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CHEZ LES MAGES

Si notre maléficié s’adresse à un occultiste, il se verra imposer un traitement plus ou moins compliqué, suivant son cas.

Mais pour que nous puissions comprendre quelque peu la raison d’être de ce traitement, laissons l’occultiste nous donner un court aperçu de ses doctrines : Il admet « l’existence d’un agent unique, universel, d’une force fluidique origine de toutes choses... C’est L'or des Hébreux, VAour des kabalistes, le mercure universel de l’alchimie, la lumière astrale des mages », l’éther des physiciens.

L’une des modalités de cette force unique est inhérente à l’organisme humain et aux autres corps de la nature; elle est mystérieuse, le plus souvent à l’état latent, mais peut, dans certains cas et sous certaines conditions, donner lieu à des phénomènes inexplicables par les données ordinaires de la science, tels que le soulèvement spontané du corps au-dessus du sol ou lévitation, les mouvements d’objets matériels sans cause appréciable, la transmission de la pensée à distance, les apparitions, etc. C’est là le corps astral des mages (4), le fluide magnétique des disciples de Mesmer, le périsprit

(P Voir Pi.ytof, La Magiê, Paris 1892,

des disciples d’Allan Kardec; ce serait aussi le linga-sharira des initiés de l’Inde; « pour la science c'est la force ‘psychique. Les personnes qui l’émettent en quantité sont les médiums (*). »

Les occultistes admettent la persistance du moi après la mort et même la réincarnation; de plus ils reconnaissent l’existence de divers êtres invisibles. La magie distingue ces êtres en élémentcils, forces inconscientes des éléments, « obéissant passivement à toute influence », et en élémentaires, restes des défunts conscients et volontaires.

Parmi ces élémentaires il faut distinguer tout spécialement les larves , « vestiges vitaux des mort-nés, des suicidés, incessamment guidés par des désirs inassouvis. »

Le mage noir peut diriger contre un ennemi des élémentals, mais ce m’est pas sans danger, car ces êtres « se retourneront contre lui et le dévoreront, le jour où une volonté plus forte que la sienne les commandera. »

Il peut aussi faire appel aux élémentaires, qui « obéissent s’ils le veulent bien. Presque toujours il se présentera une larve, qui sera trop heureuse d’obéir au sorcier, pour avoir le plaisir cle diriger la force nerveuse que celui-ci extériorisera. Ce sont les élémentaires qui apparaissent aux malheureuses victimes des hallucinations de la sorcellerie, sous la

forme du diable auquel on fait des pactes (2). »

L’occultiste admet également que le sorcier agit soit en extériorisant son propre corps astral, soit en extériorisant

le corps astral d’un sujet hypnotique.

Quant à la suggestion, l’occultiste l’admet très bien, mais pour lui « les idées sont des puissances actives, des êtres réels ». Donner une suggestion à échéance consiste donc « à mettre, dans le cerveau d’un sujet, un germe en puissance, germe qui deviendra un être actif, qui naîtra à la vie, le jour

U) l)r Costk, Contribution à l’étude des phénomènes psychiques occultes, thèse n° 10, Montpellier 1893.

(fl Papus, Traité méthodique de science occulte , p. 909, Paris 1891.

fixé par l'opérateur et qui enverra son impulsion au corps astral. »

Tous les initiés, quelle que soit l’école à laquelle ils appartiennent, prétendent « pouvoir, au moyen de leur volonté, exaltée par des pratiques cérémonielles spéciales, exercer une action puissante sur toute cette population de l'invisible et posséder ainsi des pouvoirs inconnus des autres hommes (1). »

Maintenant que nous possédons quelques principes d’occultisme, suivons la consultation qui sera donnée à notre maléficié.

Le mage examine minutieusement le client : il cherche à reconnaître s’il ne se trouve pas en présence d'un malade intoxiqué, d’une hystérique, d’un cas de suggestion, etc. C’est qu’a ujourdTiui, en effet, le mage est assez fréquemment doublé d’un docteur en médecine.

Si, de son examen, il peut conclure à la suggestion, il se contente de traiter son malade en le suggestionnant au moyen de pratiques appropriées à la croyance du client.

Si l’occultiste croit pouvoir conclure à un trouble produit dans le corps astral, c’est-à-dire, en d’autres termes, dans le champ magnétique du malade, il luttera contre ce trouble, en appliquant ses connaissances sur la polarité humaine, sur l’action des aimants, peut être aussi au moyen d’amulettes métalliques ayant subi certaines consécrations.

Enfin, s’il croit qu’il y a intervention active d’un sorcier, il prescrira l’emploi de « pointes », comme cela a été fait à Cidevilleet à Valence-en-Brie ; lui-même luttera contre « l’influence », au moyen d’une épée ou d’un stylet aimanté. Il pourra aussi se contenter de faire le geste hiératique, en étendant la main. Les « pointes », quelle que soit leur nature ont le pouvoir de « dissoudre les larves », de plus, les coups qui atteignent 1’ « astral » du sorcier ont leur répercussion visible sur le corps de ce malheureux.

(fi Dr Costk, Loc. cit. (Voir Péladan, Comment on devient mage).

Pour préciser l’endroit où agit « l'influence », le mage doit isoler électriquement un « sujet ». qu'il a préalablement hypnotisé. Celui-ci voit et décrit la forme affectée par le fluide. L’opérateur, a guidé par le récit du sujet », dessine cette forme sur une feuille de papier « consacrée et parfumée sur l’heure » ; puis, au moyen d’une formule et d’une prière, il met ce dessin en communication avec l’image astrale. Il prend alors une longue pointe d’acier avec laquelle il lacère le dessin. Le sujet déclare aussitôt que l’objet fluidique a subi les mêmes mutilations que l’image matérielle.

C’est par cette cérémonie que M. le docteur Encausse a guéri « une mystique célèbre » de Londres, « qui se croyait persécutée par une ennemie considérée, à tort ou à raison, experte en magie pratique ». Cette « obsession » avait été assez forte pour déterminer deux tentatives de suicide. Une femme, hypnotisée pour la première fois, déclara voir dans un certain coin de la chambre de la malade un lacet fluidique. C’est en lacérant le dessin de ce lacet que M. Encausse traita la malade.

« Soit suggestion, soit tout autre effet, les envies de suicide par strangulation quittèrent immédiatement la malade, qui se porte fort bien depuis ce temps (il y a actuellement deux années). »

Pour nous, la suggestion suffit amplement à expliquer cet effet curatif de la cérémonie magique dans le cas de Londres.

L'emploi des pointes contre les larves n’est pas une invention récente ; nous en retrouverons des traces, en effet, chez les principaux peuples de l’antiquité :

Ulysse évoque Tirésias, après avoir placé du sang dans une fosse ; mille ombres se précipitent vers ce sang, mais Ulysse tire son épée (Icpa-ua-n cpàyavov L/ wv (*) et la pointe du fer dissipe les légers fantômes : la larve du prophète elle-

(i) Odvss<'*p .

même est effrayée et demande, avant de parler, d’être délivrée de cette épée.

Dans la Bible (Lévi tique XIX, 20‘— Ezechiel XXXI J 1, 25-26) il est également fait allusion à l’action des épées sur les ombres des morts.

Virgile nous montre la Sibylle disant à Enée, au moment où il entre dans les enfers : « Vite l’épée hors du fourreau, vite frayez la route ». Tuque invade viam , vaginaque eripe ferrum .

Les Anciens employaient le sang dans leurs évocations, les sorciers du moyen-âge sacrifiaient des tourterelles, des coqs ou des crapauds, au cours de leurs opérations ; les sauvages actuels sacrifient des animaux divers, quelquefois même des hommes (4). C’est que pour ces sorciers le sang n’est pas seulement « la liqueur qui fait germer les plantes, aide les animaux des troupeaux à se propager », c’est encore le vecteur de cette force vitale, de cette substance astrale dont se nourrissent les divinités, élémentals, mânes, larves, etc. Par de telles pratiques les sacrificateurs espèrent tantôt attirer les divinités bienfaisantes, tantôt désarmer le courroux de dieux irrités, tantôt enfin détourner de leurs récoltes ou de leurs entreprises l’attention des génies malfaisants. Peutêtre aussi le prêtre s’imagine-t-il, quelquefois, que toute cette force vitale qu’il libère dans les sacrifices, sera soumise à sa volonté et qu’il aura ainsi le pouvoir d’un dieu, comme cela devait arriver dans YAcva-mêdha ou grand sacrifice de cent chevaux fait à Indra.

Quoi qu’il en soit, la puissance du sang répandu joue un grand rôle dans tous les cultes ; aussi ne devons-nous pas nous étonner de voir les mages, qui prétendent conserver les grandes traditions religieuses, attribuer une certaine action au sang, dans leurs cérémonies rituelles. Voici, par exemple, comment on doit opérer, d’après le rituel de Ch. Barlet modifié par Papus, pour « une personne violemment obsédée ».

(fi Dr A. Corre, Le meurtre et le cannibalisme rituels, 1893.

« On prendra une mèche de cheveux de la personne en question, et on encensera cette mèche en la consacrant d’après le procédé habituel.

» Cela fait, on fera venir le malade et devant lui on trempera la mèche de cheveux dans le sang d’un pigeon ou d’un cobaye, également consacré sous les influences de Jupiter et d’Apollon, en prononçant la grande conjuration de Salomon. Pour cette opération l’officiant purifié sera vêtu de blanc.

» Ensuite, on placera la mèche teinte de sang sur une planchette, et on tracera tout autour de la mèche un cercle, avec un mélange de charbon et d’aimant pulvérisé.

»Cela fait, on écrira aux quatre points cardinaux, dans l’intérieur du cercle, les quatre lettres du tétragramme sacré.

» C'est alors, qu’avec l’épée magique (ou à défaut avec une pointe d’acier ordinaire terminée par un manche isolant en bois verni), on piquera fortement la mèche de cheveux teinte de sang, en ordonnant à la larve de se dissoudre.

» 11 est rare que cette expérience répétée trois fois à sept jours d’intervalle, ne donne pas un résultat pleinement satisfaisant. . . »

« Cette cérémonie, ajoute Papus, nous a plusieurs fois donné de merveilleux résultats dans des cas qui auraient nécessité l’internement immédiat du malade (4). »

D’après Papus, les pointes se conduiraient ici, vis-à-vis des larves comme vis-à-yis des agglomérats électriques (“2).

En résumé, le mage croit que les larves sont avides de substance astrale ; il leur en offre en faisant un sacrifice ; les larves se précipitent imprudemment sur le sang où elles sont « dissoutes » par les pointes d’acier. C’est très simple, comme théorie.

Il est certain qu’une telle opération, faite devant le maléficié, en suivant les détails du rituel, doit constituer une sug-

(1) Papus, Traité élémentaire de Magie pratique, p. 422.

(2) Les obsédés seraient remplis de larves ; les Latins ne donnaient-ils pas an fen l’épithète « plenus larvarum ». D’après Decrespe (Microbes deV Astral) les larves seraient des agglomérats électriques négatifs.

Régnault

gestion puissante, qui pourra souvent amener la guérison dit malade, si celui-ci a foi au pouvoir du mage.

En dehors de la suggestion, cette cérémonie a-t-elle dans certains cas, une action réelle ? C’est là une question à laquelle il nous est impossible de répondre actuellement d’une façon positive, mais il nous semble que la suggestion explique amplement les effets produits; pour le moment nous nous contenterons donc de cette explication.

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