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LA FASCINATION

On appelle fascination un charme qui empêche de voir une chose telle qu'elle est.

Pour pratiquer ce maléfice, il faut avoir des yeux vifs, brillants, et pouvoir fixer une personne, « dans les yeux », assez longtemps sans se fatiguer. 11 est bon aussi d’avoir une parole brève et impérative. L’opérateur attire à lui l’attention de son sujet, d’une façon brusque, soit en l'appelant par son nom, soit en lui donnant une chiquenaude ou une légère gifle, il fixe aussitôt ses yeux sur ceux du sujet et, si la fascination réussit, celui-ci reste immobile, les yeux rivés au regard de l’opérateur.

Quelquefois le sorcier fait sa «prise de regarda d’une façon plus insidieuse ; c’est tout en parlant d’affaires et d’autres, qu’il fixe doucement sa victime jusqu’à ce que celle-ci s’aperçoive, mais trop tard, qu’elle ne peut éviter le regard fascinateur.

Dès lors, c’en est fait du malheureux : le sorcier lui dira : suis-moi, et il le suivra partout ; il lui dira encore : regarde cette belle vigne et ce beau raisin, le malheureux fasciné rira; ne sait-il pas en effet qu’il est au mois de janvier et que la neige couvre la terre; il lèvera cependant la tête, et quelle ne sera pas sa stupéfaction de voir serpenter devant le cabaret où il se trouve une belle vigne couverte de raisins superbes. Dans ce même cabaret sont installés deux paysans auxquels le sorcier a déjà joué de semblables « tours», autrefois. Ils commencent à s’inquiéter et veulent s’en aller; d’une seule parole le fascinateur les a rivés sur leur chaise : a Personne ne sortira d’ici contre ma volonté ». Puis, semblant se raviser, il leur dit : « Puisque vous êtes si pressés de partir, allez-vous en, mais je vous avertis, vous ne rentrerez pas chez vous cette nuit ». Les paysans s’en vont, en souriant; ne savent-ils pas qu’avec dix minutes de marche sur cette belle route qu'éclaire la lune, ils pourront être rentrés chez eux, au hameau voisin.

Bientôt ils ne s’entendent plus sur le chemin qu’ils doivent suivre, ils se séparent et chacun d’eux erre toute la nuit,

sans pouvoir retrouver sa maison. Lorsque le jour parait,

chacun s’aperçoit subitement qu’il est tout près de sa de-

meure, mais il ne sait où il a bien pu errer pendant toute la n uit....

Quelquefois le fascinateur se sert dé son pouvoir, pour se faire aimer et « se faire suivre », de telle ou telle jeune fille, qui, sans l’action du charme, ne saurait tolérer ses assiduités.

On serait tenté, à première vue, de rattacher à la fascinalion le maléfice désigné sous le nom de « mauvais oeil »; mais en réalité ces deux maléfices n’ont de commun que l’emploi du regard. Le fascinateur agit, sciemment, dans un but voulu, bon ou mauvais. Celui qui a le mauvais œil, le « jettatore » comme disent les Italiens, agit habituellement d'une façon inconsciente, et produit un effet funeste, indépendant de sa volonté; c’est là une sorte d’envoûtement involontaire, que nous étudierons avec les autres espèces d'envoûtement.

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