‹ La sorcellerie des campagnesChapitre 13 sur 132 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Généralités — Opinion d’Eliphas Lévi. — Précautions à prendre. — Une vengeance de sorcier. — Le dynamisme de la sorcellerie. — Le Diable. — Expérimentation (note). — La force astrale. — Recette de longévité.

De tout ce qui précède il faut conclure que, si le pseudo-sorcier est très commun dans les campagnes, en revanche le véritable sorcier, le goétieii réellement digne de ce nom, ne s’y rencontre que de loin en loin. Le cas, plus haut cité, de Thorel est, en pareille matière — fort heureusement, d’ailleurs ! — une excessivement rare exception. Il est déjà fort peu banal que les sorciers de campagne arrivent comme Castellan à s’élever jusqu’à la pratique des phénomènes les plus ordinaires de l’hypnose, et dans ce cas, comme je l’ai dit plus haut, ils agissent toujours dans une profonde inconscience de la force mise en jeu par eux.

C’est en quelque sorte l’instinct — un instinct spécial — qui les guide et que développe d’habitude leur genre de vie, presque toujours isolée dans la campagne (N’oublions pas que la grande majorité des sorciers, aux champs, se recrutent parmi les bergers).

C’est ce qu’a bien compris le maître Eliphas Levi quand, dans son Rituel de Haute Magie (1), il trace le portrait, la genèse et l’indice de puissance du sorcier de campagne.

(1) 1 vol. in-8. Paris, 1894. — In fine.

<( Dans la solitude, au milieu du travail de la végétation, les forces instinctives et magnétiques de Thomme augmentent et s'exaltent ; les fortes exhalaisons de la sève, Todeur des foins, les arômes de certaines fleurs remplissent Tair d'ivresse et de vertiges ; alors, les personnes impressionnables tombent facilement dans une sorte d'extase qui les fait rêver tout éveillées. C'est alors qu'apparaissent les lavandières nocturnes, les loups-garous, les lutins qui démontent les cavaliers et grimpent sur les chevaux en les fouettant de leur longue-queue. Ces visions d'hommes éveillés sont réelles et terribles, et il ne faut pas rire de nos vieux paysans bretons lorsqu'ils racontent ce qu'ils ont vu.

Ces ivresses passagères, lorsqu'elles se multiplient et se prolongent, communiquent à l'appareil nerveux une impressionnabilité et une sensibilité particulières, on devient somnambule éveillé ; les sens acquièrent une finesse de tact parfois merveilleuse et même incroyable ; on entend à de prodigieuses distances des bruits révélateurs, on voit la pensée des hommes sur leur visage, on est frappé soudainement du pressentiment des malheurs qui les menacent.

Les enfants nerveux, les idiots, les vieilles femmes, et généralement tous les célibataires instinctifs ou forcés, sont les sujets les plus propres à ce genre de magnétisme ; ainsi se produisent et se compliquent ces phénomènes maladifs qu'on regarde commue les mystères de la puissance des médiums. Autour de ces aimants déréglés, des tourbillons magnétiques se forment et souvent des prodiges s'opèrent, prodiges analogues à ceux de l'électricité, attraction et répulsion des objets inertes, courants atmosphériques, influences sympathiques très prononcées. L'aimant humain agit à de grandes distances et à travers tous les corps — à l'exception du charbon de bois, qui absorbe et neutralise la lumière astrale terrestre dans toutes ses transformations.

Si à ces accidents naturels se joint une volonté perverse, le malade peut devenir très dangereux pour ses voisins, surtout si son organisme a des propriétés exclusivement absorbantes. Ainsi s'expliquent les envoûtements et les sorts, ainsi devient admissible et soumise au diagnostic médical cette affection étrange que les Romains nommaient le mauvais œil, et qui est encore redoutée à Naples sous le nom de jettatura.

Dans notre Clé des Grands Mystères (1), nous avons dit

(1) 1 vol. in-8. Paris, s. d.

pourquoi les bergers sont sujets plus souvent que d'autres à des dérèglements magnétiques ; conducteurs de troupeaux qu'ils aimantent de leur volonté bonne ou mauvaise, ils subissent l'influence des âmes animales réunies sous leur direction et qui deviennent comme des appendices de la leur ; leurs infirmités morales produisent chez leurs moutons des maladies physiques, et ils subissent en retour la réaction des pétulances dé leurs boucs et des caprices de leurs chèvres ; si le berger est d'une nature absorbante, le troupeau devient absorbant et attire parfois fatalement à lui toute la vigueur et toute la santé d'un troupeau voisin. C'est ainsi que la mortalité se met dans les étables sans qu'on puisse savoir pourquoi, et que toutes les précautions et tous les remèdes n'y font rien.

Cette maladie contagieuse des troupeaux est quelquefois déterminée par l'inimitié d'un berger rival qui est venu furtivement, la nuit, enterrer un pacte sous le seuil de l'étable (1). Ceci va faire sourire les incrédules, mais il ne s'agit plus maintenant de crédulité. Ce que la superstition croyait aveuglément autrefois, la science maintenant le constate et l'explique.

Or, il est certain et démontré par de nombreuses expériences :

Que l'influence magnétique de l'homme, dirigée par sa volonté, s'attache à des objets quelconques choisis et influencés par cette volonté ;

2® Que le magnétisme humain agit à distance, et se centralise avec iorce sur les objets magnétisés ;

3° Que la volonté du magnétiseur acquiert d'autant plus de force qu'il a plus multiplié les actes expressifs de cette volonté ;

Que si les actes sont de nature à impressionner vivement l'imagination, si pour les accomplir il a fallu surmonter de grands obstacles extérieurs et vaincre de grandes résistances intérieures, la volonté devient fixe, acharnée et invincible, comme celle des fous ;

5® Que les hommes seuls, à cause de leur libre arbitre, peuvent résister à la volonté humaine, mais que les animaux n'y résistent pas longtemps.

(1) V. plus haut l’affaire du berger Hocque.

Telles sont en effet les bases du pouvoir que parvient à acquérir en certains cas — relativement rares, fort heureusement — le sorcier des campagnes.

En fait, dix-neuf fois sur vingt, le sorcier est tout simplement un (( malin », d’esprit plus délié que ses voisins, et qui se contente d’envelopper dans de terrifiantes formules ou sous des opérations hallucinantes, des conseils émanés prosaïquement de son bon sens ou de sa (( jugeotte ». Celui-là n’est pas à redouter.

Mais le vingtième peut être dangereux... Non pas que les Gastellan et les Thorel se rencontrent très fréquemment : au contraire ils ne constituent qu’une excessivement rare exception ; mais beaucoup de sorciers possèdent de réels secrets^ et, comme ils visent avant tout à se faire craindre, on peut affirmer que la grande majorité de ces secrets a le mal pour objet. C’est pourquoi le meilleur conseil qui puisse être donné en pareille occurrence au lecteur, s’il a la curiosité de frayer avec quelque sorcier de village dont l’existence lui aura été signalée, c’est d’apporter à ses relations avec l’individu en question la plus grande circonspection, pour ne pas dire la plus absolue prudence.

Je recommanderai tout particulièrement d’éviter la « prise du regard » qui peut conduire à l’hypnose (1) et l’attouchement, si léger qu’il soit, fût-ce un simple contact, qui peut amener l’emprise d’un corps astral sur un autre.

On peut avancer : « La sorcellerie, à notre époque ? une plaisanterie ! » J’ai prouvé, au cours de cette étude, que la sorcellerie de nos jours peut s’appuyer, inconsciem-

(1) On ne doit regarder en face une personne douteuse que si l’on est sûr de ne pas baisser les yeux devant les siens, et cela sans aucun clignement des paupières ; si l’on ne peut refuser son regard, il faut le fixer à la racine du nez de l’adversaire, sur 1’ « œil de Civa », comme disent les Orientaux, à l’endroit où se localise le plexus caverneux ; ce procédé évite le regard adverse et donne à celui qui l’emploie la supériorité sur l’homme qu’il a en face de lui — pourvu, je le répète, que le regard soit franc, net, et sans aucun clin d’œil.

ment certes, mais de façon réelle et indéniable, sur des principes avérés de l’antique magie qu’aujourd’hui l’on étudie sous le nom d’hyperphysique : nul, je crois, ne pourra contester les faits que j’ai présentés ; donc, en cas de rencontre avec un sorcier, si banal, si fruste qu’il vous paraisse, tenez-vous avant tout sur vos gardes, et ne donnez pas prise sur vous ; yous pourriez avoir lieu de vous en repentir.

Il m’a été raconté à ce propos un fait dont la réalité m’a été certifiée, et j’ai d’autant moins de raisons de mettre en doute la véracité du narrateur que je sais jusqu’où peut aller dans certains cas — j’en ai donné des preuves plus haut — la puissance effective du sorcier de campagne.

Quoi qu’il en soit, voici le fait : — Un cultivateur se prend un jour de querelle avec un individu louche à qui la voix publique attribuait un mauvais renom de sorcier : celui-ci, frappé par son adversaire, annonça publiquement qu’il s’en vengerait à sa manière, non seulement sur lui, mais sur tous les siens. Peu de temps après, en effet, le cultivateur mourait et était suivi dans la tombe, à intervalles rapprochés, par sa veuve et tous ses enfants successivement. La rumeur publique accusa le sorcier dont les menaces avaient été recueillies ; il y eut enquête judiciaire, mais aucun fait, aucune preuve, aucun indice même, ne put être relevé à la charge du sorcier, qui avait assuré sa vengeance par un de ces moyens occultes que connaissent tous ceux qui ont étudié la Goétie — moyens heureusement difficiles à mettre en œuvre, je le concède, mais que néanmoins je me ferais scrupule de mentionner ici, même de façon vague et superficielle.

Somme toute, autant vaut, comme je viens de le dire, ne pas frayer avec un sorcier. Si l’on est obligé d’avoir quelques rapports avec lui, il est de toute prudence d’éviter de lui donner prise, soit moralement (en suscitant chez lui la jalousie, l’envie ou n’importe quelle autre

passion), soit matériellement (en se laissant toucher, prendre le regard, etc.).

Il peut sembler étrange qu’en notre temps de scepticisme, où l’on ne croit plus guère à quoi que ce soit, je donne un pareil conseil : je pense avoir établi par preuves indéniables l’excellence de ce conseil et mes études, dès longtemps poursuivies sur ces troublantes questions, m’autorisent quelque peu à parler en connaissance de cause.

Mais, si dans quelques cas — heureusement très rares — la puissance des sorciers, ruraux et autres, n’est pas chose absolument vaine, quels sont la force, l’énergie ou le dynamisme auxquels ils peuvent avoir recours pour aboutir à leurs fins mauvaises ?

Certains, pour n’avoir pas à expliquer des faits gênants, se contentent de les nier à priori comme dépassant les bornes de toute possibilité. Ce parti est enfantin : c’est cependant celui auquel se sont arrêtés la plupart des savants diplômés, palmés et décorés qui occupent des chaires publiques. Il faudrait pourtant s’entendre : — Le possible n’est borné que par l’impossible, mais qui nous dira jamais où se trouve la limite certaine entre les deux termes ? Tout est affaire d’étude et d’expérimentation. L’écolier qui ne connaît que ses quatre règles déclarera impossible la solution d’une équation à plusieurs inconnues, et la greffe humaine a été longtemps regardée comme une impossibilité. Nous ne connaissons donc pas tout le domaine des contingences. D’ailleurs, les principaux faits que renferme la présente étude sont étayés sur des documents judiciaires, établis eux-mêmes après enquête rigoureuse, contradictoire et médicale pour la plupart d’entre eux. On peut arguer d’hallucinations multiples et collectives : il semble bien difficile d’admettre — par exemple pour l’affaire Thorel — que, durant des mois, la totalité des témoins appartenant à toutes

les classes de la société, présentant tous les degrés divers d’intelligence et d’instruction, amis, ennemis ou indifférents pour les personnages encause, aient été collectivement victimes d’une même série d’hallucinations. C’est, en un mot, donner à des faits que l’on ne comprend pas une explication non seulement incompréhensible ellemême, mais en tous cas inadmissible.

D’autres mettront en avant le démon .. A notre époque comme dans les siècles passés, le diable est un commode compère à l’aide duquel le premier venu se charge d’expliquer ce qu’il ne comprend pas — et cela d’autant plus facilement qu’une telle réponse ne nécessite aucune étude préalable. C’est ainsi que les Mongols et les Khirghis ne veulent pas laisser établir de chemins de fer dans leurs pays, la locomotive étant pour eux œuvre démoniaque ; c’est ainsi que, pour les Arabes, le télégraphe électrique est l’œuvre d’Eblis (1) ; c’est ainsi que pour beaucoup de personnes plus pieuses qu’éclairées, l’aéronautique est une science diabolique (2).

Or, le diable n’existe que comme symbole du mal (3), mais sans aucune individualité propre, sans aucune force personnelle. J’ai publié d’autre part, une série de volumes destinés à la démonstration scientifique de cette élémentaire vérité (4) et auxquels je préfère renvoyer le lecteur

(1) Le démon des Mahométans.

(2) J’ai entendu un jour, à propos de la catastrophe du Zénith, qui coûta la vie aux aéronautes Sivel et Grocé-Spinelli, une vieille dame, pourtant intelligente, émettre cette opinion stupéfiante ; « C’est une punition divine, car l’homme ne doit pas aller voir ce qui se passe là-haut... »

(3) Le catholicisme semble, à l’heure actuelle — et l’on ne peut que l’en féliciter — admettre ce point de vue et vouloir se dégager du diable, tel qu’il est compris par des intelligences rudimentaires, avec chaudron, fourches, flammes et autres inepties : je crois en trouver la preuve dans la mise à V Index du Miroir des âmes, œuvre d’un prêtre de campagne qui fait état de toutes ces sornettes. (V. Papus, Le Diable et VOccultisme, br. in-l2. Paris, 1896).

('•) L'Histoire mythique de Shatan (Paris, 1903, 1 vol. in-S») nie l’existence du diable au point de vue historique ; le Ternaire magique de Shatan {Envoûtement, Incubât, Vampirisme'\ (Paris, 1905, 1 vol. in-8) la nie au point de vue physiologique ; et enfin, la Faillite de Shatan {sous presse) la nie au point de vue philosophique.

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plutôt que d’établir ici une démonstration qui, outre qu’elle serait forcément incomplète, sortirait absolument du cadre de cette monographie. J’ai d’ailleurs fait, on peut le croire, en vue de me documenter pour écrire les ouvrages dont je viens de parler, des tentatives, pour me trouver en rapport avec le démon, auprès de gens qui prétendaient pouvoir me le montrer : j’ai à peine besoin de dire que toutes ces tentatives ont échoué — et quelques-unes très misérablement (1).

(1) Toutes ces expériences, destinées à élucider la question de savoir, par épreuve physique, à quoi s’en tenir sur l’existence du démon tel que le comprennent les religions occidentales, ont été conduites par des procédés différents, mais n’ont donné que des résultats nuis ou négatifs — au moins quant au but poursuivi.

La première, commencée jadis avec l’aide d’un sorcier suburbain, fut interrompue avant sa réalisation, le sorcier en question n’ayant vraisemblablement rien à montrer.

La deuxième, une évocation opérée isolément, n’a pas produit de résultats appréciables.

La troisième, poursuivie à l’aide d’un sujet hypnotique, adonné lieu au phénomène étudié et décrit par le D*" Azam sous le nom à'état second (production d’une personnalité différente de la personnalité normale du sujet), phénomène très ordinaire aujourd’hui dans les laboratoires d’hypnologie, et, par suite, de valeur nulle au point de vue du but poursuivi.

La quatrième, entreprise avec l’aide d’une personne qualifiée pour aboutir à un résultat certain, a amené un simple phénomène de psychisme (matérialisation partielle et assez fruste d’une entité qui pouvait être une larve, un élémentaire ou un être humain désincarné) et, par suite, nullement probant, si même l’auteur n’a pas été dans ce cas — ce que, cependant, il n’a pas lieu de penser — l’objet d’une hallucination personnelle.

La cinquième enfin (indication d’un rendez-vous par une entité de l’audelà qui prétend être le diable et pouvoir en donner des preuves convaincantes) se compose principalement, jusqu’à ce jour, de deux curieuses conversations, tenues chacune en mode psychique, devant plusieurs personnes accidentellement réunies ; ces deux entretiens, remarquables surtout en ce sens qu’ils comportent en eux la preuve qu’ils n’ont nulle ment été une manifestation phénoménique de subconscience, mais qu’ils avaient comme répondant un interlocuteur réel du Mystère, ont été notés en détail et seront, s’il y a lieu, publiés le jour où cette expérience aura donné un résultat définitif. Après avoir été interrompue pour cause de maladie, l’expérience en question a été reprise par l’Etre lui-même, et subordonnée par lui à l’énonciation d’une formule évocatoire qu’il a refusé de donner devant témoins. Cette expérience est donc actuellement en cours et l’auteur attend depuis lors la communication de la formule annoncée — patiemment.

En pareille matière, les délais sont parfois très longs ; En 1882, l’auteur fut l’objet d’un phénomène psychique dont la teneur lui sembla sur le moment en dehors de toute logique ; en 1888, six ans après seulement, ce phénomène eut^on explication et alors apparut l’évidence de son utilité. L’expérience en question peut donc demeurer longtemps en suspens — à moins que, restant indéfiniment en l’état, elle ne doive être regardée que comme une mystification de la part d’un être moqueur de

Or, encore une fois, quelle est la force qu’actionne, bien que sans connaître son essence, le sorcier ignare des compagnes ? C’est l’énergie dont naissent, vivent et meurent les mondes et les individus ; c’est le principe de toutes les forces cosmiques supérieures, dont la force vitale, l’hypnose, l’électricité, les magnétismes animal et minéral, la lumière, la chaleur, etc., ne sont que des modalités ou des dérivés. Cette énergie primordiale est mise en œuvre et dirigée vers le bien ou vers le mal — car en soi elle est neutre — par la volonté humaine, qui est elle-même la plus grande force que l’homme, sans s’en douter, ait à sa disposition. C’est ce dynamisme supérieur, cette énergie transcendantale qui anime le corps astral, lequel vit, normalement, sur le plan moyen qui leur est commun. Les Kabbalistes l’ont appelée Lumière astrale ; les Alchimistes, Azoth (1) ; les philosophies hindoues, AJiasa ; on l’étudie de nos jours sous les noms divers de force astrale. Ether, fluide universel (de Richnowski, de Lemberg), et sous d’autres appellations bien diverses s’appliquant également au corps astral avec lequel la

l’au-delà. Jusque-là, l’auteur cherche la formule dont il s’agit, laquelle lui arrivera peut-être par l’intermédiaire d’un de ses lecteurs.

Depuis qu’il poursuit ses recherches dans ce sens, deux formules lui sont parvenues, toutes deux permettant d’évoquer VEhlis (démon) des Arabes.

La première, en langue arabe, bien que ne visant qu’un résultat particulier et peu important, nécessite au minimum quinze heures successives de contention d’esprit. L’auteur avoue, sans fausse honte, que, bien qu’assuré que cette formule a donné des résultats positifs chez d’autres opérateurs plus orientaux que lui, il ne s’est pas senti le courage de demeurer quinze heures immobile, à répéter la même formule dans les conditions requises. La seconde est une formule hébraïque basée sur le Mandeb (miroir magique) des Arabes (V. dans V Au-delà et ses problèmes [1 vol. in-12. Paris, 1907] l’étude sur la vision hyperphysique). Elle est de pratique infiniment plus simple que la précédente, mais nécessite néanmoins quelques préparatifs indispensables, parmi lesquels le choix d’un sujet spécial, pas toujours facile à se procurer en Occident.

L’expérience, néanmoins, sera faite, ainsi que toutes celles qui concernent cette série d’expérimentation, et le résultat — s’il y a lieu et si résultat il y a — en sera donné dans un ouvrage ultérieur.

(1) C’est-à-dire le commencement et la fin de tout, ce mot bizarre étant composé de l’A qui commence les trois alphabets savants du moyen âge (latin, grec, hébreu), et de chacune de leurs lettres finales (Z, Oméga etThav). ^ a - , r ^ -

science contemporaine qui s’en occupe fait parfois une fâcheuse confusion, mais sans connaître de l’un plus que de l’autre toutes les modalités et toutes les potentialités (1).

Mais cette force était utilisée par la Science sacrée des vieux temples de l’Orient, et, alors que la Science courante de notre époque en a reconnu — péniblement et bien incomplètement — une des manifestations les plus rudimentaires sous le nom d’hypnose, alors que l’hyperphysique, héritière de l’ancienne Magie, en étudie et expérimente toutes les possibilités, des bribes du savoir antique, répandues par hasard dans le peuple et transmises comme un secret de génération en génération et de siècle en siècle, en ont apporté de vagues notions à quelquesuns de ceux que les campagnes appellent des sorciers.

Le sorcier, de son côté, ignore profondément la force à laquelle il fait appel, et il ne se doute pas de tous les dynamismes qu’elle renferme. Il sait seulement qu’en agissant de telle façon — qui lui paraît bizarre et incompréhensible à lui-même — en observant telles conditions, que lui indique un secret jalousement gardé dans sa famille, et dont la vieillesse ou la mort de son père l’a rendu détenteur, il obtiendra tel effet... Comment ?... Pourquoi ?... Il n’en a cure et opère en aveugle, ce qui le rend

(1) Il vient d’être traduit en français une œuvre émanée d’une des plus puissantes intelligences de l’Allemagne savante, parmi toutes celles qui se sont adonnées à l’étude de ces redoutables et troublants problèmes, et l’auteur est heureux de saluer ici la mémoire du baron Cari du Prel qui, dans son ouvrage La Magie science naturelle (2 vol. in-8, Paris et Liège, 1908) s’est montré un des plus savants défenseurs de cette idée que luimême a soutenue constamment dans tous ses écrits, à savoir que le Surnaturel n'existe pas et que tout ce que le public ignorant appelle de la sorte, et range dans la catégorie du merveilleux incroyable et par suite impossible — fantasmatophanies, psychométrie, télépathie, divination, voyance, etc. — ressortit à des causes purement physiques mais dont les lois nous sont encore peu connues et demandent à être étudiées sérieusement, alors que ceux qui croient savoir repoussent hautainement et dédaigneusement l’étude de telles matières. — Que nous importent de telles obstructions ? Les chemins de fer n’ont-ils pas été officiellement déclarés bons tout au plus à flatter la manie de villégiature des Parisiens ? Galvani qui venait de découvrir le principal dynamisme de l’électricité, n’a-t-il pas été traité de « maître à danser des grenouilles » ? L'Idée est en marche, et quand une idée chemine, la raillerie n’est qu’un fil léger tendu vainement au travers de la voie où va passer l’express...

parfois plus redoutable encore, car il ne soupçonne pas les dangers auxquels peut l’exposer lui-même un agissement maladroit.

C’est donc avec raison que je recommande la prudence à qui entre en relations avec les individus auxquels la voix publique des campagnes attribue un renom de sorcellerie : la puissance hyperphysiquement effective de ces gens est nulle la plupart du temps ; mais quand elle existe réellement, elle peut atteindre parfois un degré réellement formidable, comme on a pu le voir par deux des exemples cités plus haut (Affaires Castellan et Thorel).

Je ne saurais mieux remercier le lecteur qui a bien voulu me suivre jusqu’à la fin de cette monographie qu’en lui donnant une formule peu connue de sorcellerie rurale, en vertu de laquelle il peut assurer sa propre longévité. Cette formule est on ne peut plus bizarre ; mais, ce qui me surprend en elle, et ce qui surprendra quiconque réfléchit et compare, c’est qu’on la trouve préconisée dans les campagnes normandes, alors qu’à cent lieues de là, en plein Bourbonnais, elle est également recommandée par les sorciers locaux, car elle se rencontre dans le volume précité de E. Gilbert (Sorciers et Magiciens) qui étudie ces faits dans la région de Moulins. Est* ce à dire que, pour avoir pris telle extension, elle a fait ses preuves ? Je n’en sais rien ; j’avoue même ne rien voir en elle qui corresponde à quelque principe que ce soit d’occultisme ; je crois, tout bien examiné, que la base sur laquelle elle repose est la pure et simple autosuggestion, de façon à ne guérir que les malades ayant foi en son efficacité — ce qui, à tout prendre, ne la différencie pas de quantité de remèdes usuellement ordonnés parla médecine régulière et sérieuse; mais, ne renfermât elle que ce principe d’action, elle a pu, et peut encore, à l’occasion rendre des services et affirmer sa valeur, ce

qui explique sa diffusion dans deux contrées aussi éloignées l’une de l’autre.

Quoi qü’il en soit, voici cette formule :

Prendre tous les jours, à jeun, une décoction de feuilles de frêne (Fraxinus excelsior).

2^ Se brosser, matin et soir, l’estomac puis les pieds avec une brosse dure.

3® Varier de temps en temps avec une décoction d’angélique. (Archangelica officinalis).

4® A quatre-vingts ans, prendre une décoction de trèfle d’eau. (Menyanthus trifoliata).

5^ A quatre-vingt-dix ans, se placer sur l’estomac un petit sachet de sel, et l’y laisser jusqu’à cent ans.

6^ A cent ans révolus, mettre infuser une pincée de feuilles de frêne, d’angélique et de trèfle d’eau, et boire tous les matins un peu de cette infusion.

Comme on voit, la pratique du procédé est on ne peut plus simple ; je désire que tous ceux de mes lecteurs qui voudront bien s’astreindre à l’usage de cette formule — aussi simple qu’économique — en éprouvent heureusement l’efficacité.

Menez-Ellen^ septembre 1907. — Paris ^ décembre 1909.

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