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ÊTRE SURNATUREL

Chez certains sauvages modernes, toute maladie est — nous l’avons vu — considérée comme produite par un génie malfaisant. Il en fut de même chez tous les peuples primitifs, et le sorcier fut à la fois prêtre et médecin.

Peu à peu, la médecine fut laissée entre les mains de prêtres spéciaux et se trouva ainsi séparée du sacerdoce proprement dit.

Le médecin, devenu indépendant, commença à trouver l'explication naturelle d’un grand nombre de maladies. La théorie de la possession par les mauvais génies ne fut plus admise que pour les troubles pathologiques peu connus, tels que les troubles nerveux et mentaux.

Qu'ils s’appellent djinns, ainschapads, larves, lutins, follets ou démons, ce sont toujours des génies qui sont censés causer les maléfices, soit de leur propre mouvement, soit plus souvent sous la direction d’un sorcier.

Les religions dualistes ont hiérarchisé tous ces méchants esprits et en ont fait les serviteurs du « Maudit », de Typhon, d’Ahriman, de Satan. Les prêtres de ces religions ne pouvaient tolérer ni les guérisons, ni les miracles hors de leurs temples; ils détestaient le médecin, mais ils exécraient encore davantage la sorcière. « On divisa habilement le royaume de Satan. Contre sa fille, son épouse, la sorcière, on arma son fils, le médecin (4). »

On conféra pompeusement à celui-ci, qui n’était le plus souvent qu’une sorte de Purgon fort ignare, le droit d’exercer la thérapeutique « urbi et orbe ». Par contre, « on déclare que si la femme ose guérir, sans avoir étudié, elle est sorcière et meurt ». Mais étudier publiquement, c’était une condition impossible à réaliser pour la femme; Michelet nous montre bien quelle « scène risible, horrible », c’eût été si la « pauvre sauvage » était entrée dans les écoles, au milieu « des moinillons et des capets».

D’ailleurs, que serait-elle allée apprendre à l’école? Les « secrets » auxquels elle avait recours, n'étaient-ils pas le 1>1 us souvent infiniment supérieurs à la thérapeutique ridicule des clercs et des docteurs à grand bonnet ?

La lutte était inégale; le médecin faillit succomber: tout le (*)

(*) Michelet, Loco cil. Introduction, XX.

inonde courait à la sorcière. C’est alors que l’Eglise dut admettre qu’il est de bons poisons et permettre à ses médecins de disséquer publiquement, afin de lutter contre la vieille sorcière et son acolyte, le barbier, qui souvent en avaient plus appris, en fait d’anatomie, sur les cadavres volés dans les cimetières, que n’en savaient les plus grands professeurs de médecine.

La sorcière se cacha; le médecin triompha, mais le sacerdoce n’y gagna rien, car le médecin, revenu à letude de la nature, apprécie et adopte les procédés des sorcières qui lui semblent bons ; il met de la méthode dans ses études. Il s’institue prêtre de l’humanité souffrante. Il nie l’action du surnaturel dans la pathologie, car, à l’exemple de bon nombre de philosophes, il ne voit plus dans le diable que la personnification imaginaire du mal.

Il commence à établir la nature des différentes maladies et des différents phénomènes, qui jusque-là avaient été attribués à l’action du surnaturel : il réclame, pour les livrer à la douche ou à l’hypnose, les maléflciés et les possédés, dont les prêtres s’étaient jusqu’à nos jours réservé le traitement.

Toute intervention surnaturelle est ainsi rejetée de côté ; et pour l’étude que nous allons faire, nous nous contenterons de diviser les maléflciés en deux grandes classes, ceux qui n'ont subi l’action d’aucun sorcier et ceux qui ont subi une certaine influence de la part d’un sorcier.

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