‹ La sorcellerie en Béarn et dans le Pays BasqueChapitre 13 sur 15 · LE FURONCLE · texte numérisé non relu

LE FURONCLE

Si le hragucn est désagréable, un furoncle l'est bien davantage encore pour l'homme des champs. Outre la douleur qu'il fait éprouver, il cause un profond ennui en occupant sur le corps une des plus mauvaises places; et puis, comparable à un malheur, il ne vient jamais seul! Que ne ferait le malade pour s'en débarrasser?

La recette qu'il adopte de préférence à toute autre, parce qu'elle est magique, ressemble assez à celle en usage pour le bragîien, mais elle a moins de complications.

Ni guérisseur ni malade n'ont besoin d'être à jeun.

Après avoir fait fondre du sel de la manière plus iiaut indiquée, le magicien s'en sert pour laver le furoncle, en formant des croix, et prononce ces mots sacramentels :

« Hastiau brullou tajit esmalil, « Méchant endret t'has-lii chansit, « Pourtant, rneylèu de-t desplassa, « Hè lou serbici de creha. »

(Aiïrcux bouton si envenimé, — Mauvais endroit tu t'es choisi. — Pourtant, plutôt que de to déplacer, — Fais le service do crever.)

Dans cette circonstance, heureusement, aucun voisin n*est mis en cause.

On boit ensuite du vin à la santé et.... aux frais du

furonculcux.

Ce dernier soin bien rempli, que d'effets merveilleux on doit obtenir!

LE GRANC.

Le cranc est une vieille expression béarnaise désignant cette douleur vive qui se fixe à la hanche et que nous connaissons sous le nom de sciatique. Le cranc est ainsi appelé dans une petite comédie du xvif siècle, due à la plume du poëte Fondeville, de Lescar, avocat au Parlement de Navarre, et intitulée : «Z,^ pastourale deu paysaa », dans laquelle il s'agit d'un paysan qui cherche pour son fils une profession bourgeoise : un apothicaire expliquant, dans un langage partagé entre le français et le béarnais, les particularités de ses fonctions, dit à propos d'un individu qui l'avait mandé comme ayant besoin de lui :

Il était sur un banc.

Tout assis et j)lc(jiic (courbé) comme s'il eOt le cranc.

On compte guérir de ce mal, en se faisant traiter par un homme l'ayant déjà eu.

Celui-ci fait coucher l'infirme à plat ventre sur le sol et, après s'être muni d'un bâton, passe neuf fois sur lui, en posant le pied, aussi légèrement que possible, sur le point douloureux.

Chaque fois, le malade doit prononcer ces mots :

€ Nau, se ditz lou nouste gat, « Sustout despuix qui-m soy plegat ; « Mes desylega you-m houlery, c Passe-m dessus cnta-m goari. »

{Xau, dit notre chat, — Surtout depuis que je me suis courbé: — Mais rao décourber je voudrais, — Passe sur moi pour me guérir.)

Le mot nan, qui représente le miaulement du chat, est en même temps la désignation béarnaise du nombre neuf, nombre égal à celui des passes effectuées.

Il ne faudrait pas supposer que le bâton dont j'ai parlé est un accessoire magique. Il sert tout simplement, à éviter des chutes, car le malade, dont la douleur est pUis aiguë chaque fois qu'il sent la pression du pied, s'agite violemment et pourrait bien faire tomber l'opérateur!

Lorsque tout est terminé, on constate, comme premier bon signe de guérison,.... un redoublement de souffrances!

LE CINDRE.

Cette phlegmasie superficielle de la peau qui peut atteindre une personne en se développant autour du tronc ou des membres pour y former un demi-cercle, quelquefois un cercle entier, et que la pathologie désigne sous le nom de :(pna, est connue en béarnais sous le nom de cindre. Les médecins la considèrent comme peu redoutable, mais quelques habitants de nos campagnes ne pensent pas de même : « L'inflammation, disent-ils, si on ne l'arrête pas à sa naissance par le procédé magique en usage, finit par arriver au tour complet, et alors la personne cimirée doit fatalement mourir »

Pour conjurer ce suprême accident, il faut recourir, avant le coucher du soleil, aux services de quelqu'un ayant éprouvé, dans le temps, les premières atteintes d'une semblable inflammation.

Cet individu porte le malade sur le dos, s'il ne le trouve pas trop lourd, ou bien, \ défaut de forces suffisantes, le laisse seulement s'appuyer, par derrière, sur ses épaules.

Les deux font ensemble neuf pas et s'arrêtent :

« Que porli you ? »

(Qu'est-ce que je porte?)

dit Topérateur.

a Lou cindre »,

répond le patient.

L'opérateur ajoute :

t Couu n'èy pas hère de higou,

* Aci que pausi et que dc^cindrl. •

(Comme je n'ai pas beaucoup de vigueur, — Ici je dépose et fais disparaître le cindre.)

Ils font encore neuf pas et s'arrêtent de nouveau pour répéter le colloque. Ce jeu doit avoir lieu neuf fois!

Après la neuvième fois, un soulagement immédiat se fait sentir... pour l'opérateur allégé!

Quant au malade, il lui reste une dernière chose à faire : il se met à genoux et récite cinq palcr et cinq ave. Il ne sait pas que les prières escortées de superstitions sont loin d'être agréables à Dieu.

LA PASSERIE.

Ainsi s'appelle en béarnais une espèce d'aphthe qui survient dans la bouche des petits enflants et que nous connaissons sous le nom de muguet. Ce mal, qui ordinairement est contagieux, donne bien des ennuis et l'on s'empresse, dès qu'il se montre, de chercher à le fliire disparaître.

Or, voici ce qui se pratique à ce sujet dans nos villages, avec la confiance qu'on obtiendra ainsi une guérison radicale.

On porte l'enfant près d'une volière à poules et, après en avoir ouvert la porte, on l'y introduit neuf fois, en disant chaque fois :

« Passe, liasse, passerie,

a Peu houral de la garie. »

(Passe, passe, muguet, — Par la porte de la poule.)

Les pauvres oiseaux, paisiblement installés dans la volière, se retirent aussitôt dans un coin, ne comprenant pas le sens de la scène à laquelle ils assistent. Tout étonnés, ils regardent les personnes qui viennent les troubler du dehors, et — pourquoi ne le dirais-je pas? — ils ont l'air de se demander de quel côté sont les plus bétes....

Une bonne femme me disait :

— On peut encore guérir la passeric en frictionnant la bouche de l'enfant avec du miel

— A la bonne heure!

— Mais, Monsieur, ajouta-t-clle, la volière vaut mieux !

LE PRUZEROU.

— Qii'est-ce que le pni::^crou?

— C'est une maladie.

— Quelle maladie?

— Une maladie terrible....

— Mais encore ?

— Une maladie qui frappe bien des gens et pour la guérison de laquelle il faut user d'un secret.

— duelle maladie enfin ?

— FJle consiste dans des coliques, des maux d'estomac, des souffrances générales, le tout causé par le déplacement d'un intestin.

— Qu'en disent les médecins ?

— Les médecins n'en disent rien.... parce qu'ils n'en savent pas davanta<^e.

Je demande pardon de reproduire ainsi le commencement d'une conversation que j'ai eue ces jours derniers avec une personne du peuple disposée à m'apprendre ce qu'elle savait.

MM. les médecins^ en effet, ne connaissent pas le pru:(crou ; mais, je l'ajoute, ils n'ont pas besoin de le connaître, car le pru^erou n'est éprouvé que par certaines gens de la campagne qui, pour en guérir, se soumettent exclusivement aux secours d'un magicien spécialiste (').

Comme on va le voir, la pratique superstitieuse en usage est fort compliquée.

Consulté par le malade, le magicien fait le signe de la croix.

Puis, ayant tendu un cordon ou un ruban, il y mesure avec son bras droit une longueur de trois coudées dont il fixe les points extrêmes avec deux épingles.

Il récite alors cinq pater et cinq ave.

Cela fiùt, il mesure de nouveau les trois coudées entre les deux épingles.

Partant de la première épingle, si, en avançant son bras ,trois fois, il n'arrive pas juste à la seconde avec le bout du doigt majeur, c'est-à-dire si son doigt porte au-delà ou reste en deçà, il déclare que le malade est réellement atteint du pru:(erou.

Les deux récitent aussitôt sept pater, sept ave, trois actes de contrition et trois je vous salue,

QjLi'on reconnaisse surtout une différence énorme entre

(I) La maladie en question, connue sous le nom de jïncerou dam* une partie du Béarn, j^rincipalcmcnt du côté do Garlin, est appelée couU', à Lescar et dans plusieurs autres localités.

-soles ave et les je vous salue; il m'a été dit que ce n'est pas du tout la même chose !

Les paier ne se comptent que mentalement; ils seraient sans valeur s'ils étaient comptés sur les doigts.

Les prières terminées, l'opérateur fait entendre ces paroles :

« Que lou boîtn Diu que boulhe

€ Que (ici le nom du malade) ]^)i(,ixque fjoari de l'espruzeroadure,

« Coum la Mail de Dm hé de soun enfantadure ;

tt Et, coum lou Pa?/, lou Hilh labee qu'ai honlhe. »

(Le bon Dieu veuille — Que X.... puisse guérir du pruzerou, — Comme fit la Mère de Diou de son enfantement ; — Et, comme le l'ère, le Fils aussi le veuille.)

Si, après avoir mesuré la seconde fois ses trois coudées, le magicien avait trouvé exactement le même point que la première fois, il aurait dû avertir le consultant que sa maladie n'était pas le pruzerou et qu'il devenait indispensable de parler à un médecin...

Mais il a trouvé une mesure plus ou moins longue, selon sa volonté. Il sait bien que plus il paraît donner de soins, plus le malade doit se montrer reconnaissant et...

généreux

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