis la lisière des marais. Pour ne pas me montrer aux douaniers, je suivis une digue étroite, limitée à droite et à gauche par de profonds réservoirs.

Alors seulement la réflexion me vint : si chez moi on s’apercevait de mon absence, que dirait-on ? Que ferait-on ? Je voyais déjà le branle-bas général, les pleurs, les cris, les chiens lancés sur ma piste, etc., etc. ; ce tableau, que je m’exagérais beaucoup changea ma résolution, et j’allais retourner sur mes pas, quand, brusquement, mon chien se réfugia dans mes jambes et hurla lugubrement (1).

Surpris à l’improviste, je regardai autour de moi, et je vis, non sans épouvante, un mouton hideux dont la tête, d’une grandeur démesurée, portait de gros yeux qui me regardaient avec une persistance effrayante.

Par un acte réflexe, inhérent à tous, ma première pensée fut de fuir, et je me mis à courir pendant quelques secondes ; mais, honteux de ma peur, je m’arrêtai bientôt.

Le mouton m’avait suivi ; il était là, me regardant avec ses yeux verts, lumineux ; je me sentis pénétré d’un froid intense, et une sueur glacée me perla à la racine des cheveux ; jusque-lè, je n’avais jamais entendu parler de choses surnaturelles, aussi cette singulière apparition bouleversait toutes

(1) Les animaux comprennent plus vite que l’homme, peut-être parce qu’ils sont plus près que lui de la nature, la présence des choses et des êtres du Mystère. Malheureusement, nous ne possédons à cet égard que des observations éparses, et l’étude d’ensemble reste à faire {Noie de l'auteur).

mes idées ; ce qui surtout me stupéfiait, c'était que contrairement à toutes les lois de la pesanteur, la bête infernale se tenait à la surface de l'eau, marchait, bondissait, absolument comme sur la terre ferme, cela à environ trois m,ètres devant moi, et sur un réservoir dont la profondeur, en cet endroit réputé comme très dangereux, est de cinq mètres au moins.

Fatigué, effrayé et irrité à la fois, j'épaulai ma carabine, et, visant à peine, je fis feu ; un nuage de fumée m'enveloppa, des oiseaux de nuit s'enfuirent en criant, l'écho répéta plusieurs fois la détonation de l'arme, puis tout rentra dans le silence : — le mouton avait disparu.

Le lendemain soir, nous reçûmes la visite du curé, et, entre autres choses, il nous apprit qu'une femme, réputée sorcière, avait été grièvement blessée la nuit précédente ; ce fut tout...

Je donnerai un autre exemple de cette faculté de lycanthropie que la croyance populaire attribue, non sans raison, aux sorciers. Cet exemple provient de la même source que le précédent :

J'aimais à me promener, à la tombée de la nuit, dans un certain endroit du parc où la poésie du lieu m'attirait ; bien des fois, la paysanne m'avait dit : Vous avez tort d'aller près du vivier ; on dit que le soir, on y voit des revenants.

Cette idée des revenants n'était certes pas faite pour m'effrayer, et les péripéties de mon escapade au sujet du mouton m'avaient mis en goût d'aventures ; aussi tous les soirs, armé d'un poignard minuscule dérobé aune panoplie, j'allais passer une heure ou deux autour du mystérieux vivier, en attendant que le son de la cloche me rappelât au château. Je commençais à désespérer de jamais rien voir, quand, un soir où l'obscurité était plus profonde que d'habitude, le ciel étant couvert d'épais nuages, je fus mis en éveil par un bruit bizarre se produisant à quelques pas devant moi ; il me semblait entendre une forte respiration entrecoupée de plaintes douloureuses. Je n'étais pas précisément à mon aiÿe ; néanmoins je ne bronchai pas d'une ligne, et j'en étais là quand, tout à coup, une main monstrueuse se mit à tournoyer devant moi (1).

( 1 ) Il est à remarquer que, dans certaines apparitions partielles^ la partie du corps matérialisée et rendue visible ou tangible peut atteindre des dimensions colossales. Un de mes sujets, médium voyant, me disait un jour être dans une période où il apercevait constamment un bras humain énorme, qui tenait toute la longueur de sa chambre [Note de Vauteur).

Sans perdre de temps en réflexions inutiles, et déjà instruit par Inexpérience, je frappai cette main d'un terrible coup de poignard ; un éclair verdâtre serpenta autour de Tarme, et je reçus dans Tavant-bras une légère secousse, puis tout disparut.

Je rentrai au château en proie à une violente agitation et ne pus dormir de la nuit.

Le lendemain, comme je me promenais dans le parc, un mendiant se présenta à la porte de la grille ; je lui donnai quelque menue monnaie, et, comme sa main était enveloppée d'un linge ensanglanté, je lui demandai ce qu'il avait : il défit ses linges et me montra une affreuse blessure qui lui traversait la main de part en part ; d'après lui, des voleurs l'auraient assailli la veille au soir...

Je n'ai rien dit, mais en moi-même, je tne suis promis d'éclairer plus tard ce mystère, pénétré de l'idée que j'étais pour quelque chose dans la blessure de cet homme qui du reste avait, au dire des paysans, la réputation d'un affreux sorcier.

Enfin je citerai un dernier cas de zoanthropie bien caractérisé que je relève dans d’Assier — un positiviste, pourtant (1) — et qui s’est passé vers 1853 à Serizols, canton de Sainte-Croix (Ariège).

Un meunier, nommé Bigot, avait quelque renom de sorcellerie... Un jour que sa femme se levait de grand matin pour aller laver du linge non loin de l'habitation, il chercha à la dissuader, en lui répétant à plusieurs reprises : « N'y va pas ; tu auras peur ! » Elle ne tint aucun compte de ces menaces, et partit. A peine était-elle installée au lavoir, qu'elle vit un animal qui allait et venait devant elle. Elle ne put distinguer ses formes, mais elle crut reconnaître une espèce de chien. Importunée par ces allées et venues, et ne pouvant la faire fuir, elle lui lança son battoir, qui l'atteignit à l'œil. L'animal disparut aussitôt. Au même instant, les enfants de Bigot entendirent ce dernier pousser un cri de douleur dans son lit, et ajouter : « Ah ! la coquine ! Elle vient de me crever un œiL! » A partir de ce jour, en effet, il devint borgne. Plusieurs personnes m'ont raconté ce fait, et le tenaient des fils mêmes de Bigot.

^ (1) Essai sur Vhumaniiê posthume, par G. d’Assier. 1 vol. in-12. Paris

Ici, pas de doute possible, ajoute le narrateur, sur Tauteur de cette scène de lycanthropie. C"est bien la personnalité fluidique du naeunier qui s’échappe pendant qu’il est au lit, et vagabonde sous une forme animale. La blessure que reçoit le fantôme se répercute aussitôt sur l’œil de Bigot, ainsi que nous l’avons vu pour des faits analogues relatifs à des dédoublements de sorciers. C’est le sort tôt ou tard réservé à celui qui a le triste privilège d’être Loup-Garou, Ce personnage est, par nature, un être inoffensif qui se promène nuitaminent sous la forme d’un quadrupède quelconque, loup, veau, chien, etc., et se borne à faire peur aux gens qu’il vient visiter ou qu’il rencontre sur son passage (1). Mais lorsque ceux-ci prennent la chose au sérieux, et le pourchassent avec une arme, on trouve le lendemain, dans une maison du voisinage, un homme criblé de blessures, et refusant de répondre aux questions qu’on lui adresse sur son état.

Je ne chercherai pas à donner l’explication de ces prodiges, qui sont encore pour moi un problème insoluble. La. nature fluidique, et par conséquent élastique, de la personnalité mesmérienne [corps astral] lui permet de s’adapter aux formes lycanthropiques. Mais où placer la cause efficiente de ces métamorphoses ? Faut-il invoquer l’atavisme, c’est-à-dire le chapitre le plus délicat et le moins connu de la biologie ?...

Là, me paraît être en effet le nœud de la question. L’embryologie nous apprend par quelles formes vitales a passé l’homme, depuis les moules de vie végétative — on n’est pas remonté encore, que je sache, à la période de cristallisation qui constitue la force vitale avant la vie proprement dite — jusqu’aux organismes des* vertébrés supérieurs... N’y aurait-il pas, parmi tous ces avatars successifs, quelque forme qui aurait laissé une plus vive empreinte sur chacun de nous, et à laquelle chacun de nous retournerait — consciemment ou inconsciemment — aux heures critiques où la conscience est engourdie? Les occultistes me comprendront

(1) L’auteur ne parle ici que des individus qui font une «sortie inconsciente en astral " — il y en a — ; mais les sorciers conscients usent de ce procédé pour faire du mal à leurs ennemis ; et ceux-là sont de beaucoup les plus nombreux à qui le hasard ou l’enseignement d’un autre sorcier a appris ce moyen de nuisance {Note de l'auteur)^

Pour en finir avec les faits, je donnerai une observation technique singulièrement suggestive, et qui jette une lumière particulière sur ces étranges phénomènes ; je la rencontre dans H. Durville {loc. cit).

Dès la première séance que je fis avec Madame François, je remarquai qu'au début du dédoublement [du sujet en corps physique et fantôme], elle porta son regard à sa droite avec étonnement. 11 en fut de même à plusieurs autres séances. A celle du 7 janvier 1908, en présence de son mari, au début du dédoublement, elle porta encore son regard à sa droite ; puis, en se retirant, elle s^’écria toute surprise : « Tiens ! un ours !» Je la prie de porter son attention sur cet étrange visiteur. — « Eh ! dit-elle, c'est trop drôle... il vient du fantôme ! » Surpris moi-même de cette réponse, je lui demande comment il se fait qu'un corps qui doit être le siège d'une intelligence plus grande que celle qui se manifeste dans notre corps physique, se montre sous la forme d'un animal. — « Je n'en sais rien, dit-elle ; mais je suis bien sûre que c'est lui, car je viens de le voir rentrer dans le fantôme ; d'ailleurs, il a la faculté de changer de forme et de se montrer comme il aeut,y)

Je lui demande aussi si l'autre corps du fantôme, qui, avec ses couleurs bleu à droite, orangé à gauche, est le plus superficiel, peut aussi changer de forme. — « Ce corps-là, me répondelle sans là moindre hésitation, n'a pas de pouvoir: il ne change jamais de forme. » 11 paraît bien évident que ce corps extérieur est le corps éthérique (corps odique, double du corps physique), et que celui de l'intérieur est le corps astral (1) qui, lui, prend la forme qu'il veut prendre comme cela semble prouvé par les faits de la lycanthropie.

Il me reste maintenant, pour épuiser ce sujet à dire quelques mots d’un phénomène curieux de zoanthropie, dont la constatation fréquemment faite, frappe particulièrement les personnes qui sont peu au courant de ces matières ; c’est que, dans tous les cas où la forme animale est lésée, cette lésion se répercute sur le sujet humain : de là à dire que celui-ci a été blessé directement,

(1) V. plus haut(p. 135; la décomposition des fantômes en plusieurs corps secondaires.

sans aucun intermédiaire, et que les gens qui ont cru frapper une forme animale ont été victimes d’une hallucination, il n’y a qu’un pas.

Mais, malgré toute apparence contraire, il n’en est pas ainsi, et il est relativement aisé de prouver qu’en pareil cas le corps physique subit réellement la répercussion des blessures faites au corps astral : ce double phénomène n’ofïre rien que de très simple.

D’une part, toute entité fantomatique est constituée par une sorte de conglomérat de fluides électriques, et l’on connaît le pouvoir des pointes sur l’électricité en général et d’un traumatisme violent (tel que celui d’un projectile d’arme à feu) sur la foudre globulaire : il s’ensuit ou une dissolution totale ou bien un brusque changement d’état moléculaire. — D’un autre côté, l’aérosôme étant le double, en quelque sorte, du sarcosôme auquel il est de façon normale étroitement lié, la répercussion d’une lésion de l’un sur l’autre ne présente rien que d’absolument plausible : le cas n’est pas rare de médiums à matérialisations blessés par l’imprudence d’un assistant qui a voulu toucher trop vite la matérialisation extériorisée du sujet.

Au reste, la répercussion, sur le corps physique, des lésions imprimées au corps astral ne peut sembler incroyable qu’aux personnes qui supposent que la division de la personnalité humaine en plusieurs corp^s^mmpt son unité ; il n’en est pas ainsi, et raisonner de la sorte équivaut à s’étonner qu’une lésion subie par le système musculaire ait sa répercussion sur le système nerveux.

Les exemples de cette répercussion sont au contraire très fréquents, et s’ils sont peu connus du public, c’est que les sciences où se rencontre leur observation sont elles-mêmes très généralement ignorées de ce même public.

En voici plusieurs que j’extrais d’un seul ouvrage déjà cité. Le Fantôme des Vwants, de H. Durville ;

l’accumulation de ces observations dans un seul ouvrage technique suffit pour établir leur fréquence.

Pendant la vie, le corps astral et le corps physique sont intimement liés Piin à Tautre, et si Tastral s'éloigne du physique, celui-ci reçoit toutes les impressions qui sont perçues par l'autre. Ce phénomène peut être comparé à l'écho, provenant de la réflexion des ondes sonores, qui, heurtant un corps, changent de direction et reproduisent sur l'ouïe une impression nouvelle ; ou, mieux encore, à deux cordes de même nature, également tendues, qui résonnent à l'unisson, lorsque l'une d'elles seulement est mise en vibration... On sait que le corps des sorciers reçoit toujours les coups qui sont portés sur leur fantôme éloigné, et qu'il en résulte des blessures qui peuvent même entraîner la mort. Il en est de même chez les extatiques religieux qui se dédoublent pour aller visiter des lieux éloignés. Ainsi, Marie d'Agréda éprouvait désagréablement les ardeurs du milieu dans lequel elle se transportait. Sainte Lidwine gardait sur le corps des traces sensibles de ce que son fantôme éprouvait dans les lieux qu'elle visitait. Une fois, elle fut plusieurs jours dans l'impossibilité de marcher, car son fantôme s'était fait une entorse au pied ; une autre fois, en traversant des buissons à la hâte, le fantôme fut douloureusement piqué à la main, et, au sortir de son extase, on observa qu'une épine se trouvait enfoncée dans la main endolorie du sujet. Catherine Emmerich éprouvait des phénomènes analogues... — Ce phénomène est également observé dans les matérialisations spirites, et le corps du médium porte les traces des blessures que l'on aurait pu faire à la forme matérielle. — Les sujets magnétiques extériorisés éprouvent non seulement les piqûres que l'on fait à la figure de cire qui a été sensibilisée, mais ils portent les stigmates de ces blessures. Dans V Extériorisation de la sensibilité^ de Rochas rapporte des phénomènes de ce genre qu'il a méthodiquement étudiés.

Quand on voulait l'obliger [le fantôme d'un sujet] à rester en place, il flottait verticalement, montant et descendant ; et, dans ses mouvements d'ascension souvent brusques, il se frappait la tête au plafond, ce dont le sujet se plaignait vivement en portant les mains sur la sienne.

Au début [du dédoublement d"un sujet], le fantôme est extrêmement sensible, et les moindres contacts sont douloureusement perçus par le sujet. Si le premier reçoit un cboc violent, on observera presque toujours une ecchymose à la partie correspondante de Tautre, et une douleur plus ou moins vive y persistera plusieurs jours. C'est ce qui fait comprendre que les sorciers dédoublés recevaient des coups portés sur leur double, éloigné pour Taccomplissément d'un méfait Quelconque. — Le cordon [lien fluidique unissant, dans le dédoublement, le sujet à son fantôme] est également très sensible au moindre contact, et, si on le heurte violemment, le sujet pousse toujours un cri de douleur. Si le sujet et le fantôme sont devant l'expérimentateur, l'un à droite, l'autre à gauche, et que celui-ci marche lentement pour passer entre les deux, il touchera bientôt ce cordon, et le sujet éprouvera un choc plus ou moins violent. S'il continue à avancer, mais très lentement, il exerce une tension sur le cordon, et celui-ci, qui est élastique, s'allonge. Mais il exerce en même temps une traction sur le sujet. C4e dernier, questionné, dira qu'il éprouva une sensation analogue à celle qu'il éprouverait si, attaché à une corde, on tirait sur celle-ci, mais que cette sensation est beaucoup plus désagréable.

Lorsque le fantôme se heurte violemment contre un corps solide, non seulement il se fait mal, mais la douleur persiste pendant plusieurs jours chez le sujet, et parfois des eschares attestent la violence du choc sur la peau de celui-ci... — Au début de mes expériences, en octobre 1907, — j'expérimentai avec Marthe et Nénette. Les expériences avaient lieu soit dans la salle des réunions de la Société^ soit, lorsqu'il faisait plus froid, dans mon cabinet qui était chauffé. Un jour, Marthe qui n'avait pas eu depuis un certain temps le plus petit motif pour s'enrhumer, est dédoublée dans mon cabinet. J'envoie son fantôme dans la salle froide avec Nénette et M. André. Bientôt, le sujet se plaint d'avoir froid, et grelotte péniblement. Je le réveille ; mais au bout de quelques instants, il se met à éternuer et éprouve de légers frissons, indices d'un rhume qui s'annonce. En effet, le lendemain, Marthe toussait, se plaignait d'inappétence, d'enchifrènement et de lourdeur de tête ; elle était réellement enrhumée.

Si on avance trop près du fauteuil [où est le fantôme exté-

rioré] on frôle ses jambes, on lui marche sur les pieds, on provoque une douleur plus ou moins vive, et cette douleur se répercute chez le sujet qui retire ses pieds, s'agite et se plaint. En avançant la main vers le haut du corps [du fantôme], on l'impressionne d'une manière analogue. Si l'on est dans l'obscurité, il n'y a qu’à tenir le sujet par la main, et l'on perçoit la secousse qu'il éprouve chaque fois que le fantôme est touché.

On rencontre des témoins qui, n'étant jamais assez convaincus de la réalité de sa présence [du fantôme extériorisé], demandent encore qu'on l'envoie près d'eux ; et là, ils pincent, piquent ou hachent le fantôme avec la main. Le sujet hurle de douleur, le fantôme se retire et ne veut plus se risquer à des accidents de ce genre.

Le dédoublement, chez les somnambules, tout au moins chez ceux qui sont lucides, est très évident. Lorsqu'on leur demande ce qui se passe dans un endroit éloigné, ils affirment toujours qu'ils vont à cet endroit ; ils font une description de ce qu'ils disent voir, et cette description, lorsqu'elle peut être vérifiée, est toujours plus ou moins exacte (1). Tous les magnétiseurs... ont remarqué que si l'on envoie un somnambule dans un pays chaud, et de là, sans transition, dans un pays froid, la conséquence du brusque changement de température est qu'immédiatement, le sujet éprouve des frissons avec éternuements, et autres symptômes précurseurs d'un rhume qui ne tarde pas à se déclarer, si on ne dégage pas suffisamment le sujet. Ce rhume peut même durer quelques jours. J'ai moi-même observé plusieurs fois ce*t étrange phénomène de répercussion.

Personnellement, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de constater l’existence de. ce curieux phénomène.

Pendant la première moitié de l’année 1909, j’ai étudié un sujet particulièrement doué, Madame Arnoult qui extériore très facilement et très fréquemment son corps

(1) C’est leur corps lliiidique qui se rend à l’endroit dési^?né, tandis que leur corps physique demeure sur place ; en un mot il s’agit, en pareil cas, d’une véritable sortie en astral (Note de l'auteur).

astral, mais toujours iriconscieriiriient. Or, lorsqu’elle arrivait chez moi, je regardais ses bras et, quand je les voyais meurtris par des ecchymoses ou des égratignures, je lui disais : « Vous avez eu un sommeil agité, cette nuit, vous vous êtes extériorée... » Et c’était vrai.

Quand on l’extériore, il faut la guider avec soin pour lui éviter des blessures, et, si on l’envoie au loin, il est prudent de lui ordonner de monter très haut afin que son corps astral ne se heurte pas au faîtage des édifices.

Enfin, il y a peu de temps, dans une tierce maison, on voulait luf faire faire une expérience sur une lettre restée chez elle. Il fallut donc l’extériorer pour l’envoyer prendre connaissance de cette lettre, ce qui se fit en la guidant minutieusement. Or, comme son corps astral gravissait l’escalier, elle dit tout à coup à son magnétiseur : « Quelqu’un descend... il va me heurter... — Rangez-vous pour le laisser passer — Mais je n’ai pas la place... ». Puis elle poussa un léger cri : « Il vient de me marcher sur le pied ! ». L’expérience se continua, et, à son réveil, le sujet accusa une vive douleur au pied : il y avait eu répercussion de l’astral au physique.

En résumé, ce phénomène s’observe très fréquemment, et, au contraire, il serait surprenant qu’il n’existât pas, car dédoublement ne signifie pas scission^ et le sujet dédoublé n’en conserve pas moins son unité et son intégralité : il est, si l’on peut s’exprimer ainsi, comme une horloge dont le mouvement, momentanément extrait, ferait marcher de loin les aiguilles par un système électrique: — si l’on ralentit ou active la marche du mouvement, il y a répercussion sur les aiguilles qui, de même, retardent ou précipitent leur course (1).

Mais, le processus de la répercussion de blessures est encore assez nébuleux. Il était admis jusqu’à ce jour que

(1) On trouvera, dans la note en fin du volume, sur un cas de collaboration occulte, une observation personnelle de répercussion de blessure du corps astral au corps physique.

toute lésion faite au corps astral d’un vivant se répercute sur le corps physique de ce même vivant. Mais des faits nouveaux élargissent singulièrement le champ de cette question.

Je cite ailleurs (1) l’exemple d’un traumatisme produit sur un fantôme étranger se répercutant sur le corps du sujet par l’intermédiaire du fantôme de ce même sujet; cette donnée est déjà assez étrange, mais enfin l’explication qui en a été fournie est acceptable : tout acte physique exécuté sur le plan astral tend toujours à retomber sur le plan physique, et le traumatisme en question, subi par le fantôme étranger — fantôme sans corps matériel — a pu se répercuter sur le fantôme vivant avec qui il était en rapport et, de là, sur le corps du sujet.

Mais que penser du fait suivant qui s’est passé au cours d’une expérience de H. Durville, le 21 juin 1910 ?

H. Durville dégage le fantôme de son sujet ordinaire. Madame Lambert ; ce fantôme, très fort ce soir-là, jette à bas de leurs sièges deux sujets réceptifs. Mesdames G... et L... en les prenant par la taille et en les faisant tomber sur le parquet ; Madame G... est même saisie aux pieds par le fantôme vivant et traînée sur le parquet. Mais, dans sa chute. Madame G..., s’est fait une contusion au genou ; or, après la séance. Madame Lambert se plaint d’une douleur au genou ; on l’examine, et l’on trouve, répercutée sur elle, la contusion que s’est faite, en tombant, Madame G...

— Que pensez-vous de cette répercussion ? me demandait trois jours plus tard H. Durville, qui regrettait que je n’aie pas été présent à cette séance.

Ma réponse a été très simple parce que négative : « Nous ne savons pas grand’ chose de ce phénomène où presque tout est encore à étudier. — Mais ce fait, constaté par témoins, tendrait à faire admettre que la réper-

,1; V. la Note finale.

ciission ne se produit pas seulement de l’aérosoine au sarcosôme d’un même individu, mais entre toutes personnes unies par un lien fluidique pour aboutir en dernier lieu sur le sujet qui a émané les fluides.

Cette explication que je donnais alors à H. Durville d’après une théorie encore bien peu affermie, m’a été confirmée quelque temps après (5 juillet) au cours d’une communication émanant d’une Entité puissante de l’Astral avec qui je suis en fréquente relation et qui me guide et m’aide dans mes expériences et recherches — communication reçue par l’intermédiaire d’un sujet médiumnique qui ignorait absolument de quoi il s’agissait, et, par suite, ne comprenait rien à la communication écrite qu’il était chargé de me transmettre. — De là l’obscurité apparente de cette communication transcrite littéralement.

«Parfaitement! j’assistais à la séance orageuse, car je suis de très près Madame Lambert. Ayant pris des forces sur moi et sur d’autres amis [à moi]. Madame Lambert s’est alors montrée très forte : l’explication est simple pour moi, mais pas pour vous. Quoi qu’en dise (?) Durville, Madame Lambert prend des forces sur nous (esprits) et sur les assistants. — La dame à la foulure a une grande médiumnité et se dédouble facilement ; de cette façon, son double se confondait, n’en faisait qu’un avec celui du sujet Lambert, car les fantômes faciles à dédoubler s’attirent. Donc, elle. Madame Lambert, sans que vous vous en doutiez, prend une partie de vos fantômes et s’en sert, quoi que vous vous croyiez absolument d’aplomb (sic) en ces moments où cependant vous n’êtes plus qu’une partie de vous-mêmes. Or, au moment où le corps de la dame voyante a été bousculé par le fantôme Lambert, le fantôme Lambert en a eu sa part (sic)^ car le fantôme de la voyante et le fantôme Lambert n’en faisaient plus qu’un; à cet instant, ils réintégrèrent leurs corps [respectifs], mais trop tard : Madame Lambert

était marquée sur son fantôme, et, de là, sur son corps physique. — Dans une séance de matérialisation, bien que la plupart d’entre*vous ne le sachent pas, votre corps astral, non tout entier, mais pour une bonne partie, joue un grand rôle : Vous pensez, vous parlez, vous âgissez, et cependant la moitié de votre corps astral est employée par les esprits qui dirigent la séance. J’espère que vous me comprendrez ».

Ce fait me paraît assez notable pour être enregistré et retenir l’attention. Aussi ai-je voulu le faire suivre de l’explication qui m’en a été donnée par une Entité du Mystère et que, sans vouloir en aucune façon l’imposer, je crois pouvoir regarder comme acceptable jusqu’à ce qu’il en soit fourni une plus plausible.

Quoi qu’il en soit, je viens de donner, avec explications techniques et observations expérimentales à l’appui, plusieurs exemples différents de lycanthropie — pris, l’un dans les annales judiciaires de notre époque, et les autres chez des auteurs techniques contemporains — qui montrent à l’évidence que dans certains cas, sous des conditions particulières, et, on n’en saurait douter, à la suite d’un entraînement difficile, dangereux, et partant très rare, il est des êtres humains qui, après avoir extériorisé leur corps astral, peuvent en modifier les dimen sions, la couleur, l’apparence et là forme...

Cela doit suffire à prouver que la lycanthropie n’est pas une fable inventée à plaisir, et que la croyance aux loups-garous, si répandue dans les campagnes, est fondée sur une base sérieuse.

Le mal est seulement dans l’exagération de cette croyance que certaines régions portent à un point vraiment ridicule. C’est ainsi que, durant une villégiature au fond de hi Bretagne, je vis un soir la servante rentrer épouvantée : elle venait de voir un sorcier !!! — Un sorcier ? Vous êtes sûre ? — Absolument sûre ! — A quoi avez-vous reconnu que c’était un sorcier ? — Il

était changé en animal ! — Vous l’avez vu se changer en animal ? — Non, mais l’animal s’est sauvé devant moi.

— Alors, à quoi avez-vous reconnu que c’était un sorcier ?

— Parce que ça n’était ni un chien, ni un chat, ni un lièvre, *ni un lapin... enfin .il ne ressemblait à aucun animal connu !... de me fis dépeindre la bête en question et j’arrivai à cette conclusion que, là où la servante avait cru rencontrer un loup-garou, elle avait simplement troublé et mis en fuite un blaireau ou un renard sorti de son terrier à la tombée de la nuit, et probablement plus effrayé qu’elle de la rencontre.

c) Le Vampirisme

Examen de la question. — La vraie formule du Vampirisme. — Le

monoïdéisme posthume.

Je serai irès bref à ce sujet que j’ai étudié ailleurs (1) de façon particulièrement détaillée, et au double point de vue physique et hyperphysique.

Je n’en dirai ici que quelques mots, et seulement en ce qui concerne l’objet de cette étude, c’est-à-dire la sorcellerie des campagnes.

Le vampirisme est comme le succédané, la suite naturelle du zoomorphisme ou lycanthropie : c’est pourquoi je le place en cet endroit, au nombre des œuvres majeures du sorcier ; mais en réalité, le campagnard, sauf en des régions où l’homme est demeuré fruste et primitif,croit peu au vampire sortant la nuit de sa tombe pour venir sucer le sang des vivants ; il croit seulement que les défunts qui ont laissé des ennemis sur terre peuvent venir, la nuit, les tirer par les pieds. C’est là un rôle qu’il attribue surtout au sorcier décédé, et il n’est pas rare, dans les villages, d’entendre parler de sorciers ou de sorcières qui, morts depuis de longues années, sont encore particulièrement redoutés à cet égard. Mais dans

(1) Le Ternaire magique de Shatan. [Envoûtement, Incubât, Vampirisme). 1 vol. in-80. Paris, 1905.

ce cas, on ne déterre plus le vampire pour, suivant l’habitude des siècles passés, — restée vivante en Hongrie — lui traverser le cœur par un pieu et lui couper la tête : on a recours, pour se défendre contre ses agissements, à la prière si l’on est croyant, sinon aux bons offices d’un autre sorcier, et plus particulièrement de celui qui est couramment désigné comme le «successeur» du défunt.

Est-ce à dire que les sorciers n’exercent pas une sorte de vampirisme ? C’est ce que je vais examiner.

Si par ce terme on signifie seulement la succion du sang par les morts sortis exprès du tombeau, il est évident que cet ordre de faits, à la campagne comme partout ailleurs, doit être relégué dans le domaine de la légende (1). Mais si, par vampirisme, on entend la sous-

(l) Toutes les écoles d’occultisme ne sont pas de cet avis. La théosophie, notamment, estime que le vampirisme est employé par certains hommes foncièrement mauvais pour éviter ou du moins retarder la désintégration totale de leur être où les amène fatalement leur méchanceté.

Voici ce qu’écrit Leadbeater' (/oc. cit.) à cet égard. — « Pour atteindre cette épouvantable prééminence dans le mal qui implique la perte entière de la personnalité et l’affaissement de l’individualité qui doit se développer par derrière, un homme est forcé d’avoir éteint en lui tout rayon de dévouement ou de spiritualité, c’est-à-dire de n’avoir plus le moindre cœur... Néanmoins, il en existe, et c’est d’eux que proviennent les vampires... L’entité vouée à sa perte ne tarderait pas, après sa mort, à ne pouvoir demeurer dans le Kama Loka [sous-plan de l’astral, propre à la théorie théosophique, et correspondant au Purgatoire catholique], et serait irrésistiblement portée, avec toute sa connaissance, à « sa propre place », la mystérieuse huitième sphère, pour s'y désintégrer lentement... C’est alors que, s’il périt par suicide ou par mort subite, et qu’il ait quelques notions de magie noire, il peut, dans certaines circonstances, chercher à éviter cet horrible destin par une sorte de vie dans la mort, non moins horrible : l’existence du vampire. Comme la huitième sphère ne peut le prendre qu’après la mort de son corps, il conserve ce dernier dans une sorte de transe cataleptique par l’horrible expédient de la transfusion du sang que son Kama Hupa [corps astral] semi-matérialisé soutire à d’autres humains vivants, et il ajoiirne ainsi sa propre destinée en commettant une masse de meurtres. Ainsi que le suppose, et avec raison, la «superstition » populaire, le remède le plus simple et le plus sûr, en pareil cas, est d’exhumer le corps et de le brûler ; on enlève ainsi son point d'appui à la créature du mal ».

Il se peut que cette théorie corresponde, en certains cas, à la réalité, mais il semble qu’elle ne doive être considérée que comme spéculation pure tant qu’elle ne s’appuiera sur aucun fait expérimental ; toute donnée, qu’elle soit de science courante ou de science occulte, doit, pour se faire accepter, être basée sur l’expérimentation, ou tout au moins sur l’observation.

traction partielle de la vie, soit dans un but de profit personnel, soit dans tout autre but, — oui, le vampirisme existe! Et j’ai montré, dans l’ouvrage précité, que c’est ainsi et sous cette forme que doit être compris le vampirisme, lequel alors perd son aspect odieusement macabre, puisque la lactation n’est autre chose qu’un acte de vampirisme exercé par le nourrisson sur sa mère.

La question revient donc à ceci : Est-il possible, par un moyen de sorcellerie, de soustraire une partie des forces vitales d’un être vivant ? Si le lecteur a suivi mtentivemént cette étude’, il répondra de lui-même par l’afTirmative ; en effet, il suffit de se- reporter aux faits eux-mêmes, étayés par des observations médicales ou pièces de procédure, pour se convaincre que, dans tous les cas invariablement (et sans nous arrêter aux exemples basés sur la pure imagination, c’est-à-dire sur ceux où la pseudo-sorcellerie est seule en œuvre), les victimes d’actes de sorcellerie, soit magnétique, soit goétique, finissent par être en proie à une maladie nerveuse : tel est le cas de la jeune fille dominée par Castellan ; tel est le cas du jeune garçon en butte aux agissements de Thorel.

Et il est indubitable que, compris de la sorte, le vampirisme existe, c’est-à-dire que la victime perd ses forces, végète, s’éteint progressivement, et peut mourir s’il ne s’opère pas chez elle de réaction, en d’autres termes: si elle n’est pas soustraite à la persécution du sorcier, ou si elle s’y abandonne sans résistance.

Quant au vampirisme posthume de la part des sorciers, je veux dire : quant au mal que peut produire sur les vivants un sorcier défunt, cela peut exister (1), mais ce n’est plus du domaine de la sorcellerie.

C’est le fait, en somme assez commun et dont on a de

(l) Au point où en sont arrivées à Theure actuelle les études d’hyperphysique et de métapsychisme, l’observateur de bonne foi est amené à admettre ce que l’on a appelé le principe d’ilamlet : < Tout est possible! >

nombreux exemples, de l’être humain emportant dans la tombe une idée particulièrement fixe, ce que l’on appelle aujourd’hui un monoïdéisme, et revenant après sa mort, en ombre ou en corps astral, pour la réaliser.

Il arrive, en effet, très fréquemment, et les personnes qui s’occupent de ce genre d’études — à quelque point de vue d’ailleurs que ce soit : spirite, pvsychiqae, occultiste ou hyperphysique — se sont presque toutes trouvées en présence de cas de ce genre, où une Entité du Mystère met à profit leurs expériences personnelles pour muer en acte sa pensée dominante (1). Il se peut donc très bien qu’un sorcier mourant emporte avec lui un monoïdéisme de haine et de vengeance contre un quelconque de ses ennemis terrestres, et vienne le réaliser de façon posthume ; je connais personnellement des exemples du fait ; mais, je le répète, ce sont là choses ressortissant au psychisme général et non à la sorcellerie.

Je ne m’étendrai pas plus longuement ici sur le vampirisme, préférant renvoyer à l’ouvrage cité plus haut le lecteur curieux d’approfondir cette question.

(1) Lo dIus curieux de ces cas qui me soit arrivé est le suivant : Il y a environ deux ans, je me trouvais dans un cercle d’études psychiques où l’on expérimentait l’instrument appelé oui-ja. (Quelques Entités s’étaient déjà révélées, sans aucun intérêt d’abord, lorsqu’il en survint une qui sollicita instamment un service de notre part.

— Gomment vous appelez-vous ? demandai-je tout d’abord.

Ce nom ne rappelait rien à personne. ^

• — Quel service demandez-vous de nous ?

— Celui de faire savoir à Mme G. H. que je lui pardonne.

Le nom de G. H., très connu, suscita quelque curiosité.

— Mme G. H. vous a donc causé quelque tort ?

— G’est elle qui m’a tué.

Alors je me rappelai — et je fus seul parmi les quelques personnes présentes à évoquer ce souvenir — que, il y a des années, Mme G. H. tua à coups de revolver un diffamateur avec qui elle s’était rencontrée au Palais de Justice.

L’Entité nous donna, comme preuve d’identité, des indications diverses : le nombre de coups de feu qu’elle avait essuyés, l’adresse d’alors et l’adresse actuelle de Mme H., etc., toutes choses d’ailleurs qui, vérifiées, furent reconnues exactes.

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