‹ La sorcellerie des campagnesChapitre 123 sur 132 · VJ · texte numérisé non relu

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Enfin, avant d'entrer en matière, une essentâdle précaution est à prendre. Voici :

Pour les lecteurs initiés à la phénoménalité métapsychique et hyperphysique, les pages qui vont suivre ne présenteront qu'une observation détaillée mais normale de faits qu'est à même d'étudier presque couramment quiconque, muni d'un certain acquis de théorie, a abordé l'étude pratique d'une des branches de l'occultisme expérimental. Pour les autres, pour ceux qui n'ont rien étudié, ce qui les autorise à tout nier; pour ceux qui ne croient qu'à l'existence de la matière, sans se douter que la matière en soi n'est qu'une expression de langage sans aucune réalité effective ; pour ceux enfin qui colligent avec soin toute superstition, toute crédulité, qui n'entreprendraient rien un vendredi, qui pâlissent devant une salière renversée ou des couteaux mis en croix, qui croient fermement que le persil fait casser les verres et que le 13 est un nombre mortel, mais qui, par contre, se refusent à admettre des faits — surnaturels ? loin de là : le surnaturel n'existe pas — mais supra-normaux que leur certifient en vain des hommes d'une science éprouvée, universellement reconnue, les Crookes, les Russell Wallace, les Lombroso, les Aksakoff, les de Rochas, Cb. Richet, Dariex et bien d'autres, ils ne verront dans ces dernières pages que l'élucubration d'un cerveau en mal d'équilibre, le produit d'hallucinations personnelles ; or, contre ces gens qui croient tout savoir parce qu'ils ne savent rien, et qui, malheureusement, sont légion, il est nécessaire, indispensable, que je me retranche derrière des témoignages certains . Je citerai donc :

Ont assisté aux expériences : H. Durville, M. Lefranc, magnétiseur ; Mme Lefranc, sujet réceptif ; M. Cornille, magnétiseur ; Mme Cornille, sujet réceptif ; Mlle H. Richard, sujet réceptif, et le jeune André Durville, aide ; le tout, avec, comme sujet principal, Mme Lambert, qui extériorise son fantôme, en sommeil magnétique, avec une facilité remarquable.

Voilà pour les faits.

Quant aux entretiens et conversations qui les éclairent et que j'ai eus ici ou là avec certaines Entités du Mystère, les témoins ont naturellement varié avec le milieu ; d'autre

regard de l’opérateur, fausser les résultats de cette expérience. — Au surplus, j’ai signé, de ces expériences, des procès-verbaux qui sont restés entre les mains de H. Durville et qui paraîtront à son heure.

part, il est des noms que je ne puis imprimer. Mais tous ces noms seront tenus, verbalement, à la disposition de quiconque désirera les connaître, ainsi que les preuves à Tappui, parmi lesquelles la principale, la photographie d’une blessure hyperpliysique, va être mise sous les yeux du lecteur.

Ceci dit, j’aborde le détail des observations.

Dans l’ouvrage précité de H. Durville, un passage m’avait particulièrement frappé : celui où il est question d’un « souffle froid y qui accompagne toujours le dégagement d’un fantôme vivant. Je lui en avais parlé à plusieurs reprises, mais il n’avait pu me donner à cet égard aucune explication. Or, selon moi, ce «souffle froid » devait être de même nature que celui que je ressens toutes les fois qu’en ma présence s’accomplit une opération hyperpbysique (apport, matérialisation, etc,), et qui est causé, nous disent les Entités de l’Au-delà, que nous interrogeons à ce propos, par le mélange des fluides des assistants, opéré par elles en vue de l’opération projetée ; parfois ce souffle est très faible, mais parfois aussi, quoique rarement, il présente assez de force pour que je sente ma chevelure entraînée dans son remous. J’y suis d’ailleurs très sensible, et il m’est arrivé mainte? fois, par suite de cette sensation particulière, de préciser le début d’un phénomène et de l’annoncer d’avance aux autres assistants.

D’autre part, ce qui me portait à douter de sa nature, c’est que, s’il était bien tel que je le supposais, il dénotait la participation d’Entités du Mystère à des expériences de magnétisme où j’avais peine à concevoir leur intrusion.

Pour arriver à une certitude à cet égard, il fut convenu avec H. Durville que j’assisterais à une séance d’expérimentation chez lui, à titre de simple témoin (car il a une répulsion que je comprends, la partageant moi-mêmp, pour les curiosités gênantes) ; je devais donc y demeurer muet, immobile et passif, ne m’occupant que de mes sensations personnelles, et sans me mêler en quoi que ce soit de la marche de ses expériences. Cela devait se passer le 8 mars 1910.

Gomme, dans l’espèce, si ce «souffle froid » était réellement ce que je supposais, il allait s’agir en somme d’une enquête sur un coin du Mystère, et qu’en pareil cas les causes d’erreur sont à la fois nombreuses et inconnues de l’expérimentateur, je résolus de m’adjoindre un contrôle dans l’Au-

delà, sur le plan astral, pour im» dire ensuite si mes déductions étaient justes. Dans ce but, trois jours avant la séance, j'écrivis à un sujet médiumnique, Mme Arnoult, avec qui j'ai travaillé beaucoup depuis deux ans, de vouloir bien demander à son principal guide (que je connais sous le nom de « Sage », en qui j'ai toujours trouvé une Entité puissante, loyale et bonne, et qui m'a bien souvent aidé dans mes délicates recherches) de vouloir bien m'accompagner ce soir-là chez H. Durville pour contrôler hyperphysiquement mes sensations pendant que je les analyserais moi-même en mode physique.

La veille du soir fixé pour l'expérience, comme j'y songeais, il me vint à la pensée que, pour la première fois peutêtre, depuis que la Haute Science antique s'est occultée, deux Entités fantômales, l'une douée de vie astrale et l'autre vivant physiquement, allaient être mises expérimentalement en présence l'une de l'autre ; que le fait était au moins étrange et pouvait dans l'avenir donner lieu à une expérience transcendantale trop dangereuse pour être énoncée ici publiquement, mais qui doit mettre ipso facto l'investigateur qui la réussira en possession de la clef expérimentale de tous les phénomènes dits spirites (1). Je me promis d'en parler ultérieurement à H. Durville ; mais il s'agissait uni-

(1) « Cette expérience, m’a dit une Entité du Mystère interrogée à ce propos, est capitale. L’homme qui la réussira pourra ensuite reproduire expérimentalement tous les phénomènes du spiritisme que vous ne pouvez, en ce moment, connaître que par l’observation ». — Mais cette expérience étant souverainement dangereuse, puisque son objet principal est de dénaturer la vie physique et d’en modifier l’essence (sans employer, au moins personnellement, — que les lecteurs occultistes et les alchimistes se rassurent — les périlleux procédés basés sur l’utilisation de la lumière cristallisée), on comprendra que je ne puis être plus explicite dans un ouvrage destiné à être feuilleté par toutes les mains.

En ce moment, le problème de la Vie, creusé de toutes parts, commence à livrer quelques-uns de ses secrets. Parmi tous les chercheurs qui ont le plus fait progresser pratiquement la question, je citerai le Prof. Stéphane Leduc, de Nantes, qui est arrivé à créer la cellule végétale. Mais il pense avoir créé la vie elle-même : là est son erreur qui provient de ceci que, comme tout partisan de la science officielle, il refuse la vie au minéral — or, le minéral vit d’une vie propre. Le Prof. Leduc transforme donc la vie moléculaire en vie cellulaire, le minéral en végétal, ce qui est déjà admirable.

Ses expériences sont d’ailleurs très simples à reproduire. En voici une ;

Dans un liquide composé de :

Eau . Un litre.

Silicate de potassium à 33°. . . . 60 gr.

Solution saturée de carbonate alcalin . . 60 gr.

Solution saturée de phosphate alcalin. 30 gr.

placer un sel soluble, par exemple des fragments de chlorure de calcium

quemuiit, pour Tinstaiit, de préciser la nature du « souffb* froid » que je voulais étudier.

Comme, d’autre part, je n’avais aucune certitude que j(» serais accompagné par « Sage », et qu’en tout état de cause sa présence ne devait, dans ma pensée, servir qu’à contrôler mes proj)res sensations dans une expérience qui, au fond, bien que nous y fussions tous deux intéressés, ne regardait que moi, je ne crus pas devoir avertir 11. Durville do l’aide que je pensais amener, et de qui la présence, pensais-je, devait passer inaperçue de tout autre que de moi.

8 mars. — Le soir fixé, au moment de sortir de chez moi, je jetai un énergique appel vers l’Au-delà, pour (|ue « Sage » voulût bien m’accompagner à cette séance, qui commença à 9 heures.

Au moment où, l’obscurité faite, se produisit le dégagement magnétique du fantôme de Mme Lambert, je ressfuitis, sur les mains seulement, un très léger courant d’air, alors que, dans les expériences ordinaires de métapsychism.e, ce courant d’air froid affecte non seulement les mains, mais encore les bras, souvent la figure et parfois le thorax. D’autre part, ce courant d’air se produisait dans le même sens, do gauche à droite, et paraissait de même nature que le « souffle froid » des séances avec sujets médiumniques. Chaque fois que, pour les besoins de l’expérience, on faisait de la

desséché, d’environ un demi-centimètre de côté, et l’on obtiendra des croissances ramifiées qui sont de véritables végétaux, comportant tous les organes d’un végétal (rhizomes, racines, tiges ramifiées, feuilles et organes terminaux), naissant, croissant (environ 40 centimètres) s’alimentant et vivant comme un végétal normal ; leur seule différence est que, comme tous les êtres hybrides, comme le mulet, ils ne se reproduisent pas.

Une autre formule du Leduc donne également de bons résultats, mais moins probants, par suite de l’usage de la gélatine. Quoi qu’il en soit, je donne également cette seconde formule où la graine qui réussit le mieux est celle que l’on forme avec deux parties de sucre pulvérisé mélangées avec trois parties de sulfate de cuivre également pulvérisé.

Eau à 40° . 100 parties.

Solution de gélatine à 10 p. 100. ... 10 à 20 parties.

Solution saturée de ferrocyanure de

potassium . 5àl0 —

Solution saturée de chlorure de sodium. 5 à 10 —

On trouvera à cet égard de très curieux renseignements dans la revue internationale Les Documents du Progrès, n® de Septembre 1909, où un article du Prof. St. Leduc, Les croissances osmotiques et l'origine des Etres vivants, donne toutes les indications nécessaires.

Comme il est dit plus haut, le Prof. St. Leduc transforme la vie minérale en vie végétale. Il arrivera une heure où l’on tentera de transformer la vie végétale en vie animale, etc.

Or, il m’a semblé que le problème de la transsubstantiation de la vie pouvait être abordé par une autre face : — de là la tentative dont je parle.

lumière, une sorte de déclanchement nerveux se produisait en moi, m’indiquant que le fantôme se dissolvait dans la lumière blanche. Chaque fois, au contraire, que Ton reformait l’obscurité, je sentais de nouveau passer un souffle léger, et j’en augurais que le fantôme recommençait à se condenser (1). Pendant cette première période de la séance, je fais un nouvel et énergique appel à « Sage », pour que, s’il est présent, il surveille bien, hyperphysiquement, ce quise passe physiquement dans mon organisme, afin de discuter ultérieurement avec moi les conclusions à déduire du phénomène.

Puis, H. Durville procède à ses expériences personnelles, Que je suis avec la plus vive attention et sans plus m’occuper de « Sage » que je croyais parti — si toutefois il m’avait accompagné. Le fantôme extériorisé de Mme Lambert s’asseoit dans un fauteuil préparé pour lui à la gauche du sujet, et qui, dans ce mouvement, est repoussé de quelques centimètres ; une table que l’on place devant lui est également repoussée, ce qui me donne lieu de penser que sa matérialisation doit être, localement, assez avancée ; d’autres essais enfin sont faits avec lui, que je n’ai pas le droit de décrire ici, mais que je suivais çivec un intérêt d’autant plus grand que le motif qui m’avait amené n’existait plus.

Vers la fin de la séance, H. Durville m’offrit de toucher le fantôme.

II m’est arrivé très souvent, depuis plus de vingt-cinq ans que je poursuis expérimentalement mes recherches sur le Mystère, de palper et saisir des Entités astrales arrivées à un plus ou moins grand degré de matérialisation, ce que je dois à l’absolue loyauté avec laquelle j’agis à leur égard et à la souveraine prudence que j’apporte à ne pas les blesser quand leur matérialisation est incomplète. Je ne suis donc pas un novice en pareille matière, j’ai tout mon sang-froid et je sais comment il convient d’agir envers une Entité mystérieuse pour ne pas trahir la confiance qu’elle vous témoigne (2).

(1) Ce fantôme vivant est invisible pour les individus normaux ; seule, la plaque photographique l’enregistre, et seuls l’aperçoivent les assistants développés au point de vue de la voyance ; quant à sa tangibilité, elle est, comme on le verra plus loin, des plus délicates à définir.

(2) Dans une récente séance, une fillette se matérialise et vient m’embrasser. Je lui demande de l’embrasser à mon tour.

— Au moins, tu ne vas pas me mordre ? me demanda-t-elle craintivement.

J’affirme que je n’ai pas cette intention. Elle me tend sa joue ; je l’em-

Je m'approchai donc. J'avançai la main avec précaution vers l'endroit où se trouvait le fantôme extériorisé, et je sentis à l'extrémité de mes doigts comme un froid assez intense, quelque chose d'indéfinissable, donnant la sensation d'un très léger duvet ou d'une toile d'araignée à peine tangible, mais glacée.

Avec les matérialisations du Mystère, jamais je n'avais ressenti une impression de telle nature.

Je demandai à pénétrer dans le fantôme jusqu'à la limite de la douleur pour le sujet. Celui-ci, légèrement ramené vers l'éveil, me prit la main et me l'enfonça dans son fantôme, en tremblant et avec une lente précaution : j'eus la sensation de pénétrer jusqu'à la base des doigts dans une glacière. Le sujet me retira brusquement la main.

Je regagnais ma place lorsque se produisit un fait inattendu et véritablement étrange.

Le sujet eut une exclamation :

— M. Lancelin a amené quelqu'un !

— Vous avez quelqu'un avec vous ? me demanda H. Durville, intrigué.

Sur le moment, je l'avoue, j'étais aussi intrigué que lui, ne comprenant pas ce que voulait dire le sujet. Soudain, un éclair se fit dans mon cerveau : je pensai à « Sage », (jue j'avais oublié, et, saisissant la main du sujet, j'interrogeai :

— Comment est ce quelqu\in que vous voyez ?

— Il est brillant. Il vous entoure. Il vous enveloppe.

Puis, avec un cri :

— Ah ! mon fantôme vient d'être frappé à l'épanle.

— Ne pouvez-vous décrire plus amplement ce que vous voyez ? insistai-je.

Mais le sujet est en proie à une exaltation fébrile :

— Non, laissez-moi !... je ne le vois plus... je ne vois plus rien..’. Ne m'interrogez plus, je ne répondrai pas.

Devant son état d'énervement, H. Durville le réveille, pendant que j'explique ce qui a pu se passer : ce doit être « Sage » qui, amené par moi pour contrôler mes sensations, s'est révélé — mais je ne sais encore qu'en penser : je ne puis rien affirmer.

brasse, et, mise en confiance, elle m’autorise à la palper — ce que je fais, et ce qui me permet de constater ; la tête seule de cette enfant était matérialisée, tout le reste du corps demeurant à l’état fluidique — et la tête était si bien matérialisée que, avec l’autorisation de l’Entité, j’en ai arraché une forte mèche de cheveux.

Revenu à soi, le sujet accuse une certaine douleur dans Tépaule gauche, sans qu'on y attache grande importance.

Je rends compte de mon opinion quant au « souffle froid », et rendez-vous est pris à huitaine pour renouveler l'expérience et voir si ce souffle ne sera pas plus appréciable. H. Dur vil le me demande de n'amener personne avec moi, pour ne pas fausser les expériences personnelles qu'il prépare, ce que je promets d'autant plus facilement que ce qui vient de se passer, en dehors de mes prévisions, m'a quelque peu gêné.

Est-ce donc « Sage » qui est venu avec moi ce soir?

9 mars. — Mme Arnoult vient chez moi. Je la remercie d'avoir envoyé « Sage » la veille, avec moi. Mais elle est quelque peu surprise: elle n'a rien demandé à « Sage », ma lettre ne lui étant pas parvenue.

Alors quoi ?... A quelle Entité de ce monde ou d'un autre avais-je eu affaire, que, dans son sommeil magnétique, avait vue Mme Lambert ?

Il me tardait de mettre Mme Arnoult en transe pour être fixé, et, dès qu'elle y fut tombée, j'interrogeai l'Etre qui la possède habituellement en pareil cas et qui parle par sa bouche. Et la curieuse conversation qui suit s'engagea entre nous. — J'en transcris les passages essentiels :

— Ami « Sage », est-ce à vous que j'ai eu affaire hier soir ?

— C'est à moi.

— J'aime mieux cela. Mais comment cela s'e§t-il fait, puisque votre sujet, n'ayant pas reçu ma lettre, n'a pu vous prévenir ?

— Est-ce donc la première fois que tu entres directement en relation avec moi ?

— Evidemment non. Mais jusqu'alors, cela n'avait en lieu qu'à la suite d'une intense contention d'esprit de ma part.

— Eh bien ! cette contention d'esprit, tu l'as eue hier soir au moment de ton départ, et tu l'as eue en commençant ton expérience ; j'ai perçu ton appel, j'ai vu ce que tu attendais de moi, et, comme cela m'intéressait, je t'ai accompagné.

... — Le «souffle froid» m'a paru être de même nature que celui qui accompagne toute expérience hyperphysique.

— Oui, mais beaucoup plus faible.

— Pourquoi ?

— Parc(3 que Durville agissait sur do la matière physique et que le fantôme était peu condensé.

— Alors, je ne comprends plus. Vous et d'autres, m'avez dit antérieurement que ce qui produit ce «souffle froid», c'est le mélange des fluides des assistants quand vous préparez une opération hyperphysique. Or, dans l'espèce, vous venez de le dire, on n'agissait que sur de la matière physique.

— Oui, mais pour en dégager le corps astral. Le corps astral vit sur le plan astral, et quiconque prépare une opération sur ce plan doit subir les préliminaires qu'elle comporte. Dans l'espèce, le souffle était faible parce que, l'opération étant peu importante, vous n'aviez affaire qu'à des entités inférieures de l'astral, lesquelles n'agissent qu'avec notre consentement et sous notre direction. Mais sois assuré que ce souffle est bien le même que tu éprouves quand, par exemple, je me matérialise devant toi.

— Pourquoi vous êtes-vous révélé ?

— L'expérience personnelle pour laquelle tu avais demandé mon contrôle était finie ; tu n'avais plus besoin de moi ; tu t'es intéressé aux expériences de Durville : j'ai fait comme toi.

— H. Durville m'a dit qu'il pensait arriver à matérialiser complètement les fantômes des vivants. Est-ce possible ?

— Non, parce que, si anéanti que paraisse le corps du sujet au cours de ces expériences, il y reste encore trop de vie pour que l'on puisse matérialiser complètement son fantôme. Mais j'aurais voulu montrer à Durville à quel point de matérialisation il peut arriver par ses propres forces.

— Que pensiez-vous faire ?

— Rendre le fantôme vivant tangible, moins que moi certainement quand je me matérialise devant toi et que tu me palpes, mais plus qu'il ne l'était quand tu l'as touché ; et le rendre visible comme une buée lumineuse.

— C'eut été une expérience d'un intérêt capital. Pourquoi n'avez-vous pas poursuivi ?

— Quand je me suis montré, le fantôme vivant a été terrifié de me voir ; d'autre part, j'ai lu dans, le cerveau de Durville la crainte que ma présence n'ait faussé les expériences qu'il venait de faire. Dans ces conditions, j'ai renoncé è mon projet. .J'ar brouillé la vue du sujet et je suis parti.

— Avez-vous eu quelque influence sur les expériences antérieures ?

— Aucune. Je suis resté neutre, à regarder, comme toi. Mais la prochaine fois, nous pourrons reprendre Tessai d'hier...

... Le soir même, je transmettais à H. Durville cettCr curieuse conversation, la proposition faite, et certaines indications qui, relatives aux expériences personnelles de H. Durville, ne doivent pas être détaillées ici.

12 mars. — Je reçois la réponse de H. Durville à la proposition de « Sage » :

« Mon cher collègue,

« La proposition de votre guide (1) m'intéresse beau-

« (‘.OUp.

« Qu'il vienne et qu'il ne se montre pas pendant que je « ferai mes expériences..., et que, ces expériences terminées, « il fasse son possible pour matérialiser le fantôme.

« Venez aussi, et que votre volonté soit conforme à ce « qui précède...

« Tout à vous, et à mardi. « durville.

A cette lettre avait été ajoutée, au dernier moment. Tassez grave communication qui suit :

« Je viens de recevoir le sujet de mardi [Mme Lambert] « dans le plus lamentable des états. Vous vous rappelez « qu'il s'est plaint, à un moment donné, de recevoir un choc « sur l'épaule gauche, choc, a-t-il dit, qui lui venait du fan- « tôme qui vous accompagnait.

« Il n'a pas dormi depuis ; il a la fièvre et porte sur Té- « paule, excessivement douloureuse, une vaste ecchymose « qui ressemble à une plaie formée par l'application d'un « caustique. La plaie est sèche, mais, dit ce sujet, elle a « rendu une quantité (2) de liquide roussâtre, comme la « plaie d'un vésicatoire.

« Tâchez donc d'avoir une explication de votre guide ».

(1) H. Durville commet ici une légère erreur : — «Sage» m’a aidé à la réussite d’un certain nombre d’expériences de grande portée que j’ai essayées et menées à bien avec son concours, et dont le récit sera publié à son heure; — il n’a jamais été mon dans l’acception que les spirites donnent à ce terme.

(2) Plus d’un litre, m’a-t-on dit par la suite.

J'écrivis à Mme Arnoult pour la prier de demander à « Sage » : .

1®, Dans quelles conditions il avait lésé le corps du sujet.

2*^ Ce qu'il convenait de faire pour amener une guérison rapide.

3^ Pourquoi enfin, au cours de l'entretien qu'il avait eu avec moi le 9 mars [relaté ci-dessus], il ne m'avait rien dit de cet accident.

Le lendemain, Mme Arnoult me remettait deux feuillets contenant la réponse de « Sage » qu'elle avait obtenue par écriture directe et à laquelle elle n'avait rien compris, car je ne l’avais pas mise au courant de l’expérience chez H. Dur vaille. Je transcris ces feuillets :

« Amie, voici ma réponse que tu liras à Lancelin :

« En passant hier chez Lancelin, j’ai vu son inquiétude, « et j'ai été tout étonné. Aussitôt, je suis allé chez le sujet (( [Mme Lambert], mais impossible de rien voir. J'ai fait la « remarque, l’autre mardi, que si Lancelin ne m'avait pas (( aussi fortement désiré, je n'aurais pas pu approcher des (( expériences. Eh bien ! j'ai voulu voir seul : il m'a été im- (( possible de rien voir ; c'était comme si on m’avait empê- (( ché d'entrer. Comme je voudrais savoir de quoi il retourne « (sic)^ je prie Lancelin de vouloir bien m'appeler fortement (( quand il verra ce sujet ; je lui promets de ne pas me mon- « trer et de rester neutre (ce que fai fait Vautre mardi) (1), « mais, quoique m'étant montré, je ne crois pas que ce soit « moi qui aie motivé l’accident ; cependant, je voudrais voir. « Ce qui m'étonne le plus, c'est que je ne puis pénétrer chez « ce sujet : il me repousse, et, je le répète, c'est Lancelin (( qui m'en a facilité l’accès l’autre mardi.

« Au revoir, donc. « sage. »

Le jour même, j’allai trouver H. Durville, pour lui communiquer cette réponse, et lui demander des détails.

En me confirmant les termes de sa lettre du 11 courant, il m'en communiqua une de M. Lefranc, le magnétiseur qui avait soigné la plaie en question. Je la transcris ci-dessous, à titre de pièce justificative, en faisant remarquer qu'elle est datée du 14 mars, c'est-à-dire six jours après l'accident :

(1) Souligné dans le texte.

« Paris, 14-3-1910.

« Cher maître,

(( Nous avons reçu la visite de Lambert, le lende¬

main de vos expériences, c’est-à-dire le 9. Fdle s’est plainte à nous du coup qu’elle avait reçu la veille, dans la séance, par le guide de M. Lancelin ; nous a\ons calmé sa douleur ; le mieux s’est affirmé jusqu’au lendemain. Nous n’avons pas alors examiné Mme Lambert, néanmoins nous avons observé une tache de sérosité sur l’épaule gauche de son corsage.

« Mme Lambert nous ayant fait part de votre désir de photographier la plaie dont elle était porteur, puisque plaie il y avait, nous vous faisons parvenir une épreuve (1).

« A ce jour, nous avons constaté une plaie superficielle au niveau du faisceau moyen du deltoïde du bras gauche, plaie circulaire mesurant cinq centimètres de diamètre, accompagnée d’une croûtelle, présentant un aspect boursouflé, crevassé, et paraissant avoir laissé sourdre une sérosité.

« Circonscrivant cette plaie sur un diamètre de huit centimètres, la peau est le siège d’une desquamation, ainsi que d’une rougeur diffuse analogue à une brulure du premier degré, sans phlyctênes, s’étendant sur un diamètre moyen de onze centimètres.

« Une portion du faisceau postérieur du deltoïde présente un hérissement de la peau, hérissement analogue à la chair de poule, provoqué à notre avis par la contraction du muscle peaucier.

« D’autre part, Mme Lambert se plaint d’éprouver une gêne considérable pour élever le bras gauche jusqu’à l’horizontale, ainsi qu’une douleur très vive au niveau de la plaie.

« Telles sont nos constatations.

« Recevez, cher Maître, etc. »

En résumé, à l’heure présente, la plaie était en bonne voie de guérison. L’eschare s’était formée normalement, et la blessure se cicatrisait.

Je demandai de préciser ce que le sujet appelait un choc et de me dire à qui il en faisait remonter la responsabilité.

Dans le premier moment, très ému, il avait parD de choc et de coup ; mais en réalité, il s’agissait d’autre chose. Il ne m’en voulait pas, il n’en voulait pas davantage à l’Entité

qui* m'avait accompagné et qui n'était pas celle qui l'avais blessé; mais — toujours d'après lui (1) — cette Entité était accompagnée d'autrc-s Etres fantomatiques, et c'est l'un de ceux-ci qui avait placé rudement sa main sur l'épaule de son propre fantôme et y avait causé un traumatisme assez violent qui s’était, à la rentrée du fantôme dans son organisme matériel, répercuté sur celui-ci.

Je m'étais demandé si ce n'était pas moi qui, en touchant le fantôme, avais occasionné cette plaie au sujet ; mais vérification faite, c'est à l'épaule droite que j'avais touché le fantôme* (il m’était facile, celui-ci étant alors assis dans un fauteuil, de repérer l'endroit de l'attouchement), et c'est à l'épaule gauche que le fantôme — et, par répercussion, le sujet — avait été blessé.

On pourra peut-être encore objecter que cette blessure avait pu être faite directement au sujet par un des assistants — c'est impossible. Nous étions tous assis en demi-cercle à environ 1 mètre 50 de Mme Lambert près de qui se tenait Seul H. Durville, debout et occupé à la magnétiser. Un geste brusque de celui-ci ? Je suis fort pauvre clerc en fait de magnétisme, mais je suis assuré qu'aucun genre de passe ne comporte de geste susceptible d’occasionner une plaie suppurante qui, comme on le verra plus loin, a mis près d'un mois à se guérir.

Donc, jusqu'à nouvel ordre, il fallait m'en tenir à l'explication, quelque étrange qu'elle pût paraître, donnée par le sujet lui-même.

En tous cas, cette blessure hyperphysique avait paru assez remarquable pour que M. Lefranc en fît une reproduction pliotograplxique, et le cliché ainsi obtenu — au moment où, la suppuration venant de prendre fin, l'eschare commençait à se former, c'est-à-dire au sixième jour — montre la lésion qui occupe toute la partie supérieure de l'épaule, au-dessus du bras ; au centre, est une croût(‘ en formation, d'aspect sombre, d'environ cin([ centimètres de diamètre, entourée d'une aréole de s('pt ou huit centimètres, de couleur plus claire, mais encore foncée. (Voir la fig. 7).

17 mars. — Le jeudi suivant, je revoyais Mme Arnoult, et, au cours d’une trancf', j’interrogeais « Sage » qui ne put que

(1) A l’élal de veille, le sujet ne se rappelle rien ; il ne donne ces explications que replacé dans le sommeil magnétique.

- vol —

iri‘^ confirmer les t(‘rmes de sa précédente communication. 11 se montra curieux de voir le sujet, pour me donner les explications dont j’avais besoin ; mais il ne pouvait le voir qu’avec mon aide.

Fig. 7. — Plaie de Madame LAMBERT.

Blessure hyper physique reçue par lefautôme de Mme Lambert au cours de l'expérience du 8 mars i9iO et repercutce sur son corps physique.

— : La première fois que tu te trouveras en présence de ce sujet, me dit-il, appelle-moi énergiquement. Alors, je pourrai l’approclier, je verrai la blessure, je saurai ce qui m’é-

carte (le lui, et je te (loiin(‘rai tous les riuiseignements voulus.

19 mars. — Précisément, le surlendemain, j'allai par hasard au Cercle d'expérimentation psychiciue^ et, lorsque' j'entrai, je vis Mme Lambert en cours d'expérience. J'attendis la fin de cette expérience pour ne pas la troubler, et, comme on réveillait le sujet, je fis mentalement un énergique appel à « Sage », lui demandant de venir examiner la plaie.

Puis Mme Lambert me fit palper son épaule, où je sentis la protubérance que formait l'esebare, très appréciable à travers les vêtements.

23 mars. — Mme Arnonlt vient chez moi, et, an cours de sa trance, j'ai, par son intermédiaire, une conversation avec « Sage », que je transcris :

— Ami (( Sage », avez-vous perçu mon appel, samedi, au Cercle d,' expérimentation ?

— Oui, je suis venu aussitôt, et je sais maintenant ce que je voulais savoir.

— Quel est l'Etre qui a causé la plaie, puisque ce n'était pas vous ?

— Ils étaient plusieurs qui voulaient se venger du sujet.

— Pourquoi ?

— Affaire personnelle. Autrefois, ils le dominaient. Ils avaient été éliminés, et ont voulu profiter de l'occasion pour lui faire sentir leur pouvoir en l'effrayant.

— Ils sont donc puissants ?

— - Isolément, non. Réunis, oui.

— Que s'est-il passé ?

— Tout le monde a manqué de sang-froid. Je m'étais servi de tes fluides pour m,e matérialiser partiellement et montrer à Durville, de qui les expériences m'int('ressent, jusqu'à quel point il doit arriver à matérialiser le fantôme vivant. Quand ce fantôme a eu peur de moi, quand, d'autre part, j'ai lu dans le cerveau de Durville la crainte que ma présence ait faussé ses expériences, je n'ai eu qu'une pensée : disparaître au plus vite en brouillant la vue du sujet. Ce que j'ai fait. Mais une partie de tes fluides que j'avais maniés et préparés en vue de la matérialisation projetée est restée flottante dans l'ambiance avant que tu puisses les récupérer. Après mon départ, les Entités en question...

— Mauvaises ?

— Assi‘Z. Surtout jalouses. Elles suivent le sujet depuis leur élimination (1) pour se venger de lui. Ce sont elles cpii m'empêchent de l'approcher quand je n'ai pas l'aide de ta volonté et de ta présence. Elles ont donc accaparé ces fluides tout préparés — car elles ne sont pas assez puissantes pour les prépanu* elles-mêmes au point où je les avais amenées — et en ont usé pour faire du mal au fantôme vivant, de façon à terrifier le sujet par répercussion de la blessure.

— Permettez 1 Dans ce cas, j'aurais compris une plaie vive ou un traumatisme violent. Je comprends mal une sorte de maladie locale présentant toute une évolution par phases successives : incubation, suppuration, etc.

— Parce que vous ignorez encore l'usage qui peut être fait des fluides dans un but mauvais. Sache bien qu'avec un fluide préparé exprès, on peut te donner la plus sale maladie (sic) sans que tu saches d'où elle te vient, quand même tu aurais été soustrait à l'influence de toutes les causes qui, suivant votre science, peuvent la déterminer...

— Samedi, au Cercle (U Expérimentation, j'ai causé, après la séance, avec Mme Lambert; il ne m'a pas paru, d'après sa conversation très amicale, qu'elle me rende responsable de cet accident. Mais, en réalité, que pense-t-elle ?

— La vérité. Elle a bien vu que ce n'était ni toi ni moi qui étions coupables, mais que sa plaie provenait d'une autre cause.

— Elle dit que les Etres qui l'ont blessée sont venus avec vous ?

— Parce qu'ils sont venus après moi. De là sa confusion.

— Les fluides à l’aide desquels le su jet a été blessé ayant été fournis par moi, ai-je quelque responsabilité morale dans l'affaire ?

— Aucune, car ce qui s'est passé avec toi aurait pu se passer avec un autre...

. Quand retournes-tu là-bas ?

— Où ça, là-bas ?

— Chez Durville.

— Je ne sais encore. On veut d'abord laisser la plaie se guérir complètement ; on veut aussi laisser, chez le sujet,

(l) On verra plus loin que Mme Lambert, à une période antérieure de sa vie, où elle servait de sujet au colonel de Rochas, était obsédée par des Entités mauvaises qui lui ont joué maint tour pendable, et dont elle réussit à se débarrasser.

s'ol’lacer toute fâcheuse impression. Pourquoi cette question ?

— Parce que je voudrais reprendre l'expérience interrompue, et montrer à Durville à quel point il peut et doit arriver, par ses propres forces, à condenser un fantôme de vivant.

— Je ne sais ce que décidera H. Durville. Ses expériences sont à lui, je n'ai plus le droit de les modifier. Il m'écrivait d'autre part, il y a quelque temps, que votre offre lui plaisait ; mais en ce qui me concerne, je ne puis l'admettre qu'à une condition absolue : c'est que vous protégerez le sujet contre tout dommage : je ne veux pas de nouvelle plaie.

— Ecoute, et comprends-moi bien. Son sujet serait comme celui-ci [Mad. ArnoultJ, près de qui j'ai constamment accès, il n'y aurait même pas besoin d'en parler, puisque, en tout état de cause, je puis le protéger. Pour Madame Lambert, il faudra agir autrement. Voici : je te promets de rester auprès d'elle, pour la protéger, jusqu'à ce que tu aies récupéré tous les fluides que tu m'auras donnés en vue de l'expérience de matérialisation. De ton côté, reste auprès du sujet jusqu'à son retour complet à la vie normale, en faisant agir ta volonté dans ce sens. De la sorte, on aura toute chance d'éviter un accident consécutif, puisque, pendant que je serai là, les Etres hostiles n'auront pas de pouvoir, et qu'après ils ne pourront pas utiliser tes fluides dont tu auras repris posses-. sion.

— Je transmettrai votre communication à H. Durville.

Or, je vais fréquemment dans un milieu — très restreint — où l'on se livre périodiquement à des expériences de psychisme. La caractéristique de ce milieu, que je n'ai rencontrée nulle part ailleurs, est qu'il y a deux sujets médiurnniques qui, isolément, ne peuvent arriver à aucun résultat, si minime soit-il, mais qui, réunis, se complètent l'un par l'autre, et obtiennent, par le oui-ja^ de très curieuses communications.

L'Entité du Mystère qui donne ces communications et que je connais sous le nom de « Lumière (1) » s'intéresse aux

(1) Ces appellations peuvent paraître quelque peu bizarres aux non initiés : une explication semble nécessaire. — Quand on entre en relation avec une Entité du Mystère, cette Entité affirme invariablement avoir vécu dans notre monde — sans que, malheureusement, aucune preuve véritablement scientifique en ait jamais été donnée — çnais refuse très

études (|ue j(‘ poursuis. .Je la considère comiiie très sérâujse, très évoluée, mais j’ignore son degré de puissance que je n’ai pas encore eu l’occasion de mettre à l’épreuve.

Comme ce soir-là je me trouvais dans le milieu m question, l’idée me vint d’interroger « Lumière » au sujet de mes tentatives.

Je le mis au courant de l’cîxpérience commemîée avec H. Durville et lui demandai si elle n’ouvrait pas la voie à une autre expérience — transcendantale, celle-là — à laquelle je songe et qui doit rendre maître^ de tous les phénomènes dits sj)irites.

généralement, et exception faite seulement pour certains cas spéciaux, (ie dire le nom qu’elle portait de son vivant. Aussi, pour les distinguer les unes des autres, est-on obligé de les désigner sous certaines appellations qu’elles indiquent elles-mêmes ; ainsi en fut-il pour « Sage ». D’autres fois aussi, ellés sont absolument irréductibles quand on leur demande sous quel vocable les mentionner ; dans ce cas, on est amené à leur donner un nom conventionnel tiré de quelque circonstance extrinsèque ; ce qui se passa pour « Lumière » ainsi désigné parce que, lors de sa première manifestation dans le milieu où je l’ai connu, il avait dit « avoir été, de son vivant, une des lumières de l’Université ».

Je viens de dire qu’aucune preuve scientifique de la réalité de la doctrine spirite ne nous a jamais été donnée : il ne faudrait pas inférer de cette parole que je conclus à priori à la fausseté de cette doctrine, loin de là! Je veux dire seulement ceci, que la Science n’a rien à voir avec le sentiment ; or, si le sentiment spirite répond absolument aux aspirations de l’homme, à la logique même, il n’en est pas moins vrai qu’il ne s’appuie que sur des preuves morales — de très hautes et très nombreuses preuves morales, je l’accorde, — mais dont aucune ne vaut, au point de vue positivement scientifique. Un gramme est un gramme ; l’accumulation de tous les raisonnements ne fera pas pencher une balance d’un milligramme, et j’estime qu’un esprit scientifique ne peut baser une conviction sur des preuves purement sentimentales et morales.

Certes, les phénomènes existent, indéniablement : aveugle, fou ou de mauvaise foi qui les met en doute 1 Pourquoi ? parce qu’ils ont été prouvés scientifiquement par le peson, la plaque' photographique, etc.

Certes, nous sommes en relation avec des Entités qui vivent sur un plan différent du nôtre. Pour qui n’est pas entré personnellement en relation avec elles, le nombre et la qualité des témoignages à cet égard en est une preuve — absolument convaincante.

Mais quelles sont ces Entités ? A quelle cause rapporter les phénomènes qu’elles génèrent? Ici, je fais mes réserves.

Les Entités à qui nous avons affaire sont unanimes à se déclarer les âmes de nos morts, et nous ne voyons pas quel serait leur intérêt à nous tromper. De plus, elles offrent à nos investigations une mentalité et une intelligence adéquates à notre mentalité et à notre intelligence générales. Mais enfin, elles ne nous donnent aucune preuve de leiq* affirma- ^ tion, aucune preuve scientifique, j’appuie sur ce mot.

Sont-elles les seules que nous puissions imaginer peupler l’Au-delà ? Pas du tout. Et sans avoir recours à la doctrine du diabolisme, aujourd’hui insoutenable, ne peut-on penser que, l’élément primordial du Kosmos étant la vie, des Etres vivent dans l’Espace sans avoir jamais existé sur terre ?

Il y a plus ; qui donc peut affirmer que, sur la Terre même, il n’existe pas une autre humanité, organisée, au point de vue physique, autrement

— Cette autre expérience est-elle possible ?

— Assurément, mais combien difficile dans Tétât actuel des connaissances humaines ! Cependant tenez pour certain que le jour où vous aurez obtenu ce résultat, vous aurez fait faire à la science un très grand pas, et vous posséderez une des clés du spiritisme. Paracelse Ta fait... (Ici une phrase incompréhensible). Suivez-moi bien, mes enfants. Le jour — ou plutôt la nuit, car ce ne sera pas en lumière — où Lancelin obtiendra ce qiTil vient de me dire, il tiendra une des clés essentielles. Paracelse Ta tenté. D'autres aussi.

— Y aura-t-il du danger pour le sujet ?

que la nôtre, vivant à nos côtés et nous interpénétrant sans que nous puissions entrer en relation avec elle sinon par les moyens dits spirites ? La preuve de telle possibilité est facile à faire : toutes nos sensations ne sont que des perceptions de vibrations ; certaines séries de vibrations nous font connaître le son, ou la lumière blanche ; d’autres, l’éléctricite, le magnétisme, la chaleur, la lumière noire, etc. ; mais entre les séries de vibrations qui tombent sous nos sens, il y en a des quantités d’autres que notie organisation ne nous permet pas de percevoir ; supposez donc des tHres organisés de façon à n’émettre et à ne percevoir que ces séries de vibrations que nous-mêmes n’émettons ni ne percevons, et vous aurez, vivant dans notre propre monde, à nos côtés, une humanité en quelque sorte parallèle à la nôtre et avec laquelle nous ne pourrons entrer que très accidentellement en rapports. — C’est fou ! dira quelque esprit superficiel. Je répondrai ; Est-ce impossible ? Est-ce que, il y a seulement cinquante ans, on soupçonnait l’existence de ces myriades de microorganismes que la micrographie nous prouve aujourd’hui être mêlés intimement à notre vie de chaque instant ?

Il suffit donc que ces deux hypothèses — la vie dans les espaces et l’existence d’une autre humanité sur notre globe — soient dans le domaine des possibilités — et la première au moins, est plus que .dans le domaine des possibilités, elle est dans celui des probabilités — pour que je sois autorisé à douter, à exiger des preuves sérieuses.

— Mais, me dira-t-on, puisque vous revoyez ces Entités sous la forme que vous leur avez connue de leur vivant ? — D’accord, mais cette forme n’a-t-elle pu être revêtue par une Entité différente dans un but que j’ignore ? Gela est-il impossible ? Non — donc, je doute.

— Mais quand bes entités, qui se révèlent comme vous ayant connu de leur vivant, viennent vous rappeler un fait uniquement connu d'elles et de vous ? — Elles sont plus puissantes que moi, plus instruites aussi, et, par suite, douées de moyens d’exploration qui me sont interdits ; or, n’ont-elles pu lire d’abord ce souvenir dans mon propre cerveau ? Cela est-il impossible ? Non — donc, je doute.

— Mais, quand, inconnues de vous et des autres assistants, elles viennent vous révéler leur existence terrestre antérieure, vous en donner des preuves contrôlables, et que ces preuves, contrôlées ensuite, sont reconnues indéniables ! — La notion de cette existence terrestie antérieure qu’elles affirment avoir été la leur, n’est pas dans mon cei*veau, d’accord. Mais elle est certainement ou a été dans d’autres cerveaux vivants, où elles eut pu la puiser avant de me l’apporter. Cela est-il impossible ? Non — donc, je doute.

On me fait remarquer que ce raisonnement ne fait que reculer la difficulté d’un degré, car enfin, quelles seraient ces autres Entités de qui la mentalité et l’intelligence sont si semblables aux nôtres, et quel intérêt auraient-elles à jouer le rôle de nos morts ? — A cela, je réponds que je

— Jl faudra prendre de grandes précautions, car c’est le point délicat.

— S’il y a du dang(‘r, j(‘ préfère y renoncer. Je ne veux pas faire de victimes.

— Vous n’en ferez pas si vous exagérez la prudence et vous entourez de gens sérieux et compétents.

— A part le danger, que je veux éviter au sujet, cette haute expérience à venir sera-t-elle facilement réalisable'?

— Il y aura toute une manipulation ; ce sera la partie technique, facile pour Lancelin.

n’en sais absolument rien ; mais il suffit que cette hypothèse soit possible — et elle l’est infiniment — pour que la doctrine spirite me paraisse manquer de cette certitude sur laquelle doit se baser toute conviction sérieuse.

Au fond, je crois qu’elle est, au moins dans son ensemble, l’expression de la réalité, et, pour étayer cette croyance, j’ai une raison majeure ; il me répugne souverainement de pouvoir supposer que l’humanité ne puisse être qu’un dérisoire fantoche entre les mains du plus imbécile, du plus féroce des tyrans, — Dieu ! — s’il permettait à des Entités mystérieuses, plus fortes que nous, de se jouer du sentiment le plus sublime qui soit au cœur de l’homme, la vénération des chers disparus !

Mais ce n’est là, encore une fois, qu’une raison de sentiment, une preuve morale, si l’on veut. J’attends la preuve scientifique — sans savoir ce qu’elle sei*a, tout prêt à l’accueillir avec joie, parce qu’elle répondra à mon désir intime — ; seule, la preuve scientifique me donnera la certitude devant laquelle je m’inclinerai. Jusqu’à ce jour, je n’ai trouvé que des probabilités — très grandes, d’accord ! — mais des probabilités ne peuvent amener une conviction, et mon doute subsiste.

Une Entité de l’Au-delà me disait récemment ; « Tu peux nier des lèvres ; au fond du cœur, tu crois ! ». — Peut-être, car en mes études et mes expériences, je tends la main aux spirites — non pas à ceux, puérils et mesquins, qui ne peuvent entendre un meuble craquer ou assister à la chute d’un objet sans se croire favorisés d’une communication, non pas à ceux, cristallisés dans une foi enfantine, qui ont établi un critérium à leur usage en deçà ni au delà duquel ils permettent aux investigations de s’aventurer, — mais à ceux pour qui cette doctrine est une science, celle du mystère sans limite, comme toutes autres sciences, et, comme elles, ne se donnant qu’aux énergies qui étudient, travaillent, progressent, veulent la conquérir, et ont assumé la tâche, sinon d’atteindre l’absolu, au moins d’ouvrir toute grande la voie qui doit un jour nous y conduire. A ceux-là, oui ! je tends la main, parce que nous combattons le même combat, parce que, eux et moi, nous sommes les champions d’une même idée qui revêt deux aspects différents, parce que nous marchons au même but — la Vérité quelle qu’elle soit — et parce que, enfin, c’est d’eux que j’attends la preuve décisive, la preuve irréfutable, la preuve scientifique, en un mot, qui me fera leur dire : « Maintenant, je suis des vôtres . »

Jusque-là, je reste sur mon doute, un doute non pas apathique, fataliste et stérile, mais voulant s’évader de soi-même et cherchant dans les livres de la terre, dans les expériences accumulées et les enseignements des mystérieuses Entités, le reflet de l’Etoile divine qui, à l’heure où s’effondrent les croyances du passé, doit guider les Mages des temps nouveaux vers une Bethléem rénovée, où, sous les clartés grandissantes de son auréole mystique, s’élabore en puissance d’être la Révélation de demain.

— Me croyez- vous eu ])ossessiou des cou naissances nécessaires ?

— Je crois que c'est digne de toi de le tenter.

— Je ne pense pas arriveï d'emblée, à la réussite d'une telle expérience ; mais sera-t-elle longue à obtenir ?

— Oui. Ne te rebute pas, et choisis tes sujets.

Il ne s'agit là que d'une expérience éventuelle et à venir, mais cettiî conversation devait amener « Lumière » à prendre part à celle que je poursuivais chez H. Durville avec le concours de « Sage ».

En effet, le sujet. Madame Lambert, que j'avais revu deux fois depuis son accident, était complètement guéri, et H. Durville m'avertit que nous reprendrions l'expérience le 12 avril.

7 avril, — Me trouvant ce soir-là dans le milieu où se manifeste « Lumière »,la pensée me vint, comme suite à notre précédent entretien, do l\ii demander de vouloir bien m'accompagner à cette expérience. Je lui détaillai les conditions dans lesquelles je comptais opérer et m'enquis s'il pouvait m'aider.

— Je ferai mon possible, répondit-il.

— Ne pouxez-vous opérer en collaboration avec l’anrii « Sage » qui va essayer de matérialiser le fantôme de Madame Lambert ?

— En thèse générale, on ne sait pas, on ne peut pas savoir si la juxtaposition de deux fluides différents donnera un bon résultat : il faut un rien pour faire échouer une opération si délicate.

— En ce cas, je vous prierai de demeurer iuvisil)le, et de n'agir que si vous en voyez l'utilité.

— Il y a un autre moyen : ce serait de tâcher de donner plus de puissance aux fluides de l'Entité qui doit opérer.

— Par quel procédé ? sans doute appliquant ma volonté à atteindre le résultat cherché ?

— Oui, mentalement.

— Si cette expérience» réussit, dit un assistant, ce sera merveilleux !

— Les phénomènes qui vous paraissent miraculeux sont parfois si simples !

— Permettez ! repris-je. Ce qui, pour vous, est simple, me semble assez difficile, puisque le phénomène n'a pas encore été obtenu.

— Je (lis que tous les phénomènes ])hysi(iues (jui vous paraissent merveilleux ne sont que des choses naturelles.

— Alors, vous voulez bien m’aider ?

— Avec plaisir, et si tes compagnons sont animés du même esprit que toi, la réussite sera certaine...

Ainsi donc j’allais avoir, au cours de cette expérience, une Entité de l’invisible pour m’aider matériellement, et une autre pour surveiller l’opération sans se montrer, me conseiller théoriquement au dehors ; et mes entretiens avec chacune de ces deux Entités prises isolément allaient former un contrôle général de l’ensemble.

12 avril. — Lorsque j’arrivai chez H. Durville, tous les assistants de ce soir étaient réunis.

En attendant l’heure de l’expérience, on cause et j’en profite pour demander à Madame Lambert, le sujet, quelles sont ses idées au point de vue de l’occultisme.

— J’ai été longtemps, me répond-elle, sans croire à tout cela ; mais enfin, un jour, il a bien fallu me rendre à l’évidence : j’avais alors autour de moi des Etres mauvais qui me jouaient des tours — et même des tours dangereux — si bien que je n’osais plus m’endormir. Du reste, ils en étaient arrivés à me tourmenter même durant la veille. C’est ainsi que — à ce moment, M. de Rochas travaillait avec moi comme sujet — je n’ai pu aller à un rendez-vous chez lui où il m’attendait ; j’avais été tellement brûlée par eux sur un brasier, que je ne pouvais sortir. C’est M. de Rochas qui, surpris de ne pas me voir arriver, vint chez moi et constata l’état lamentable où je me trouvais. Heureusement, il y a longtemps (juc j’ai réussi à me débarrasser de ces Etres mauvais (1).

D’autre part sachant que Madame Lambert est prévenue de la tentative que je vais faire de matérialiser son fantôme, je lui donne confiance en lui affirmant que les Entités à qui j’ai affaire sont bonnes et élevées, qu’elle n’a rien à en redouter, et qu’au contraire elles la défendront (^“ontre les eritre-

(1) Ceci répond absolument au renseignement donné par «Sage» : Mme Lambert, à la précédente séance, aurait été blessée par des Etres mauvais chassés jadis par elle et qui auraient voulu la reprendre en la terrifiant. — Je prie le lecteur de remarquer la concordance absolue des deux sources de cette enquête, alors que Mme Arnoult (dans la trance et par la bouche de qui « Sage » entre en communication avec moi) et Mme Lambert ne se connaissent pas, ne se sont jamais vues, et m’ont parlé, ignorant chacune ce que l’autre m’avait dit ou devait me dire.

prises des Etres mauvais. Le sujet a grande confiance et se laisse endormir sans appréhension.

Durville procède à ses expériences personnelles que je n'ai pas le droit de relater ici. Cependant je me permettrai d'en citer une, assez inexplicable, parce que l'explication m'en a été donnée ensuite par « Sage ». Voici :

On a préparé un appareil d'induction électro-médical, dont une des poignées est placée dans une main du sujet, et l'autre dans une main de son fantôme extérioré : on veut savoir si, le fantôme étant relié au sujet d'où il émane, par une sorte de cordon fluidique, le courant passera. — Le courant passe en effet et le bras du sujet est contracturé jusqu'au delcà du coude. 11 y a là un phénomène assez surprenant puisque, d'une part, le fantôme est immatériel et que, d'un autre côté, les poignées de rhéophores n'ont rien d'un système Marconi pour projeter des ondes hertziennes à travers l'espace.

Dans la suite, « Sage », interrogé à cet égard m'a donné le mot de l'énigme de la façon suivante :

— C'est bien à tort que tu te montres surpris par le passage du courant à travers l'immatière, car tu as posé toimême la formule de solution du problème le jour où tu as écrit dans un de tes ouvrages : « Immatière n'est pas zéro ». Tiens d'ailleurs pour certain que le courant n'a pu passer que parce qu'il était assez fort. Avec un courant faible, l'essai n'eût donné aucun résultat.

Enfin H. Durville annonce la fin de ses expériences et me dit : — A votre tour !

Je l'avertis que l'Entité est là : un souffle assez prononcé me parcourt en effet depuis le commencement de la séance. Je le prie de condenser autant que possible le fantôme vivant à la gauche de Madame Lambert, pendant que je place les assistants de façon à former la chaîne pour avoir un fort dégagement de fluide. Je les préviens que la réussite est affaire de volonté, et je les prie de vouloir ^ comme moi-même.

Le souffle froid passe avec intensité pendant cinq minutes ; rien autre ne se manifeste d'abord.

Enfin, je vois, à l'endroit qu'occupe le fantôme, des points lumineux ; je les prends d'abord pour des phosphènes ; mais ils deviennent de plus en plus nombreux ; puis comme des traits ou flèches brillants, de 30 à 40 centimètres qui s'entrecroisent, très mobiles, au même endrbit. Ce phénomène, qui

est également perçu par d'autres assistants, dure sept à huit minutes, parfois assez fort, et parfois s'affaiblissant.

A un moment, je vois une sorte d'aura, infiniment moins lumineuse que les traits précédents, envelopper non le fantôme, mais le sujet lui-même. J'en fais la remarque ; personne ne l'aperçoit, sauf Madame Lefranc de qui la voyance est assez développée.

Pendant ce temps le sujet voit ce qu'il appelle « le fantôme de M. Lancelin » et qui n'est autre que « Sage ». Puis il annonce qu'o// le touche à l'épaide droite. Aussitôt, redoutant que les Entités mauvaises de la précédente séance veuillent recommencer à faire du mal, je supplie mentalement « Sage » de protéger le sujet et, si c'est bien lui qui agit, de frapper doucement trois coups sur l'épaule du sujet, lequel ani\once aussitôt :

— On i>ient de me frapper trois fois à répanle !

J'avertis les autres assistants que c'est un signe d'identité qui vient de m'être donné, et je les prie de continuer à vouloir. Mais le temps s'est écoulé; les volontés, manquant d'ailleurs d'entraînement, fléchissent, et l'on ne voit plus que quelques nébulosités vaguement lumineuses qui traînent sur le sol.

On refait de la lumière. Mais comme le sujet, quand il revient à soi après telle expérience, doit être endormi plusieurs fois pour arriver à un dégagement complet, je profitai de l'un de ces sommeils intermédiaires pour lui demander de me dépeindre l’Entité (ju’il avait vue lui toucher l'épaule. Et quand il eut parlé, il n'y eut plus aucun doute dans mon esprit : c'est bien « Sage » que nous avions eu en face de nous. — (( Sage » tel que me l'a décrit Madame Arnoult, tel que je l'ai moi-même palpé plusieurs fois au cours de séances de matérialisation (1), avec sa forte carrure, ses traits accentués, ses cheveux courts et drus...

Lorsqu'on se sépara, ce fut en si* promettant de reprendre l'expérience à huitaine.

Dans l'intervalle, je comptais avoir* des explications de « Sage » et de « Lumière »... A l'entretien suivant que j'eus avec ce dernier, il me dit n'avoir pu m'accompagner — pour un motif personnel — mais il me promit d'être avec moi à la prochaine séance. D'autre part ^Iadame Arnoult était alors

(1) Les Entités (|ue matérialise Mme Arnoult n’ont pas encore atteint un degré de visibilité suffisant.

trop souffrante, cru ne expérience antérieure qui l'avait épuisée, pour (fue je pusse songer à la faire remettre en trance dans le but d'obtenir une communication de « Sage ». Je me rendis donc à la séance suivante sans savoir ce qui s'était exactement passé la dernière fois.

19 avriL — Cette nouvelle réunion diffère peu, en ses résultats, de la précédente.

Dès le principe, je sens la présence de « Sage » rjui répond à mon premier appel, mais reste inactif tant qu'opère H. Durville.

Quand vient mon tour d'agir, je préviens les assistants, comme je l'avais fait la fois précédente, que toute opération liyperpliysique étant basée sur la volonté, je les prie de vouloir, avec la dernière énergie, que le fantôme extérioré de Madame Lambert se matérialise.

Le sujet signale en effet la présence de (( Sage » et dit que la condensation de son propre fantôme augmente dans de fortes proportions. Personnellement, je ne vois rien (jue de vagues traînées lumineuses, de temps à autre, évoluant autour de la place qu'occupe Madame Lambert.

Après environ une demi-heure, jugeant que par suit(‘ du manque d'entraînement, les volontés qui m'entourent doivent être très fatiguées, et, par conséquent, ne donner qu'un effort très relatif, je propose d'arrêter la séance. .Mais IL Durville préfère, puisque l'expérience est commencée, la mener le plus longtemps possible.

Un incident curieux marque cette seconde })artie de la séance.

Debout à la droite et tout près du sujet qui nous fait face, IL Durville étend brusquement le bras droit vers nous, c'està-dire dans une direction opposée au sujet : néanmoins le sujet se sent frappé et accuse le choc reçu de H. Durville.

Le phénomène est assez bizarre. Le sujet l'explique ainsi : En étendant son bras, H. Durville a frappé — sans s’en apercevoir, bien entendu — « le fantôme de M. l.ancelin » U Sage »], et le choc reçu par ce fantôme s'est répercuté sur le physique du sujet sans (pie celui-ci puisse expliquer le mécanisme de cette étrange répercussion, qui ne m'a été détaillé qu'ensuite par (c Lumière », ainsi qudl va être expliqué plus loin.

Après une heure d'efforts continus, la matérialisation du fantôme vivant restant stationnaire, on iiud. fin à la séance.

21 avril. — Par la suite, je me suis trouvé dans le milieu où se manifeste PEntité « Lumière », laquelle, avant que j'eusse posé la moindre question, me dit d'elle-môme :

— J'étais avec toi chez Durville.

Puis eut lieu une longue conversation, trop longue j)our être reproduite ici in-extenso^ mais que je vais résumer.

« Lumière », après avoir donné son opinion sur l'expérience qu'il trouve « très curieuse, très importante pour ses résultats à venir », mais dangereuse si on ne la conduit pas avec prudence, estime qu'il n'y a pas eu de déploiement assez intense de volontés, ce qui s'explique du reste puisque les volontés qui agissaient avec la mienne manquaient d'entraînement. Il pense d'ailleurs que, par ce moyen, le résultat s(‘ fera attendre longtemps ; puis il me communique un procédé intensif à l'aide duquel une dizaine de séances suffiraient, selon lui, pour amener le résultat poursuivi, c'est-à-dire la tangibilité et la visibilité relatives du fantôme vivant.

Relativement au choc produit par le geste de H. Durville, reçu par « Sage » et répercuté sur le corps physique du sujet, il me donne l'explication suivante :

— Tout acte physique accompli sur le plan astral retombe forcément sur le plan physique. Le geste de Durville a heurté le corps astral de « Sage » et y a produit une commotion. Cette commotion s'est répercutée sur le fantôme vivant (avec lequel à ce moment « Sage » était en rapport), plus près que lui du plan physiquè ; et enfin cette commotion s'est communiquée du fantôme extérioré au sujet, parle lien fluidique qui les unit ; d'où le choc perçu en fin de compte par le sujet et accusé par lui.

A ce moment, je devais m'absenter, sauf une ou deux apparitions à Paris, jusqu'à l'automne. J'avais donc projeté, pour continuer l'expérience malgré mon éloignement, d'agir en mode télépathique, c'est-à-dire que, après avoir trouvé chez un des assistants habituels de ces séances une base d'action, en quelque sorte, qui permît à « Sage » de se passer de ma présence effective pour avoir accès près de Madame Lambert, je comptais projeter chaque mardi soir, de neuf à onze heures, ma volonté pour envoyer « Sage » et « Lumière » chez H. Durville — le |)remier pour opérer en vue du résultat désiré, et le second pour me rendre compte, par l'intermédiaire du groupe où il se manifeste, de la marche de l'expérience.

« Lumière » me dissuad(‘ d'agir de la sorte. Je suis presque» senl^ selon lui, à fournir les fhiides nécessairf‘s ; d 'antre» part

il a constaté Texcès de priideiico que j'apporte à la conduite de rexpérierice, et il redoute, en mon absence, un accident hyperphysique dû à l'inexpérience — en pareille matière, tout au moins — des autres assistants. Il y a déjà eu, pour le sujet, une blessure causée hyperphysiquement, qui doit faire exagérer la prudence et décupler les précautions. Aussi désapprouve-t-il que je continue mes tentatives en mode télépathique : ma présence est nécessaire, affirme-t-il, et une tentative faite en dehors des conditions voulues, pourrait, malgré toute la bonne volonté de l'opérateur, amener de graves accidents ; aussi m'interdit-il de communiquer à qui que ce soit le procédé qu'il vient de m'indiquer.

A la suite de cet entretien, j'étais assez perplexe. Il m'en coûtait de ne pouvoir poursuivre télépathiquement cette expérience qui, dans ce cas, devait être interrompue momentanément ; et, d'un autre côté, je ne voulais pas être la cause — même lointaine et indirecte — d'un accident possible pour le sujet.

Je le répète, j'étais très indécis quant à la marche à suivre, et j'attendais, avec quelque impatience, le moment où j(‘ pourrais consulter « Sage » sur l'éventualité qui se présentait.

22 ai’HL — Le lendemain même, j'étais appelé chez Madame Amollit qui, bien que trop fatiguée encore pour sortir, avait, vu son état de santé suffisamment amélioré pour me recevoir.

Dès qu'elle fut intrancée par « Sage » la conversation suivante s'engagea entre nous :

— Au principe de l'expérience de matérialisation du fantôme vivant, vous m'avez dit que, sans l'intensité de ma volonté et les fluides que je vous ai fournis, vous n'auriez pu approcher de Madame Lambert... à l'heure actuelle, son accès vous est-il plus facile ?

— Un peu plus, mais bien peu.

— Pourriez-vous opérer sous l'influence de ma volonté projetée de loin ?

— Je pourrais venir, mais sans rien faire hors de ta présence.

— Et sous l'influence d'une autre volonté ?

— Ce serait la même chose : aucun des assistants de mardi ne me donne les fluides nécessaires (1).

(1) J’appuie sur ce détail que « Sage » et « Lumière » se communiquent dans deux milieux qui n’ont l’un avec l’autre aucun point de contact, et

— Alors, on ne peut pas continuer Texpérience sans moi ?

' — On gâcherait tout.

— Je ne comprends pas pourquoi.

— Ecoute-moi bien : Si c'est moi qu'on appelle, je viens ; mais n'ayant pas les fluides nécessaires, les tiens, à ma disposition, je ne fais qu'épuiser le sujet par des efforts stériles, et je ne réponds pas qu'ensuite des Etres mauvais ne profiteront pas de son état de faiblesse. Si c'est un autre Etre élevé que l'on appelle, il viendra ; mais il verra aussitôt, par 1rs fluides déjà travaillés, que je m'occupe de l'opération, et il se gardera bien de s'en mêler, car le mélange de plusieurs fluides émanés de nous est chose excessivement délicate. Enfin, si l'on appelle n'importe quelle Entité qui voudra venir, il se présentera des Etres mauvais, mais ils ne pourront rien au regard du but poursuivi, même s'ils trouvent là des fluides qu'ils puissent s'assimiler; dans ce cas, ils peuvent, par malice, mélanger les fluides et perdre l'opération ; de plus ils peuvent faire le plus grand mal au sujet, il faut bien y penser. De toute façon, le travail fait de la sorte serait ensuite à défaire. Tl est indispensable que tu sois présent...

J'explique alors que je vais m'absenter de Paris.

— Remets la suite à ton retour.

— Cependant je ne puis empêcher H. Durville d'agir seul, si telle est son idée.

— Evidemment. Mais en ce cas, pose nettement et sans équivoque possibla la situation telle qu'elle est.

— C'est-à-dire ?

— Voici : Si l'on continue l'expérience dans des conditions défectueuses, on a grandes chances de faire blesser le sujet par des Etres mauvais : vois ce qui s'est déjà passé pour un moment de désarroi. Quand le sujet aura été blessé, peut-être grièvement, on ne manquera pas de dire, pour se mettre à couvert, que le mal a été fait par le fantôme amené par Lancelin. Je ne veux de cela ni pour toi ni pour moi.

— Alors, que faire ?

— Tu vas écrire à Durvdlle pour lui dire textuellement ceci : Nous déclinons absolument, toi et moi, toute responsabilité quant aux blessures que le sujet peut recevoir en dehors de ta présence. C'est tout.

dans chacun desquels les assistants ignorent ce qui m’a étéMit dans l'autre ; malgré cette absolue séparation, la concordance des instructions est des plus remarquables.

— Vous êtes donc d’avis de renvoyer la suite de l’expérience à raiitomno ?

— A ton retour.

— r]st-ce que, alors, le travail fait à ce jour ne sera pas inutile et à recommencer ?

— Non, je n’ai eiicorf» fait qu’œuvre do préparation : les résultats en subsisteront.

— En ce cas, l’opération est en bonne voie ?

' — En très bonne voie, pourvu qu’on ne fasse pas d’imprudence en dehors de toi. Cette opération est déjà très difficile par elle-même : si l’on gâche ce qui est fait, je ne m’on occuperai plus.

— Qu’est-ce qui a causé, aux deux dernières séances, ces traits de feu, ces traînées lumineuses (jue Ton a vus ?

— Travail de préparation. J’étais là. D’ailleurs, tu m’as senti, et le sujet m’a vu.

— Autre chose. J’ai reçu par ailleurs l’avis d’un procédé qui doit tout faciliter.

— Je sais.

— Pourquoi ne me l’avez-vous pas indiqué vous-même ?

— Au début, c’était inutile. C’eut même été dangereux si tu avais agi étourdiment. J’ai voulu voir, d’abord.

— 11 m’a été dit qu’au moyen de ce procédé j’aboutirais en une dizaine de séances.

— Mettons douze séances.

— Etes-vous sûr de la réussite ?

— T’ai-je jamais trompé depuis le temps que je t’aide dans tes études ?

— Je vous remercie.

26 civrih ■ — Réunion chez H. Durville. Le sujet. Madame Lambert, est en excellentes dispositions. On l’endort, et H. Durville procède à ses expériences.

Quand vient mon tour d’agir, j’éimîts un énergique appel à « Sage )) et à « Lumière )> : au premier pour qu’il agisse ; au second pour qu’il surveille byperphysiquement l’opération.

Le sujet déclare que son fantôme est matérialisé comme jamais encore il ne l’a été, et s’étonne que nous ne le voyions pas. Et, de fait, ce fantôme est assez fort pour repousser d’environ quatre- i’ in gts centimètres une table qu’on a placée devant lui.

Par contre , (( Sage », que Madame Lamb<‘rt continue à appeler « le fantônc' de M. Lancelin », est très faible et ne

(jiiitt(‘ pas Jiu‘S côtés, coiiuiic s’il y était retenu par une sortes de crainte : je no m’explique pas de quoi il peut s’agir.

A un moment, je sens comme une étoffe légère qui frôle la partie antérieure de . mes jambes, tandis que mes genoux éprouvent l’impression d’un corps (lur (jui passe. .le tate vers la gauche où se trouve le jeune André Durville fils, puis à droite où est assise Madame Lefranc ; à droite comme à gauche, tout est correct, et personne n’a bougé.

Je demande alors si — chose bien improbable cependant — Madame l.ambert n’aurait pas quitté son fauteiiirpour passer devant moi. H. Durville me répond que le sujet, en profond sommeil magnétique, n’a pas bougé. Celui-ci, interrogé ensuite, déclare que c'est son propre fantôme qui, allant v^ers le mien [« Sa^e »] m'a légèrement heurté les genoux.

Ainsi donc, à l'heure actuelle, le fantôme aiaant est matérialisé — au moins partiellement, puisque j’ai été heurté aux genoux et que le sujet le déclare dans son sommeil : c’est son propre fantôme que j’ai senti. Cette sensation d’un corps réellement solide, que j’ai éprouvée aux genoux est bien différente de celle d’une sorte de toile d’araignée froide et d’un milieu glacial, (fue j’avais perçue au cours de la première séance.

Le fantôme vivant dexient matériel ; en continuant la matérialisation, nous devons arriver à le voir : ceci est la conséquence nécessaire, fatale, de cela.

Sous le rapport de la vision, je n’ai k enregistrer que (le vagues nébulosités lumineuses évoluant autour du sujet. Par contre, celui-ci constate à haute voix que je suis entouré d’un nuage blanc, lumineux, assez fort, très visible pour ‘lui, et il s’écrie :

— Mais vous ne voyez donc pas cette masse blanche ?..

là!... là!... ^ ‘

11 s’agit prcjbablement des fluides astraux que j’émane avec une grande intensité de volonté.

D’autre part, la faiblesse de « Sage », qu’a remarquée Madame Lambert, me semble provenir de ce fait qu’il donne toute sa force pour matérialiser le fantôme vivant — à moins ([ue ce ne soit de cette autre particularité : Comme nous n’étions ce soir-là que trois assistants. Madame Lefranc, le jeune André Durville, et moi, H. Durville étant occupé près du sujet Madame Lambert, j’avais cru inutile de former la chaîne. Est-ce cette inobservation de détail ou bien un autre motif qui a produit ce soir la faiblesse de <( Sage » ? Je le

saurai à mon prucliaiii (‘iitretieh avec lui et avec a Lumière ».

Quant à la peur qu'il semblait avoir, d'après le sujet, de s'éloigner de moi, je ne me l'explique pas : il faudra qu'une conversation avec eux me permette de me faire une opinion à cet égard.

En attendant, un grand pas a été franchi vers la réalisation absolue, totale du phénomène : le fantôme vivant atteint maintenant un degré très appréciable de matérialisation. A quand la matérialisation complète ?.i. A quand la visibilité ?

juin, — Quelques jours après, je quittais Paris pour un mois sans avoir pu m'entretenir ni avec « Sage » ni avec

Immière ». Ce n'est qu'après mon retour qu'il me fut possible d'obtenir, sur la séance du 26 avril, les éclaircissements nécessaires.

La première Entité avec qui je me rencontrai fut «Lumière», qui ne m’en dit que peu de chose, n'ayant pu assister à toute l'expérience. Voici le principal fragment de notre entretien :

— Etiez-vous présent à ma dernière expérience chez IL Durville, le 26 avril ?

— Seulement moitié avec vous ; pas tout le temps.

— Pouvez-vous m'expliquer ce qui a été dit par le sujet Madame Lambert, que le fantôme amené par moi ne me quittait pas, comme s'il avait eu peur de s'éloigner ?

— Non, il n'avait pas peur.

• — Alors, pourquoi restait-il constamment à mes côtés ?

— Manque de fluides.

— Cependant j'en ai fourni beaucoup, car, après cette séatice, j'étais plus fatigué qu'après les précédentes.

— Mais n'oubliez pas que ce genre d'expériences exige des quantités de force.

— Y a-t-il eu progrès dans la matérialisation du fantôme vivant ?

— Très peu.

— Pourtant, ce fantôme vivant a eu assez de force pour repousser une table à 80 centimètres.

— Oui, mais cela n'a pas duré. La force développée a été très grande mais de très courte durée.

— Pourquoi le fantôme du Mystère [Sage] que j'avais amené pour procéder à l'expérience se tenait-il constamment près de moi ?

— 11 ne pouvait faire autrement. Tes efforts de volonté étaient plus puissants que les fluides qui le maintenaient ;

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