‹ La sorcellerieChapitre 30 sur 35 · CHEZ LES PRÊTRES · texte numérisé non relu

CHEZ LES PRÊTRES

Si le maléficié préfère s’adresser à un prêtre, celui-ci lui conseillera toujours la prière, il lui donnera ensuite différents conseils, qui varieront avec la religion qu’il représentera.

Le mieux armé pour la lutte contre les maléfices est certainement le prêtre catholique.

Il pourra prescrire au malade « la pratique des sacrements », il pourra lui remettre de « l’eau bénite », « des médailles », « des reliques de saints », afin de lui permettre de lutter lui-même contre l’ennemi. Il pourra « dire la sainte Messe à l’intention du malade ». Il dira de préférence la messe rouge , « la messe des martyrs», à laquelle le maléficié doit assister en silence; il pourra « l’envoyer dans un lieu de pèlerinage célèbre », et s’il aime les spécialités, il pourra se rappeler qu’il y a encore deux églises fort renommées pour

C) Ijr F. Rkgna.ult, De l’ hypnotisme dans la genèse des miracles. Revue d’hypnotisme , mars 1894.

la guérison des maléfices, l'une est Xotre-Daine de Retour, à Tou g res (18 kilomètres de Liège), l’autre « en France, est l’église de Lépine, près de Clialons (*). »

11 n’oublierait pas non plus que, pour détruire les maléfices qui rendent les mariages stériles, il suffit de faire un pèlerinage à Trêves, « où on a conservé le membre viril de saint Barthélemy. »

Le prêtre peut aussi, après avoir demandé l'autorisation à son évêque, avoir recours à l’exorcisme. Il devra alors se conformer aux conseils du Rituel romain (*) :

« Tout d’abord, il ne doit pas croire trop facilement qu’une personne est possédée du démon; il y a des indices certains auxquels on distinguera ceux qui sont mélancoliques ou simplement malades des possédés.

» Les signes principaux de la possession du démon sont : l’impossibilité de tenir un raisonnement ou de comprendre ce que l’on dit ; l’action de dévoiler des secrets et d’autres- faits de nature différente.

» D’ailleurs, afin d’être mieux renseigné, on devra, après un premier ou un second exorcisme, interroger le possédé et lui demander ce qu’il aura ressenti, soit dans son esprit, soit dans son corps, pour connaître quelles sont les paroles par lesquelles le démon est le plus effrayé, afin de les répéter plus fréquemment dans la suite.

» L’exorciste devra se mettre en garde contre les ruses- employées par les démons pour le tromper. Les démons, en effet, ont l’habitude de répondre par des mensonges et de manifester difficilement leur présence, pour que l’exorciste, fatigué, arrête ses prières, et que le malade ne paraisse pas possédé du démon. Le diable, en effet, permet quelquefois aux malades de goûter le repos ou de recevoir la sainte Eucharistie, afin de faire croire à son départ. Enfin les ruses des démons pour tromper les hommes sont innombrables, et l’exorciste doit se mettre en garde, pour n’être point leur dupe.

(1) Jules Bois, Le Satanisme et la Mat/ie , p. 325.

(2) Rituel romain, édité par ordre du pape Paul V, Cap. « De exorcizandis obsessis a dœmonio », p. -101-132

» Pour être exorcisé, le possédé (l’énergumène) sera conduit dans une église, si la chose est possible, ou dans un autre lieu religieux et honnête, séparé de la foule. Mais, si le possédé est malade, si c’est une personne de noblesse ou pour toute autre cause honnête, il pourra être exorcisé dans une habitation privée. «

Il faudra, si c’est possible, faire jeûner le possédé, le faire prier, se confesser et communier; on placera devant lui un crucifix et des

reliques.

« Le malade devra se recueillir et demander sa délivrance avec humilité et avec une foi profonde

» L’exorciste devra réprimer ou mépriser les rires, les plaisanteries ou les inepties du démon et il avertira les assistants, qui seront peu nombreux, qu’ils ne doivent ni s’occuper de ces choses, ni interroger le malade, mais prier Dieu pour lui.

» C’est sur un ion de commandement et d’ autorité, mais cependant avec foi, humilité et ferveur que le prêtre doit prononcer les prières de l’exorcisme. Lorsqu’il voit l'esprit malin tourmenté, il doit insister et le presser; s’il voit le démon s’agiter dans quelque partie du corps du possédé ou une grosseur apparaître il doit y faire le signe de la croix et

l’asperger d’eau bénite, dont il doit être pourvu

» Il devra ordonner aux démons de dire s’ils sont enfermés dans le corps par une opération magique ou par une sot'te de maléfice ; qu’il les fasse rendre à l’obsédé, si celui-ci les a avalés; et, s’ils ne sont pas dans le corps, qu’ils, indiquent l’endroit où ils se cachent; alors, dès qu’on

les aura découverts, on les brûlera

« Le prêtre devra, avant de procéder à l’exorcisme, se confesser ou tout au moins s’accuser de ses péchés au fond de son cœur. Il devra, autant que possible, avoir accompli le saint sacrifice de la messe et avoir imploré le secours de Dieu, à l’aide de pieuses prières. Il sera revêtu d’un surplis et d’une étole violette, dont l’extrémité entourera le cou de l’obsédé. Le malade, s’il y a danger pour l’exorciste, sera attaché.

» L’exorciste et les assistants font le signe de la croix et, lorsque ces derniers seront agenouillés, il les aspergera d’eau bénite. «

Après avoir récité « les litanies ordinaires » et le « psaume LIII », le prêtre fait une prière à Dieu pour lui demander

la délivrance du maléfieié, puis il s'adresse directement au démon :

« Qui que tu sois, je t’ordonne, esprit immonde, ainsi qu’à tes compagnons, qui obsèdent ce serviteur de Dieu, au nom des mystères de l'Incarnation, de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de X. S. J.-ü. et au nom du Saint-Esprit, de me dire ton nom et de m’indiquer, par un signe quelconque, le jour et l’heure où tu sortiras de ce corps. Je t’ordonne de m’obéir, à moi, ministre indigne de Dieu, et je te défends de tourmenter cette créature de Dieu et aucun des assistants. »

L’exorciste, après avoir lu un Evangile suivant saint Marc (XVI), un Evangile selon saint Luc (X) et fait quelques autres prières, continue par la conjuration suivante :

« Je t’exorcise, très immonde esprit ( ivimitnclissime spirüvs /), au nom de X. S. J. -C-., ie t’ordonne de t’arracher et de sortir de cette créaturc que Dieu a façonnée avec de la terre; celui même qui, du haut des cieux. t’a précipité dans les profondeurs' de la terre et te commande; celui même qui a commandé à la mer, aux vents et aux tempêtes te l’ordonne. Entends donc et tremble de crainte, Satan, ennemi de la foi, ennemi du genre humain, messager de la mort, ravisseur de la vie, oppresseur de la justice, racine de tous les maux, source de ( tous les viceç, séducteur des hommes, traître à toutes les nations, origine de l’avarice, inventeur de l’envie, cause des discordes et des douleurs.

» Pourquoi restes-tu ? Pourquoi résistes-tu ? Crains celui qui a été immolé pour Isaac, vendu pour Joseph, tué pour un agneau et qui a fini par triompher de l’enfer. »

Le prêtre s’arrête alors pour faire plusieurs signes de la croix sur le front du possédé; il récite diverses prières, puis reprend ;

« Je t’adjure, vieux serpent (serpens antique!), au nom des jugements et des morts, au nom de (on créateur, au nom du créateur du monde, au nom de celui qui a la puissance de t’envoyer dans l’enfer, de sortir immédiatement avec l’armée de ta fureur (excrcilu favoris Lui),

«1«‘ ce serviteur do notre Dieu, qui so réfugia avec crainte «Inns le s,«jn do l'Kgliso.

" .lo i a«ljuiv «1«> nouvoau (signe «lo eroix sur lo front «lu possédé) non au nom «lo ma faiblesse, mais au nom «h1 la puissance «lu Saint-Ksprit. «!«' sortir «!«' ce serviteur «!«' Dieu. <|UC notre 1 >iou tout puissant a crée à son image. Obéis «lone ! obéis, non à moi. mais au ministre «lu Christ. I. a puissance «le celui qui t'a soumis ù sa oroix t«' presse. Redoute le bras «le celui qui a eomluit les âmes à la lumière, après avoir vaincu les gémissements «!«' l'enfer. Que l«' corps «le cet homme t'inspire la terreur (signe de eroix sur la poitrine): que l'image «!«' Dieu t'inspire la crainte (signe «le eroix sur le front): im résiste pas et hàte-toi «!«> sortir «lu corps «le eet homme, car il plaît au Christ «le l'habiter.

« Pieu. la Majesté du Christ. le Saint-Ksprit. le sacrement de la «Toix. la foi «les saints apôtres Pierre et Paul «>t «les autres saints, le sang des martvrs. l'intervention des saints et dt's saint«‘s. les mvstèivs de la foi chrétienne t'ordonnent «l'obéir. Sors donc, violateur de la loi! Sors, séducteur empli «!«' ruse et «le tromperie, ennemi «le la vertu, persécuteur des innocents! Cède la place, très cruel! « 'rfàwi'H/r/ ) cède la place, très impie! nmpihsimo !) cède la place au Christ, que tu ne peux atteindre. qui t'a dépouillé et chassé de son royaume, qui t'a enchaîné, après t’avoir vaincu et t'a enlevé tes vases et qui t'a précipité dans les ténèbres extérieures où la mort vous attendait, toi et tes compagnons.

« Mais pourquoi résistes-tu cruellement? Pourquoi refuses-tu témérairement d'obéir ? Tu es coupable envers le Dieu tout puissant dont tu as transgressé les «mires. Tu es coupable envers N. -S. J.-C.. que tu as osé tenter et que tu as eu la prétention de crucifier. Tu es coupable envers le genre humain, auquel tu as offert le poison de tes conseils.

« .le t’adjure donc, dragon très vicieux, au nom de l'agneau immaculé qui a marché sur l’aspic et le basilic, qui a vaincu le lion et le dragon de sortir du corps de eet homme (signe de la croix sur le front), de t'en aller de l'église de Dieu (signe de croix sur les assistants).

» Crains et retire-toi. après l'invocation du nom de ce maître qui fait trembler les enfers; à qui les Vertus «les eieux. les Puissances et les Dominations sont soumises ; dont Chérubin et Séraphin, sans jamais être fatigués, chantent les louanges en disant : Saint, saint, le Seigneur Dieu Sabaoth.

» Le Verbe, qui s’est fait chair, le fils de la Vierge, Jésus de Nazareth t’ordonne de sortir de cet homme. Retire-toi donc maintenant, que tu es adjuré au nom de celui que Dieu a lui-mème créé avec delà terre. Il l’est difficile de résister , de regimber contre cet ordre. Plus tu tarderas à sortir plus ton supplice sera grand, car ce n’est pas les hommes que tu méprises, mais celui qui commande aux vivants et aux morts et qui viendra juger les vivants et les morts. »

Le prêtre dit encore quelques prières, puis il termine par ce « puissant exorcisme » :

a .Te t'adjure donc, tout esprit très immonde, tout vain fantôme, tout envoyé de Satan, au nom de ,T.-C. le Nazaréen, qui fut conduit dans le désert, après le baptême de Saint-Jean et qui t'a vaincu dans ta demeure. de cesser d’obséder cette créature que Dieu, à son honneur, a tirée du limon de la terre, et de redouter, dans cette misérable créature, non la fragilité humaine, mais l'image du Dieu tout puissant. Cède donc à Dieu qui a précipité dans l’abîme toi-même et ta fourberie dans la personne de Pharaon, par l'intermédiaire de son serviteur Moïse. Cède donc à Dieu, qui t'a condamné dans le traître Juda Iscariote. Il t’a touché de ses coups divins, lorsqu’en sa présence, tremblant et vociférant, tu as dit à tes légions : Jésus, fils du tout puissant, es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps? Jésus te condamne à des flammes éternelles, lui (pii. dans la fin des temps, doit dire aux impies : Eloignez-vous de moi. maudits, et allez dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses serviteurs. Les vers vous attendent, toi et les

tiens; un feu dévorant vous est préparé pour l’éternité, car tu es la

cause de l'homicide maudit, tu es l'auteur de l'inceste, tu es l’organisateur des sacrilèges, tu es l'instigateur des plus mauvaises actions ; tu es celui (pii enseigne l'herésie et tu es l'inventeur de tout ce qui est obscène. Sors donc, impie, sors, scélérat, avec tous tes mensonges, car Dieu a voulu faire son temple du corps de cet homme.

» Mais pourquoi restes-tu plus longtemps ici? Obéis à Dieu le Père, devant qui toute créature fléchit les genoux; cède la place ù N. S. J, -P. (pii a voulu répandre son sang sacré pour l'humanité; cède la place à rivsprit-Saint. qui. par son bienheureux apôtre. Pierre, t’a vaincu dans

le mage Simon; <n»i a condamné ta fourberie clans Anania et Saphira ; qui t’a frappé dans Hérode, qui n'a pas voulu honorer Dieu; qui, par son apôtre Paul, t’a rendu aveugle dans le mage Elyma. Sors donc, maintenant, sors , séducteur. Le désert est la résidence. Ta demeure est celle d’un serpent; humilie-toi et prosterne-toi. Tu n’as pas de temps à perdre. Voici, en effet, Dieu le Maître, il s’avance rapidement et le feu brûlera ses ennemis, s’ils restent dans sa présence. Si tu as pu tromper un homme, tu ne pourras te moquer de Dieu. Il te rejettera, celui pour les yeux de qui rien n’est caché. Il te chassera, celui qui tient tout en son pouvoir. Il te fera sortir, celui qui a préparé, pour toi, et pour les tiens, la géhenne éternelle; de la bouche de qui sort un glaive aigu, qui viendra juger les vivants et les morts et le siècle par le feu. »

Le prêtre et les assistants récitent ensuite des Pater, des Ave, des psaumes.

Si nous avons tenu à rapporter ici en détail tout le rituel de Texorcisme, c’est pour faire comprendre quelle peut être la puissance de cette pratique : il n’est pas nécessaire d’être un « grand initié », pour saisir comment agit cette longue conjuration, débitée en latin, devant le maléflcié, au milieu d’une grande pompe, par un prêtre plein de foi. L’effet produit doit être d’autant plus rapide et complet, que l’exorciste et le maléflcié se sont plus longuement et plus minutieusement préparés à cette cérémonie.

Il y a déjà longtemps que de nombreux auteurs ont attribué au pouvoir de l’imagination, c’est-à-dire à la suggestion, l’action des reliques et des exorcismes.

Ponponace avait osé écrire que « ceux qui ont recouvré la santé par le culte des religions n’ont obtenu ce résultat que par l'effet de l’imagination et de leur croyance, au point que, s’ils portaient sur eux ou s'ils allaient adorer des os de chien croyant que ce sont des ossements de saints, ils ne laisseraient pas que de recouvrer néanmoins la santé (1). »

(p Ponponace, De incantationibus , cité par le docteur Marrin {Hypnotisme théorique et pratique, Paris, 1889, p. 246).

Wiera expliqué de la même façon, l’action des exorcismes, et il a rapporté l’histoire de différents malades, qui avaient été guéris de leurs maladies, en portant suspendus à leur cou des « billets ridicules » auxquels ils attribuaient un pouvoir mystérieux.

Sous Henri III, l’évêque d’Amiens « ordonna à un laïc de se vêtir d'habits sacerdotaux et de feindre d’exorciser une possédée sur les Evangiles; on lut, à la place, les épftres de Cicéron». Le prétendu diable, qui ne savait pas le latin, se conduisit ici comme en présence d’un exorciste.

Lorsqu’on objecte de tels faits à un prêtre, il répond que c’est là l’œuvre de ce Satan, qui « se plaît à produire de faux miracles, pour singer Dieu. »

L’Eglise, à notre époque, où une certaine incrédulité règne même parmi lespra tiquants, abandonne souvent au médecin, pour qu’il tes livre au bromure, à la douche et à l’hypnose, des malades qu’autrefois elle n’eût pis craint d’exorciser.

Mais, si les antiques formules de l’Eglise sont de plus en plus délaissées, certains prêtres -n’en font pas moins profession de guérir le « mal donné ». Ils ont fouillé dans des grimoires du moyen-âge; ils ont puisé des enseignements pratiques dans l’histoire des saints; ils ont remis en honneur, pour la guérison des maléflciés, l’emploi de plantés telles que la verveine, la sauge, la pivoine, l’olivier; ils ont composé des parfums complexes, analogues à ceux que préconisaient le R. P. Sinistrari d’Ameno, et ses contemporains.

Ils ne se contentent pas de tenter la guérison du « mal donné »; ils décrivent quelquefois l’auteur du prétendu sortilège (*), et exposent ainsi aux vengeances d’un malade des personnes qui n’ont eu aucune action sur l’évolution de la maladie,

(i) Voir Dr rl p Prrry, Lorn ritato, Observation X, p. 148.

Page 1