A — GÉNÉRALITÉS
Los charges. — Affaire Hocque. — Le choc en retour (noie). — Ignorance des sorciers.
Pour montrer à l’œuvre la sorcellerie transcendante à son propre insu, j’ai produit un rapport médico-légal dû à la plume d’un des maîtres en médecine judiciaire ; je crois que, après avoir lu ce rapport, nul ne pourra s’inscrire en faux contre l’existence du sorcier hypnotiseur. — Maïs j’aborde maintenant un degré encore plus élevé (au moins dans l’ordre des énergies mystérieuses), et je vais parler du sorcier magicien — ou, pour être plus précis, goétien — ; par le même motif qui m’a tout à l’heure empêché de citer des faits personnels, ici encore je me retrancherai derrière des pièces officielles, que tout le monde peut voir et compulser, dont l’existence est hors de tout conteste, et qui renferment en leurs feuillets la preuve de l’extraordinaire puissance que peut acquérir, sans s’en douter, l’homme le plus grossier, quand il est jeté par son seul instinct et par la seule force de sa volonté sur le plan des dynamismes supérieurs
Un certain nombre de sorciers de village savent faire
« la charge » c’est-à-dire réaliser un maléfice et l’envoyer porter à son destinataire par une larve créée ou évoquée dans ce but. Il y a là une opération de goétie transcendante dans le détail de laquelle il n’y a pas lieu d’entrer ici (1), mais qui constitue une des plus hautes expériences d’hyperphysique, et qui dénote chez son auteur sinon des connaissances élevées de Magie, au moins la détention de secrets encore formidables, — si affaiblie, si dénaturée qu’en soit l’essence chez des ignorants qui ne les possèdent qu’à la suite d’une longue, vague et infidèle tradition.
Un des exemples les plus typiques de la charge des sorciers est l’affaire du berger Hocque, qui donna lieu, il y a deux siècles à un retentissant procès criminel dont les pièces se trouvent aujourd’hui, conservées avec soin, à Paris, aux archives du greffe de la Cour.
J’en résume, ici, la relation d’après Stanislas de Guaita (2), un des maîtres de l’occultisme contemporaim
Il est certain que j’aurais pu prendre immédiatement un exemple plus récent, car les agissements de cette nature ne sont pas rares, même à l’époque contemporaine, ainsi qu’on le verra un peu plus loin à propos de l’affaire Thorel ; mais si je cite celui-ci d’abord, c’est que, dans l’ordre des faits comme dans la filiation des idées, Hocque est l’ancêtre direct de Thorel, que son procès est en quelque sorte classique en la matière^ et qu’enfin l’ancien Parlement de Paris a toujours eu — contrairement à l’habitude des tribunaux de province qui appliquaient la peine capitale au moindre soupçon de sorcellerie — la réputation de s’être généralement montré à la fois éclairé dans l’instruction des faits de goétie et modéré dans l’application des pénalités. La jurisprudence des Boguet et des Rémigius n’y était point admise ; mais à l’encontre des Parlements de province, comme notam-
(1) V. chap. VIII, ce qui est dit de V Esprit volant.
(2) Le Temple de Satan. 1 fort vol. in-S®, Paris, 1891.
nient ceux de Bordeaux et de Rouen où la coutume allumait les bûchers pour simple délit de superstition, les magistrats de Paris ne livraient d’ordinaire aux flammes que les sorciers dûment convaincus d’avoir, par leurs manœuvres, causé la mort d’une personne, ou tout au moins des dégâts matériels, tels que la perte des bestiaux ou la ruine des récoltes.
Or, le bailli de Pacy, ayant condamné pour ces derniers crimes, mais en l’absence de preuves péremptoires, plusieurs bergers au supplice de la corde et du feu (c’est dans l’intervalle des années 1687-1691 que se passaient ces faits) le Parlement avait cru devoir casser le verdict de première instance et substituer à la peine de mort celle des galères. Il tenait pour constante la culpabilité des prévenus, auteurs des préjudices soufferts, mais les ravages étaient-ils dus à des opérations magiques ou simplement à des moyens naturels ? — La Cour hésitait à se prononcer.
Les preuves décisives ne devaient point se faire longtemps attendre, et celle» qui signalèrent le procès du berger Hocque parurent si concluantes, que le retentissement de cette série d’affaires de sorcellerie fatigua tous les échos de l’Europe.
Le procès instruit contre ce berger avait ^eu pour mobile déterminant l’étrange contagion qui décimait alors les bestiaux dans cette partie de la Normandie. La voix publique dénonçait en lui l’auteur de cette calamité.
Condamné seulement aux galères par la Haute- Justice de Pacy, le 2 septembre 1687, Hocque frappa d'appel la sentence du bailli. Mais, dans l'hypothèse litigieuse de sorcellerie, la Cour de Paris ne révisait guère que les sentences de mort. Ce n'était pas le cas de la sienne, qui fut confirmée par arrêt du Parlement, en date du 4 octobre suivant.' L'indulgence du premier juge, conforme cette fois à la jurisprudence de la Chambre d'appel, trahissait les doutes de ce magistrat touchant la cause efficiente de l'épidémie, car il
n’avait, prononcé que la peine des empoisonneurs de troupeaux « par moïen de gogues et aultres voyes naturelles ». Sur ces entrefaites, nonobstant l’arrestation du berger, la mortalité sévissait plus intense sur le bétail. D’où mille conjectures et‘ le soupçon qu’on s’était trompé.
Afin de s’en éclaircir — Hocque étant encore en prison à Paris, — l’on s’avisa de lui donner pour compagnon de chaîne un certain Béatrix, lequel rentrait dans cette variété de mouchards qu’on a nommés depuis des moutons.
Suivons la marche des événements. La ruse réussit à souhait : Béatrix fait boire le berger qui, sans défiance, lâche le mot de l’énigme. Il avoue avoir enterré, dans une écurie qu’il désigne « vne charge d’empoisonnement magique, appelée les neuf coniurements ». L’épidémie ne cessera, s’empresse-t-il d’ajouter, qu’une fois le charme détruit.
Que fait Béatrix ? Il va tout raconter au Commandant de la Tournelle, homme de prudence et de conseil, qui lui prescrit de faire boire encore le sorcier afin d’obtenir de lui la rupture du sortilège. Hocque, dans les fumées du vin, consent à tout, sans songer que l’effet immédiat qui doit suivre la levée du charme, sera sa mort, à lui qui en est l’auteur. Car c’est une loi redoutable en Goétie — loi dite du choc en retour — que tout courant d’empoisonnement magique (1), détourné du but où i\ devait frapper, revient aboutir à son point d’émission avec une violence double ; dès lors, l’envoûteur est perdu sans ressource s’il n’a l’adresse de faire dévier l’influx mortel sur la tête d’une tierce personne — victime substituée et qui meurt à sa place.
Passablement ivre, le berger écrit donc à son fils, Nicolas Hocque, de faire le^er la charge par un sorcier bourguignon nommé Bras-de-fer ; il s’en remet à ce collègue, se bornant à prescrire que son nom ne soit pas prononcé. Mais quand, à peine dégrisé, Hocque apprend qxre sa lettre est partie, il
(1) Il en est de même pour tout charme ou envoûtement, soit d’amour, soit de haine. Cette loi du choc en retour est analogue à celle du même nom connue en électricité, car la force que l’on manie dans la pratique de la magie ou hyperphysique, présente beaucoup de points de ressemblance avec l’électricité qui n’en est qu’un dérivé grossier. Aussi, pour se défendre contre cette loi du choc en retour^ les goétiens, qui redoutent d’être victimes de leurs agissements mauvais, ont-ils recours à ce que l’on appelle « le maléfice de déviation », maléfice en vertu duquel le ricochet de l’influx mortel qu’un obstacle a brusquement détourné du but, peut alors rebondir sur une victime subsidiairement désignée d’avance : — d’ordinaire un animal — car le charme du mal, une fois lancé, doit fatalement atteindre un but, quel qu’il soit.
entre dans une indescriptible fureur contre Béatrix : « Tu vas être cause de ma mort, s'écrie-t-il, tu mourras ! car tu m'as pris en traître. » Et, avec l'aide de forçats, toujours prêts à punir un mouchard, il se met en devoir d'étrangler Béatrix. Nul doute que le mouton n'y eût laissé sa vilaine âme, sans la soudaine intervention du Commandant de la Tournelle, qui se montre entouré déjà de gens d'armes, réprime la sédition qui gronde et met Béatrix en sûreté.
Cependant Bras-de-fer, appelé à Pacy, parvient « par des figures et impietez exécrables » à découvrir l'endroit des écuries où gît la charge d'empoisonnement, qu'il déterre et s'empresse de brûler, en présence du fermier et des garçons de ferme, a Mais à l'instant — dit la relation authentique — il témoigna ÿ auoir grand regret et que l'esprit lui auoit reuelé que c'estoit Hocque qui auoit faict ladicte charge et qu'il estoit mort à six lieues de Pacy dans le tems qu'il l'auoit leuée (sans scavoir qu'il fust à Paris, en prison). Ce qui se trouua estre véritable, tant par l’information faicte par le commissaire Le Marié au chasteau de la Tournelle, que par celle faicte par le iuge de Pacy sur les lieux, qu'au mesme iour et à la mesme heure que Bras-de-fer auoit commencé à leuer ladicte charge, Hocque, qui estoit vn homme des plus forts et des plus robustes, estoit mort en vn instant, dans des convulsions estranges et se tourmentant comme vn possédé, sans uouloir entendre parler de Dieu ni de confession : ce qui fit uoir sensiblement qu'il auoit quelque chose de sur-naturel dans les maléfices de ces bergers. »
On a conservé toutes les pièces authentiques « du procez qui a esté faict, tant audit Bras-de-fer, qu’aux enfants dudit Hocque et aux nommez Pierre Petit et lean Berger treuués complices...»
En 1691, on saisit encore deux sorciers de cette même bande, Pierre Biaule et Médard Lavaux, qui furent pendus et brûlés le 2 décembre 1691, en exécution d’une sentence du Bailli de la Châtellenie de Pacy, datée du 26 octobre de la même année, et confirmée cette fois par le Parlement quatre jours avant l’exécution.
C’est là, m’objectera-t-on une affaire ancienne : je le
concède, ayant expliqué plus haut les motifs qui m’ont amené à la remettre en lumière. Je vais maintenant par^- 1er d’autres agissements encore davantage transcendants de sorciers de campagne, et je vais, plus loin, citer une affaire absolument contemporaine. Ces agissements sont même — très rarement, je le reconnais — mais enfin sont parfois basés sur des principes généralement si peu répandus dans le public, que l’on se demande avec stupéfaction comment des gens frustes, ignares et grossiers ont pu en tirer des applications possibles ; on ne s’explique le fait que par le résultat d’une très vieille tradition certes déformée, dénaturée et devenue incpmprise pour ceuxlà mêmes qui en sont aujourd’hui depositaires, mais conservant toujours, même dans d’irrexpertes mises en œuvre, comme un reflet de sa redoutable force de jadis, laquelle est si intense que, fût-elle maniée par un rustre inculte, elle est encore parfois à craindre
En effet, ces sorciers de campagne ignorent absolument la théorie d’actes qu’ils accomplissent traditionnellement, sans en comprendre ni la valeur ni la portée ; ils mettent en œuvre leurs procédés d’après des formules anciennes qu’ils appliquent sans se rendre compte de la façon dont ils agissent ; c’est ainsi que, dans le cas du sorcier magnétiseur Castellan cité plus haut, il est certain que le héros de l’affaire ne connaissait — pas même de nom, vu l’époque — ni le magnétisme, ni l’hypnotisme — et encore moins, par suite, les théories scientifiques qui s’y appliquent à l’heure actuelle. De même, dans les exemples qui suivront, on peut être assuré que les protagonistes du drame méconnaissent absolument la constitution occulte des êtres organisés, et, par conséquent, ne savent pas qu’il est possible à l’homme, en ayant recours à une préparation spéciale, en mettant en jeu certaines forces qui se trouvent en lui, en s’astreignant aussi préalablement, il faut le dire, à un entraînement pénible et rigoureux^ de dissocier momentanément ses éléments cons-
titiitifs, et de faire agir extérieurement la partie seminialérielle de lui-même, tandis que son corps physique demeure au logis, parfois en conservant une sorte de conscience rudimentaire de ses actes, mais plus généralement dans un état physiologique ayant beaucoup d’analogie avec le coma.
B). — l’aérosome ou corps fluidique
Le Corps astral. — Le Corps astral selon les théories de l’Eglise primitive. — Sa disparition de lu doctrine. — Sa constitution et ses propriétés. — Expériences avet* Eusapia, Paladino, Miller, etc. — Cas de Samuel Morgan. — Observation de Mademoiselle Paget. — Auto-observation de M. H... — Expérieîsces de de Rochas, de H. Baraduc, de H. Durville, de L. Lefranc. — Analogie entre le fantôme du mort et le fantôme du vivant. — La substance du fantôme. — La force vitale. — Expériences avec des sujets médiumniques. — Les Parques dans la science antique ). — Complexité du fantôme.
Ce serait sortir du cadre de cette monographie que d’étudier à fond la constitution de l’homme suivant les théories occultes ; cç ^^^vail sera présenté de façon détaillée dans un auy^ ouvrage plus important (1) ; je je ne puis toutefois dispenser d’en dire ici quelques mots, car cette constitution cachée de l’homme est une des bases essentielles de l’hyperphysique, et, par suite, de la sorcellerie de goétie.
L’être humain est d’habitude regardé comme composé simplement d’un corps et d’une âme ; mais toutes les philosophies qui ont étudié les rapports de l’âme et du corps, qui ont voulu savoir comment la pensée immatérielle qui conçoit devient le geste matériel qui exécute, ont été amenées à supposer l’existence d’un médiateur plastique servant à unir et à mettre en relation l’idée et les organes. Ce médiateur plastique^ que Foccultisme a
(1) La Faillite de Shatan. 1 vol. in-S^ {sons presse).
appelé corps astral (1), constitue un organisme semi-matériel, ce qui lui permet d’être en rapports intimes à la fois avec l’esprit et avec le corps. Toutes les écoles d’occultisme lui ont donné — à part son terme générique de corps astral — bien des noms différents : char subtil, archée, miimie, néphesch, substratum, od vital, etc. qui ont parfois dérouté le lecteur (2). De nos jours, les chercheurs qui l’ont étudié l’ont désigné sous des appellations plus en rapport avec la science moderne : Esprit vital, force dynamique, force psychique, électricité animale, électro-dynamisme, influx nerveux, force neurique rayonnante, force vitale, fluide nerveux, fluide physiologique, etc., etc. Tous ces noms divers montrent à quel point la science contemporaine a été forcée de s’occuper de l’existence de cet autre corps — fluidique — dont une ignorance voulue et peut-être aussi un enseignement religieux erroné, ayant duré des siècles, semblent seuls nous avoir fait négliger l’étude jusqu’à ce jour.
Je viens de qualifier à'erroné l’enseignement de l’Eglise qui, depuis douze cents ans et plus, ne voit dans l’homme que l’union d’une âme et d’un corps, sans plus. Et cependant, l’apôtre Paul ne dit-il pas quelque part : « Il y a aussi un corps psychique (de psyché^ âme vitale) et un corps pneumatique (ou spirituel) (3) ». Il y aurait donc trois parties constitutives Mans l’homme, ce que dit ailleurs et très nettement le même apôtre Paul qui n’était ni un pêcheur grossier ni un manouvrier, mais un esprit
(1) L’affirmation de l’existence et l’étude de cet autre corps ont été la caractéristique principale de toutes les écoles d’occultisme dans le passé.
(2) Je préfère renvoyer le lecteur à mon Histoire mythique de Shatan, où il trouvera les différentes appellations que la science antique et la science moderne ont tour à tour appliquées à ce corps fluidique et qui, différant de beaucoup entre elles, auraient besoin d’être réunies par un lien commun.
(3) I Cor. XV, 44. Le corps psychique est défini au v. 45, âme vivante ou vitale, et le corps pneumatique esprit vivifiant. Ces définitions, bien qu’erronées au regard des théories actuelles, montrent cependant que, pour l’apôtre, l’être humain se compose d’autres éléments que du corps et de l’esprit tout uniment.
assez cultivé, doué d’une instruction étendue pour son époque et même, chose rare chez un juif de ce temps, quelque peu teinté d’hellénisme : « Tout ce qui est en vous, l’esprit (pneuma)^ l’âme {psyché^ âme vitale), et le corps {sôma) (1)... »
Et, puisque je suis sur ce sujet, il me semble qu’il y a une certaine curiosité de recherches à établir comment peu à peu, dans les enseignements de l’Eglise, s’est sinon perdue, du moins oblitérée et obscurcie, la notion du corps astral, intermédiaire plastique et fluidique entre l’esprit immatériel et le corps physique.
Cette question du corps subtil ou fluidique, qui aujourd’hui semble illogique, voire ridicule, à tant de personnes — parmi lesquelles j’ai eu le regret de rencontrer des membres du clergé, oublieux des enseignements primitifs de l’Eglise — était, aux premiers siècles du Christianisme, résolue partout dans le sens de l’affirmative, et les écrivains sacrés d’alors, détenteurs de quelques parties de la Science des vieux sanctuaires, acceptaient d’autant mieux cette réalité — où les théologiens actuels ne voient au mieux qu’une hypothèse bizarre — qu’ils y trouvaient la solution parfaite de nombre d’enseignements évangéliques.
Je viens de citer un texte de Paul ; en voici un autre : « Il (l’homme) est semé corps vital [psychicon)^ il ressuscitera corps spirituel (pneumaticon)^ car il y a un corps vital comme il y a un corps spirituel, comme il est écrit : le premier homme, Adam (c’est-à-dire l’être humain qui vient de naître à la vie), comporte une âme vitale ; le dernier Adam (c’est-à-dire l’homme qui après la mort se rapproche de la Divinité) existe comme esprit cicifiant » (I. Cor. XV, 44-46). Et : « Il (Jésus-Christ) trans formera notre corps d’humilité semblable {syrnmorphon à notre corps de sa gloire » (Phil. III, 21).
(1) I. Thess. V, 23.
J’ai à peine besoin de dire que je traduis sur le texte original, les traductions contemporaines, officielles et autres, se conformant aux idées modernes et étant odieuses de contre-sens (1).
Nous allons voir maintenant la route qu’a suivie, pour se perdre, cette notion d’un élément fluidique.
Dans le principe, tous les auteurs sans exception partagent l’avis de l’apôtre Paul.
Origène (IP siècle) attribue à l’esprit une sorte de vêtement vaporeux, aura, car, dit-il, le mot immatériel représente quelque chose d’absolument inconnu.
Plus tard, Tertullien (IIP siècle) nous dit : « La corporalité de l’âme (c’est-à-dire de l’âme vitale, psyché — et non de l’esprit, pneuma) luit même dans l’Evangile, car si l’âme n’avait un corps, l’image de l’âme n’aurait pas l’image du corps » {De anima, VII-IX).
Ailleurs, le même auteur nous dit ce qu’est ce corps psychique : « Les anges ont un corps qui leur est propre et pouvant se transfigurer en une chair humaine ; ils peuvent pour un temps se faire voir aux hommes efj communiquer visiblement avec eux. » (De Carne Chr. VI). — Une telle définition correspond admirablement à l’aérosome humain.
Hilaire de Poitiers (I V® siècle) est très net et très explicite dans ce sens : Il n’y a rien, dit-il, dans les substances et dans la création, soit dans le ciel, soit sur la terre, soit parmi les choses visibles, soit parmi les imisibles, qui ne soit corporel. Même les âmes, soit pendant la vie, soit après la mort, conservent quelque substance corporelle, parce qu’il est nécessaire que tout ce qui est créé soit dans quelque chose (Canon 5, in Matth.).
Basile de Gésarée (IV® siècle) est moins net. Cependant il reconnaît que « leur substance (des âmes célestes) est un souffle aérien (spiritus puto est aerius) c’est pourquoi
(1) On trouvera, dans la note 2, p. 29, un exemple typique de la façon inqualifiable dont sont traduits nos livres sacrés.
elles sont dans un lieu et se montrent, à ceux qui en sont dignes, dans l’image de leur propre corps » (Lw. du S. Espr. XVI).
Cyrille de Jérusalem (IV® siècle) attribue aux âmes des défunts des corps plus subtils que les corps terrestres {Cat. XII, 14. — Cat. XVIII, 19, etc.). Et ailleurs {Cat. XVI) il dit nettement : « Le nom d’esprit est générique et commun ; on appelle généralement esprit tout ce qui n’a pas un corps épais et pesant.
C’est ce qu’afFirrne également Ambroise (IV® siècle) lorsqu’il écrit : « Ne nous imaginons pas qu'aucun être soit exempt de matière {asômaton., litt. sans corps) dans sa composition, à l’unique exception de la substance de l’adorable Trinité. » {Abraham.^ II, 58).
Grégoire de Nazianze (IV® siècle) donne de l’incorporéité des Esprits une théorie qui sera reprise plus tard par le deuxième concile de Nicée : « Bien qu’ils ne soient pas, dit-il, précisément incorporels, on les appelle incorporels par rapport à nous. »
Cyrille d’Alexandrie (V® siècle) est un des derniers représentants affirmatifs de cette théorie, lorsqu’il dit : Dieu seul étant incorporel., lui seul ne peut être circonscrit, lorsque toutes les autres créatures peuvent l’être, parce qu’elles sont corps., bien que ces corps ne ressemblent pas au nôtre (L. VI, in Joann.)
Au temps d’Augustin (V® siècle) la notion d’un corps fluidique commence à se perdre, la théorie de la composition binaire de l’homme (l’âme §e confondant avec l’esprit) s’affirme, et le doute surgit : — « ... nous avons agité... cette question de savoir si l’âme n’a point, à demeure, quelque espèce de corps ou quelque chose d’analogue à un corps, et que certains appellent... son véhicule {Augustin., Op. Ed. bénéd.., II, ép. 14). Et d’autre part Evode d’Uzale, lui, demande « si râme,quand elle a quitté ce corps grossier et terrestre... ne demeure point unie à quelque autre corps non composé des quatre éléments
— il6
comme celui-ci, mais plus subtil, et qui tienne de la nature de l’air ou de l’éther » ; et il pense en résumé que « l’âme ne saurait être sans quelque corps. » {Ibid^ II, ép. 158).
Cependant la théorie de la composition ternaire de l’homme n’est pas encore abandonnée, car au VIII® siècle, nous voyons le deuxième concile de Nicée déclarer, sur la proposition de Jean de Thessalonique, que « sur les anges, les archanges et aussi les âmes^ ces êtres sont à la vérité spirituels mais non complètement privés de corps, et doués, au contraire, d’un corps ténu, aérien ou igné ».
Ainsi d’ailleurs avaient pensé Basile (Lib. de Spir. Sancto, XVI), Ignace (Ep. ad Trall. IX, 1), Athanase, Méthodius (pass.) etc., qui tous regardaient l’homme comme composé d’un esprit (pneuma) immatériel, d’une âme (psyché) vitale présentant l’apparence d’un corps fluidique, et d’un corps matériel (sôma). Et de même, peut-on penser, Justin, Césaire, Cassieu, Minutius Félix, Fulgence, Arnobe, Ephrem, etc., qui ne regardent pas l’esprit comme absolument immatériel.
Mais au cours des siècles suivants l’âme se confond peu à peu, de plus en plus, avec l’esprit, et l’homme est enfin regardé comme un composé binaire, uniquement constitué par une âme (ou esprit) immatérielle et par un corps physique.
A peino, plus tard, trouvons-nous une vague réminiscence de la théorie ternaire, morte depuis longtemps, dans Bernard (XI® siècle) lorsqu’il dit : « Nous attribuerons donc à Dieu seul la vraie incorporéité... parce que, seul des esprits, il .dépasse toute la nature corporelle... » (Serm. VI in Cant.). Et ailleurs (Dom. C. cant.) : « N’accordons qu’à Dieu seul l’immatérialité absolue, car il est clair que tout esprit créé a besoin d’une essence matérielle. » — Mais son avis ne trouve plus aucun écho : la théorie binaire est seule reçue — l’âme et l’esprit se con-
fondent Vun avec l’autre dans une absolue immatérialité, pour planer en quelque sorte divinement sur le corps physique auquel ne les unit plus aucun lien théorique (1).
Une des conséquences les plus inattendues de cet oubli, par l’Eglise, de son enseignement primitif, fut de nos jours l’impossibilité et, par suite, la négation du dogme de la résurrection.
En effet, les premiers siècles tiroyaient, et en toute logique, que la résurrection serait celle du corps fluidique, ou âme vitale. Lorsque la théorie du corps fluidique fut tombée dans l’oubli, on inscrivit dans le Credo pour le mettre en harmonie avec la nouvelle théorie, l’article de la résurrection de la chair. Mais alors la science intervint prouvant, d’une part, que, chaque atome constitutif du corps humain ayant fait antérieurement partie également constitutive de quantité d’autres corps, la résurrection de la chair était d’une impossibilité absolue ; d’autre part il lui fut facile de démontrer que cet article est purement apocryphe, ayant été intercalé postérieurement dans le Symbole de Nicée qui, en son texte original, le passe sous silence. Plus tard, le Symbole du premier concile œcuménique de Constantinople parle simplement de la « résurrection des morts », et il faut arriver aux symboles des apôtres dits de Jérusalem (Cyrille, Cat. VI-XVIII) pour trouver mention de la résurrection de la chair.
(1) A l’heure actuelle, le sens primitif de ces deux mots est complètement dénaturé. Voici, en effet, comment Mgr Elie Méric (L’Imagination et ses prodiges, t. II, p. 241) les définit l’un et l’autre : — « Nous l’appelons esprit quand elle s’élève à Dieu, quand elle prend conscience de son élévation et des merveilles que Dieu fait en elle, quand elle se purifie, se détache de la terre, brise ses liens de péché et d’esclavage pour vivre d’ime vie morale, religieuse, plus pure et sur les hauteurs, dans la direction surnaturelle de Dieu. — Nous l’appelons âme quand elle s’unit à son corps pour l’animer, pour entretenir en lui sa vie végétative et animale, quand elle en subit les contre-coups et les influences, quand son attention, au lieu de s’arrêter aux pensées élevées, aux régions de la foi, aux élévations surnaturelles, se fixe sur la vie physique de nos organes, de nos cellules, de notre corps.
En somme, aujourd’hui, l’esprit est l’âme désincarnée comme l’âme est l’esprit incarné.
Aussi voit-on quelques théologiens de notre époque revenir — au moins partiellement — à la théorie ternaire des premiers âges du christianisme, en admettant que les corps ressuscités auront des propriétés différentes de celles que présente la chair matérielle, en les supposant, par exemple « lumineux, agiles comme des esprits, subtils comme l’éther et impassibles » (Abbé Petit, Rénovation religieuse). ♦
Tel est le véritable sens de la résurrection des morts comme Tentendaient les premiers chrétiens. Si bon voit à uïie époque postérieure apparaître dans certains documents, et en particulier dans le Symbole, aujourd’hui partiellement apocryphe, des apôtres, dit Symbole de Nicée, le mot de résurrection de la chair, c’est toujours datis le sens de réincarnation (Abbé Petit, loc, cit.) — c’est-à-dire de retour à la vie matérielle — acte par lequel l’âme revêt une nouvelle chair pour parcourir le champ de ses existences terrestres. (Léon Denis. Christianisme et Spiritisme).
Au reste, cette théorie du corps fluidique paraît avoir fait partie de l’enseignement secret du Christ, et de la doctrine ésotérique de la primitive Eglise — enseignement et doctrine maintenant oubliés sinon perdus — et dont la réalité se trouve attestée par la parole évangélique : « Ne jetez pas aux chiens ce qui est saint, et ne répandez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, et que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent » (Matt. VII, 6) — ce qui, dépouillé du style parabolique, peut se traduire : Ne donnez pas aux intelligences frustes l’enseignement supérieur, et ne dévoilez pas les mystères aux esprits grossiers, de peur qu’ils ne les comprennent pas et que, s’en servant contre vous, ils ne vous surmontent (1).
(1) Ou abattent — rêxôsin, dit le texte grec.
D’autre part, que peuvent signifier ces paroles de l’apôtre Paul : — le mystère de Dieu et du Christ (col. II, 2) — le mystère découvert aux saints (Ibid. I, 26) — et la sagesse du mystère de Dieu (I Cor. II, 1) — et
Pour en revenir au corps astral au regard de la doctrine catholique (1), toute l’erreur actuelle est motivée par ce fait qu’il fut un temps où s’établit une complète confusion entre Vâme et Vesprit^ pourtant bien distincts, et contre laquelle, à notre époque, quelques théologiens essaient péniblement de réagir
C’est ce qu’a fort bien compris le Chanoine Roca lorsqu’il écrit dans son ouvrage : Monde nouveau^ nouveaux cieiix^ nouvelle terre (2) :
« En s’éclairant de la doctrine de Saint Paul, des initiés à la Gnose des sanctuaires primitifs, et des révélations du Zohar, bn définit mieux l’homme « un esprit déchu qui s'unit à une âme de vie (Upadhi des philosophies hindoues) pour s'incarner avec elle et par elle dans un corps organique^ » de la même manière que le Christ-Esprit s’est uni à une âme pour s’incarner avec elle et par elle, dans un corps organique...
« Les scolastiques n’ont jamais fait de distinction nette et précise entre l'Esprit et l'Ame. Ils confondent ces deux forces ; il les prennent l’une pour l’autre indifféremment, et désignent les deux ensemble., tantôt par l’un, tantôt par l’autre de ces deux termes. Et de la sorte : ni vous ne pouvez les entendre, ni ils ne peuvent s’entendre eux-mêmes. Ils attribuent à l'Esprit ce qui est à l'Ame^ à l'Ame ce qujiyCst à l'Esprit^ et quant au corps^ ils ne voient en lui qu’une rjifiir destinée à devenir poussière, mais dont les cendres se réveilleront un jour du jugement dernier.
« Voilà ce qu’on peut appeler du pathos et de l^amphigouri !
« Il faudrait pourtant savoir ce que l’on dit : l'Esprit n’est pas l' Ame ^ Messieurs ! Cette notion était chose fort simple et
surtout ces paroles mystérieuses {arrêta rêmata) qu’il n’est pas permis à un hpmme de divulguer (II Cor. XII, 4), sinon une doctrine ésotérique dont la connaissance devait être réservée aux seuls initiés d’ordre supérieur ?
J’aurai d’ailleurs à étudier, dans un ouvrage ultérieur, cette doctrine secrète du christianisme primitif, pour y rechercher certaines origines de l’occultisme moderne. (V. à cet égard l’ouvrage de M. Ruelle : La Schmita, conférence historique sur la Clef de l'Evangile demandée à la Bible — 1 vol. in-8o, Paris. 1869).
(1) Consulter à ce sujet une brochure d’Albert Jounet : La doctrine catholique et le corps psychique^ pet. in- 12, Paris, 1899.
(2) 1 vol. in-8, Paris, 1889.
tout élémentaire dans les anciens temples, dans la théologie de Saint Paul et dans la primitive Eglise, comme on va s'en rendre compte.
(( L'Esprit et l'Ame sont deux éléments et non pas un ou plutôt ils sont deux en un^ comme Vépoux et V épouse cosmiques. Ce sont deux principes différents, deux forces distinctes, « deux archées^ l'une masculine qui est l'Esprit, l'autre féminine qui est l'Ame » (Henry de May),
« Attirées l'une vers l'autre par l'amour, ces deux Archées s'unissent et forment le couple astral, connu dans la langue des premiers sanctuaires sous le nom d'Andro-gyne. Des œuvres de cet hymen résulte la vie : c'est Y Archée masculine qui l'engendre, c'est Y Archée féminine qui la reçoit et lui donne la forme...
« Partout où se manifeste la vie, n'importe sous quelle apparence, cette vie est le fruit de l'union de l'Esprit et de l'Ame. En l'état présent de notre humanité, ce fruit, chez nous, c'est le corps physique, corps vivant dont l'Esprit est le véritable père, dont l'Ame est la véritable mère et dont ces deux principes se revêtent ensemble (allusion évidente à la Table d' Emeraude de Thot Hermès Trismégiste), etc.
Je prie le lecteur d’excuser cette longue digression qui avait pour but de lui montrer que, si extraordinaire que puisse lui paraître la conception d’un corps fluidique — analogue au corps physique, mais ayant ses propriétés particulières — chez l’être vivant, cette notion était reçue et enseignée dans l’antiquité, non seulement par les dépositaires de la Science cachée qui se révélait dans les Mystères, mais encore par les Maîtres de la Doctrine du Christ avant que, en haine de certaines théories gnostiques, ils n’eussent rompu avec la Gnose entière en se privant ainsi de l’Illumination supérieure pour se confiner dans la Foi aveugle qui a perdu le sens de ses Ecritures.
Donc, Vâme aitale^ telle que la concevait Paul est ce médiateur plastique des philosophies, le corps astral des occultistes, le périsprit des spirites, et Vaérosome (corps fluidique) de la science contemporaine qui l’étudie.
Depuis l’antiquité la plus reculée, bien des auteurs hindous, chinois, égyptiens, grecs, etc., ont écrit sur ce corps fluidique, dont l’existence et la composition étaient enseignées par tous les Mystères sacrés. Plus près de nous, dans son De Naturâ rerum (Bâle, 1575, in-8), Paracelse l’étudia sous son double aspect de médiateur plastique et d’âme animale.
« Si, dit-il, nous voulons parler de VEvestrum sous son double aspect, nous dirons que chaque chose a son Evestrum due Pon pourrait comparer à Tombre que projette un objet sur un mur. Uevestrum naît (1) avec le corps, croît avec lui, et lui reste attaché aussi longtemps que la moindre parcelle de matière subsiste encore. Chaque chose, qiPelle soit visible ou invisible, qiPelle appartienne à la matière ou à Pâme, possède son Evestrum, Trarames est le pouvoir invisible qui se manifeste au moment où le sens intime commence à se développer dans Phomme. h’eçestrum porte, imprimés en lui, les événements futurs (2) et procure ainsi les visions et les apparitions, et Trarames produit Pexaltation des sens. Les sages seuls peuvent comprendre la véritable nature de VEçestrum et du Trarames ; le premier agit sur les sens de la vue (3), le second sur les sens de Pouïe, etc. (4). Uei^estrum occasionne des rêves prophétiques, tandis que Trarames communique avec Phomme en lui faisant entendre des voix ou résonner de la musique ou des sons à son oreille intérieure (clairaudience), etc. (5).
Beaucoup de personnes ne voient en cet aérosome que l’image extérieure du corps physique (6) ; c’est une erreur ;
(1) Il s’agit ici seulement de l’élément le plus grossier, le plus matériel du corps fluidique.
(2) Ceci est exagéré ; il faut lire : les tendances de V avenir.
(3) Auray pour nous.
(4) Magnétisme, électricité, télépathie, etc.
(5) E. Bosc, la Psychologie devant la science (in-12, Paris, 1908).
(6) Il y a là une confusion : outre le corps fluidique qui renferme le moi véritable de l’individu, l’homme comporte aussi ce que l’on appelle indifféremment son reflet, son image astrale ou son double aithérique. Il y a, entre les deux éléments de notables différences qui, pratiquement, se manifestent dans ce fait que le corps fluidique matérialisé peut parler, alors que le double aithérique peut être visible, mais jamais audible.
ce corps fluidique ne possède pas seulement l’apparence formelle du sarcosôme, il n’en est pas seulement, en quelque sorte, le moule qui fait qu’après une lésion, mênie profonde, les tissus ont tendance à reprendre leur place et leur configuration antérieure ; il reproduit en soimême tous les organes du corps physique qu’il double, non pas seulement de façon superficielle, mais de façon intime et dans toutes ses parties ; c’est ce qui fait que, par exemple, dans les cas de matérialisation, l’être matérialisé vit d’une véritable vie physiologiquement humaine. Les preuves du fait abondent, depuis William Crookes auscultant les poumons du fantôme matérialisé de Katie King pour se rendre compte si elle n’était pas une simple émanation, un double en quelque sorte du médium Florence Cook, et lui trouvant ces organes très sains alors qu’au contraire le médium était enrhumé, jusqu’au Prof. Ch. Richet demandant au fantôme de Bien-Boa, à la villa Carmen, de vouloir bien souffler à travers une solution de sulfate de baryte et constatant ensuite, dans cette solution, la formation de carbonate de baryte Personnellement, j’ai pu à maintes reprises constater que les formes matérialisées (fantômes), avec lesquelles nous entrons en relation au cours d’expériences de métapsychisme, sont constituées par les mêmes organes et appareils (osseux, cartilagineux, artériels et autres) que l’être humain normalement vivant. Je ne citerai qu’une expérience de cette nature.
Il y a quelque temps, j’eus l’occasion et la possibilité d’observer de très près le médium italien Eusapia Paladino ; le contrôle se composait de MM. Fauconnet, ingénieur ; Jarry des Loges, astronome ; le commandant Mantin et moi : c’est dire que nous étions entre gens sérieux et capables d’apprécier à leur valeur les phénomènes qui se produiraient. Nous étions assis autour de la table dont Eusapia occupait une extrémité ; le gaz
était baissé de façon à produire une obscurité presque complète, pour mieux observer les phénomènes lumineux ; à ce moment, je tenais à la fois une main de M. Jarry des Loges et la main droite d’Eusapia dans ma main gauche, et, dans ma droite, par dessus la table, la main gauche de M. Fauconnet. Or, ma main droite a été saisie au poignet par une main droite, aux doigts grêles et fuselés, qui était, à mon avis, celle d’une très jeune fille, de treize ou quatorze ans. Mais cette main était douée d’une force énorme qui me contraignit à lâcher M. Fauconnet et à décrire ayec mon bras une sorte de demi-cercle audessus de ma tête, sous une traction intense et positivement douloureuse. Dans ce mouvement circulaire, mon poignet, qui avait été saisi en dessus, se retourna peu à peu, et la face palmaire de ma main se trouva en contact avec la main qui me tenait et que je saisis moi-même au poignet avec toute la force dont je suis capable. Et la sensation que j’éprouvai alors est très nette dans mon souvenir : je sentis parfaitement les pulsations de l’artère, ainsi que les muscles et tendons qui, sous ma pression, se déplaçaient sur l’ossature , et je remarquai de façon précise le jeu des os du poignet (1).
Plus récemment (décembre 1909), au cours d’une séance d’étude, je fus saisi par plusieurs mains qui m’immobilisaient, pendant que d’autres me liaient ^ur une chaise ; je sentais bien que les mains qui me mainte-
(1) Aux conclusions tirées de cette observation, qui m’gi montré l’aérosome matérialisé constitué de façon identique au sarcosome, peutêtre objectera-t-on :
— Mais n’était-ce pas par hasard une espiègle vivante qui s’amusait à vos dépens?
— Ma réponse sera très nette : Nous étions entre gens sérieux, et il n’y avait pas de jeune fille parmi nous, d’une part ; d’un autre côté, la main que je tenais solidement ne fit aucun effort pour se dégager, mais, après un temps que j’évalue à trente secondes, pendant que sa pression sur mon poignet diminuait, je la sentais devenir floue — si je puis employer cette expression qui rend bien mon idée — entre mes doigts et contre ma paume, comme si c’eût été un gant de peau rempli de sable chaud ; puis ce fut comme une baudruche pleine d’air se dégonflant peu à peu, et enfin mes doigts se trouvèrent réunis et fermés à toucher ma paume : je ne tenais plus rien — la main mystérieuse s’était dématérialisée.
naient étaient mues par des muscles puissants et qu’elles agissaient à l’aide d’articulations osseuses.
Vers la même époque, à une autre séance, un fantôme me dit de lui arracher une mèche de cheveux (que j’ai d’ailleurs conservée) ; j’eus la perception très nette que j’avais affaire à un cuir chevelu normalement constitué (1).
Je n’en finirais pas s’il me fallait citer toutes les occasions que j’ai eues de constater la parfaite similitude du corps physique et du corps astral.
C’est cette constitution de l’aérosome, analogue et correspondant partie pour partie, organe pour organe, à la constitution du sarcosôme (2), qui cause à un amputé la sensation de douleur à l’extrémité du membre disparu, la neuricité étant partie intégrante du corps fluidique resté entier après l’ablation du membre physique. Il existe même, à ce sujet, ce que l’on a appelé l’exemple classique du clou : — On ampute un homme de la main, et cette main est enterrée dans une petite caisse ; peu de temps après, l’opéré se plaint : il éprouve, dit-il, la sensation d’un clou qui lui blesserait le pouce ; devant ses affirmations précises et réitérées, on exhume la petite caisse, on l’ouvre, et l’on trouve qu’en effet la pointe d’un clou fixant le couvercle avait déchiré les tissus du pouce.
J. Lermina cite (3) un fait analogue qu’il accompagne de quelques réflexions :
(1 Je dois dire que cette mèche de cheveux, comparée après la séance avec toutes les chevelures des assistants, ne put être appareillée à aucune d’entre elles.
(2) Avec cette différence, cependant, qu’il lui est à la fois intérieur et extérieur. — « Le corps astral, pendant la vie de l’homme, est en lui et en dehors de lui. C’est cette faculté qui a fait dire du corps astral qu’il était doué de la quatrième dimension. Le corps astral rayonne pour ainsi dire autour de l’homme : ce rayonnement est une sorte d’émanation fluidique ». (E. Bosc, loc. du). — 11 existe de nombreuses reproductions photographiques (très faciles d’ailleurs à obtenir) de ce rayonnement qui a surtout lieu la nuit et durant tout sommeil naturel ou artificiel, ce qui explique beaucoup de phénomènes propres à l’hypnose.
(3) Magie pratique, 1 vol. in-12, Paris, 1910, prix ; 3 fr. 50. Publications de Psychisme expérimental, 30, boul. de Strasbourg, Paris.
Une aventure à peu près semblable arriva à un nommé Samuel Morgan, employé aux machines à coudre Singer. Amputé à la suite d'un accident, il se plaignait de souffrances à l'épaule et de crampes dans ses doigts absents. On reconnut alors que le membre amputé avait été tassé si violemment dans la petite caisse où on l'avait enfermé pour l'enterrer, que la main était repliée sur elle-même, de façon à causer dans le membre — s'il eût été vivant — la douleur dont se plaignait le blessé.
Il suffit d'ailleurs de consulter les internes de nos hôpitaux pour constater nombre de faits analogues, attribués, comme toujours, à une suggestion de l'imagination. Les chirurgiens américains, plus hardis, ont essayé d'utiliser ces constatations pour la meilleure guérison du patient. Ils n'hésitent pas à déclarer que la douleur physique a une répercussion durable dans la forme spirituelle du membre amputé. La gangrène qui se déclare après une amputation est, selon eux, la résultante de la décomposition du membre coupé. En brûlant ce membre, le danger disparaît. Seulement, comme le patient souffre pendant la crémation du membre détaché comme s'il adhérait à son corps, il importa de l'anesthésier pendant l'opération.
Tout ceci démontre succinctement, mais indéniablement, l’existence du corps astral, toujours semblable à lui-même, soit qu’on le voie sous forme de double d’un vivant, soit qu’il apparaisse sous forme de fantôme d’un mort ou vice çersâ. J’ai parlé, je vais parler du fantôme des morts, mais ce qui nous intéresse surtout, au point de vue de cette étude, c’est le fantôme des vivants (1) ; j’en dirai donc ici quelques mots, car ce genre d’apparition a une grande importance quant au sujet qui nous occupe. Trois savants anglais, le D^* Gurney, Myers et Podmore ont fait, les premiers, sur cet objet, une vaste enquête qui com prend des centaines de cas absolument prouvés. Cette enquête (TAe Phantasms of the Lwing — les Fantômes des vivants) a été partiellement traduite en français, sous le
(1) Le lecteur peut voir, par la comparaison des deux planches (p.l38, 139) qu’il y a analogie complète entre les deux sortes d'apparitions.
titre les Hallucinations télépathiques^ par Ch. Marinier et préfacée par le Prof. Ch. Richet, ce qui lui donne une indéniable autorité scientifique. En France, C. Flammarion {U Inconnu et les Problèmes psychiques)^ le Dariex et d’autres en ont réuni et étudié de nombreux exemples. De même à l’étranger. Tout ceci pour bien montrer que l’existence du phénomène est établie scientifiquement. Dans un précédent ouvrage {U Au-delà et ses problèmes)^ j’ai eu moi-même l’occasion d’en citer plusieurs cas, les uns conscients, les autres inconscients, que j’ai pris, pour leur donner plus d’autorité, dans une thèse de doctorat en médecine (1). Je n’en parlerai donc ici que brièvement et seulement autant qu’il est nécessaire pour montrer la réalité du fait ; je me bornerai à citer deux exemples, l’un subjectif et l’autre objectif.
Le premier est pris dans les Hallucinations télépathiques, ouvrage ci-dessus mentionné. (2)
CXVIII (297) Mademoiselle Paget, 130, Fulham Road S-W, Londres.
17 juillet 1885.
Voici le récit exact d’une apparition curieuse que j’ai eue de mon frère. C’était en 1874 ou 1875. Mon frère était troisième officier à bord d’un grand navire de la compagnie Wigram. Je savais qu’il était alors sur une des côtes d’Australie, mais, autant que je m’en souviens, je ne pensais pas particulièrement à lui dans ce moment-là ; cependant, comme c’était mon seul frère et que nous étions grands amis, il y avait entre nous des liens très étroits. Mon père habitait la campagne ; un soir, je descendis à la cuisine moi-même, peu après dix heures, pour prendre de l’eau chaude au fourneau. 11 y avait une grande lampe Duplex dans la cuisine, de sorte qu’il y faisait très clair. Les domestiques étaient couchés, et c’était à moi d’éteindre la lampe. Pendant que je prenais mon eau chaude, je levni les yeux et, à ma grande surprise, je vis mon frère qui entrait dans la
(1) Les Phénomènes psychiques occultes^ thèse de doctorat en médecine soutenue en 1893 par le Docteur A. Goste.
(2) In-80, Paris, 1891.
cuisine par la porte de dehors, et qui se dirigeait vers moi. Je ne vis pas si la porte était ouverte, parce qu’elle était dans un recoin et que mon frère était déjà dans la cuisine. La table était entre nous, et il s’assit sur le coin le plus éloigné. Je remarquai qu’il avait son uniforme de marin et une vareuse, et que l’eau brillait sur sa vareuse et sa casquette. Je m’écriai : « Miles ! d’où viens-tu ? » Il répondit de son ton de voix habituel, mais très vite : « Pour l’amour de Dieu, ne dis pas que je suis ici. » Ceci se passa en quelques secondes, et, comme je m’élançais vers lui, il disparut. J’eus très peur, car j’avais bien cru voir mon frère en personne, et ce ne fut qu’après sa disparition que je compris que j’avais vu son ombre. Je montai dans ma chambre et j’écrivis la date sur une feuille de papier que je rangeai dans mon secrétaire, sans parler de cet incident à personne.
Environ trois mois plus tard, mon frère revint à la maison,^ et, le soir de son arrivée, je m’assis auprès de lui dans la cuisine, pendant qu’il fumait. Je lui demandai, comme par hasard, s’il n’avait pas eu quelques aventures, et il me dit : « Je me suis presque noyé à Melbourne. » Il me raconta alors que, descendu à terre sans permission, il remontait à bord, après minuit, lorsqu’il glissa de la passerelle et tomba entre le quai et le navire. L’espace était très étroit et, si on ne l’avait pas retiré de suite, il se noyait infailliblement. Il se rappelle qu’il avait pensé qu’il se noyait et qu’il avait perdu connaissance. On ne sut pas qu’il était descendu à terre sans permission, de sorte qu’il n’encourut pas la punition qu’il attendait. Je lui dis alors comment il m’était apparu dans la cuisine, et je lui demandai la date. Il put la donner exactement, parce que le navire avait quitté Melbourne le matin suivant, c’était là ce qui lui avait fait craindre une punition, tous les hommes devant être à bord la veille au soir. Les deux dates coïncidaient, mais il y avait une différence dans l’heure : je le vis peu après dix heures du soir, et son accident eut lieu après minuit. Il ne se rappela pas avoir spécialement pensé à moi à ce moment-là, mais il fut frappé de la coïncidence et il en parla souvent. Il n’en fut pas satisfait et souvent, quand il partait en voyage, il disait : « Eh bien ! j’espère que je ne vais pas me promener comme j’ai fait cette fois-là ».
J’avais vingt-deux ans à cette époque, et lui vingt ans. J’avais toujours peur de lé revoir, lui ou d’autres, après cet incident, mais je n’ai jamais eu, ni avant, ni après, d’hallu-
cination de la vue. Mon frère est mort à Tétranger, il y a trois ans, et je n’ai eu aucun avertissement ; je ne crois pas voir encore chose pareille. Je ne recherche pas les faits de ce genre, mais si j’en revoyais, j’en prendrais note. J’ai déchiré le papier qui portait la date, aussitôt que je l’eus vérifiée avec mon frère, ne croyant pas qu’elle pût avoir quelque intérêt pour autrui. ruth paget.
Et le médecin enquêteur ajoute comme contrôle :
« J’ai reçu un récit de troisième main deux ans avant que le récit ci-dessus ne fût écrit, et ce récit, plus ancien est identique au dernier : ce qui prouve, en tous cas, que les incidents sont marqués avec netteté dans la mémoire de Mademoiselle Paget, Dans une conversation, Mademoiselle Paget m’a dit qu’au moment où elle avait pris l’apparition pour la personne mêmé de son frère, elle s’était expliqué l’humidité de ses vêtements, qui l’avait frappée, en supposant qu’il avait été trempé par la pluie ; elle est tout à fait sûre, d’après la conversation q.ü’elle a eue avec son frère, que c’est dans la même nuit qu’ont eu lieu l’apparition et l’accident, ce qui rend la coïncidencè des dates inexactes, puisque l’accident a eu lieu après minuit. Si on tient compte de la longitude, l’impression doit s’être produite dix heures après l’accident.
Ce fait est des plus remarquables en ce sens que l’apparition, outre qu’elle fut visible et audible, se produisit en pleine lumière artificielle ; or, la lumière est un dissolvant de toute substance fantômale — moins, cependant, la lumière artificielle que celle du soleil. Mais il y a là une donnée qui nous échappe et où se trouve peut-être la clé du phénomène : c’est celle de la volonté qu’a dû déployer une des consciences subliminaires du sujet, et dont l’intensité a pu lui faire vaincre les obstacles.
Je puiserai mon second exemple — celui de l’expérience subjective — dans un ouvrage aujourd’hui très rare, le ‘Traité méthodique de science occulte de Papus (D^ G. Encausse), (1) où se trouve reproduite une observation du Dr P. Gibier {Analyse des choses) que je transcris :
(1) 1 très fort vol. grand in-S®, de XXXV-1092 pp., Paris, 1891.
M. H... est un grand jeune homme blond, d\me trentaine d'années, dont le père était Ecossais et la mère Russe. C'est un artiste graveur de talent. Son })ère était doin' de facultés i( médianimiques » très puissantes. Sa mère était également médium. Bien que né dans un milieu spiritualiste, il ne s'est jamais occupé de spiritisme et n'a éprouvé rien d'anormal jusqu'au moment où il a subi ce qu'il appelle l'accident au sujet duquel il vint me consulter au commencement de 1887.
« 11 y a peu de jours, me dit-il, je rentrais chez moi, le soir, vers dix heures, lorsque je fus saisi tout à coup d'un sentiment de lassitude étrange que je ne m'expliquais pas. Décidé, néanmoins, à ne pas me coucher de suite, j'allumai ma lampe et la laissai sur la table de nuit, près de mon lit. Je pris un cigare, le présentai à la flamme de mon carcel, et j'en aspirai quelques bouffées, puis je m'étendis sur une chaise longue.
(( Au moment où je me laissais aller nonchalamment à la renverse pour appuyer ma tête sur le coussin du sofa, je sentis que les objets environnants tournaient ; j'éprouvai comme un étourdissement, un vide ; puis, brusquement, je me trouvai transporté au milieu de ma chambre. Surpris de ce déplacement dont je n'avais pas eu conscience, je regardai autour de moi, et mon étonnement s'accrut bien autrement.
{( Tout d'abord, je me vis étendu sur le sofa, mollement, sans raideur, seulement ma main gauche se trouvait élevée au-dessus de moi, le coude étant appuyé, et tenait mon cigare allumé, dont la lueur se voyait dans la pénombre produite par l'abat-jour de ma lampe. La première idée qui me vint, fut que je m'étais sans doute endormi, et que ce que j'éprouvais était le résultat d'un rêve. Néanmoitis, je m'avouais que jamais je n'en avais eu de semblable et qui me parût si intensivement la réalité. Je dirai plus : j'avais l'impression que jamais je n'avais été autant dans la réalité. Aussi, me rendant compte qu'il ne pouvait être question d'un rêve, la deuxième pensée qui se présenta soudainement à mon imagination fut que j'étais mort. Et en même temps, je me rappelai que j'avais entendu dire qu'il y a des esprits, et je pensai que j'étais devenu esprit moi-même. Tout ce que j'avais pu apprendre sur ce sujet se déroula longuement, mais en moins de temps qu'il n'en faut pour y songer, devant ma vue intérieure. .1(‘ me souviens très bien d'avoir été pris alors comme d'une sorte d'angoisse et de regret de choses inachevées; ma vie m'apparut comme dans une formide...
j(( Je m’approeliai de moi, ou plutôt de mon corps ou de ce que je croyais être déjà mon cadavre. Un spectacle que je ne compris pas tout de suite appela mon attention : je me vis respirant, mais, de plus, je vis rintérieur de ma poitrine, et mon cœur y battait lentement, par faibles à-coups, mais avec régularité. Je voyais mon sang, rouge de feu, couler dans de gros vaisseaux. A ce moment, je compris que je devais avoir eu une syncope d'un genre particulier, à moins que les gens qui ont une syncope, pensai-je à part moi, ne se souviennent plus de ce qui leur est arrivé pendant leur évanouissement. Et, alors, je craignis de ne plus me souvenir quand je reviendrais à moi...
« Me sentant un peu rassuré, je jetai les yeux autour de moi, en me demandant combien de temps cela allait durer, puis je m'occupai de mon corps, de Vautre moi qui reposait toujours sur sa couche. Je regardai ma lampe qui continuait à brûler silencieusement, et je me fis cette réflexion qu'elle était bien près de mon lit, et pourrait communiquer le feu aux rideaux : je pris le bouton, la clé de la mèche pour l'éteindre, mais, là encore, nouveau sujet de surprise ! je sentais parfaitement le bouton avec sa molette, je percevais pour ainsi dire chacune de ses molécules, mais j'avais beau tourner avec mes doigts, ceux-ci seuls exécutaient le mouvement, et c'est en vain que je cherchais à agir sur le bouton.
«Je m’examinai alors moi-même et vis que, bien que ma main pût passer au travers du moi, je me sentais bien le corps qui me parut, si ma mémoire ne me fait pas défaut sur ce point, comme revêtu de blanc. Puis je me plaçai devant mon miroir, en face de la cheminée. Au lieu de voir mon image dans la glace, je m'aperçus que ma vue semblait s'étendre à volonté, et le mur d'abord, puis la partie postérieure des tableaux et des meubles qui étaient chez mon voisin, et ensuite l'intérieur de son appartement, m’a])parurent. Je me rendis compte de l'absence de lumière dans ces pièces, oû ma vue s'exerçait pourtant, et je perçus très nettement comme un rayon de clarté qui partait de mon épigastre et éclairait les objets.
((, L'idée me vint de pénétrer chez mon voisin, que d'ailleurs je ne connaissais pas, et qui se trouvait absent de l^aris en ce moment. A peine avais-je eu le désir de visiter la première pièce, que je m'y trouvai transpoidé. Comment ? je n'en sais rien, mais il me semble que j'ai dû traverser la muraille aussi facilement que ma vue la pénétrait. Bref, j'étais chez
mon voisin pour la })i*emièiv lois d(‘ ma vie. .rinspectai les chambres, me gravai leur aspect dans la mémoire et me dirigeai ensuite vers une bibliothèque où je remarquai tout particulièrement plusieurs titres d’ouvrages placés sur un rayon à hauteur de mes yeux.
« Pour changer de place, je n’avais qu’à vouloir, et, sans effort, je me trouvais là où je devais aller.
(( A partir de ce moment, mes souvenirs sont très confus ; je sais que j’allai loin, très loin, en Italie, je crois, mais je ne saurais donner l’emploi de mon temps. C’est comme si, n’ayant plus le contrôle de moi-même, n’étant plus maître de mes pensées, je me trouvais transporté ici ou là, selon que ma pensée s’y dirigeait. Je n’étais pas encore sûr d’elle et elle se dispersait, en quelque sorte, avant que j’aie pu la saisir : la folle du logis, à présent, emmenait le logis avec elle.
« que je puis ajouter, en terminant, c’est que je m’éveillai à cinq heures du matin, roide, froid sur mon sofa, et tenant encore mon cigare inachevé entre les doigts. Ma lampe s’était éteinte ; elle avait enfumé le verre. Je me mis au lit sans pouvoir dormir, et fus agité par un frisson. Enfin, le sommeil vint. Quand je m’éveillai, il était grand jour.
« Au moyen d’un innocent stratagème, le jour même, j’induisis le concierge à aller voir dans l’appartement de mon voisin s’il n’y avait rien de dérangé, et, montant avec lui, je pus retrouver les meubles, les tableaux vus par moi la nuit précédente, ainsi que les titres des livres qu(‘ j’avais attentivement remarqués.
« Je me suis bien gardé de parler de c(da à personne, dans la crainte de passer pour fou ou halluciné... »
Son récit terminé, M. H... ajouta :
(( Que ])ensez-vous de cela, docteur ? »
Il y a dans cette observation ce ([ue l’on appelle une « sortie mixte en astral » ; le sujet a été inconscient au moment où s’est opérée la dissociation de ses éléments constitutifs, et il a rej)ris sa conscience en cours d’opération, heureusement sans se douter du danger de sa situation, ce qui lui a permis de garder son sang-froid et d’analyser ses principales sensations. C’est ce qui, comme je le dis ailleurs, constitue la meilleure condition, pour qui n’a pas subi l’entraînement nécessaire aux
sorties conscientes en Astral, d’étudier ce dangereux phénomène. Je connais personnellement quelqu’un qui s’est trouvé dans une situation analogue — mais après un entraînement ad hoc, — et qui a pu faire les mêmes remarques.
Donc, le corps astral peut se dégager, se faire voir, entendre, toucher... En un mot, il a toutes les qualités du sarcosôme, sauf la permanence, car une trop longue absence de sa part hors du corps physique amènerait la mort de celui-ci.
La « Sortie en Astral » nécessitant soit une organisation particulière du sujet, soit un entraînement long et pénible, on a essayé de la produire objectivement, pour ne pas dire artificiellement, par l’emploi de divers procédés, et ce, de façon à pouvoir établir, par une expérimentation scientifique, la comparaison raisonnée de l’aérosôme d’un mort avec celui d’un vivant, pour en constater les similitudes et les dissemblances.
M. de Rochas a le premier ouvert la voie par son étude sur Y extériorisation de la sensibilité (1). Il a constaté que certains sujets hypnotiques, soumis à une hypnotisation intensive, ne possédaient plus leur sensibilité normale, laquelle était emportée extérieurement sur des zones concentriques entourant leur corps physique jusqu’à une certaine distance. D’autres expériences lui ont montré que certains sujets, mis en état de somnambulisme, voyaient leur fluide nerveux déborder de leur corps physique sous deux états : statique sous forme de duvet brillant recouvrant la surface de la peau ; et dynamique sous forme d’ehluves s’échappant par les organes des sens et les pointes du corps humain. Ces expériences, poussées plus loin, lui ont démontré que, après la troisième ou quatrième phase de léthargie, les couches concentriques présentent deux maxirna d’intensité, l’un sur
(1) 1 vol. in-8". Paris. 1895.
le côté droit du sujet, l’autre sur son côté gauche, et il s’y forme comme deux pôles de sensibilité qui, pour le sujet voyant, revêtent les couleurs rouge d’un côté et bleu de l’autre. Enfin, il a constaté qu’en poussant l’opération plus loin, le sujet voyait ces deux pôles se réunir en un seul qui, sous un aspect vaporeux, affectait une forme humaine et constituait son propre fantôme.
Vers la même époque, un savant de premier ordre, et un infatigable pionnier du Mystère, qui a bien voulu me mettre lui-même au courant de ses derniers résultats obtenus, en m’aidant dans mes propres recherches, le Dr H. Baraduc, appliquait la photographie aux manifestations phénoméniques de l’invisible, et obtenait, en photographiant les mouvements de l’âme vitale, des clichés où se développaient des formes fantômales, qu’il pouvait classer en sept ordres de mouvements différents, et il rapportait ces sept ordres de clichés à chacun des sept principes constitutifs de l’homme suivant la théorie du Bouddhisme ésotérique, qui sont, en remontant :
Rupa, ou Sthula Sharira {corps matériel).
2^ Prana, ou Jiva (Force oitale., Archée., Mu mie. Double^ Corps aithériqiie ou odiqiie).
3^ Linga Sharira (âme astrale, Corps sidérique ou astral, Perisprit, Eoestrum).
4^ Kama Rupa (âme animale. Esprit animal).
5® Manas (âme humaine', intelligence).
6^ Buddhi (âme spirituelle ou angélique).
1^ Atma (âme divine ou esprit divin).
A ces sept principes le Baraduc rapporte la classification suivante comportant tous les éléments de l’entité humaine :
Corps matériel, afhnité moléculaire
2^ X’italité, sensibilité animique, réflective et plastique, nutrition, du corps (Formes photographiques : nuées spectrales)
3® Ame physique animale, instinctive, formatrice (F. phot. : àmes-germes, perles noires).
4” Ame humaine, psycho-physique, volontaire, libre des vivants {F. phot. : perles étoilées à quatre rayons).
5^ Ame spiritique des mort^ (F. phot. : apparitions).
6^ Esprit angélique {F. phot. : Esprit de vie ?).
7” Esprit divin (F. phot. : Esprit de lumière ?)
Ces expériences sont trop récentes pour que l’on puisse porter encore un jugement sur elles ; elles ont besoin d’être renouvelées et contrôlées ; c’est ce à quoi s’emploient un certain nombre de chercheurs, j)armi lesquels le commandant Darget s’est surtout occupé de la reproduction photographique des doubles et corps astraux.
Quel que soit le résultat qu’amène dans l’avenir ce contrôle, on peut, dès à présent, dire sans crainte d’erreur que les travaux du D*’ Baraduc ont fait faire un pas immense à cette ])artie de la science. (1)
Enfin, depuis deux ans, H. Durville, de qui les ouvrages font autorité dans h^ niagnétisme, a repris la question. Renouvelant les expériences de Rochas, il a, comme le 1)** Baraduc, appliqué la photographie à l’enregistrement dos phénomènes psychiques qui échap])ent encore à notre vue. C’est ainsi (ju’il est arrivé à fixer sur la plaque le fantôme de sujets magnétiques dédoublés.
Je n’ai pas à faire ici l’analyse de ses expériences (}ue l’on trouvera détaillées dans, son ouvrage Le Fantôme des Vivants (2) ; je ne m’occuperai que des résultats qui touchent à la question que j’étudie au cours de ces pages.
Ces résultats sont les suivants :
(1) Le D'’ H. Baraduc vient de mourir, trop tôt pour la science. Mais son œuvre restera comme point de départ pour les chercheurs de l’avenir. A l’heure actuelle, d’ailleurs, le public ne la connaît pas entière; il a laissé entre des mains dévouées, avec mission d«* le publier prochainement, un ouvrage posthume où, sous le titre de Christisme cosmogonique, il étudie les plus hautes questions mystiques et en donne des solutions basées à la fois sur la science normale et l’expérimentation psychique.
(2) 1 vol. in- 12, Paris, l‘J09, prix : 5 fr.. Publications de Psychisme expérimental, 30. boni, de Strasbourg, Paris.
A. — L’être humain peut être dédoublé.
B. — Le processus de ce dédoublement est celui-ci : Lorsqu’on ordonne au sujet de se dédoubler, le sujet émane à droite et à gauche deux sortes de nuages lumineux, bleu d’un côté, orangeâtre de l’autre ; le dédoublement continuant, ces deux nuages se réunissent en un seul, à la gauche du sujet, qui se modèle progressivement en une forme humaine.
C. — Ce fantôme n’est encore visible (jue pour le sujet lui-même, pour les voyants, et pour les sujets magnétiques mis en état de voyance ; il leur paraît coloré : bleuâtre et rougeâtre. Il impressionne la plaque photographique.
D. — Il renferme en lui la force vitale, la force nein rique et l’intelligence du sujet, au coi*ps inerte de qui il est relié par une sorte de cordon fluidique, par le moyen duquel il lui transmet sa vie et sa vmlonté.
E. — Quand on ordonne au sujet d’envoyer ce fantôme au loin, le fantôme lui-iûême se dédouble ; une partie (double, corps aithérique ou odicpie, dépositaire et gardien de la vie), reste auprès de lui sous une apparence colorée; l’autre, dépositaire de la force neurique et de la sensibilité du sujet, peut s’éloigner, sous une apparence lumineuse non colorée : c’est le corps astral.
F. — Enfin, quand le fantôme est bien condensé, les voyants aperçoivent au-dessus de lui la boule iiTcntale, siège de l’intelligence (1).
On est allé encore plus loip dans cette voie. — Tout récemment, M. L. Lefranc, magnétiseur, en^reî)renant et poursuivant les expériences de H. Durville, a obtenu, au-dessus de la boule mentale, une sorte de flamme dont l’extrémité supérieure est enveloppée d’un halo brillant,
(l) Cette boule mentale avait déjà été photographiée par le Docteur Baraduc ; etle répond bien à ce que la philosophie bouddhique dit du »juatrièrn3 corps (mental) qu’elle compare à une aura lumineuse, oblongue. enveloppant de toutes parts le corps physique, mais particulièrement lumineuse au-dessus de sa tête.
mais la substance de cette flamme est d’une si subtile immatière qu’elle n’a pu encore, malgré toutes les tentatives faites en ce sens, impressionner la plaque photographique. L’auteur de cette découverte présume qu’il s’agit du corps causal des théosophes, siège des plus hautes facultés de l’esprit, mais les expériences continuent à cet égard et je ne puis en dire davantage en ce moment. Je me tiendrai donc, pour ce qui va suivre, sur le terrain des découvertes de H. Durville.
Cette analyse expérimentale de l’être humain en ses quatre principes les moins élevés peut surprendre au premier abord ; il suffit, pour en comprendre la possibilité, de songer que l’on n’a pas affaire en réalité à quatre corps distincts et différents, mais à quatre parties d‘une seule unité, qui, normalement, sont en quelque sorte enchâssées les unes dans les autres de façon à former un tout unique. C’est, en somme, une opération analogue à celle que chacun peut faire mentalement et qiii consisterait à dissocier le corps physique en chacun de ses quatre éléments constitutifs : — corps osseux — corps mécanique (ou musculaire) — corps chimique (ou glandulaire) — et corps dynamique (ou nerveux).
Seul un obstacle s’oppose à la dissociation du corps physique : la matière ; mais cet obstacle n’existe pas pour les autres principes ; de là, la possibilité de cette dissociation.
Je vais voir tout à l’heure de quelle matière est fait le fantôme ; mais avant, il ine faut faire une remarque importante ; c’est que le fantôme des \dvants est de môme naAire que celui des morts ; il lui est semblable et jouit des mêmes propriétés. Or nous voyons, touchons et entendons les fantômes matérialisés des défunts ; quoi d’impossible dès lors àce que nous voyions, touchions et entendions les fantômes des vivants (1) ?
(1) Ou m’objectera que, dans les expériences scientifiques que je viens de relater, la présence du fantôme humain n’est constatée que par la
Ajoutez à cela qu’il existe des individus — beaucoup plus nombreux qu’on ne pense, car j’en connais pour ma part quelques-uns — dont l’organisme se dissocie facilement, et qui peuvent par suite, à leur volonté, j’allais dire à leur caprice, laisser leur sarcosôme inerte chez eux et envoyer leur aérosome ici ou là ; songez enfin que, pour ceux qui ne sont pas spécialement doués, l’entraînement ad hoc, malgré sa durée et l’énergie qu’il faut y déployer (car il est tout entier basé sur la volonté et sur certaines pratiques inutiles à détailler ici) ne présente pas de difficultés insurmontables — et vous aurez la clé de bien des phénomènes de magie ou de sorcellerie invraisemblables au premier abord et pour qui, habitué à tout rapporter aux règles- normales du pleriimque fit, ne prend pas la peine de creuser le problème
Pour montrer au lecteur l’analogie complète qui existe entre le fantôme des défunts et celui des vivants, et pour lui permettre de comparer l’un à l’autre, je joins ici deux planches (Fig. 4 et 5) qui les lui montreront dans leui* réalité. Une observation importante est à faire à ce propos : le fantôme des vivants, tel qu’on le produit expérimentalement, ne donne que des clichés très faibles, dont il faut estomper le fond pour mieux faire ressortir la figure ; au contraire, le fantôme des morts, par la difficulté d’opération, ne produit généralement que des clichés très durs qu’il faut ensuite reprendre — Cette remarque était nécessaire.
plaque photographique ; il n’en est encore ainsi que parce que, au cours de ces récentes expériences, on n’est pas arrivé à condenser suffisamment le fantôme, mais je suis persuadé qu’on arrivera à le voir, soit à la suite d’une condensation plus grande, soit à l’aide d’un éclairage spécial. — Il s’agitlà d’un procédé particulier de dissociation qui n’est qu’une pâle imitation, à l’usage du laboratoire, de celui qu’emploient ces individus qui préparent consciemment et subjectivement une sortie en astral. — En tous cas, si l’homme physique ne voit pas encore le fantôme du vivant, il le sent, ou du moins il sent son aura, car, au cours de ces expériences, on éprouve près du fantôme la même sensation de souffle froid qui, dans un appel au Mystère, dénote la proximité d’une Entité de l’Aslral et sa {)Ius ou moins grande matérialisation; et. lorqu’on le touche qu’on enfonce sa main dans la substance qui le compose, on ressent une impression de froid tout à fait caractéristique.
Double {corps aithérique ou odique) de Mme Lambert, tel qu'il a été isolé et photographié par //. Durvüle, le 14 mars 1909. {Pour la retouche du fond photographique, voir page 137).
Il me reste maintenant à voir de quelle matière, on plutôt, puisque l’aérosome ou fantôme — qu’il soit d’un vivant ou d’un mort — est semi-matériel, de quelle inimatière (et immatière m’est pas néant) il se compose.
Le conseiller de Bodisco a très bien dit d’elle (1) que c’est la substance essentielle dans la nature, constituant la liaison entre le monde visible et le monde invisible. Et il est généralement admis que c’est elle que l’on rencontre dans l’aither, l’aster et autres plans supérieurs de l’univers. Lorsque l’on peut la voir isolée (ce qui m’est arrivé à maintes reprises) et la manier (ce qui ne s’est jamais encore présenté pour moi, mais ce qui est advenu à quelques personnes de mes relations), elle se présente sous l’apparence d’ « un morceau de neige enlevé de dessus la glace, à la teinte bleuâtre, dégageant une vive lumière, doué de force attractive, floconneux, impondérable (2) — au moins dans ces conditions, car au contraire lorsqu’elle est condensée » elle forme « une espèce de corps dur et lourd, de couleur blanche (2) » ; j’ajouterai, d’après des témoignages sérieux qui m’en ont été faits, que, lorsqu’un être humain la manie, la lumière s’affaiblit assez vite pendant qu’un grand bien-être envahit la personne qui opère ; je suis donc amené à considérer cette immatière sinon comme de la quintessence de vie, au moins comme un agglomérat à base de substance ou, pour mieux dire, d’énergie vitale (3).
Je viens de dire qu’il ne m’est jamais arrivé de manier cette immatière : j’entends à l’état de condensation, solide et sous forme de pierre ; mais à l’état fragmentaire, si je puis m’exprimer ainsi, et sous son apparence aithérique et diffuse, j’ai eu, à plusieurs reprises, l’occasion de le faire.
(1) Traits de lumière, 1 vol. in-S®. Paris, 1892.
(2) Ibid.
(3) Cette substance que — naturellement — la chimie normale ignore de la façon la plus absolue, semble bien, par son apparence extérieure et ses propriétés, répondre à ce que l’alchimie appelle « laimiére cristallisée ».
La dernière lois, c’était le 24 juin 1910, à une séance de matérialisation donnée chez M. P.... par le médium Arnonlt. Comme, alors, il m’a été loisible d’analyser minutieusement le phénomène, je le rapporterai en détail :
Une sorte d’étoile ou point lumineux rayonnant venait de naître près du médium, et voltigeait de droite et de gauche. Une autre la suivit bientôt, qui, elle-même se dédoubla, puis on vit errer dans la pièce quatre, cinq, six étoiles. Les unes s’éteignaient, d’autres renaissaient... cela dura environ dix minutes. Et comme, lorsqu’elles s’approchaient d’un assistant, cet assistant se trouvait touché, quelqu’un émit l’opinion que ce pouvaient être* des doigts lumineux.
Je venais moi-même d’être touché aux genoux, je demandai la faveur d’examinei* de près l’étoile que je venais de voir errer près de mes genoux, aussitôt l’objet vint se placer à dix centimètres de mes yeux, et je pus l’examiner à loisir : c’était une phosphorescence bleuâtre, infiniment plus brillante que celle que dégage le phosphore lui-même : elle était, en quelque sorte, diamantée et composée d’une multitude de petits foyers. Ce n’était certes pas le feu follet, la petite flamme mobile qui se présente souvent en pareille occurrence, mais un objet de contours accusés, que je définirai ainsi : trois barrettes brillantes d’environ 25 millimètres de long, sur trois de large, croisées entre elles de façon à produire par leur assemblage une étoile régulière à six pointes. Cette vision, qui dura bien deux minutes, fut chez moi si nette que, je l’avoue, je craignis sur le moment d’être le jouet d’un artifice. En conséquence, je demandai que l’objet me fût mis dans la main ; il y fut aussitôt déposé. J’approchai ma main de mes yeux pour essayer de me rendre compte de ce que cela pouvait être. Mais alors, le phénomène se compliqua : une des trois barrettes s’effaça et les deux autres se placèrent lentement en croix parfaite, puis continuèrent leur mouvement rie giration jusqu’à ce
qu’elles se confondissent rune dans l’autre, de façon à n’en former qu’une seule. Cette dernière s’incurva en forme de fer à cheval, puis forma un cercle — toujours lumineux — d’un centimètre de diamètre ; puis ce cercle -grandit peu à peu et atteignit enfin un diamètre que j’évalue de 20 à 25 millimètres de diamètre. Or, cet objet n'aoait aucun poids et, pendant qu’il se modifiait, je ne sentais même pas le léger chatouillement qu’il eût dû produire sur ma paume s’il avait été matériel. C’est là, par sa durée et sa netteté, une des plus belles observations que j’aie jamais faites.
• Après la séance, je taillai un bout d’allumette de la longueur de la barrette et le soupesai, en vue d’une comparaison ; son poids, bien que très minime, se sentait — non sur les muscles, mais sur l’épiderme, à l’endroit où il reposait ; — rentré chez moi, je le soumis à une pesée qui me donna 89 milligrammes. Et, je le répète, l’objet lumineux et changeant qui me fut mis dans la main n’avait aucun poids ; à telle enseigne que je demandai si, en retournant ma main, je le ferais tomber.
— Ne fais pas cela ! dit l’entité matérialisée en me saisissant l’extrémité des doigts pendant que le cercle lumineux, redevenu étoile à six pointes, quittait ma main et s’élevait vers le plafond où il se ])erdit après avoir zig-zagué çà et là.
J’aurais dû demander pourquoi l’on m’interdisait de renverser la main, mais une autre question plus importante se présenta :
— Cette étoile n’est-elle pas de la vie solidifiée, cette immatière lumineuse qui émane d’ordinaire du cerveau, du cœur ou de la main des matérialisations et les éclaire ?
— Non.
En effet, j’avais bien analysé ce (jue j’éprouvais, et je n’avais pas noté cette particulière sensation de bien-être qui envahit le témoin à qui, parfois, les matérialisations confient cette « pierre de vie ».
- IW —
— N’est-ce pas, alors, ce que les anciens alchimistes appelaient de la lumière cristallisée ?
— Je ne sais pas ce ([ue tu vchix dire. C’est tout simplement ce qui produit les matérialisations par agglomération...
Deux caractères de cette substance paraissent donc être l’instabilité et le polymorphisme qui, tous deux, semblent être subordonnés à l’intelligence directrice, ce qui explique les phénomènes de zoanthro])ie dont il sera question plus loin.
\'oici une autre observation que j’ai eu l’oçcasion de faire à propos de cette substance immatérielle:
Dans une récente séance (9 juillet 1908) d’expérimentation avec le médium Miller, j’ai pu particulièrement, au moins de vue, étudier cette « immatière », car, durant les deux heures qu’a duré la séance, mettant à part un certain, nombre de formations fluidiques dont l’aspect était trop flou, trop vague, trop imprécis pour pouvoir être retenues comme base sérieuse de discussion — au point qu’à certaines apparitions rudimentaires je fermais momentanément les yeux dans la crainte d'une hallucination prodiiite sur la rétine par la persistance de l’obscurité — il s’est révélé une douzaine de formes humaines matérialisées, soit successivement, soit simultanément, que j’ai pu bien étudier à ce point de vue. Chez toutes, le front était comme une sorte de foyer lumineux que l’on ne peut qualifier d’intense, car il était certes moins puissant qu’une simple clarté lunaire, et que cependant la vue avait quelque peine à supporter, l^eut-être cela provenait-il de ce que le regard était fatigué par l’obscurité antérieure, je ne sais. D’autres fois et dans d’autres circonstances, on voit cette même lueur à la hauteur du cœur ou dans la main de l’être fluidi(jue Quoi qu’il en soit, c’est cette lumière particulière qui constitue l’âme psychique ou force-substance vitale chez le fantôme — comme d’ailleurs elle la constitue chez les êtres physio-
logiqiienieut vivants ; mais alors elle est généralement invisible, on visible seulement pour certains individus et sous des conditions particulières. Dans l’espèce, bien que, je le répète, elle ne lut pas très vive et ne parût telle que par son opposition avec l’obscurité ambiante, elle était cependant assez prononcée pour que, à quelques mètres de distance, il fût possible de distinguer de façon assez précise les traits du bas du visage qui s’estompaient dans une sorte de pénombre lumineuse, ("’est ce qui explique qu’au moment de la formation fluidique, c’est le sommet qui apparaissait tout d’abord comme un point clair au milieu de l’ombre, et demeurait encore visible environ une seconde après l’effacement de l’être du mystère. C’est également ce qui explique que, dans les cas de matérialisation rudimentaire ou partielle, c’est-à-dire fruste, vague et estompée, on avait l’impression visuelle d’une tête occupant le sommet d’un buste, le tout formé par une sorte de vapeur phosphorescente qui aurait été cmnme éclairée du dessus.
C’est de cette « âme vitale lumineuse » que semblait émaner tout le reste de la forme fantômale, car la lueur décroissait et s’affaiblissait en descendant vers les pieds. Cette lueur, diffusée en toute l’apparition, était d’apparence phosphorée non pas blanche, mais bleuâtre, d’un bleu azuré très doux au regard. Les vêtements eux-mêmes, d’aspect oriental, amples et flottants à la façon de draperies imprécises de tulle, semblaient émaner de cette immatière lumineuse dont ils étaient comme imprégnés. En un mot, ces apparitions me rappelaient la façon dont les peintres mysti(|ues symbolisent les feux-follets quand ils les représentent, dans la nuit, formés d’un corps légèrement nébuleux, éclairé seulement par la flamme vacillante qui s’échappe de leur front. Cette modalité d’être fut particulièrement caractéristique en quatre formes humaines apparues simultanément, semblant se donner la main, et chez lesquelles le front était extrêmement
lumineux par rapport au reste du corps dont, à certains traits, on devinait les contours plutôt qu’on ne les voyait, et qui, par le bas, se perdait dans l’obscurité
Toutes ces observations ont été scrupuleusement vérifiées et contrôlées par moi, dans une séance ultérieure avec le même médium (25 septembre même année), alors qu’étaient écrites les lignes qui précèdent. A cette seconde séance, j’étais placé de telle façon que les formes fluidiques se matérialisaient tout près de moi — deux d’entre elles, même, à moins d’un mètre. Moins lumineuses et, par suite, moins visibles que la fois antérieure (ce qu’il faut attribuer à l’état de fatigue du sujet), elles suivaient exactement le même mode de formation. Il me souvient notamment d’un fantôme de jeune fille — qui dit s’appeler Lillie Roberts (1) — dont la tête matérialisée avant le corps demeura plus d’une minute visible et se mouvant à hauteur normale pendant que le reste du corps, s’illuminant progressivement, se matérialisait d’après le même processus^ c’est-à-dire en semblant refléter la lumière projetée par la tête — lumière qui, ne l’oublions pas, constitue la force vitale. Et il me fut donné d’étudier d’autant mieux ce phénomène qu’une partie de la matérialisation s’opéra, le fantôme se déplaçant, à soixante-quinze ou quatrevingts centimètres au plus de mes yeux.
A une séance précédente, M. Chevreuil, vice-président du Cercle Allan-Kardec où se sont passées ces manifestations, rend compte dans les termes suivants du mode de formation d’une Entité de mystère. J’extrais ces lignes du rapport inséré dans la Revue Spirite d’août 1908.
.... Une lueur mobile apparut au bout des rideaux, errant çà et là comme une énorme bulle de savon, descendant lentement par instant, remontant ensuite, s’écartant du rideau. Je ne la perdis pas de vue un seid moment ; je la
suivis jusqu'à qu'elk* fût descendue sur le tapis d'uû elle s'éleva un peu, comme un jet de vapeur sortant d’une chaudière dont on aurait ouvert le robinet ; elle grandit de la hauteur d'un mètre environ ; je distinguai alors la forme de la tête et des mains, moins lumineuses que la draperie qui, peu à peu, prenait de la consistance. Enfin, les bras s'agitèrent et une figure bien humaine se dressa de tonte sa hauteur.
C’est, très exactement rapporté, ce que j’eus moimême l’occasion et la possibilité d’observer, et je n’ai qu’une remarque à ajouter à cette relation ; c’est d’insister sur ce détail que la partie de l’être qui se manifeste tout d’abord est celle où se trouve localisée la force vitale sous apparence lumineuse, et d’où émane, en pareil cas, le reste de la corporalité — absolument comme lorsqu'on approche une source de flamme de l’extrémité d’une guirlande de becs de gaz, on voit toute la guirlande s’allumer à partir du point touché. La comparaison peut sembler grossière à ceux qui ont vu : elle fait bien comprendre l’aspect du phénomène à ceux qui n'ont point cm. En somme, c’est du point primitif où s’est, dans l’apparition, condensée la force vitale lumineuse, et qui est apparu le premier, que procède en quelque sorte tout l’ensemble de la vision.
Mais ce processus de la matérialisation, pour être identique à lui-même dans tous les cas, ne peut être réellement observé et suivi que lorsqu’on a affaire à un sujet (médium) émanant en quelque sorte un torrent de force vitale ; lorsqu’on se trouve en présence d’un sujet moins puissant, le processus du phénomène est plus difficile à étudier parce que la force-substance vitale émanée, étant moins abondante, donne lieu d’abord, non à un point très lumineux, mais à une nébulosité vague et imprécise dont les contours et les traits se délimitent peu à peu, sans que l’on puisse suivre nettement de proche en proche la formation de l’Entité matérialisée. C’est ce qui
se passe avec Craddock que j’ai eu l’occasion d’étudier le 22 novembre dernier. Avec les sujets qui, comme lui, ne dégagent la force vitale que successivement, la matérialisation est moins brillante et a souvent besoin de s’éclairer elle-même à l’aide d’un, écran lumineux; mais, par suite, elle se rapproche davantage des conditions physiques de l’humanité vivante, et, notamment pour Craddock, on voit avec une telle netteté les moindres traits des Entités révélées qu’on pourrait les reconnaître ensuite si on les rencontrait ailleurs. Mais, je le répète, avec ce genre de sujets on suit mal le développement de la force vitale muée en matérialisation ; il faut, pour bien s’en rendre compte, opérer avec un sujet de rare puissance tel que Miller.
D’après toutes ces observations, il semble bien établi que c’est la substance-force vitale, fluidique et lumineuse qui constitue l’immatière de l’aérosôme — que cet aérosôme soit d’un vivant ou d’un mort. On est d’autre part amené à conclure que l’aérosôme de l’homme (1) est à la fois le moule et l’image du corps physique, et l’enveloppe semi-matérielle de l’esprit, que l’esprit conserve, au moins partiellement et immatériellement dans son essence supérieure, même après la destruction du corps de chair.
On peut voir déjà quel usage peut être fait de cet organisme particulier lorsque l’homme averti peut, par certains procédés et aussi par un entraînement spécial inutile à rapporter ici, le dissocier momentanément du sarcosôme.
Cet aérosôme, d’autre part, est-il un ou multiple ? J’ai déjà eu l’occasion, plus haut, à propos d’expériences récentes, de parler de sa multiplicité ; mais il me reste encore quelques mots à ajouter à ce sujet.
(1) Cet aérosôme n’est pas particulier à l’homme : les animaux, tout ce qui, dans la nature, est vivant — • autant dire la nature entière — possède son corps fluidique.
Les occultistes, eu général et en principe, ne parlent couramment que du corps astral dans son ensemble; mais il y a lieu de supposer que, à l’exemple du corps I physique qui est parcouru par un triple courant de vie (1), l’aérosôme est également multiple. Les philosophes Egyptiens le distinguaient en effet en Ka (double du sarcosôme) et Khou (substance intelligente), Khat étant
(l) Le courant lymphatique forme la vie ; le courant sanguin l’entretient et le courant nerveux la régit.
— Aux premières pages de cette étude, j’ai parlé de la Science des sanctuaires antiques et des Mystères grands et petits, qui n’était acquise que par de dures initiations, mais qui, malgré toutes, les précautions prises pour empêcher la divulgation de l’enseignement sacré, se répandait à la longue dans le public, bien que sous une forme symbolique la rendant incompréhensible pour le vulgaire.
Nous en trouvons ici un exemple frappant.
Les érudits de l’antiquité, c’est-à-dire les prêtres des grands sanctuaires et les initiés supérieurs, n’ignoraient nullement que les êtres organisés sont vivifiés par un courant triple de vie se décomposant en formation, régulation et entretien (ou cessation) : de là le symbole des trois parques
— Clotho, qui ourdit le fil du mystique fuseau (forme la vie) — Lachésis, qui file (régit la vie) — et Atropos, qui coupe ou ne coupe pas le fil (entretient ou interrompt la vie).
Ce symbole, d’abord enfermé dans les temples et expliqué aux seuls initiés, se diffusa à la longue et se répandit dans le public sans que le public y vît autre chose que la révélation de trois divinités nouvelles, ou, pour mieux dire, la renaissance, puis la dissociation d’une ancienne divinité. — Et la preuve du fait résulte de l’histoire du mot lui-même.
L’antiquité primitive, en effet, grecque ou romaine, ne connaissait qu’une parque {Moira en grec [de meiro, partager] et Parca en latin [de partiri, même signification]). Mais cette Parque unique — et par suite en complet désaccord avec son étymologie — n’était que soit le Destin en général, soit la Destinée particulière de chaque être. On peut donc voir en elle le résultat d’une première fuite de l’enseignement sacré, car elle ne fait alors que doubler en quelque sorte le Fatum. C’est par un souvenir confus de cette personnalité puissante de la Parque unique, que, bien plus tard, Lactance pouvait écrire : Parcarum tanta vis, ut plus possint quam cœlites universi. Mais, je le répète, l’antiquité première ne connaissait (^u’une seule Parque. Et, dans Homère, elle nous apparaît d’une manière indéterminée et semble s’identifier avec Aisa (le sort en général), avec Imarmènè (le destin passif), et avec Prépomcnè (la destinée particulière de chacun). Dans ce cas, on l’appelle ou Moira en général, ou Clotho
— un vocable qui avait dû, lui aussi, transpirer dans le public (Homère. Iliade, XX 127-XXIV 209, etc.). Ainsi l’ont également comprise Pindare (Oi. I 40), Lucien (Dial. M. 30, 2), Ovide (Fast. 0, 757), etc.
Mais l’enseignement caché des sanctuaires se diffusait, malgré toutes les précautions, et le public apprenait peu à peu que, conformément à l’étymologie de son nom, cette divinité qu’il croyait unique était en réaîité multiple. De là d’abord la dyade des Parques que, dans la suite, on adorait à Delphes, et dans laquelle se dédoublait la Moira primordiale. L’une des deux Parques alors connues devait être Clotho, déjà citée par Homère. Quant à l’autre, nous ignorons quel était le deuxième tiers du symbole alors divulgué sous sa forme mythique.
" Cette pluralité des Moirai semble avoir même été soupçonnée dès
le corps et Ba-Bdi étant l’intelligence lumineuse ; Zoroastre, entre le corps et l’esprit, plaçait le Djan (double semi-matériel) et Ferouer (âme vitale) ; la Kabbale, entre le^ mêmes éléments extrêmes, interposait Nephesch (médiateur plastique) et Biiach (âme animale) ; plus près de nous, Paracelse met, entre le corps et l’âme, V Archée ou Miimie (médiateur plastique) et VEvestrum (âme animale). De nos jours on est amené à diviser
l’époque Homérique, car l’Odyssée (VII, 197) met en opposition Aisa avec les « cataclôthès (fileuses) inexorables » — mais au moins très vaguement, car, outre qu' Homère ne les cite pas nommément, le terme imprécis qu’il emploie (cataclôthès) s’applique parfois chez lui a\ix dieux en général (épéclôsanto théoi, Iliade, XXIV, 525) ; notamment, dans ce passage particulier, il peut viser les Ilithyies, divinités p'réposées à la naissance et que l’on a parfois confondues avec les Parques.
Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’après lui, dans Hésiode, qu’on trouve les Parques nommément désignées et formant la triade que nous connaissons aujourd’hui, mais elles ne sont, dans la théogonie de cet auteur, que des déesses vagues, filles de la Nuit : Clotho (l’ourdisseuse), Lachésis (la fileuse) et Atropos (l’immuable) — qui dévide ou brise le fil emblématique de la vie). Plus tard seulement, un initié des sanctuaires d’Egypte, Platon, donne sur les trois Parques des renseignements en harmonie — sous l’allégorie qui les voile encore — avec l’enseignement supérieur des Grands Mystères : il les fait inflexibles et sourdes aux plaintes de tous et leur donne pour mère la Nécessité (Ananké, destinée, fatalité). N’est-ce pas caractériser à merveille et autant que pouvait le lui permettre alors publiquement le respect des serments prêtés, le triple courant vital qui anime les êtres organisés, et contre les conditions duquel l’homme, particulièrement en ce qui le concerne, est — au moins en principe — impuissant à réagir, puisque ce triple courant est partie intégrante de l’organisme que l’individu apporte avec soi en venant au monde ?
Avec la série des âges, la physionomie des Parques se modifie — fait compréhensible, puisque le public n’était pas au courant de l’enseignement sous forme de mythe qu’elles symbolisaient — et alors leur caractère allégorique s’estompe et se perd peu à peu ; c’est ainsi que, dans les temps postérieurs de Rome, on les trouve confondues avec les Camœnæ (muses) et particulièrement avec Uranie, ou muées en les troiï Partes (déesses du Ijatium invoquées par les femmes enceintes), Nona (qui présidait au neuvième mois de la gestation). Décima (qui protégeait le fœtus de la conception à l’accouchement) et Morta (qui présidait à la parturition).
De tout ce qui précède, peut-on conclure que la Haute-Science des sanctuaires antiques connaissait le systèpie lymphatique, la circulation sanguine et les ramifications nerveuses comme nous les connaissons à l’heure actuelle ? Ce serait évidemment s’avancer trop légèrement que de le soutenir, et il faudrait, pour cela, une découverte rétrospectivement précise, ne laissant place à aucun doute, ce qui semble difficile sinon impossible, puisque le haut enseignement caché ne se transmettait guère que par la voie orale. Mais on sait au moins à n’en pas douter que les savants de ces âges connaissaient les trois modalités de la vie dans les animaux supérieurs ; formation, conservation, régulation.
De plus, cette trop longue note montre par (piel procédé d’étude des symboles qu’elle nous a laissés, nous arrivons à pénétrer dans la science des Grands Mystères, et à en reconstituer en quehpie sorte les éléments.
l’aérosome en corps astral proprement dit et être psychique (Papus) ; enfin la théosophie y voit le corps astral proprement dit, le corps mental et le corps causal (sans compter d’autres principes plus élevés), ce qui nous ramène à peu de chose près à la division greco-romaine de l’homme en corpus (corps physique), ombra (l’ombre qui demeure près du tombeau), imago (le fantôme, double immatériel du corps), mânes (qui vont au Tartare ou aux Champs-Elysées), et spiritus (qui plane sur tous ces éléments divers) (1).