‹ La sorcellerie des campagnesChapitre 12 sur 132 · B) LES OEUVRES MINEURES · texte numérisé non relu

B) LES OEUVRES MINEURES

a) Ly sabbat. — b) Lys cauchemars et hallucinations. — c) Les gardes — d) La baguette divinatoire. — e) Autres œuvres.

Le « jet du sort » et la lycanthropie constituent les principaux maléfices du sorcier de campagne, ceux à cause desquels il est surtout redouté; mais il en est d’autres qu’on lui impute — ou qu’il se fait imputer pour augmenter un pouvoir tiré de la crédulité publique — la plupart du temps, il faut le reconnaître, à tort et sans aucun motif plausible.

Ce sont ces genres de pseudo-maléfices, car la plupart sont controuvés ou fraudés, qu’il me reste à étudier dans les pages qui vont suivre.

a) Le Sabbat

Ly sabbat traditionnel. — Le sabbat hyperphysique. — Croyances populaires. — Les lieux du sabbat.

J’ai, en un autre ouvrage (1), exposé les origines — religieuses et politiques — du Sabbat des sorciers, qui est essentiellement des campagnes, puisque les villes ont, en leur particuîier, les messes noires. Il convient donc d’en dire quelques mots ici ; mais comme il est malséant à un auteur de^se citer soi-même, j’en emprunterai à un autre ouvrage (2) le résumé, suivi d’un coup d’œil général sur les actes cérémoniels qui s’y pratiquaient au XVI® siècle.

L'origine du sabbat paraît remonter aux premières années du Christianisme. Pour protester à leur manière contre les

(1) Histoire mythique de Shatan. 1 vol. pet^t in-S^*. Paris, 1903.

(2) Florian-Parmentier, loc. ciu

progrès do la religion nouvelle, les Celtes avaient continué clandestinement à rendre un culte au dieu Pan (1), en accompagnant ce culte de simulacres d’un symbolisme obscur. Cette tradition s’est conservée et amplifiée, mais en dégénérant peu à peu en une véritable fête satanique : le sabbat (2). Celui-ci est de deux sortes : le grand, qui réunit quatre fois par an tous les sorciers et sorcières d’un état ; le petit, auquel sont convoqués, deux fois par semaine, les initiés d’une même ville ou d’un canton. L’assemblée a lieu dans quelque endroit écarté, dans les ruines d’un château, dans un bois, ou — chose qui devrait pourtant mettre Lucifer en fuite — dans les carrefours où s’élève une croix.

Entre onze heures et minuit commence l’étrange cérémonie. Les habitués, à califourchon sur des balais, arrivent des quatre coins du ciel, car leur mode de locomotion — du moins ils en sont persuadés — leur a permis de traverser les airs avec la rapidité et la légèreté de l’oiseau.

Quand tout le monde est là, Satan apparaît — par enchantement, bien entendu — et s’assied sur son trône, en invitant la iMère-Royne, ou Reine des Sorcières (3), à prendre place à ses côtés.

Un procès-verbal de don Pedro Manso, évêque de Cala-

horra nous dit dans quel appareil le président du sabbat se

présente à ses fidèles : « Il a le front ceint d’une couronne de petites cornes, avec trois autres très grandes, semblables à des cornes de bouc, une sur le devant de la tête et les deux autres sur le derrière. Do la grande corne de devant rayonne une lumière moins brillante que celle du soleil et plus vive que celle de la lune qui éclaire toute l’assemblée (4). Il a les yeux ronds, grands, fort ouverts, enflammés et menaçants, la barbe d’une chèvre, le visage noir, le corps d’un homme et d’un bouc, tout ensemble, les doigts des mains

(1) Le Grand-Pan, le Teutatès-Hésns de la religion gauloise {Note de V auteur).

(2) Ne pas oublier qu’une des causes principales du sabbat fut pureyi ment politique : le besoin, pour le serf du Moyen Age, de protester contre

la tyrannie seigneuriale et religieuse qui l’écrasait : la Jacquerie, au XIIP siècle, est sortie des assemblées sabbatiques {N. de V

(3) Au sujet de la Reine du Sabbat, consulter St. de Guaita, le Temple de Satan, 1 vol. in-S®, 1891. {N. de VA.).

(4) Ces trois cornes, dont celle du milieu éclairée, forment l’adaptation de la lettre hébréo-chaldaïque schin, signe cabbalistique que l’on retrouve dans le luminaire ordinaire des sorciers formé d’un récipient de forme incurvée au centre duquel brûle la chandelle de graisse humaine {N. deV A.)

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et des pieds d'une personne ordinaire, mais tous égaux, ceux des mains effilés et crochus comme les serres d'un oiseau, ceux des pieds palmés comme des pieds d'oie. » Parfois, le diable est tout simplement représenté par un bouc, à qui l'on rend les mêmes hommages qu'à lui-même, car, pour les croyants, le genre d'incarnation du démon importe peu.

Tout d'abord, on amène à Satan les nouvelles recrues. Celles-ci se prosternent devant lui, abjurant Dieu, la Vierge et l'Eglise catholique, renoncent à leur baptême, se livrant à l'ange déchu et lui jurent fidélité. « Après quoi elles le baisent à la main gauche, à la bouche, à la poitrine, audessus du cœur et aux parties honteuses... » Puis Satan les marque du stigïJia diaboli, le plus souvent sur l'épaule gauche, ou bien grave dans les chairs l'empreinte d'un crapaud, d'une effigie monétaire, d'un pied de bouc ou d'un hibou. L'endroit ainsi marqué^cst anesthésié pour la vie, ou, du moins, restera-t-il insensible à la ponction. On y pourra désormais enfoncer une aiguille sans qu'il en sorte une seule goutte de sang. Un petit signe au coin de l'œil achève de consacrer les nouvelles ouailles au démon, puis celui-ci, pour leur bien persuader que le feu de l'enfer n'est point aussi redoutable qu'on le prétend, leur enjoint de marcher sans appréhension à travers des simulacres de feux — toute une mise en scène de féérie.

Pour que l'initiation soit complète, quelques assistants dévêtissent ensuite les recrues et les frottent « avec un onguent verdâtre et d'odeur fétide ». Puis on donne à chacune d'elles un ange gardien. Un ange gardien chez Satan ! chose étrange, en vérité. Mais ce qui est plus étrange encore, c'est la forme qu'empruntent ces esprits tutélaires : ce sont des crapauds habillés (!) qui se promènent dans le lieu de la réunion et qu'on appelle ammettes, — Le mot, en effet, signifie « anges ».

A minuit, on rend à Lucifer le « grand hommage », qui consiste à baiser le diable au fondement. Delancre dit à ce sujet : Satan a une grande queue au derrière et une forme de visage au dessoubs, duquel visage il ne profère aucune parole (1), ains lui sert pour le donner à baiser à ceux que bon lui semble, honorant certains sorciers ou sorcières plus les uns que les autres. »

A la suite do cette singulière cérémonie, on procède à la préparation des breuvages, poudres et onguents qu'il con-

vient de remettre aux nouveaux initiés. Les plantes les plus souvent employées sont le lierre, la mauve, la ciguë, la valériane et rasphodèle. Mais à l’époque où nous sommes remontés, personne ne doute que les ingrédients les plus extraordinaires irentrent dans la composition des pommades magiques. Les sorcières, assure-t-on, arrachent avec leurs dents des crapauds, des reptiles, les entrailles des suppliciés et des pendus.. Elles en jettent les morceaux sanglants dans une chaudière, dans laquelle elles ajoutent des os et des cervelles (renfants nouveau-nés, des herbes arrachées au pied des sépulcres, de Técume de crapaud et de la fiente de hibou, du fiel de bouc et des yeux de lézards ! On trouve en outre, dans le livre 11, discours 3, de Louvrage de l)elancre : De V inconstance des démons, comment se prépare un onguent spécial qui doit empêcher les nouveaux adeptes de jamais rien dévoiler de ce qui se passe au sabbat, dussentils plutôt souffrir nulle morts. Cet onguent se compose « d’une paste do millet noir, avec de la poudre du foie de quelque enfant non baptisé, qu’on a fait sécher ; puis mêlant cette poudre avec ladicte paste, elle a la vertu de taciturnité, si bien que qui en mange ne confesse jamais... »

11 existe aussi un salmigondis particulier qui doit donner aux hommes le pouvoir de së métamorphoser en loupsgarous. Dans cet état de transformation, les sorciers trouv^ent à la chair humaine une telle saveur que tous ceux qui ont cette spécialité se montrent, paraît-il, fort amateurs de se frotter de leur onguent.

Parmi les talismans que distribue Satan, il nous suffira de retenir Vanneau de Salomon, la peau d’hyène, les têtes d’airain donneuses de conseils, le miroir magique où se lit l’avenir, la pistole volante qui est quelque chose comme les cinq sous du Juif-Errant, le carré divinatoire, les armes enchantées et la baguette magique. C’est aussi au cours du sabbat que l’on prononce les conjurations...

L’auteur cité ne parle ni des danses en trois branles^ dos à dos, ni du choix, de l’arrivée et de l’intronisation de la Reine du Sabbat, ni des accouplements obscènement incestueux, ni de la pâture et du baptême des ammettes, ni des festins dont la nappe était dorée mais dont le sel était exclu, etc., etc., mais ce qu’il dit de l’ancien Sabbat

suffit pour donner une idée de ce qui s’y passait — quand on y allait, car pour beaucoup de sorciers, surtout après la fin du moyen âge, le Sabbat était œuvre de pure imagination. J’ai d’ailleurs donné, en un autre ouvrage, les recettes de l’électuaire qu’on absorbait et de l’onguent dont on se frottait certaines parties du corps, pour se procurer des rêves démoniaques et sadiques à la suite desquels le sorcier pouvait croire de bonne foi être allé au Sabbat. •

Mais à notre époque, au XX^ siècle, le sabbat existe-t-il encore ?

Oui, certes, mais il s’est modifié, il a progressé, évolué, il s’est mis en harmonie avec les mœurs modernes et les règlements de police.

Il est certain d’abord que des sorciers en chair et en os ont tenu, et tiennent encore, des assemblées où se pratiquent tous les mystères d’ignominie. Nous en connaissons, pour notre part, qui fonctionnent régulièrement, en plein Paris et ailleurs. Nous nous portons témoin et garant de leur existence : témoin oculaire, garant écœuré... Mais ailleurs encore, il existe un autre Sabbat plus formidable et plus occulte. Le monde physique, matériel, apparent, n’est que l’envers grossier d’un monde plus subtil, tout aussi réel, si ce n'est bien davantage : le monde astral. Voilà le domaine où la Sorcellerie déploie tous les délires de sa furibonde ivresse, tout le luxe de son infamie arrogante, toutes les pompes de son criminel néant ! C’est là qu’elle ébauche, en puissance d’être, les œuvres monstruçuses qui chaque jour avortent, en acte, sur le plan visible : car la nature physique ne peut qu’en se violentant porter à terme les funestes effets d’une cause discordante, antipathique aux lois harmonieuses de l’univers... (1)

Mais cela, c’est le Sabbat de la haute Magie Noire, le Sabbat de ceux qui ont voulu savoir et qui ont dirigé vers l’abîme le divin pantacle de l’Etoile.

(1) Stanislas de Guaita, Le Temple de Satan. 1 vol. in-8. Paris, 1891.

Le modeste sorcier des campagnes ri’a point telles ambitions ; il se contente de laisser dire autour de soi qu’il va au sabbat... mais il se garde bien d’y aller...

Qu’irait-il y faire, d’ailleurs ?

Mais dans le public, le souvenir subsiste des sabbats de jadis, et les campagnes croient fermement au sabbat de leurs sorciers.

Partout, il existe des ruines néfastes et des endroits de sinistre renom : vieux donjons écroulés, masures que leur isolement a fait abandonner, clairières lugubres perdues au fond des bois, trous de vieilles sorcières désuètes, marais insalubres ou landes impénétrables : ce sont là les endroits favoris où la crédulité publique place les rendez-vous des sorciers.

Comme, dans les campagnes, la tradition est de règle, on croit toujours que les sorciers et sorcières vont au sabbat en chevauchant un chat, un bouc, un lièvre ou un manche à balai.

C’est assez généralement dans la nuit du vendredi au samedi que se tient le sabbat : ce soir là, avant de partir, les sorciers s’oignent le corps d’une certaine graisse en murmurant une formule magique. Cette graisse, au retour, dégoutte sur les champs et les rend stériles.

L’assemblée du sabbat se termine le matin au premier chant du coq ; alors sorciers et sorcières quittent en hâte l’endroit de la réunion et s’enfuient dans toutes les directions. Parfois même, pour fuir plus rapidement, ils prennent des formes d’animaux noirs, chats ou poules ; il suffit alors de les piquer d’une aiguille pour leur faire reprendre leur apparence humaine.

Souvent les prairies ravagées par les taupes et dans lesquelles se remarquent des cercles dénudés par les jeux d’animaux sauvages, ou bien dont l’herbe est flétrie par les galeries des taupes, sont regardées comme hantées par les sorciers : le cercle dénudé ou flétri est l’endroit où ils ont dansé, et les taupinières sont leurs sièges.

En certains endroits, au contraire, on regarde coninie lieux de réunion les endroits des prés où l’herbe est plus touffue et d’un vert plus foncé, par suite d’excès de fumure.

Les carrefours des routes, surtout au milieu des bois, ont aussi assez généralement un mauvais renom à ce point de vue.

Quelquefois l’assemblée des sorciers a simplement lieu dans l’espace : alors on les i>oit à califourchon sur leurs cheminées, au moment où ils partent, tenant une chandelle allumée, surtout la nuit qui précède la Toussaint.

Mais plus généralement, lorsque le sabbat se tient dans l’espace, on en est averti par une musique bizarre qne l’on entend ; tantôt cette musique se compose de hurlements et de sifflements, et tantôt elle est très douce et pleine de charmes. Dans beaucoup de régions, c’est surtout dans la nuit de la Chandeleur, entre onze heures du soir et deux heures du matin, qu’on perçoit le concert des sorciers — lequel , est-il besoin de le dire ? est surtout causé par le souffle du vent à travers les branches d’arbres, dans le trou des cheminées ou sous les corniches des toits, ou bien encore par un vol d’oiseaux nocturnes.

Au fond de la Bretagne, si naïvement crédule et si féconde en légendes, je sais un trou, reste d’une vieille sablonnière, où la rumeur publique alTirme que, de temps en tempSj s’assemblent des revenants et des sorciers. Il faut alors que « Monsieur le Recteur » aille les prendre avec son étole pour remettre les uns au cimetière, et chasser les autres au loin.

Je sais, dans la rade de Brest, une petite île abrupte, isolée au bout d’un promontoire, où, à Noël, pendant la messe de minuit, s’assemblent les sorciers de la région. A l’aide de leurs conjurations, ils font jaillir du passé toute une procession d’âmes, tandis que de somptueux “palais se réédifient, dont les salles ruissellent d’ors et de lumières, alors que, sous les dalles de granit, gisent des

richesses inoiiies et des trésors fabuleux qui n’apparaissent que cette nuit-là. Pour s’en emparer, il suffirait que le Recteur de l’endroit vînt, revêtu des habits sacerdotaux, et accompagné seulement d’un jeune gars et d’une pennerez (fiancée)^ tous deux vierges ; son arrivée inopinée mettrait sûrement les sorciers en fuite, et l’on pourrait se saisir de toutes les richesses que contient le palais... Mais voilà : au moment psychologique, le recteur est toujours occupé par la messe de minuit, et aucun de ceux qui se sont succédé dans la paroisse n’a jamais consenti à tenter l’aventure !

Ce sont là des traditions populaires plutôt que de la sorcellerie ; revenons à nos moutons — je veux dire à nos œuvres de sorcellerie.

b) Cauchemars et Ilallucmations

Mécanisme. — Contre-charmes populaires. — L’animisme.

Le peuple, surtout lorsqu’il vit aux champs et près de la nature, est simpliste et porte une âme naïve ; il va chercher au plus près les causes de ce qui l’étonne — et tout l’étonne, qui sort tant soit peu du domaine de la vie journalière et normale.

Il est inutile de lui affirmer qu’il lui faut chercher la cause de ses cauchemars dans une digestion pénible, dans la pléthore sanguine ou dans un état nerveux particulier — pas plus qu’il ne verra celle de ses hallucinations diurnes dans la faiblesse momentanée d’un de ses organes sensoriels, ou bien dans un acte fortuit qu’il aura accompli, par exemple en ingérant un poison narcoticoâcre (en mâchant de la belladone, etc.).

Ses nuits sont troublées par des rêves angoissants... il a cru dans la journée se voir assailli par des ennemis... il s’est entendu injurier grossièrement... — C’est un sorcier qui lui a jeté un sort.

Il est certain que ces deux ordres de faits, cauchemar et surtout hallucination, ne sont pas hors de la portée d’un sorcier, même très peu développé. On m’en a cité un, il y a quelques années, qui, pour se débarrasser d’un voisin fâcheux, s’était étroitement lié avec lui, l’accompagnait partout, mais ne perdait aucune occasion de lui raconter les voluptés fictives qui accompagnent la pendaison, de lui montrer les belles branches d’arbres ou les clous solides et haut fichés, de façon à faire naître en lui la suggestion puis l’obsession du suicide par la pendaison ; d’autre part, il est indubitable que la création de toutes pièces d’une hallucination n’est qu’un jeu pour les Hocque, les Thorel et les Castellan. Mais heureusement ces sortes de sorciers malfaisants se rencontrent très rarement, et, la plupart du temps, lorsqu’un paysan se plaint de subir un sort de cette nature^ c’est plutôt dans son imagination qu’il faut en chercher la source.

I Très souvent la victime du cauchemar accuse une vieille femme qu’elle ne connaît pas et qui, la nuit, vient lui oppresser la poitrine ou la tirer par les pieds, en lui interdisant toute parole, tout cri, tout appel au secours ; c’est, sous une forme moderne, l’éphialte ou démon incube des Grecs.

Dans le Nord-Est, on a une façon bizarre de se débarrasser de ce genre de sort. Il convient d’aller trouver un autre grimancier (sorcier) et lui faire dire les mots qu'il faut sur une bouteille préalablement remplie de l’urine de la victime. On suspend alors le vase dans la cheminée. A partir de ce moment, la sorcière ne sait plus uriner, elle enfle et est obligée de venir demander grâce. Il faut bien avoir soin de ne pas perdre la bouteille de vue, car alors la sorcière viendrait la déboucher, et le patient verrait son mal empirer.

Pour tirer momentanément la victime de son obsession, il suffit de l’appeler trois fois par son nom : au troisième appel, la sorcière s’enfuit.

D’autre part, il est un moyen facile et bien simple d’empêcher l’accès de la maison à la jeteuse de sorts: en mettant ses chaussures au pied du lit, les sabots principalement, une pointe dans un sens et l’autre placée contrairement, et la sorcière, quand elle verra ces chaussures libres, voudra s’efforcer de les chausser, ce à quoi elle ne pourra parvenir, vu leur disposition (1).

Dans certains pays, l’individu qui est en proie au cauchemar doit se lever, prendre un balai et nettoyer le devant de sa demeure pour chasser les sorciers ; dans d’autres, il doit se lever et aller boire un grand verre d’eau qu’il va chercher lui-même au puits : cette double pratique se comprend du reste — elle chasse le cauchemar en chassant le sommeil.

Quant aux hallucinations, elles sont et doivent être innombrables chez les villageois vivant tout le jour en pleine nature, dont les mille bruits et les aspects divers qu’ils ne peuvent s’expliquer sont par eux couramment rapportés à la sorcellerie ; et il n’est guère de paysan qui, sans prendre la peine de remuer beaucoup ses souvenirs, ne trouve à vous raconter quelque fait étrange ou merveilleux qui lui est advenu, qu’il affirme de la façon la plus formelle, et dont, par suite, il rapporte énergiquement la cause à quelque sorcier.

A cet égard, sa façon de raisonner procède beaucoup de ce que l’on a appelé — procédé d’animation

générale particulier aux esprits simples et frustes — qui fait que, par exemple, l’enfant voit des moutons dans un ciel chargé de nuages, le poète un serpent de feu dans l’éclair qui sillonne la nue, et que le sauvage perçoit la voix du fétiche de son village dans le tonnerre qui gronde.

Ajoutez à cela que le campagnard a l’esprit hanté d’idées superstitieuses et croit facilement aux visions ; il ne lui en faut pas davantage, s’il est dehors la nuit,

(1) J. Lemoine, loc. cit.

pour deviner des êtres fantastiques dans les troncs d’arbres rabougris, et attribuer un sens surnaturel aux mille bruits qui s’élèvent dans les champs et que le silence nocturne fait percevoir bien plus facilement que pendant le jour. La cause de tout cela ? Naturellement, les sorciers.

c) Les Gardes

Formules diverses.

Nous avons vu, dans un précédent chapitre, que les bergers adonnés à la sorcellerie, quand ils reçoivent la direction ou la garde d’un troupeau, prononcent sur lui certaines formules magiques destinées à le préserver du mal et à assurer sa prospérité : c’est pourquoi ces formules sont généralement appelées gardes.

Mais il existe des gardes pour beaucoup d’usages : ce sont en quelque sorte des contre-charmes préventifs ; et d’autre part, les bergers ne sont pas seuls à user de ces formules en faveur exclusivement du troupeau confié à leurs soins ; il n^est si mince sorcier qui ne soit possesseur et ne fasse usage à l’occasion — moyennant honnête rétribution, s’entend — de gardes prononcées dans un but particulier et précis.

C’est le charme qu’ils sont le plus sûrs de réussir, car les animaux qu’on leur amène à cet effet étant généralement en bonne santé, il faut au sorcier bien de la malchance pour que la bête tombe malade au sortir de ses mains.

J’ai dit qu’il existe des gardes pour toutes les circonstances possibles ; naturellement il n’est pas dans ma pensée de les reproduire toutes mi ; j’en citerai seulement quelques-unes qui offrent un côté original :

Garde pour que les agneaux deviennent blancs et forts.

Prenez le premier-né ; à son défaut, le premier venu, élevez-le de terre, le nez vers vous, puis dites : Ecce lignum

criicem (lisez criicis) in quo salas mundi crucem (lisez per crucem), Remettez-le par terre, relevez-le et dites comme dessus ; faites de même jusqu'à trois fois {Grimoire du Pape Honorius).

Garde contre les avii>es et tranchées rouges des chevaux.

Cheval (nommez le poil) appartenant à N., si tu as les avives, de quelque couleur qu'elles soient, et tranchées rouges ou tranchesons, ou de trente-six sortes d'autres maux, en cas qu'ils y soient. Dieu te guérisse et le bienheureux Saint Eloy; au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Puis dire cinq fois Pater et cinq fois Ave etc. à genoux (Ibid),

Garde contre la pousse des chevaux.

Ouvrez la bouche du cheval, soufflez trois fois dedans, en disant trois fois les paroles qui suivent : In tes dalame bonis, vins Divernas satham (?) {Ibid).

Enfin, voici une très curieuse garde contre Les lapins :

Prenez du sel dans une assiette ou un plat : la quantité ne peut être fixée, cela dépend de l'étendue du terrain que l'on veut conserver. De plus, ayez des fientes de lapin et cinq morceaux de tuiles ramassées à une procession ou dans un cimetière ; puis, étant à la place où vous voulez faire cette expérience, vous la commencerez du côté du soleil levant, tête nue et à genoux ; vous direz ce qui suit et ferez la Croix sur le sel : f J^ont f dont t dont t sont t Heliot, et Valiot, Rouvayet, viens ici, je te prends pour mon valet, pour garder ici à ces maudits lapins et lapines, quils aient à passer et repasser au travers de cette pièce (nommer le grain) que voici présent devant Dieu et devant moi, sans faire aucun tort ni dommage ; quils soient bridés de la part de Réveillât ; car je te fais commandement et te conjure, de la part du grand Dieu vivant, de m'obéir, toi et tes camarades : c'est de garder pendant trois mois et trois lunes à cette pièce N. que voilà ici présente devant Dieu et devant moi, comme aussi je le crois par la croyance que j'ai en toi. Ainsi je le {sic) crois que tu le feras ; ainsi je le crois par la vertu de ce sel béni de Dieu, et des tuilots et fientes desdites bêtes maudites, lapins et lapines ; ainsi je le crois par toutes les forces et puissances que tu peux avoir sur eux ; ainsi je le crois.

Faites un trou en terre, posez dedans une fiente, disant : Rou et Rouvayet, viens ici, je te prends pour mon valet.

Posez sur la fiente une pincée de sel, disant : Sel, je te mets de la main que Dieu m'a donnée. Rou et Roiivayet, viens ici, je te prends pour mon valet.

Posez ensuite un tuilot, disant : Tuilot, je te pose de la main que Dieu m'a donnée.

Frappez du talon gauche sur le tuilot, faisant un tour à droite, disant : Rou et Rouvayet, viens ici, je te prends pour mon valet.

On en fait autant aux trois autres coins, puis on traverse au milieu de la pièce où Ton fait comme à un des coins ; puis, de ce milieu, on revient au premier coin pour y recommencer vos (sic) jets ; au premier, vous dites : Sel, je te jette de la main que Dieu m'a donnée, ancre à la Vierge.

Vous continuez vos jets autour de la pièce, disant seulement après le premier : Ancre à la Vierge. Etant de retour où vous avez commencé, vous prenez le restant de votre sel, et en faites un seul jet, disant : Rou et Rouvayet, viens ici, je te prends pour mon valet.

Si le terrein (sic) est divisé en différentes parcelles, et de différents grains, il faut faire les mêmes cérémonies à chaque pièce. Au lieu de trois mois et trois lunes, vous en nommez ce qu"il Yous plaît.

Cette garde, d’un ordre composite, est vraiment étrange ! D’où dérive-t-elle ? Magiç noire ? Magie blanche ? Comment se sont réunis tous les éléments disparates qui la constituent ? Qu’est ce Rou et Rouvayet qui en est le garant, et dont je n’ai pu trouver trace nulle part ? Un personnage — multiple lui-même — de la démonologie traditionnelle et légendaire, oui ! Mais encore ?... Le sel est, occultement, d’essence divine (1), soit ! mais que vient-il faire dans l’évocation d’un personnage qui sent le fagot, comme Rou et Rouvayet ? Et ces morceaux de tuile ramassés dans une procession, qu’on ne trouve mentionnés nulle part ailleurs au cours d’opérations de l’une ou de l’autre magie ? Et que signifient les mots : Ancre à la Vierge? — Autant de mystères... Mystère et sorcellerie !

(1) Au sabbat des sorciers, aucun mets ne comportait de sel.

Voici une autre garde contre les renards et pour les poules, que je relève dans V Enchiridion du Pape Léon,

Dites trois fois la semaine : Au nom du Père t, et du Fils f, et du Saint-Esprit t- Renards ou renardes, je vous conjure, au nom de la Très-Sainte et Sur-Sainte (sic), comme Notre-Dame fut enceinte, que vous iTayez à prendre ni écarter aucun de mes oiseaux de mon troupeau, soit coqs, poules ou poulets, ni à manger leurs nids, ni à sucer leur sang, ni à casser leurs œufs, ni à leur faire aucun mal.

Voici pour finir — car sur tel sujet je pourrais m’étendre indéfiniment — deux gardes ; la première contre les adversités du monde que j’extrais de la même source et qui ne manque pas d’une certaine saveur.

L’oraison suivante : Il brisera Varc, il rompra les armes, et jettera les boucliers au feu. Demeurez, leur (?) dit-il, en repos, et reconnaissez ma puissance et ma divinité ; ma gloire éclatera dans les nations, et je serai glorifié dans toute la terre (1)... accompagnée de celle à la Vierge : Faites-nous ressentir que vous êtes mère en faisant agréer nos prières à celui qui a bien voulu être votre fils pour nous racheter... et suivie de celle-ci : La droite du Seigneur a fait voir toute sa force ; la droite du Seigneur a montré sa puissance en m'élevant ; la droite du Seigneur a marqué quel est son pouvoir ; la vie ne me sera pas ôtée ; mais au contraire je vivrai et je raconterai les merveilles du Seigneur. Le Seigneur m'a puni par sa justice, il m'a châtié à cause de mon crime ; mais sa bonté m'a délivré de la mort. Ainsi soit-il. Lorsque mes ennemis se sont approchés pour me perdre et qu'ils se sont jetés sur moi comme des bêtes farouches qui se jettent sur une proie pour la dévorer, en même temps qu'ils faisaient ressentir leur persécution. Dieu leur a fait ressentir leur faiblesse, et ils sont tombés dans les pièges qu'ils avaient dressés pour me perdre... doit être écrite le lundi à minuit ayant sur la table une chandelle de cire jaune pour éclairer ; avant de les écrire, on prononce ce qui suit : Vous marcherez hardiment sur l'aspic et le basilic ; vous froisserez la tête du lion et du dragon. Ecrivez ensuite avec hardiesse ces

(1) Cette oraison et celles qui suivent sont des imitations de fragments de psaumes et de proses liturgiques.

oraisons sur du parchenain vierge de chevreuil exorcisé (!), et, les portant sur soi on peut renverser, dompter et détruire ses ennemis. La première de ces oraisons sert aussi à charmer les armes.

Quel étrange mélange de mysticisme et de sottise, de diabolisme et de piété, de foi superstitieuse et de sorcellerie bête à en pleurer ! Mais enfin le procédé est d’une pratique aisée et à la portée de tous ; si un lecteur à l’avenir se trouve en butte aux « adversités du monde », franchement, c’est qu’il l’aura bien voulu.

Quant à la dernière Garde, je ne la cite que pour bien montrer que dans cet arsenal de la Sorcellerie tous les cas sont prévus, même les plus baroques. C’est une Garde contre... Mais au moment de l’écrire, je supplie mes lectrices si j’en ai, de considérer que nos pères ne reculaient ni devant la gaillardise, ni devant le mot précis, dût-il effaroucher. Donc, je copie textuellement mon auteur : Secrets jneroeilleux de la magie naturelle et cabalistique du Petit Albert., édition S. D. (1750) des héritiers de Beringos frères, à Lyon :

Garde pour se garantir du cocuage.

Prenez le bout du membre génital d'un loup, le poil de ses yeux et celui qui est à sa gueule, en forme de barbe ; réduisez cela en poudre par calcination, et faites-le avaler à la femme sans qu'elle le sache, et l'on pourra être assuré de sa fidélité ; la moelle de l'épine du dos du loup fait le même effet.

Après celle-ci, nous pouvons clore le chapitre des Gardes et passer à une autre oeuvre de la Sorcellerie.

d) La bagueUe divinatoire

La verge foudroyante et le bâton magique. — Procédés. — Usages. — Rabdomancie. — Jacques Aymar. — Bleton. — Mécanisme. — Magnétisme et sensitivité. — Talismans [note).

Qu’est, tout d’abord, la baguette divinatoire ? Un simple rameau de noisetier, d’aulne, de hêtre, de pommier, surtout de coudrier, mais d’une forme spéciale et cueilli dans certaines circonstances, avec des cérémonies qui vont être détaillées plus loin.

Il est à remarquer, tout d’abord, que les baguettes, en général, ont joué un certain rôle dans le phénoménisme merveilleux du passé.

La baguette a ses auteurs et peut parler de ses parchemins.

Nous lisons, en effet, dans le prophète Osée (IV, 12) : «Mon peuple a consulté les symboles, et les verges de bois lui ont prédit l’avenir».

Chez les peuples divers, son essence a différé : de saule chez les Scythes, elle fut de coudrier chez les Germains ; celle des mages était de myrthe ou de laurier ; suivant Strabon et Philostrate, elle était en usage chez les Brahmes et chez les prêtres de la Perse.

Moïse en portait une dont il frappait les roches pour en faire jaillir l’eau. Les Mages de Pharaon en avaient, que Moïse changea en serpents. Aaron en avait une, emblème de sa dignité sacerdotale. Mercure portait un caducée, Bacchus un thyrse. Circé et les enchanteresses de l’antiquité en sont toutes pourvues. Les fées, dans la légende, ont toujours une baguette à la main ; les sorciers, un bâton. Chez les Romains, le bâton augurai appelé litiius^ qui n’était, selon Macrobe et Aulu-Gelle, qu’une baguette recourbée, passait pour l’instrument le plus auguste de la divination. Plus tard, nous voyons les rois tenir un sceptre, les évêques une crosse, les maréchaux

un bâton, les sergents et les huissiers une verge, et, de nos jours les prestidigitateurs ont toujours un bâtonnet... Tout ceci provient d’une source unique : Le bâton magique : ceci étant dit pour simple constatation, car ce n’est pas ici le lieu de décrire le bâton magique et d’épiloguer à ce sujet.

Toujours est-il que ce bâton est généralement peu connu des sorciers de campagne ; seuls en font usage ceux qui se livrent à la recherche des sources (1) ou des trésors — et combien ils sont rares ! — ou ceux qui, ayant en leur possession quelque grimoire spécial, utilisent ce bâton dans le but d’étourdir leurs clients.

Mais comme, d’autre part, il n’çst pas un sorcier qui, ayant en mains l’un des deux grimoires appelés : « Le Véritable Dragon rouge » ou « Le Grand Grimoire » où se trouvent détaillés les procédés de la i^erge foudroyante., n’en ait pas fait l’essai (je ne dis pas, et pour cause, l’ait réussi) en vue de trouver un trésor, je vais en parler d’après ces deux grimoires.

Voici, d’abord, ce qu’en dit le « Véritable Dragon rouge (2) » :

Ce que Ton désigne dans les Sciences occultes par baguette foudroyante est une petite branche fourchue qui, tenue avec les deux mains, tourne et s'incline vers l'endroit où sont renfermés les métaux et les sources que l'on veut découvrir.

La susdite baguette doit être de coudrier, préférablement quand il est vert et contient alors une plus grande quantité de moelle ; ladite branche doit être fourchue par le haut, et, on le dit, coupée au lever du soleil (3) ; d'aucuns prétendent encore qu'elle doit être coupée le jour même que l'on veut

(1) Je rappelle ici que l’abbé Paramelle se servait d’un parapluie.

(2) Edition marquée 1521, mais datant en réalité du commencement, du siècle dernier, contenant la critique des vieilles éditions.

(3) Suivant certains textes, l’opération doit être accompagnée des paroles suivantes : * Je te ramasse au nom d'Eloïmy Muthrattam (lisez Meiatron), Adonaï, Semiphoras (lisez Semamphoras), afin que tu aies la vertu des verges de Moïse et de Jacob pour découvrir tout ce que je voudrai savoir ». — La section doit être faite en trois coups, avec un couteau neuf.

s’en servir, qu’alors elle produit plus efficacement l’effet attendu, puis être dégarnie de ses feuilles, et aussi pour cela devra être employé le même couteau qui l’a tranchée.

Gomme tous ceux qui se servent de la baguette ne la prennent pas d’une même manière, tous non plus ne lui donnent pas la même figure. Une houssine, un bâton qu’on porte à la main suffit à quelques-uns. La plupart, néanmoins, se servent d’une baguette fourchue, cette figure leur a paru plus efficace et plus commode. Comme on a cru que la main communiquait quelque vertu à la baguette, on s’est facilement persuadé qu’en tenant de chaque main une des branches, l’impression qui se réunirait à la pointe ou à la tête de la baguette serait bien plus puissante. La commodité s’y trouve aussi en ce qu’une baguette fourchue désigne plus précisément par la pointe ce qu’on veut y chercher... On la tient élevée la pointe en haut, ou couchée la pointe en bas, ou on lui fait garder le milieu, la pointe à l’horizon.

Lorsqu’on la tient de la première façon, elle s’incline vers la terre ; si on la tient en la seconde, elle remonte ; si on la tient de la troisième, elle tourne indifféremment d’un côté ou de l’autre.

Elle tourne si fort à quelques personnes, qu’elle roule, c’està-dire qu’elle tournoyé dans leurs mains s’ils (sic) ne la tiennent pas fort serrée, et qu’elle se rompt s’ilsla serrent beaucoup .

... 11 y en a qui ne tiennent pas la baguette entre les mains ; ils se contentent de la poser sur une main ouverte et étendue...

Pour trouver de l’eau en terre, il faut donc prendre une branche fourchue, soit de coudre (coudrier), de chêne, d’ormeau ou d’autres branches telles qu’elles soient, d’environ un pied de longueur, et grosse comme un des doigts, afin que le vent ne la fasse pas librement remuer, et la mettre sur une des mains en équilibre, et la plus en balance que faire se pourra, puis marcher doucement, et, quand on passera par dessus un trésor, elle se retournera, ce qu’il faudra marquer.

Le meilleur moyen pour trouver les trésors dit même qu’il suffit de porter sur la paume de la main une baguette toute droite, semblable à celles qu’on porte ordinairement (1).

(1) Des textes différents affirment que pour la faire tourner, il faut dire en la tenant serrée dans ses mains par les deux bouts qui font la fourche : « Je Cordonne, au nom d'Eloïm, Muthrattam (Métatron) Adonaï, et Semiphoras {Semamphoras) , de me révéler... (On indique l’objet de la recherche, source, argent, valeur, etc. La baguette tournera et vous guidera en s’infléchissant vers ce qu’on (51c) veut trouver. »

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Cette manière de tenir la baguette est un effet fort propre à éloigner le soupçon qu'on pourrait avoir qu'elle se remue par un tour de poignet...

Ainsi donc, il a été reconnu admissible que l'effet du bâton fourchu, autrement dit de la baguette, pût indiquer autant les trésors et minières que sources d'eau.

Le procédé indiqué par le Grand Grimoire (édition 1823) est beaucoup plus compliqué, puisqu’il divise l’opération en trois parties: sacrifice préliminaire, prise de la baguette, et mode d’emploi par le moyen du cercle ; mais il vaut d’être rapporté car, ces trois opérations ressortissant à la magie noire, leur description nous montrera l’emploi de cette magie cérémonielle du mal dans les campagnes.

Armez-vous donc d'intrépidité, de prudence, de sagesse et de vertu pour pouvoir entreprendre ce grand et immense ouvrage... il faut donc faire exactement tout ce qui est indiqué ci-après :

Vous passerez un quart de lune entier, sans fréquenter aucune compagnie de femmes ni de filles, afin de ne pas tomber dans l'impureté.

Ensuite, vous commencerez votre quart de lune dans le moment que le quartier commencera, promettant au grand Adonay, qui est le chef de tous les esprits, de ne faire que deux repas par jour ou toutes les vingt-quatre heures dudit quart de lune, lesquels vous prendrez à midi et à minuit, ou, si vous aimez mieux, à sept heures du matin et à sept heures du soir, en faisant la prière çi-après, avant que de prendre vos repas, pendant tout ledit quartier.

Prière. — Je t'implore^ grand et puissant Adonay^ O Eloïme (sic), je f implore^ ô Jehovam (sic) : O grand Adonay^ je te donne mon âme^ mon cœur^ mes entrailles^ mes mains^ mes pieds^ mes soupirs et mon être. O grand Adonay^ daigne m'être favorable. Ainsi soit-il. Amen.

Prenez ensuite votre repas et ne vous déshabillez ni ne dormez que le moins qu'il vous sera possible pendant tout ledit quartier de lune, pensant continuellement à votre ouvrage, et fondant toute votre espérance dans l'infinie bonté du grand Adonay ; après quoi, le lendemain de la première

nuit dudit quart de lune, vous irez chez un droguiste pour acheter une pierre sanguine dite ématille (1) que vous porterez continuellement sur vous, crainte d'accident, attendu que, dès lors, l'esprit que vous avez en vue de forcer et de contraindre fait tout ce qu'il peut pour vous dégoûter par la crainte, pour faire échouer votre entreprise, croyant par cette voie se dégager des filets que vous commencez à lui tendre : il faut observer qu'il ne faut être qu'un ou trois, y compris le Karcist (2) qui est celui qui doit parler à l'esprit, tenant en main la ç^erge foudroyante ; vous aurez soin de choisir, pour l'endroit de l'action, un lieu solitaire et écarté du monde, afin que le Karcist ne soit pas interrompu ; après quoi vous achèterez un jeune (3) chevreau vierge, que vous décorerez, le troisième jour de la lune, d'une guirlande de verveine, que vous attacherez à son cou, au-dessous de sa tête, avec un ruban vert ; ensuite le transporterez à l'endroit marqué pour l'apparition, et là, le bras droit nu jusqu'à l'épaule, armé d'une lame de pur acier, le feu étant allumé avec du bois blanc, vous direz les paroles suivantes avec espérance et fermeté :

Prière. — Je f offre cette cictime^ ô grand Adonay^ Elïome (sic), Ariel et Jehooam (sic) et cela à U honneur^ gloire et puissance de ton être supérieur à tous les esprits ; daigne^ ô grand Adonay^ la prendre pour agréable. Amen.

Ensuite, vous égorgerez le chevreau et lui ôterez la peau, et mettrez le reste dessus le feu, pour y être réduit en cendres que vous ramasserez, et les jetterez du côté du soleil levant en disant les paroles suivantes :

Prière. — C'est pour V honneur gloire et puissance de ton nom, ô grand Adonay, Eloïme Ariel et Jeho^am (sic)

que je répands le sang de cette oictime ; daigne, ô grand Adonay, recevoir ces cendres pour agréables !

Pendant que la victime brûle, vous pouvez vous réjouir en l'honneur du grand Adonay, Eloïme, Ariel et Jehovam,

(1) Vraisemblablement hématite^ peroxyde de fer de couleur brune ou rougeâtre. — Au XYII® siècle, on attribuait à cette pierre, entre autres propriétés, celle d’arrêter le sang, de garantir les femmes enceintes de toute blessure et de faciliter les accouchements. Bausch, le savant médecin allemand qui fonda, à Leipzig, en 1652, la célèbre académie des curieux de la nature, a fait paraître en 1665 un traité complet sur les merveilleuses propriétés que son époque attribuait à l’hématite.

(2) Exorciste, opérateur.

(3) Il est utile de faire remarquer que, dans la vieille goétie, le mot «chevreau» signifie toujours un jeune enfant.

ayant soin de conserver la peau de chevreau vierge pour former le rond ou le grand cercle cabalistique dans lequel vous vous mettrez le jour de la grande entreprise.

La veille de la grande entreprise, vous irez chercher une baguette ou verge de noisetier sauvage, qui n'ait jamais porté, ladite baguette devant faire fourche en haut, c'est-àdire du côté des deux bouts ; sa longueur doit être de dixneuf pouces et demi ; après que vous aurez trouvé une baguette de cette forme, vous ne la toucherez que des yeux, attendant jusqu'au lendemain, jour de l'action, que vous irez la couper positivement au lever du soleil ; et alors vous la dépouillerez de ses feuilles ou petites branches, si elle en a, avec la même lame d'acier qui a servi à égorger la victime, qui sera encore teinte de sang, attendu que vous devez faire attention de ne point essuyer ladite lame, en commençant à la couper quand le soleil commencera à paraître sur cet hémisphère, en prononçant les paroles suivantes :

Prière.— Je te recommande^ ô grand Adonay^ Eloïm, Ariel et Jehoi^am (sic), de m'être favorable et de donner à cette baguette que je coupe la force et la vertu de celle de Jacob^ de celle de Moïse et de celle du grand Josué ! Je te recommande aussi, ô grand Adonay, Eloim, Ariel et Jehovam, de renfermer dans cette baguette toute la force de Samson, la juste colère d'Emmanuel, et les foudres du grand Zariatnatmik (?) qui vengera les injures des hommes au grand jour du jugement. Amen,

Après avoir prononcé ces grandes et terribles paroles, et ayant toujours la vue du côté du soleil levant, vous achèverez de couper votre baguette et l'emporterez dans votre chambre ; ensuite, vous chercherez un morceau de bois que vous rendrez de même grosseur que les deux bouts de la véritable, {sic) que vous porterez chez un serrurier pour faire ferrer les deux petites branches fourchues avec la lame d'acier qui a servi à égorger la victime, faisant attention que les bouts soient un peu aigus lorsqu'ils seront posés sur le morceau de bois. Le tout étant ainsi exécuté, vous retournerez à la maison, et mettrez ladite ferrure vous-même à la véritable baguette ; vous prendrez ensuite une pierre d'aimant que vous ferez chauffer pour aimanter les deux pointes de votre baguette, en prononçant les paroles suivantes :

Prière. — Par la puissance du grand Adonay, Eloïm, Ariel et Jehovam (sic), je te commande d'unir et d'attirer toutes les matières que je voudrai ; par la puissance du grand Adonay, Eloïm, Ariel et Jehovam, je te commande, par l'incompatibilité

du feu et de Veau, de séparer toutes matières comme elles furent séparées le jour de la création du monde. Amen,

Ensuite, vous vous réjouirez en Thonneur du grand Adonay, étant sûr que vous possédez le plus grand trésor de lumière ; le soir ensuite, vous prendrez votre baguette, votre peau de chevreau, votre pierre ématille, et deux couronnes de verveine, de même que deux chandeliers et deux cierges de cire vierge, bénits et faits par une fille vierge. Vous prendrez aussi un batte-feu (1) neuf, deux pierres neuves avec do Tamadou pour allumer votre feu, de même qu'une demibouteille de brandevin, et une portion d'encens bénit, avec du camphre, aussi bien que quatre clous ayant servi à la bière d'un enfant mort, et ensuite, vous vous transporterez à l'endroit où doit se faire le grand œuvre, et ferez exactement ce qui suit, en imitant de point en point le grand cercle cabalistique tel qu'il est démontré ci-après.

Vbus commencerez par former un cercle avec la peau de C'»' chevreau (2), que vous clouerez avec quatre clous (3) ; vous prendrez ensuite votre pierre ématille, et tracerez un triangle au-dedans du cercle, en commençant du côté du levant ; vous tracerez aussi avec la pierre ématille le grand A, le petit E, le petit A et le petit J (4) ; de même que le saint nom de Jésus au milieu de deux croix (5), afin que les esprits ne vous puissent rien par derrière. Après quoi, le Karcist fera entrer ses confrères dans le triangle, à leur place (6), et il y entrera lui-même sans s'épouvanter, quelque bruit qu'il entende, plaçant les deux chandeliers avec les deux couronnes de verveine à la droite et à la gauche du triangle intérieur ; cela fait, vous commencerez -à allumer vos deux cierges et aurez un vase neuf devant vous, c'est-à-dire devant le Karcist (7)

(1) Briquet.

(2) Découpée en lanières.

(3) Les clous dont il vient d’être question.

(4) Il s’agit évidemment, ici, des quatre lettres mystiques qui doivent orienter tout cercle magique aux quatre points cardinaux ; mais d’autre part, les lettres citées, AEAJ, ne répondent à rien. Peut-être faut-il y voir un emploi sacrilège des quatre lettres divines IHVH dénaturées par la prononciation courante (Jéhova) inversée, ou du mot AGLA également dénaturé.

(5) Les signes -j- J HS f doivent être tracés sous la base du triangle.

(6) C’est-à-dire occupant chacun un angle de la base du triangle, intérieurement.

(7) L’opérateur occupe le centre du triangle, tourné, comme ses aides, vers l’est. Ce réchaud doit donc occuper l’angle du sommet du triangle.

rempli de charbons de bois de saule que Ton aura fait brûler le même jour, que le Karcist allumera, y jetant une partie de Tesprit de brandevin, et une partie de Tencens et du camphre que vous avez, réservant le reste pour entretenir un feu continuel, convenablement à la durée de la chose, tout ce qui est marqué ci-dessus étant fait exactement, vous prononcerez les paroles suivantes :

Prière. — Je te présente^ ô grand A donay, cet encens comme le plus pur ; de même, je te présente ces charbons comme sortant du plus léger bois. Je V offre, ô grand et puissant Adonay, Eloïm, Ariel et Jehoaam (sic), de toute mon âme et de tout mon cœur; daigne, ô grand Adonay, le prendre pour agréable. Amen.

Vous ferez aussi attention de n’avoir sur vous aucun métal impur, sinon de Tor ou de l’argent pour jeter la pièce à l’esprit, la ployant dans un papier que vous lui jetterez, afin qu’il ne puisse faire aucun mal quand il se présentera dev*ant le cercle ; et pendant qu’il ramassera la pièce, vous commencerez la prière suivante en vous armant de force, de courage et de prudence ; faites aussi attention qu’il n’y ait que le Karcist qui parle, les autres doivent garder le silence, quand même l’esprit les interrogerait, les menacerait.

Prière. — O grand Dieu aiaant ! en une seule et même personne, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, je aous adore aaec le plus profond respect, et me soumets à votre sainte et digne garde avec la plus vive confiance. Je crois, avec la plus sincère foi, que vous êtes mon créateur, mon bienfaiteur, mon souverain et mon maître, et je vous déclare n'avoir d'autre volonté que celle de vous appartenir pendant l'éternité. Ainsi soit-il !

O grand Dieu vivant qui as créé l'homme pour être bienheureux dans cette vie, qui as formé toutes choses pour ses besoins et qui as dit : « Tout sera soumis à l'homme ! » sois-moi favorable et ne permets pas que des esprits rebelles possèdent des trésors qui ont été formés pour nos besoins temporels. Donne-moi, ô grand Dieu, la puissance d'en disposer par les puissantes et terribles paroles de la clavicule: Adonaï, Eloïm, Ariel, Jehovam (sic) Tagla (1), Mathou (2), soyez-moi favorables. Amen.

Vous aurez soin d’entretenir votre feu avec de l’esprit de brandevin, l’encens et le camphre, et direz ensuite la prière de l’offrande comme suit :

(1) Lisez ; Agla.

(2) Lisez : Metathrcn.

Prière. — Je t'offre cet encens comme le plus parque j'aie pu trouver^ ô grand Adonay^ Elolrn^ Ariel et Jehooam (sic). Daigne le prendre pour agréable^ ô grand Adonay ! Sois-moi favorable par ta puissance et fais-moi réussir dans cette grande entreprise. Amen.

Suivent les appellations à l’empereur Lucifer et le dialogue entre Liicifuge Rofocale et l’opérateur, qu’il est inutile de reproduire ici, les textes en étant sensiblement les mêmes que ceux relatifs aux Pactes et que l’on trouvera dans le chapitre : Comment on devient sorcier. — ;

Une différence, cependant : Pour forcer les esprits à vous obéir, vous les frapperez « en mettant les deux bouts fourchus de votre baguette dans le feu ; et, dans ce moment, ne vous épouvantez pas des hurlements effroyables que vous entendrez, car pour Icrs tous les esprits paraîtront...»

Je continue, après le pacte :

L'esprit prononce :

J'approuve aussi ton livre [i) et te donne ma véritable signature en parchemin., que tu y attacheras à la fin pour t'en servir au besoin ; rne soumettant aussi d'y (sic) comparaître devant toi toutes les fois que j'y serai appelé^ lorsque tu ouvriras le livre., que tu seras purifié., que tu auras la terrible baguette foudroyante et que tu auras composé le grand cercle cabalistique^ et que tu prononceras le mot Rofocale ; te promettant de comparaître et traiter à l'amiable avec ceux qui seront munis dudit livre où est ma véritable signature., pourvu qu'ils m'appellent en règle la première fois qu'ils auront besoin de moi. —

Je m'engage aussi à te livrer le trésor que tu me demandes., pourvu que tu gardes le secret pour toujours., que tu sois charitable envers les pauvres., et que tu me donnes une pièce d'or ou d'argent tous les premiers jours de chaque mois. Si tu y manques., tu seras à moi pour toujours.

Suis-moi et viens reconnaître le trésor.

Alors, le Karcist, armé do la baguette foudroyante et de

(1) Le Grimoire dont use le sorcier.

la pierre ématille^ sortira du cercle pai* la route du trésor (1) qui est la porte du grand Adonay, et suivra Tesprit ; les autres ne bougeront absolument point du cercle, mais y resteront fermes et inébranlables, cjuelque bruit qu'ils entendent et quelque vision qu'ils voient ; l'esprit conduira alors le Karcist jusqu'à l’entrée du trésor ; et il se pourra qu'alors le Karcist voie comme un grand chien cotonné (?) qui en fermera l'entrée, avec un collier reluisant comme le soleil, ce qui sera un Gnome (2) qu'il écartera en lui présentant le bout de sa baguette, lequel marchera vers le trésor ; le Karcist le suivra, et, arrivant auprès du trésor, il sera surpris d'y voir la personne qui l'aura caché, qui voudra se jeter sur lui, mais elle ne pourra absolument pas l'approcher; le Karcist sera aussi pourvu d'un morceau de parchemin vierge, où sera écrit {sic) la grande conjuration de la clavicule, qu'il jettera sur le trésor, en prenant en même temps une pièce pour gage, et reconnaissance et en en jetant d'abord une de son argent, qu'il aura mordue ; après quoi il se retirera à reculons, emportant avec lui ce qu'il pourra du trésor, le reste ne pouvant pas lui échapper par les précautions prises ci-devafit, faisant attention de ne se point tourner, quelque bruit qu'il entende ; car dans ce moment, il lui semblera que toutes les montagnes du monde se renverseront sur lui, il faut, pour lors, s'armer d'intrépidité, ne point s'épouvanter, et tenir ferme ; faisant cela, l'esprit le reconduira jusqu'à l'entrée du cercle. Alors le Karcist commencera à dire le renvoi de l'esprit tel qu'il est ci-après :

Conjuration et renvoi, — O prince Lucifer^ je suis content de toi pour le présent ; je te laisse en repos et te permets de te retirer où bon te semblera^ sans faire aucun bruit ni laisser aucune mauvaise odeur (3). Pense aussi à ton engagement^ car si tu y manques d’un instant^ tu peux être sûr que je te frapperai éternellement aoec la baguette foudroyante du grand A donay^ Eloim^ Ariel et Jehooam (sic). Amen.

Actions UE Grâces. — O grand Dieu., qui as créé toutes

(1) Passage ménagé dans le triangle et dans le cercle à la gauche de l’opérateur et se dirigeant vers l’Orient, c’est-à-dire parallèlement à la bissectrice du triangle. — V. à cet égard, la fig. 6 p. 229.

(2) Esprit de la terre. Les trois autres catégories d’esprits sont : les Sylphes, présidant à l’air ; les Salamandres, au feu ; et les Ondins, à l’eàu.

(3) Ce trait bizarre se rencontre toujours dans les renvois de mauvais esprits.

choses^ pour le service et Vutüité de Vhomme^ nous te rendons de très humbles actions de grâces de ce que, par ta grande bonté^ tu nous as comblés ^pendant cette nuit^ de tes précieuses faveurs^ et de ce que tu nous as accordé tout ce que nous désirons ; c'est à présent^ ô grand Dieu^ que nous avons, connu toute la force de tes grandes promesses^ lorsque tu nous as dit : « Cherchez et vous trouverez ; frappez et Von vous ouvrira » ; et^ comme tu nous as ordonné et recommandé de soulager les pauvres^ nous te promettons^ à la face du grand Adonay^ d' Eloim, d' Ariel et de Jehovam (sic), d'être charitables et de répandre sur eux les rayons de soleil dont ces quatre puissantes divinités viennent de nous combler. Ainsi soit-il. Amen.

Quel étrange amalgame de religiosité et de satanisme — au point qu’à certains passages, on ne sait plus si l’on parle à Dieu ou à diable ! Ce morceau de littérature spéciale est un curieux document de folie ; aussi l’ai-je reproduit presque in-extenso.

Certes, l’emploi des cercles magiques, quoi qu’en puisse penser le public, répond à une réalité concrète, et offre dans certains cas, pour qui tente une opération hyperphysique — j’en ai la certitude — une réelle et efticace protection contre les forces mauvaises. Mais, bien que je n’aie jamais expérimenté celui dont il vient d’être question plus haut, je serais infiniment surpris qu’il fût autre chose qu’un attrape-nigauds : les véritables cercles magiques doivent être construits sur d’autres données et dans d’autres conditions qiie ce n’est pas ici le lieu de définir.

Pour en revenir à notre sujet, nous voyons qu’il y a^ deux sortes de baguettes : la baguette divinatoire proprement dite dont la formule a été donnée la première : elle sert à trouver ce qu’on cherche: métaux, mines, voleurs, sources, etc. ; et la baguette pour se faire apporter des trésors par les esprits, au moyen d’une cérémonie de goétie cérémonielle ; cette autre est plutôt une contrefaçon du véritable bâton magique. De plus, ces deux pointes aimantées, indiquant qu’elle tire sa force (?) d’une

application du binaire, en font, à proprement parler, un instrument de magie noire, et son emploi ne saurait être trop déconseillé.

En réalité, les usages de la baguette sont multiples : tantôt elle sert à tracer les cercles et figures magiques, tantôt on lui fait décrire les signes secrets des sorciers ; et tantôt enfin elle est utilisée à la recherche des objets cachés ou à la poursuite des criminels : on voit qu’elle peut être indifféremment un instrument de magie divine ou d’abominable goétie.

Mais à la campagne, l’ignorant sorcier s’inquiète peu de tels détails; pour lui, la baguette doit lui révéler l’existence de l’eau et de trésors cachés, et je suis intimement convaincu que tout sorcier rural, possédant ce texte, a voulu tenter l’aventure. Qu’il l’ait réussie — c’est une autre affaire; mais, en somme, les difficultés sont si minimes qu’elles n’ont pu arrêter personne, mises en parallèle de trésors trouvés !

Le sacrifice du chevreau ? Eh ! quelle valeur a un chevreau, dans les villages, pour qui prend le mot au pied et à la lettre ?

Les quatre clous arrachés au cercueil d’un enfant mort ? On peut se les procurer facilement surtout dans les pays où le cimetière étant étroit, les prescriptions administratives, relatives à la profondeur des inhumations, sont bien rarement observées.

Les autres ingrédients ? Il est si facile de les acheter lors d’un voyage à la ville voisine.

i Seule, la pierre Ematille peut arrêter les désirs de l’opé¬

rateur, car il est difficile de deviner sous ce nom corrompu qu’il doit s’agir de la pierre hématite, si célèbre pour tant de causes, il y a deux siècles. Mais il y a moyen de tourner la difficulté et d’utiliser un caillou ordinaire ; je m’excuse ; \ de ne pas indiquer ce moyen : il est inutile de tenter la

folie des gens.

Quant à la baguette divinatoire elle-même, les cam-

pagnes y ont une foi robuste, particulièrement dans les pays éloignés de tout cours d’eau, où la découverte d’une source est un bienfait public. Cette croyance à la vertu de la baguette divinatoire, après avoir pris naissance dans l’antiquité (1), s’est fortifiée pendant toute la durée du crédule et naïf Moyen Age, et, de nos jours, elle dure encore.

Le plus célèbre des rabdomanciens de la campagne dont l’histoire garde le souvenir, est Jacques Aymar, un simple maçon de Saint-Véran, à quatorze lieues de Lyon.

A l’âge de dix-huit ans, il fit connaissance d’un vieux berger jouissant d’une certaine réputation dans la contrée, grâce à sa baguette de coudrier. Jacques Aymar, entrevoyant le parti qu’on pouvait tirer de cette industrie, se fit l’élève du vieux berger et ne tarda pas à l’éclipser par son adresse à diriger la baguette. Quelques années plus tard, la renomméé publiait, d’un bout de la France à l’autre, les prodiges qu’opérait le jeune sorcier.

La baguette de Jacques Aymar ne se bornait pas à découvrir les sources. à de grandes profondeurs, elle indiquait aussi les métaux enfouis : l’or, l’argent, le cuivre et les métaux cachés. Elle avait l’étonnant pouvoir de reconnaître les adultères, les voleurs, les assassins...

Une aventure la mit en relief :

On avait volé des hardes à M. X*** ; Aymar est appelé et conduit à Tendroit où le vol avait été fait. La baguette y tourne ; elle continue à tourner en sortant du logis et en avançant dans les rues ; on vient aux prisons et on pousse même jusqu’à une porte qu’on ne pouvait ouvrir sans une permission de M. le juge... Celui-ci fait ouvrir la porte. Aymar entre, et, guidé par la baguette, il va vers quatre fripons qu’on avait enfermés depuis peu de jours. 11 les fait ranger sur une ligne, met son pied sur le pied du premier ; la baguette ne remue point ; il la met sur le pied du second : la baguette tourne.

(1) Voir au sujet de la baguette divinatoire, l’étude très documentée que lui consacre L. Figuier dans son Histoire du merveilleux (4 vol. in-12. Paris, 1860).

Aymar assure que c'est là le voleur, quelque serment qu'il fît pour se disculper. On passe au troisième : la baguette ne se meut point, mais elle tourne rapidement sur le quatrième. Les deux voleurs avouent, et déclarent qu'ils ont caché les objets dans une ferme ; on y va, et, les fermiers ne donnant point la satisfaction qu'on souhaitait, la baguette découvrit sur-le-champ ce qu'ils avaient caché avec soin (1).

Quelque temps après, en 1692, un marchand de vin de Lyon et sa femme étaient assassinés dans leur cave, et leur argent volé dans leür boutique.

La police, déjà, restait parfois impuissante dans ses recherches, mais elle avait la franchise de l'avouer et la ressource d'employer des moyens qui réussissaient encore, et qui couvriraient aujourd'hui de ridicule le malheureux commissaire qui tenterait de les employer. Sans vergogne, on confie donc à Jacques Aymar le soin de découvrir les assassins. Celui-ci arrive, armé de sa baguette, une branche de coudrier en forme de fourche. On le conduit sur le théâtre du meurtre, car c'est une condition indispensable de partir de l'endroit même où le crime a été commis, afin de prendre la piste du coupable. La baguette tourne vivement, Aymar se dirige vers la porte : la baguette s'arrête. 11 s'approche de la fenêtre : la baguette tourne. Pas de doute : c'est par là que se sont sauvés les assassins. Dans une ruelle, au bas, la baguette tourne encore. Elle tourne ainsi, permettant de suivre la trace -jusqu'à une auberge, hors de la ville. Là, elle tourne vivement : « Ils ont passé ici » déclare Aymar. Et l'aubergiste avoue qu'en effet, le jour du crime, deux hommes suspects se sont arrêtés chez lui pour quitter des vêtements ensanglantés.

De proche en proche, la baguette conduit ainsi Aymar jusqu'au bord du Rhône. Là, elle s'arrête, qu'on aille en amont ou en aval. Aymar appelle un batelier. Le voilà en bateau. Dès qu'il suit le courant, la baguette se remet à tourner. 11 faut descendre le fleuve. Après plusieurs jours, Aymar arrive à Beaucaire. Grand embarras : la baguette tourne dans deux directions différentes. Aymar en conclut judicieusement que les coupables se sont séparés. Suivant alors la

(1) P. Lebrun. Histoire critique des pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples et embarrassé les savants. (Paris, 1702-1732. 3 vol. in-12).

direction qui le ramène vers le centre de la ville, il va jusqu'à la porte de la prison. Il entre. Sur son ordre — inutile de dire qu'un agent l'accompagne, porteur d'un laissez-passer — on range les détenus sur un rang. Aymar passe lentement devant eux ; en face d'un individu arrêté le matin même pour vol, la baguette tourne vivement. Pas de doute ! c'est un des coupables. Malgré ses dénégations, on le conduit à la salle des tortures où quelques coups de maillet lui arrachent l'aveu de son crime, le nom de son complice, l'itinéraire de sa fuite, qui concordait de point en point avec les révélations de la baguette (1).

Ce meurtrier fut exécuté ; les autres furent suivis par Aymar jusqu’au point où ils avaient réussi à s’embarquer.

Que faut-il penser de tout cela ?

Certes, dans la suite, Aymar appelé devant le prince de Condé y échoua misérablement (2), mais qu’est-ce que cela prouve ? Est-ce que les échecs successifs et rententissants du magnétisme devant les sociétés savantes ont jamais prouvé quoi que ce soit contre la réalité du magnétisme — aujourd’hui reconnue et affirmée ?

Il convient donc de se rappeler avant de crier à la fraude, que l’exploit de Jacques Aymar a été, à son époque, attesté, certifié par des magistrats, par l’intendant et le procureur du roi à Lyon, par Panthot, doyen des médecins de Lyon, par l’abbé de la Garde, par Aubert, avocat célèbre alors dans cette ville, ainsi que par d’autres personnages dont les relations ont paru dans le Mercure et les gazettes de Paris de juillet à septembre 1692 ; et il est à remarquer que les tiers qui, à l’époque, ont écrit sur le sujet, en présence de tous ces irréfutables témoignages, l’ont fait, non pour nier ou simplement

(1) E. (l’Hauterive. Le merveilleux au XVIII^ siècle. (1 vol. in-12, Paris, s. d.).

(2) C’est le terme (|ii’emploient à son sujet, et sans autrement préciser, de graves historiens. Mais il faut aller au fond des choses, et ce « misérable échec » paraît tout naturel au contraire quand on sait que le vol, dont le prince de Condé demanda à Aymar de découvrir l’auteiir, avait été commis vingt ans antérieurement.

critiquer, mais pour chercher les théories qui pouvaient se dégager du fait lui-même.

Il existe d’autre part des relations de découvertes de trésors à l’aide de la baguette divinatoire ; mais ces relations sont trop peu sûres pour qu’il en puisse être fait état

Quant à l’invention de sources par ce même moyen, les témoignages abondent. Il a été déjà parlé plus haut (1) de l’abbé Paramelle, qui, indéniablement, a couvert la France de puits forés ; il a eu nombre d’imitateurs, dont les plus connus furent Parangue et Bleton — lequel, pour sa part, découvrit plus de trois cents sources — en faveur de qui il existe des certificats inattaquables et nombreux.

Mais au moins, quant à la découverte des sources et des nappes d’eau souterraines, sommes-nous en possession d’observations physiologiques d’où se peut dégager la clé du phénomène.

En ce qui concerne Bleton, nous avons les documents suivants :

Né en Dauphiné, vers 1731, il avait reconnu sa singulière faculté dès Tâge de douze ans, grâce à une fièvre ardente qu’il éprouva après s’être endormi un jour contre un rocher. Depuis, chaque fois qu’il s’asseyait à la même place, la fièvre le reprenait ; avec une intelligence précoce, il en conclut qu’il se passait un phénomène anormal. Il fit des recherches, et découvrit une source à cet endroit précis. A partir de ce moment, il s’étudia, et reconnut très facilement, à l’accélération de son pouls, l’instant où il marchait au-dessus d’une source ou sur une canalisation (2).

Les effluves de l’eau souterraine frappaient l’épigastre et le diaphragme de Bleton, d’où il résultait un sentiment d’oppression très visible. Bientôt, un frisson général le saisissait, et, à ce frisson, succédait un tremblement si violent,

(1) V. chapitre III, De la Sorcellerie fruste.

(2) E. d’Hauterive, loc. cil.

que Bleton avait de la peine à se tenir sur ses jambes. Les membres supérieurs se raidissaient ; le pouls, d’abord très fort, diminuait peu à peu ; la face offrait une altération visible ; une sueur froide lui baignait le visage ; en un mot, on pouvait croire qu’il allait devenir la proie d’une attaque de spasme convulsif. Cet état durait tout le temps que Bleton restait au-dessus de la source, et se dissipait aussitôt qu’il se plaçait à côté. Ces divers symptômes étaient plus ou moins intenses, suivant la profondeur et le volume de la source. Le malaise était plus marqué en remontant la source qu’en suivant son cours. Lorsque la masse d’eau était considérable, et que Bleton soutenait longtemps cet exercice, il éprouvait une telle fatigue que le repos lui devenait, de temps en temps, nécessaire ; un sentiment de lassitude dans tout le corps était le résultat de son travail. Ses sensations étaient plus fortes et plus distinctes à jeun qu’après le repas, et si, après avoir mangé, il lui arrivait de travailler trop longtemps sur des sources abondantes, sa digestion était troublée, et quelquefois il rejetait les aliments par le vomissement. Les temps chauds et secs étaient plus favorables à ses opérations que les temps froids et humides. Il disait ne pas sentir les eaux vagues et stagnantes dans les entrailles de la terre, non plus que les eaux découvertes, quoique courantes ; seulement, dans ce dernier cas, étant dans un bateau, il éprouvait un mal de tête et beaucoup de fatigue dans les membres, -mais point de commotion intérieure. Ce sourcier ne montrait dans sa constitution physique, comparée à celle des autres hommes, aucune différence remarquable. Les variations atmosphériques, surtout les variations électriques, influaient d’une façon toute particulière sur son système nerveux. Du reste, Bleton était un homme d’une extrême simplicité, et rien, dans ses actes physiques et moraux, n’annonçait un imposteur (1).

Voici donc la clé du phénomène : nous avons affaire, en ceci, à des sensitifs d’ordre spécial, sur l’organisme — physique ou astral — desquels influe une sensation ou un monoïdéisme particulier. C’est donc avec raison, semble-t-il, que j’ai, plus haut, placé cette catégorie de phénomènes dans la sorcellerie fruste. — On peut, en

(1) A. Debay. Histoire des sciences occultes depuis V antiquité jusqu'à nos jours. (1 vol. in-12, Paris, 1860).

effet, présumer qu’il existe certaines organisations chez lesquelles le système nerveux peut être affecté par les effluves aqueux* et donner lieu aux phénomènes fournis par les sorciers. Ce serait quelque chose d’analogue au fait bien connu que les émanations des marécages, absorbées par les personnes qui s’y e^cposent la nuit, amènent la fièvre paludéenne.

Lès découvertes de mines et de trésors métalliques peuvent se rapporter au même principe : les métaux exercent, à l’insu même des sujets, une influence spéciale sur la plupart des organismes : le fait a été mis en lumière par les travaux des Docteurs Burcq, Morincourt, Ch. Pinel, Fouque et autres, qui ont basé sur des expériences indéniables une méthode curative rénovée de la vieille métallothérapie. Enfin, la couronne aimantée du Luys nous montre à quel point un métal peut agir sur un organisme.

Reste la découverte des voleurs et des criminels... Ici, je ne puis dire qu’une chose : l’étude de la psychologie phénoménique est encore dans l’enfance, et nous ignorons absolument les possibilités auxquelles peut donner lieu un monoïdéisme fortement conçu — car c’est indéniablement là qu’il faut chercher la solution du phénomène, si le phénomène existe.

Mais, dira-t-on, quel est le rôle de la baguette en tout ceci ?

J’ai déjà montré qu’il existe, en hyperphysique, deux sortes de baguettes : celle dite bâton magique^ dont tous les occultistes connaissent les propriétés, et la baguette divinatoire qui, seule, est afférente à notre sujet.

Il est à remarquer que nombre de sensitifs ont besoin d’un objet pour fixer, pour exacerber leur faculté. Le fait est notamment remarquable chez les psychomètres qui ne peuvent donner aucune indication s’ils n’ont, entix^ les mains ou sur le front, l’objet qui doit guider leur pensée : il y a dans ce cas intercommunication d’uwra.^.

Est-ce ici le cas ? A vrai dire , je ne le pense pas.

Il a été présenté, touchant la baguette divinatoire, un certain nombre de théories, dont la plus acceptable repose sur le magnétisme Cette théorie donne à l’emploi de la baguette une apparence pseudo-scientifique qui peut séduire en certains cas. N’avons-nous pas vu, vers 1875, Mademoiselle de C..., autorisée, par les pouvoirs publics et les autorités ofTicielles, à faire des recherches, à l’aide de la baguette divinatoire, dans les cryptes de l’Abbaye de Saint-Denis, pour y trouver des trésors qui y auraient été cachés en 1793 ?

Non ! c’est ailleurs — au moins à mon avis — qu’il faut chercher le pouvoir de la baguette qui, en ceci, jouerait un simple rôle de présence, analogue de tout point à celui de certains corps dans le travail de quelques combinaisons chimiques. Et ce rôle peut s’expliquer de deux façons ;

Ou bien, la faculté de recherche n’étant dévolue qu’à certains voyants physiques, parfois peu éclairés, les facultés divinatoires de ces voyants sont fixées à leur insu par un objet quelconque — un talisman (1) pour employer le mot vulgaire, qui, dans ce cas, estime baguette.

(1) J’emploie ici le mot talisman, non dans le sens populaire, mais dans

le sens occulte. Dans cette dernière acception, le talisman est un objet consacré par certaines cérémonies et qui, porté par une personne, la protège dans une certaine mesure contre les malheurs, les accidents, ou peut lui porter bonheur dans ses entreprises. On comprend combien peut être variée la forme ,des talismans. Du reste, ils n’ont de valeur véritable, non pas par eux-mêmes, mais qu’autant que celui qui les porte a foi en cette valeur : tels les médailles religieuses pour les chrétiens, certains versets du Koran pour les mahométans, les gris-gris et les fétiches pour les sauvages, etc. Donc, tout réside dans l'intention. Eliphas Lévi nous dit {Voile d'Isis, 10 mai 1893) : « Les talismans ressemblent en cela à la sainte hostie catholique, qui est le salut pour les justes et la damnation pour les pécheurs, et qui ainsi, suivant les dispositions de celui qui la reçoit, réalise Dieu ou le diable ». « La consécration du talisman est un pacte, que l'on fait avec le bien si notre intention est pure, et avec le mal, si notre intention est mauvaise. C’est une mauvaise intention que de vouloir acquérir une puissance exceptionnelle qui vous rende supérieur aux autres hommes, quand même vous ne voiidriez user de cette p\iissance que pour faire le bien, car, suivant la parole de l’Initiateur des Chrétiens : « Celui qui s’exalte sera humilié, et celui qui s’humilie sera exalté... » (E. Bosc, Dictionnaire d'orientalisme, d'occultisme et de psychologie, 2 vol. in-12. Paris, 1896). *

Ou bien cette baguette sert à dénoter extérieurement Pétât de trouble de l’opérateur, état de trouble d’essence parfois si délicate que celui-là même qui en est l’objet n’en aurait pas conscience, sans l’aide de cet adjuvant matériel. ‘

Tel est, au moins à mon sentiment, le rôle relativement modeste qu’il convient d’assigner à la baguette divinatoire dans les multiples œuvres de la Sorcellerie rurale.

Cependant, il faut reconnaître que la baguette, considérée en elle-même comme instrument de divination destiné à la découverte des eaux et des métaux, a de nos jours des partisans sérieux qui établissent scientifiquement son pouvoir sur les principes suivants : « Presque tous les corps émettent des radiations ou effluves et créent par suite des champs électriques, dont la présence peut être reconnue par certaines boussoles et par certaines baguettes tenues par des personnes sensibles. » On voit qu’il peut y avoir là matière à une intéressante étude. Aussi ne sera-t-il pas sans intérêt de terminer ce chapitre par l’indication de la façon dont doit être préparée une bonne baguette.

Le comte de Tristan, qui, en 1826, fit des expériences à cet égard, conseille d’utiliser les bois de troène, coudrier, charme, frêne, érable, cornouiller sanguin, épine blanche et cytise. D’ordinaire, on emploie le coudrier.

La baguette doit être formée de deux jeunes rameaux sur une même tige, de manière à représenter une petite fourche. Ces deux rameaux doivent former entre eux un angle de 25^ à 50^, et avoir chacun une longueur de 50 centimètres environ, la tige étant coupée à 6 centimètres au-dessous de la bifurcation. La grosseur dépend de la nature du bois, de façon qu’on puisse plier les rameaux presque à angle droit, et que cependant ils soient assez fermes pour que l’appareil possède une rigidité relative, permettant au porteur de sentir lesmouvementsdel’objet : on leur donne d’habitude la grosseur d’une plume d’oie.

J’ai, plus haut, indiqué les différents modes de tenir la baguette : on trouvera à cet égard des indications très précises dans les Observations sur le fluide Organo-Electrique et sur les mouvements électrométriques des Baguettes, par le comte de Tristan (1). Donner ici tous les détails de l’opération serait dépasser les limites de cette simple étude.

e) Autres Œuvres

Généralités. — Formation des recettes. — Miroirs magfiques. — Formules diverses. — Les quinze crimes des sorciers, jadis et aujourd’hui.

Le domaine dans lequel se meut le sorcier de campagne est immense ou, pour mieux dire, il n’a pas de limite ; il embrasse tout, depuis la manière de forcer les poules à pondre jusqu’au moyen — au moins dans certaines régions — d’acquérir de son vivant la certitude d’une bonne place en paradis.

On va le consulter dans les cas les plus divers et les plus étranges : pour tirer un bon numéro au sort, pour (( faire faire à un cheval plus de chemin en une heure qu’un autre n’en pourra faire en huit heures », pour « faire danser une fille nue », pour châtier les insolents, pour faire cesser la grêle, pour arrêter la colique, pour avoir des visions, pour voir le diable, pour faire rater une arme ou, au contraire, lui faire porter le double de. son ordinaire, pour a réparer un pucelage perdu », pour se garer des chiens, pour éteindre un incendie, etc , etc... que sais-je ? Jamais le sorcier n’est pris au dépourvu 1 Et, pour les cas les plus fréquents, son arsenal renferme des quantités de recettes et de formules. C’est ainsi que, dans un chapitre antérieur, j’ai cité une vingtaine de procédés différents pour arriver à se faire aimer d’une fille.

(1) 1 br. in-l2. Paris. 1854.

En un mot, il n’est aucun cas, aucune demande, quelque extraordinairement bizarres qu’ils soient, où le sorcier de campagne se trouve pris à court. Et cela se comprend, car s’il ne répondait sur-le-champ à l’attente du quémandeur de sort, sa réputation ne tarderait pas à en souffrir. Aussi je soupçonne nombre des procédés employés par les sorciers de campagne de n’être que le fruit d’une imagination forcée à s’ingénier. Quant au mécanisme à l’aide duquel se répandent ces moyens de sorcellerie, il est des plus simples.

Un paysan, je suppose, perd sa bêche, ne sait plus ce qu’il en a fait. 11 va trouver le sorcier qui lui ordonne de manger sept grains de chènevis (c’est toujours une supposition) en disant trois Pater à l’heure favorable (car il faut se ménager une porte de sortie pour le cas où la bêche ne se retrouverait pas). Le hasard fait que, quelques jours plus tard, l’intéressé retrouve son instrument. Aussitôt le bruit s’en répand à la ronde, et quand, dix ou vingt ans plus tard, un autre paysan perdra un objet, il se trouvera toujours dans son entourage une vieille ayant ouï dire que, pour retrouver les objets perdus, il n’est rien tel que de manger sept grains de chènevis en disant trois Pater. Et voilà comment oes procédés font fortune.

Mais à côté de ces procédés, recettes et formules de pure imagination, il en est d’autres qu’emploient certains sorciers, dans lesquels on découvre comme des bribes de haute hyperphysique, tombées — par quel hasard, par quelle série de circonstances étranges ? — entre des mains maladroites et au pouvoir d’intelligences incapables d’en comprendre le mécanisme. Parmi ces derniers je citerai particulièrement les miroirs magiques.

J’ai écrit ailleurs (1) et de façon détaillée ce qui regarde les différentes sortes de miroirs magiques, tant au point

(1) V au-delà et problèmes. 1 vol. in-12. Paris, 1907. Publications de Psychisme expérimenta^ «*10 boni, do StTasbourf?, Paris.

de vue théorique qu’en ce qui regarde la pratique ; je n’y reviendrai donc pas ici ; il me suffira de constater qu’on rencontre à la campagne certains sorciers qui savent en user.

Oh ! il ne faut pas s’attendre de leur part à des combinaisons savantes de ce qu’on appelle des correspondances, à l’emploi de métaux judicieusement choisis suivant les jours, heures et données astrologiques, pas plus qu’à desc onsécrations préalables... non ! les miroirs dont ils se servent pour eux-mêmes ou pour les personnes qui ont recours à leur office sont des plus simples, des plus primitifs, et cependant on est tout surpris de reconnaître, dans telle opération fruste, la mise en œuvre de ^ l’élément qui, dans ce genre de voyance, doit conduire au succès : la fascination du regard.

Les miroirs employés sont de deux sortes, mais chacune d’elles dénotes! bien, par le choix de l’instrument employé, son origine indéniablement rurale, que l’on se demande par quelle série de transformations Qt d’adaptations successives les instruments de la haute Science antique sont arrivés à se muer en ces très modestes objets que sont un seau de bois et un chaudron de cuivre.. Car c’est de ces récipients vulgaires que se servent les sorciers de campagne qui les emplissent d’eau pour en faire des miroirs magiques.

Le chaudron de cuivre doit être soigneusement éciiré en son fond et ses parois intérieures, de façon à présenter partout un surface brillante qui tire le regard et l’empêche de demeurer fixé à la surface de l’eau. Il se produit alors chez le sujet, surtout quand un léger tremblement de l’objet produit des ondulations à la surface (1). un trouble visuel inductif d’hypnose lorsque les sujets y sont prédisposés, mais qui, chez les autres, se résout en une sorte d’hallucination de l’organe sensoriel mis en jeu. A

(1) C’est, en somme, une simplification de l’appareil dit Miroir rotatif du D'' Luys.

la suite survient le phénomène — ignoré de la science officielle, mais bien connu des voyants — que l’on peut appeler méso-suggestion ou suggestion mixte, en ce sens qu’il débute par de l’auto-suggestion pour se continuer en hétéro-suggestion: le sujet commence par s’autosuggestionner dans le sens de ce qu’il veut voir ; en d’autres termes, il détermine lui-même la directrice du phénomène ; mais ensuite les forces intelligentes de l’A^trar s’emparent de l’amorce ainsi offerte et présentent au sujet les clichés de vision qu’elles veulent amener à sa perception. C’est là un phénomène que, personnellement, j’ai eu assez souvent l’occasion d’analyser avec des sensitifs de valeur différente et des instruments variés : verre d’eau, boule de cristal, graphite, zinc, cuivre, etc.

L’autre procédé consiste à utiliser un seau de bois, également rempli d’eau ; mais ce seau doit être, non pas neuf, mais au contraire très usagé, de façon que les parois présentent une apparence aussi sombre que possible. Souvent, on s’en sert en faisant tomber un rayon de lune à la surface de l’eau. Le phénomène se produit de la même façon qu’à l’aide du chaudron de cuivre — au moins en principe, car, dans la pratique, les résultats doivent différer : le chaudron métallique plein d’eau constitue en effet un miroir solaire-lunaire destiné à présenter des clichés astraux relatifs au bien, tandis que le fond sombre du seau de bois rentre dans la catégorie des miroirs lunaires-saturniens, et offrira plutôt au regard des images de mal.

Est-ce à dire que les sorciers réussissent toujours l’expérience ? Au vrai, j’ai de sérieuses raisons d’en douter, et pour le motif qui suit ; — Agissant d’après une routine qu’ils ont héritée de leurs devanciers et non d’après une théorie raisonnée, ce n’est qu’exceptionnellement et par hasard qu’ils peuvent mettre leurs sujets en état de réceptivité. lien va naturellement tout autre-

ment quand ils agissent sur eux-mêmes, car, pour peu qu’ils aient quelque pratique du procédé, la routine leur a suffi pour prendre conscience des moyens, assez simples en somme, à l’aide desquels ils peuvent se mettre euxmêmes en état de réceptivité.

Dans tous les cas, ils n’usent qu’exceptionnellement du miroir magique, car cette façon de procéder ne présente aucun moyen terme et par suite aucun faux-fuyant ; il y a réussite ou échec, et l’échec peut ruiner du coup l’autorité de l’opérateur. Aussi le sorcier préfère-t-il se cantonner dans l’arsenal de ses formules où il est passé maître.

Il possède, je viens de le dire, des recettes utilisables pour toutes les affaires, dans toutes les circonstances, contre tous les ennuis, et, parmi ces procédés, il en existe qui sont assez curieux. ♦

En voici quelques-uns :

Voulez-vous gagner au jeu ?

Ecrivez sur du parchemin vierge les mots et croix qui suivent : f Ibel t Laher f Chahel f Habet t Rabel. Il le faut porter sur vous.

Désirez-vous échapper aux apaches ? Voici :

Valanda jacem rafit massif excorbis anter ç^alganda zazar (1 ), frère, prêle-mai ta main, Bourbelet, Barlet, amer arrive autour de moi, comme Judas a trahi notre Seigneur, On porte le billet au cou, et, dans le danger, on prononce les mêmes paroles. C'est par ce moyen que Guidon, attaqué par deux cavaliers dans une auberge de Fauville, s'est garanti de bien cinq cents coups de sabre ; il retourna, après cet assaut, tranquillement à sa maison.

Cette formule, cueillie dans le «Grimoire du Pape

(1) Cette formule, et bien d’autres, justifient amplement l’opinion de Pic de la Mirandole que « plus une formule de sorcellerie est incompréhensible, plus elle a de puissance. »

Honorius», est complète ; elle renferme jusqu’à des références.

Avez-vous été volé et voulez-vous connaître le nom de votre larron ? Voici la recette, où se retrouve comme une réminiscence des anciens Jugements de Dieu :

Ecrivez séparément sur un papier tous les noms de ceux qui sont dans la maison, maîtres, valets et autres ; jetez et faites aller au fond les billets dans une poêle d'airain, pleine d'eau claire ; puis dites dessus : Je te conjure^ Onazarde^ Arogani^ Labilafs^ Parondomo^ Anzigola, Maractatam^ Siranday, Eptuleton^ Lamhoured^ de me faire connaître le larron. Alors, si son nom est dans la poêle, il s'élèvera sur l'eau, et s'il en vient deux ou plusieurs, ils seront complices. Si tous les noms restent au fond, c'est que le voleur n'est pas du nombre de ceux que vous aurez nommés.

Préférez-vous découvrir des trésors, voici :

Etant sur la place où l'on soupçonne un trésor, dites, frappant trois fois du talon gauche contre terre et faisant un tour à gauche : Sadies satani agir fons toribiis^ oiens à moi Saradon qui sera (sic) appelé Sarietur» Recomnaencez trois fois de suite. S'il y a quelque trésor dans l'endroit, vous le saurez, parce que l'on vous révélera quelque chose à l'oreille. *

Préférez-vous au contraire aborder les plus hautes spéculations de la magie, acquérir l’invisibilité ? Voici un procédé macabre pour faire l’expérience :

On commence cette opération par un mercredi, avant le soleil levé, étant muni de sept fèves noires, puis on prend une tête de mort ; on en met une dans la bouche, deux autres dans les narines, deux autres dans les yeux et deux dans les oreilles ; on fait ensuite sur cette tête un caractère (?) indiqué, puis on enterre cette tête la face vers le ciel ; arrosez-la pendant neuf jours d'excellente (?) eau-de-vie, le matin avant le soleil levé. Au huitième jour, vous y trouverez l'esprit ajourné, qui vous demandera : Que fais-tu là ? Vous lui répondrez : J'arrose ma plante. 11 vous dira : Donne-moi

cette bouteille, je Tarroserai moi-même. Vous lui répondrez que vous ne voulez pas. Il vous la redemandera encore ; vous la lui refuserez, jusqu'à ce que, tendant la main, vous lui verrez dedans la figure semblable à celle que vous avez faite sur la tête, qui sera pendante au bout de ses doigts. En ce cas, vous devez être assuré que c'est l'esprit véritable de la tête ; car quelque autre pourrait vous surprendre, dont il vous arriverait mal, et votre opération deviendrait infructueuse. Quand vous lui aurez donné votre fiole, il l'arrosera (sic) luimême, et vous en irez. Le lendemain, qui est le neuvième jour, vous y retournerez ; vous y trouverez vos fèves mûres ; vous les prendrez ; vous en mettrez une dans votre bouche, puis vous vous regarderez dans un miroir ; si vous ne vous y voyez pas, elle sera bonne. Vous en ferez de même de toutes les autres, en les éprouvant dans la bouche d'un enfant ; toutes celles qui ne vaudront rien doivent être enterrées où est la tête.

Enfin, êtes-vous par hasard un amoureux évincé désireux d’empêcher un trop heureux rival d’arriver à ses fins ? Le sorcier vous communiquera un procédé aussi simple qu’efficace qui satisfera votre amour-propre blessé en couvrant les traîtres de ridicule :

Pour cette expérience, faut (sic) avoir un canif neuf, puis par un samedi, vous écrivez avec la pointe, derrière la porte de la chambre où couchent les personnes : Consummatum est, et rompez la pointe du canif dans la porte.

Après l’exposé de ce dernier procédé, je m’arrête. Aussi bien il me faudrait des volumes et des volumes pour faire un recueil — qui serait toujours et forcément incomplet — des moyens, formules et recettes que l’on rencontre dans les grimoires, et de ceux, encore plus nombreux, qui sont de tradition dans la sorcellerie rurale et qu’aucun ouvrage, aucun collectionneur n’a encore recueillis et notés.

Et cependant, tous ces procédés sont employés depuis des siècles et des siècles, — d’abord tenant de près à la

science hermétique (puisque de nos jours des hermétistes de valeur en ont dégagé, reconstitué et expérimenté l’essence — avec succès dans certains cas) puis, à la longue, à force de passer de l’un à l’autre et de bouche en bouche, défigurés, dénaturés et corrompus par une tradition de plus en plus impure.

Malgré tout, le sorcier qui possède un de ces « secrets » se figure, sans en connaître la source, qu’il n’a jamais subi aucune modification avant de tomber en ses mains, et il le garde religieusement, avec ses erreurs et ses vices, comptant le transmettre tel à ses successeurs, ne se doutant nullement qu’il est d’essence fatale, pour toutes choses, d’être dénaturées par le temps.

Car nul n’est plus conservateur que le sorcier, qui est demeuré à notre époque (au point de vue sorcellerie, s’entend) un être du Moyen Age.

Et à ce propos, pour qui veut se rendre compte de la lenteur des progrès de l’esprit humain, il n’y a qu’à lire, dans Jean Bodin {Démonomanie) qui écrivait au XVI® siècle, la liste des quinze crimes qu’il attribuait aux sorciers, et à se demander si, soit tels que les concevait Bodin, soit sous une forme adoucie, ces quinze crimes ne sont pas encore, de nos jours, mis à la charge des sorciers par les habitants des campagnes — quand le bénéfice n’en est pas réclamé par le sorcier lui-même.

D’ailleurs, voici la liste établie par Bodin :

Lèse-majesté divine.

2® Blasphème.

3^ Hommage au diable.

4^ Abandon au diable des enfants nés ou à naître.

5^ Sacrifice au diable desdits enfants.

6® Leur consécration au diable, dès le ventre de leur mère.

7^ Serment de propagande satanique.

8® Serment prêté au nom du diable et en son honneur.

9® Inceste.

10® Homicide en vue de se procurer la chair et les organes humains requis pour la confection des charmes.

‘ 11® Anthropophagie, coutumière aux hôtes du Sabbat.

12® Usage de poisons et de philtres.

13® Sorts jetés aux bestiaux.

14® Sorts de stérilisation de la terre et de destruction des récoltes.

15® Copulation charnelle avec les démons.

A notre époque, les convictions religieuses sont bien affaiblies dans les campagnes et, au contraire, la crainte du gendarme a crû dans les cœurs. Soumettez à ce double critérium les quinze crimes établis par Jean Bodin, et vous aurez l’état général des croyances rurales relatives à la sorcellerie.

1® Le crime de lèse-majesté divine laisse le paysan un peu froid, mais il est convaincu que tout sorcier doit renier Dieu par paroles et par actes.

2® et 3® Le blasphème et l’hommage au diable vont de soi, car il est curieux de constater que ce sont peut-être les régions où l’on est le moins religieux qui croient le plus au diable.

4®, 5®, 6® et 7® Les gens de la campagne où fleurit la sorcellerie sont intimement convaincus, comme je l’ai dit plus haut, que tout sorcier en mourant doit laisser un remplaçant : cette persuasion implique la croyance aux articles en question sauf peut-être en ce qui concerne le sacrifice matériel des enfants. Et encore, je ne jurerais pas que, lorsqu’un individu suspect de sorcellerie perd un enfant en bas âge, les commères de l’endroit n’ont pas in petto l’idée que le père a dû le sacrifier.

8® Cet article du serment prêté au diable est aujourd’hui péché assez véniel pour ne pas dire sans conséquence.

9® L’inceste ? Pardieu ! On voit assez de brutes aux champs et dans les villes qui ne s’en privent pas, pour que cela paraisse ordinaire chez le sorcier.

10^ et 11^ Ici, la crainte moderne du gendarme fait qu’on ne soupçonne le sorcier de telles horreurs que lorsqu’on est convaincu qu’il a pu les accomplir à l’aide de sortilèges ; mais, telle conviction acquise, on regarde le sorcier comme naturellement capable de tout.

12®, 13® et 14® L’usage de poisons et de philtres, les sorts pour toute sorte de nuisance sont aujourd’hui, comme on l’a vu plus haut, communément attribués aux sorciers.

15® Quant à la copulation charnelle avec les démons, elle est profondément indifférente au paysan de nos jours, sauf à quelques rares esprits — inquiets de paillardise. Mais d’une part, ce crime (?) est peu connu ; et, d’un autre côté, les femmes de la campagne étant généralement très superstitieuses, le sorcier qui avouerait forniquer avec des êtres immatériels, trouverait difficilement, autour de lui, à satisfaire physiquement les (( besoins du cœur ».

On voit que, depuis quatre siècles, les croyances au sujet de la sorcellerie n’ont pas sensiblement varié.

Donc, à notre époque, les campagnes croient fermement au sorcier et aux œuvres de sorcellerie, depuis le nœud de Vaiguillette jusqu’à la main de gloire^ en passant par le mauvais œil, l’évocation des morts, les charmes, les gardes, les charges, les pactes, l’envoûtement, et le reste.

Un seul article, peut-être, est en train de disparaître de la liste des crimes et des maléfices dont on charge encore la conscience dif sorcier des campagnes: l’anthropophagie. Il est vrai que c’est l’un des crimes de goétie les plus anciens qu’ait connus notre sol de France, puisque le chapitre LXVII de Lois saliqiies^

le plus antique de nos codes, la mentionne en ces termes : (( Que si la Stryge est convaincue d’avoir mangé un homme, elle paiera deux cents sous ! »

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