LE BAPTÊME RETARDÉ
Dans les hautes et moyennes classes de la société, il arrive fréquemment de retarder le baptême d'un enfant à l'église; les motifs peuvent en être nombreux et bien légitimes. On procède à l'ondoiement et l'on attend sanscrainte le jour où le nouveau-né sera porté dans la maison de Dieu pour la cérémonie du premier sacrement.
Le peuple de nos campagnes a pour règle rigoureuse de faire administrer le baptême à l'église dans la journée même de la naissance. Si, par extraordinaire, cela ne se peut point, les parents passent la nuit suivante dans les transes, car ils croient que le démon va venir avant le lever du soleil pour s'emparer de l'enfant.
Voici les précautions prises pour écarter ce malheur :
Une femme qui se sent la force de ne pas dormir de toute la nuit fait allumer à ses côtés deux cierges bénits, couche le nouveau-né sur ses genoux et le berce sans cesse en prononçant ces paroles :
« Droum, droum tranquile, berouyou, « Qu'es pîaa goardat per l'anyoulou.
« Doutnaa que-t deram u sent noum, « Droum, droum. »
(Dors, dors tranquille, joli petit. — Tu es bien gardé par le petit ange. — Demain nous te donnerons un saint nom, — Dors, dors.)
Pendant que la berceuse surveille l'enfant, elle est surveillée elle-même par d'autres personnes pour que le sommeil ne la gagne pas; ce sommeil, quelque léger qu'il fût, permettrait au diable d'accomplir son œuvre.
Pourquoi les paroles béarnaises que j'ai rapportées ne sont-elles pas dites en dehors de toute pratique superstitieuse ? Elles ont tant de charme !