IH
en 1750 on y vit brûler une religieuse, appartenant à une famille de grande noblesse. Cette femme avouait s’être livrée û diverses pratiques maléfiques pour faire mourir plusieurs personnes, qui cependant avaient résisté ù la puissance de ces sortilèges (*). »
Vers cette même époque, on trouve en Hongrie, un émule de Gilles de Raiz : la comtesse Batliory, qui préparait ses charmes dans les sombres souterrains du chatcau de ■Sclieuta, près de Vaag, « immola plus de six cents jeunes filles (-) » dans le chimérique espoir de s’embellir, au moyen de drogues magiques préparées avec leur sang. Plus tard, « parvenue à Page où la vanité cesse d'avoir des prétentions, non seulementellecontinuaces horreurs, mais elleprit encore plaisir à manger la chair de ces infortunées. »
C’est à cette malheureuse folle que pensait l’auteur de « la Vampire » lorsqu’il a écrit son roman (3).
Vers la fin du xvm° siècle, nous voyons apparaître Mesmer, qui, reprenant les idées d’anciens occultistes tels que Paracelse, Van Helmont, Robert Fludd et Maxwell, vient enseigner la théorie du magnétisme animal et de l’influence astrale. Il sut rendre ses théories populaires, et dès lors, une foule de braves sceptiques, qui avaient beaucoup ri des sortilèges, tant que la sorcellerie avait été l’apanage de Satan, s’empressèrent d'admettre la possibilité de ces mêmes sortilèges en les expliquant par l’action du fluide à la mode.
Les histoires étonnantes qu’on racontait au même moment de Joseph Balsamo, plus connu sous le nom de Cagliostro, ne contribuèrent pas peu à répandre dans le public la croyance au pouvoir de la magie.
Pendant la Révolution etl’Empire l’occultisme a de brillants succès. Le marquis de Puységur démontre officiellement l’existence du somnambulisme provoqué. Le docteur Petetin
(!) Dkchambrk,Xoco cit.
(s) Dk Rksik, Loco ritato, t. II, p. 16. (p Paul Féyaï,, La Vampire.
prétend prouver Fcxtra-lucidité des somnambules. Mlle Lenormand succède au fameux Cagliostro et au spirituel Cazotte ; elle voit défiler dans son cabinet de consultation, après Danton et Robespierre, les différents membres du Directoire, le premier consul, plus tard l’empereur, enfin, Louis XVIII.
Pendant ce temps la sorcière des campagnes relève la tète, car celui-là, qui est souvent son concurrent, toujours son mortel ennemi, le prêtre, a dû fuir ou se cacher.
C'est alors qu’on commence clans le public à faire une distinction assez nette entre la magie et la sorcellerie. La première est pratiquée par des gens qui ont étudié le magnétisme animal, qui s’efforcent de connaître les lois de l’occultisme et qui, pour obtenir un résultat voulu, se conforment à la théorie à laquelle ils se rattachent. La seconde est pratiquée par des campagnards ignorants, qui se passent de père en fils des recettes compliquées auxquelles ils ne comprennent rien, mais auxquelles ils se conforment cependant pour obtenir les résultats voulus.
Le premier procès remarquable, dans lequel nous voyons intervenir la sorcellerie, au xixe siècle, fut jugé en Angleterre en 1815 ; il donna lieu à un incident, qui mérite d’être noté ici: une femme, mistress Turner, avait été mise en accusation comme complice du meurtre de sir Thomas Overbyry. Au cours des débats, le procureur lui reprocha de s’être adressée à un « maître ès sciences magiques », un certain docteur Foreman et « d’en avoir obtenu des secrets, pour se faire aimer de sir Arthur Mamwaring». On avait couvert le bureau de la Cour de papiers, de portraits et autres objets prétendus magiques qui devaient servir de pièces à conviction. Ce procès dans lequel le merveilleux était en cause, avait naturellement attiré un nombre considérable d’auditeurs. « Tout à coup le plafond, prêt à céder sous le poids, fit entendre quelques craquements; aussitôt, ne doutant pas que tous les diables d’enfer ne fussent venus au secours de leur sorcière bien aimée, les spectateurs, les jurés, les soldats et les juges
— 1 LG —
se sauvèrent pêle-mêle, dans une horrible confusion. Plus d’un mois se passa avant qu’on ait le courage de reprendre le procès, qui sc termina, comme à l’ordinaire, par la confession et l’exécution de l'accusée (*). »
La terreur causée par la sorcière aux juges anglais ne doit pas nous étonner; dans le siècle précédent, les juges français n’avaient pas été plus braves en semblable occurrence.
Voici, en effet, 1’ « anecdote grotesque » que relate Michelet, à propos 'du procès de la Gadière : « Le rapporteur lisait son travail, ses appréciations du procès de sorcellerie, de la part que le diable pouvait avoir en cette affaire. Il se fait un grand bruit. Un homme noir tombe par la cheminée... Tous se sauvent effrayés, moins le seul rapporteur qui, embarrassé dans sa robe, ne peut bouger... L’homme s’excuse. C’est tout bonnement un ramoneur qui s’est trompé de cheminée. » Après l’affaire Turner, nous ne voyons plus, en Europe du moins, de procès dans lesquels les juges admettent le grief de sorcellerie. Nous rencontrons seulement de prétendus sorciers condamnés pour escroquerie, empoisonnement ou exercice illégal de la médecine.
En 1820, il se jugea, à Marseille, un procès qui eut un moment de célébrité. Une demoiselle courtisée puis abandonnée par un homme qui devait l’épouser, recourut à un docteur (?) réputé sorcier, et lui demanda s’il aurait « un secret pour ramener un infidèle et nuire à une rivale ». Ce grand sorcier commença par se faire donner de l’argent, puis u \\q poule noire , puis un cœur de bœuf , puis des clous. Il fallait que ces différents objets fussent volés ; quant à l’argent, il pouvait être légitimement acquis f2). »
Ces conditions ayant été remplies, l’opérateur se chargea de conduire ses sortilèges à bonne fin. Mais il arriva qu’il ne put rendre à la plaignante le cœur de son amant; celle-ci voulut au moins que son argent lui fut rendu, de là procès
(p Migne, Locü cit.
(p Migne, Loc. cit.
dont le dénouement fut lu condamnation du fameux docteur à l'amende et à deux mois de prison comme escroc. Un siècle plus tôt, il n’aurait pas échappé au bûcher.
D’ailleurs, si les juges ne condamnent plus au feu, le peuple a conservé cette barbare habitude : c’est ainsi qu’en 1824, la Cour d’assises d’Agen condamne, à la réclusion deux femmes qui, le 12 décembre, avec l’aide de deux complices, ont frappé de coups de bâton, puis essayé de brûler vive la veuve Chaffour, qu’elles accusaient de leur avoir donné des maladies au moyen de charmes (*).
En 1826, on voit près de Dax une femme jetée dans les flammes, et, interrogée au milieu d’effroyables supplices sur un prétendu sort qu’elle aurait jeté (*).
Dans les exécutions populaires, on emploie aussi quelquefois la strangulation ou la pendaison. En 1829, on faillit étrangler, aux environs de Valenciennes, une pauvre vieille» accusée d’avoir ensorcelé un cheval, qui se mourrait de la morve, et jeté un sort sur un enfant.
Quelques années plus tard, en 1886, « un fait horrible » se passe à Méry-les-Bois, près d’Aubigny, Les membres de la famille Blondet « torturent de mille manières », la femme Sestre pour la forcer û lever le sort qu’elle avait jeté sur leurs bestiaux et sur eux-mêmes. Cette dernière partie du sortilège était attestée par l'officier cle santé d’Aubigny , qui avait déclaré ne pouvoir guérir la femme Blondet, « attendu qu’elle était ensorcelée (3). »
Cette même année 1836 fut riche en faits semblables .
A Laval, le 2 L septembre, un vieillard de soixante-quinze ans « passant dans l’après-midi devant la maison du sieur Fauché, entrepreneur, fut invité, par la femme de ce dernier, à entrer. Le vieillard ne fit aucune difficulté. Mais, à peine dans la maison, la femme Fouché le somma de délivrer son enfant d’une maladie qu’elle prétendait être le résultat d’un
(<) De Rksie, Loc. rit., t. IL p. 368
pq F. Denis, Tableau des sciences occultes, 1842, p.20.
(*) Journal du Cher, octobre 1836, cité par De Rôsie.
maléfice du vieillard. Malgré scs protestations, le malheu-
d'an grand feu, qui semblait avoir été allumé d’avance. On fait chauffer une tuile, et le prétendu sorcier est placé dessus. On le menace avec des pistolets et on va jusqu’à faire feu de ces armes. Vaincu parles tortures, le vieillard promet alors la guérison de l'enfant ou bout de quinze jours et obtient à ce prix sa liberté (*). »
Dans un petit village situé près de Lausanne, à Corcel-le- Jorat, il se passa un fait qui contribua à répandre la crainte des maléfices. Un jeune homme « atteint d'une paralysie qui le prive de l’usage de ses jambes » a essayé, sans succès, plusieurs traitements : il pense qu’un « mal aussi rebelle ne peut être qu’un mal donné. »
Ses soupçons se portent sur un voisin, qu’on estime généralement comme un honnête homme, mais auquel on attribue le pouvoir de donner des maléfices. Dès lors, commence une série de tribulations pour ce malheureux et sa famille, qui « deviennent l’objet d’une réprobation générale. »
Le jeune homme n’a que des soupçons, il veut être renseigné d'une façon certaine sur la cause de son mal, et, pour cela, sur les conseils d’un ami, il fait venir un « rneige » ou sorcier. Celui-ci promet tout ce qu’on veut, mais il faut opérer chez lui et sans témoins;, il y fait transporter le malade, le Vendredi Saint 1er avril, et là, opère « à l'heure mystique de minuit ». « Le moment arrivé, il va cueillir une baguette au bord d’un ruisseau et rentre à la maison, dont il ferme soigneusement les portes et les fenêtres. Certain de n’être vu de personne, il traça avec sa baguette plusieurs signes magiques, puis ouvrit un grimoire dans lequel il lut une prière adressée à l’esprit des ténèbres. Au milieu de son invocation, la porte est brisée avec fracas ; un petit homme, vêtu d’une manière bizarre, entre brusquement et se jette sur le malade qu’il renverse de son siège. Il tombe ensuite
(Ç De Rèste, Loc. rit.
sur l’opérateur, qu’il terrasse et à qui il fait sentir la force de son bras. A leurs cris les voisins accourent, on les trouve gisant par terre, meurtris de coups, saisis de terreur et ne pouvant répondre que ces mots aux questions qu’on leur adresse: «Le diable! le diable!! » Mais le diable avait disparu et toutes les recherches, faites pour découvrir les traces qu’il pouvait avoir laissées, furent inutiles. On assure que le meige a perdu la raison et que l’état du malade à considérablement empiré.
Au reste, dans tout le pays, l’opinion est que c’est le diable lui-même qui a joué le principal rôle dans cette affaire (4). »
Près de Dantzick, dans l’ile d’Héla, au village de Cenova, un charlatan, nommé Kaminski, consulté par Pun des habitants, malade depuis longtemps, déclara qu’il s'agissait d'un mal donné. Il fît réunir foutes les vieilles femmes du village, désigna l’une d'elles comme l’auteur du maléfice et lui ordonna de lever le sort qu'elle avait jeté. La vieille refusa, prétextant qu’il n'était pas en son pouvoir de soulager le malade ; alors on commença à l’accabler de coups de bâton ;
« le malade, lui-même, la frappait avec une rage incroyable ».' Plusieurs personnes dans l’assemblée proposèrent de recourir à l’ancienne « épreuve de Veau » ; la malheureuse femme, jetée dans la mer, surnagea, et, « dès lors, il n’y eut plus de doute qu’elle ne fiit sorcière et la cause de l’enchantement. »
Les coups de bâton recommencèrent ; mais, comme la vieille prétendait toujours ne pouvoir lever le sort, on la rejeta bientôt à Peau, « on l’assomma à coups de perche » pendant qu’elle surnageait, on lui porta même plusieurs coups de couteau.
« Les coupables de cet horrible assassinat furent conduits à Dantzick et remis entre les mains de la justice. «
La Gazette de Francfort, après avoir relaté ce crime, fait
remarquer qu’il a été commis au milieu d’une population
(q Journal ch Lausanne, 23 juin 1836, cite par De Résie.
ignorante et superstitieuse et qu'il n'y avait pas d'école dans ce village (1).
De 1851 à 1861, on parla beaucoup des sorciers en Savoie, pendant l’épidémie d’hystéro-démonopathie de Morxincs.
Le 14 mars 1857, une jeune fille de dix ans, Perrone T..., voit retirer de la rivière un enfant qui avait failli se noyer; quelques heures après, elle tomba « comme morte », et reste dans cet état plusieurs heures. Un mois et demi plus tard, alors qu’elle était à garder des chèvres avec son amie Marie X..., elle perdit de nouveau connaissance, et son amie fut prise de son mal. Plus tard, les sœurs, puis les voisines de ces enfants tombèrent malades. Vingt-sept personnes furent aussi atteintes en huit mois; plusieurs d'entre elles curent des hallucinations et des convulsions; en général, toutes attribuèrent le mal au maléfice de tel- ou tel individu qu'elles accusaient de sorcellerie.
« La fille Jeanne R..., seize ans, entend une voix qui part de son estomac, qui lui crie que Champlanaz (un prétendu sorcier) lui a donné le mal et qui dit : « La fille ne' mangera pas, ne priera pas ». Et elle ne peut ni prier, ni manger (2). »
B..., âgée de dix-huit ans, voit un individu qui la regarde par un trou percé dans une porte : dès qu’elle fixe les yeux sur lui, il se transforme en oiseau et s’envole.
D’autres ont eu des crises, parce qu’elles ont rencontré un gros chien noir, qui, d’après ce qu’on disait, n'était autre que le sorcier Champlanaz métamorphosé.
Des exorcismes furent pratiqués, d’abord chez les particuliers, puis publiquement, à l'église ; mais alors, l’extension de la maladie devint rapide. Il fallut en revenir aux exorcismes particuliers, jusqu’au jour où l’autorité civile les défendit.
L’exaspération contre les prétendus sorciers croissait de jour en jour; l’un d’eux, poursuivi par une troupe furieuse de quarante personnes, armées de fourches et de haches, ne dut son salut qu’à une fuite rapide. De toutes parts on réela-
(') Gazette de Francfort, 12 août 1836, citée par De Résie.
(-) Paul Richkr, Etudes sur la grande h astérie.
mait la tête de ceux auxquels on attribuait les maléfices. Lorsque le docteur Constnns fut chargé de faire une enquête médicale à Morzines, « tous les jours, des gens honnêtes d'ailleurs, des conseillers municipaux, qui raccompagnaient dans ses courses, pour le guider et lui indiquer les malades, lui exprimaient leurs regrets de le voir s’exposer inutilement à tant de fatigues, car, tant qu’on ne couperait pas le cou à Jean Berger (l'un des prétendus sorciers) et qu'on n’en briderait pas deux ou trois sur la place, la maladie ne finirait pas (*). »
L’épidémie ne se termina qu’en 1862, après la dispersion des malades et leur internement dans des asiles d’aliénés.
Plusieurs des prétendues possédées furent guéries par intimidation. Voici deux faits entre autres : Un père menaça sa fille de la tuer si elle tombait, à nouveau, sans connaissance ; un autre menaça sa fille de la jeter dans le four qu’il venait de chauffer; dans ces deux cas, la guérison fut radicale et définitive.
Le romantisme, en exhumant les vieilles légendes du moven-âge, avec leurs héros habituels, le démon et les magiciens, avait contribué à développer, dans la première moitié de notre siècle, le goût du merveilleux.
Ce goût trouva amplement à se satisfaire lorsque le spiritisme fit son apparition. Les « tables tournantes » firent fureur et les« néo-spiritualistes » se multiplièrent.
Dès lors, les «mauvais spirites», qui veulent se servir « d’esprits inférieurs » pour faire le mal, prirent place à côté des sorciers. Le diable était détrôné. Quant au fluide, on le conservait sous le nom de « perisprit », mais il n’était plus que l'agent prêté par le médium à l’esprit, pour lui permettre de faire ses « malices ».
Le spiritisme a ainsi contribué à maintenir la croyance au pouvoir des sortilèges.
Les théories sur le mode d’action des pratiques maléfiques
p) Dr CONSTANS.
ont pu changer; ce qui n’a pas changé, c’est la terreur que ces pratiques inspirent à certaines personnes.
En Amérique, on recloute tellement les sorciers, dans certaines provinces, que récemment encore on les exécutait.
Nous voyons, en effet, dans le New-York Herald (*), de décembre 1872, qu’une vieille Indienne nommée Az-Sup-Pée-Ah- Wy-Pah, accusée d’avoir causé la mort de plusieurs de ses parents par ses sortilèges, avait été condamnée, par le grand conseil de la vallée de Pina-Nut (Nevada), à être lapidée, et avait subi cette peine.
Au Mexique, les sorciers ne sont pas mieux traités : le 4 avril 1874, Castillo « alcade de Jacobo, a arrêté, jugé, et fait brûler vifs José-Maria Bonilla et sa femme Diéga « comme sorciers », « après avoir acquis la conviction, dit-il dans un rapport adressé au préfet du district, qu’ils avaient jeté un sort sur un certain Silvestre Zacharias. »
Non content de ces premiers exploits, ce même alcade s’est empressé quelques mois plus tard de faire brûler vifs, sur la demande de -quelques habitants, une vieille femme et son fils accusés de sorcellerie.
Le gouvernement mexicain a dû intervenir pour protéger les personnes menacées des mêmes atrocités.
Partout nous retrouvons, à la fin du xix° siècle, la crainte des sorciers profondément enracinée dans le peuple.
Dans la République Argentine chacun s’empresse de brûler ou d’enterrer soigneusement ses rognures d’ongles ou les cheveux qu’il vient de se faire couper; on craint, en effet, qu'un ennemi ne s'empare de ces débris et ne s’en serve pour composer un maléfice contre la personne à laquelle ils ont appartenu.
En Russie, ce qu’on redoute surtout c’est « la ligature de l’aiguillette » au moment du mariage.
En Espagne, les sorciers sont encore assez redoutés : mais on peut combattre leurs maléfices en allant faire un pèlcri-
(*) X’io-Yorh Herald, décembre 1872, cité par Larousse, Dictionnaire .
nage ù Jaca. Dans cette localité on célèbre tous les ans, le 25 juin, la fête de sainte Orosie. Des paysans montagnards, espagnols et français, s’y rendent pour demander la guérison de divers maux, qu’ils attribuent aux sorciers ou au grand ami de ces derniers, le diable. Ces pèlerins présentent souvent des phénomènes analogues à ceux des convulsionnaires C1)-
En France, la croyance aux sorciers est encore très vivace, surtout dans le 'pays basque, la Gascogne, la Savoie, la Bretagne et la Normandie. Cela ne doit pas nous étonner d’ailleurs : qui donc, ayant assisté à des veillées normandes ou bretonnes, n'a pas entendu la vieille grand’mère raconter des histoires horribles de sorciers ou de revenants, tandis que ses petits-enfants, effrayés, se blotissent craintivement entre les jambes de leur père ou se cramponnent aux jupons de leur mère? Notre jeunesse est bercée de ces vieilles histoires, on l'abreuve, puis on l’assoiffe de merveilleux. Le père commence à ébranler, par son scepticisme, l’édifice fragile de ces superstitions; après l’école primaire il semble qu’il ne devrait plus rester que des ruines, mais ces ruines se récrépissent souvent d’elles-mèmes.
Le paysan est soupçonneux, il se défie de ce qu’on lui a appris, il n’ose ni affirmer, ni nier ce dont il n’est pas bien sûr. Si on lui demande ce qu’il pense des sorciers, il répond généralement qu’il n’y croit pas, qu’il n’v a jamais eu de sorciers: puis, après avoir réfléchi, il hésite, « on ne sait pas, il pourrait bien y avoir quelque chose de vrai, tout de même... »
C’est qu’il s’est rappelé les histoires de son aïeule, c’est aussi qu’il sait que la fille de son voisin, tombée paralysée à la suite des menaces d’un sorcier, a été guérie par un autre prétendu sorcier ; il se rappelle encore telle famille frappée d’ « une maladie qui n’était pas naturelle. »
0) José Rkig y Ga.sc.o, traduct. I)r Rodet (Journal de Médecine de Paris , n°» 23 ol 1\, 1881).-
Il suffît, en effet, d'une épidémie d’hystéro démonopntbie pour accréditer dans un pays la croyance aux sortilèges. « Nous avons vu que c’est là ce qui s’est passé à Morziues en 1861. C'est encore ce qui s’est produit en 1881, à Plédran, lors de la possession des enfants Morcet, qui a fait assez de bruit dans les journaux de Saint-Brieuc et même de Paris.
Les sept enfants de la famille Morcet, qui habite au village du Grand-Hirel, « à quatre heures au delà du bourg de Plédran » passent pour être possédés des esprits.
On raconte dans le voisinage qu’on a jeté une «passée» (un sort) sur ces enfants, et qu’ils ont subi, en même temps, l'influence de tous lesdiables de l’enfer. Aussi a-t-on recours, mais inutilement, aux secours du clergé, qui dit des messes, bénit la maison et les possédés, afin de faire cesser l'obsession.
L'ainée des enfants, Marie-Jeanne, âgée de quinze ans, fut la première atteinte : elle présenta des contractures, puis plus tard des crises de nerfs avec des mouvements désordonnés. Ces symptômes avaient débuté le 23 février; du 10 mars au 21 avril tout cessa ; le 21 avril, Marie-Jeanne se plaignit de souffrir de maux de tête et aussi deprouver la sensation d’une boulç, qui lui montait à la gorge ; après cette aura, reparut une crise de nerfs.
Le lendemain, le troisième des enfants, Pierre, âgé de onze ans, eut une crise analogue qui dura quatre heures et dont il conserva le souvenir.
Le 23, la deuxième fille, Louise, treize ans, a une attaque de nerfs.
Le 24, le cinquième enfant tombe sans connaissance.
Le 26, le sixième enfant, âgé de quatre ans, a des contractures ; le septième, bébé de sept mois, voyant tout le remueménage occasionné par la maladie de ses frères, se montre à son tour très agité.
Le quatrième enfant était domestique ; il est blessé par un cheval et revient chez lui. Il devient lui aussi très nerveux, prend plaisir à faire le contraire de ce qu'on lui dit, mais il n’a pas de crises de nerfs ni de contractures.
Les trois plus grands enfants montent sur les toits, puis descendent dans un puits profond de cinq mètres en s’accrochant seulement aux pierres ; ils se livrent ensuite à une série d’exercices aussi acrobatiques, au grand émoi des spectateurs, qui 11e voient là que l'effet de la « passée » et dû diable.
Le docteur Baratoux (de Saint-Brieuc) a pu examiner ces petits malades, il a trouvé chez eux des symptômes évidents d’hystérie (clou hystérique, hyperesthésie, hémianesthésie, dyschromatopsie, douleurs ovariennes, influence de la pres- - sion de l’ovaire sur les crises).
Quant à Marie-Jeanne, elle a eu « une crise avec ses trois période, mouvements épileptoïdes, contorsions et grands mouvements, attitudes passionnelles (*). »
Dans la région, on n’a pas manqué de rapprocher toutes les vieilles histoires de sorcellerie des faits qui se passaient à Plédran, et nombreux sont les paysans qui restent encore persuadés que tout s’est produit sous l’influence d’un sort.
La Normandie a conservé un grand nombre de ses vieilles croyances : il n’est guère de vieille femme qui 11e vous raconte une histoire de sorcellerie dans laquelle elle-même ou l’un des siens a été appelé à jouer un certain rôle.
L’une d’elles a été suivie, pendant plusieurs kilomètres, par un chat énorme, qui n’était autre qu’un sorcier transformé.
Une autre a rencontré, sur son chemin, un gros mouton qui l’empêchait de passer, elle l’a égratigné avec une épingle audessus de l’œil, et le lendemain elle a rencontré une sorcière qui présentait une égratignure au-dessus de l’œil; n’est-il pas évident que c’était cette sorcière qui se transformait en mouton pour lui jouer de mauvais tours?
Une autre a vu plusieurs de ses parents atteints d’une maladie étrange, maigrir et se dessécher sous l’influence d'un sortilège. Heureusement elle connaissait un bon sorcier qui
(1) Paul Richer, Etudes sur la grande hystérie.
a bien voulu lever le sort et le rejeter sur une poule et sur un arbre; la poule périt immédiatement et devint noire, l’arbre perdit aussitôt ses feuilles et se dessécha peu de jours après.
Ce qui contribue à entretenir ces croyances, c’est la présence dans les campagnes de sorciers guérisseurs, qui déclarent quelquefois que leurs clients on été « enkéraudés », c’est-à-dire ensorcelés, et qui font des cérémonies en conséquence (cérémonies qu’ils empruntent le plus souvent à de vieux grimoires, tels que le Petit et le Grand Albert, La Poule Noire, Les clavicules de Salomon et le Dragon Rouge.
Un voyant, plus célèbre que tous ces petits sorciers, Vintras, de Tillv-sur-Seulles, n’a pas peu contribué à affermir la croyance aux sortilèges, non seulement dans la région qu’il habitait, mais encore en Angleterre et dans les autres parties de la France, où il allait recruter des disciples, fonder des oratoires et instituer les prêtresses de son culte. Il espérait entraver l’action de tous les méchants en fondant « l’Œuvre de la Miséricorde». Il.se réservait à lui-même le pouvoir de briser la toute-puissance du rite infâme des messes noires.
Depuis longtemps déjà Vintras (Elie Stratanaël, pour les occultistes) a disparu, mais il a laissé des disciples; à Tillysur-Seulles il y a encore une de ses anciennes prêtresses. L’influence de ce prophète n’est peut-être pas étrangère à l’épidémie de visionnaires qui s’est produite en 1896 dans cette localité.
A Lyon, Vintras a laissé un adepte Adèle, l’abbé Boullan, qui n’a pas peu contribué à mettre la sorcellerie à la mode:
Ce fameux abbé, docteur en théologie, fut, pendant quelque temps, aumônier dans un couvent de religieuses; c’est là qu’il commença à savourer le mysticisme de Vintras, à se livrer à des pratiques de sorcellerie, puis à des « actes répugnants (*) » sur lesquels nous n’avons pas de détails précis,
(>) Papus, Peut-on envoûter ? Paris, 1893, p. 44.
mais qui le firent critiquer par ses supérieurs religieux et le conduisirent devant les tribunaux civils.
11 fonda alors le « Carmel », destiné à continuer « l'Œuvre de la Miséricorde »; il prêcha l'amour libre et recruta des initiées ». En 1885, il voulut devenir célèbre en dehors de l'Eglise qu’il avait fondée à Lyon; il essaya d'entrer en relation avec différents groupes d'occultistes.
Des Rose-Croix tendirent un piège au prophète : ils lui demandèrent des documents et des renseignements précis sur les doctrines dn Carmel, puis, lorsqu’ils eurent réuni un dossier suffisant, pour être convaincus que Boullan n'était qu’un adepte de la Goëtie, quelque peu aliéné, ils le déférèrent à des occultistes « réunis en tribunal d’honneur », le 23 mai 1887.
L’abbé fut condamné, à l’unanimité des voix, « aubaptème cle la Lumière, c’est-à-dire à la mise au jour, avec pièces à l’appui, de ses doctrines et de ses œuvres (*). »
Entre cette condamnation et la publication du livre de Stanislas de Guaïta (2), le ce Temple de Satan » dans lequel la sentence est exécutée, il s’écoula quatre longues années, pendant lesquelles Boullan se plaignit souvent que les Rose-Croix voulaient l'assassiner, « qu’un envoûtement était préparé contre lui et avait échoué plusieurs fois. »
Avec ces idées de persécution, le malheureux vieillard vivait au milieu d'angoisses perpétuelles. Il avait très souvent près de lui, une somnambule, Mme Thibault, qui croyait pouvoir, grâce à son extra-lucidité, découvrir au loin les maléfices que dirigeaient contre le prophète les magiciens de Rome, de Paris, de Bruges, de Nancy.
Voici, d’après Bois (3), ce qui se passait trois jours après que l’abbé avait reçu avis de sa condamnation par les Rosc-
(D Papus, Peut-on envoûter ?\). 17.
(2) Stanislas de Guaïta, Le Serpent delà Genèse, t. II, Temple de Satan, Paris, 1891.
(:l) Pois, Le Satanisme et la Mar/ie , p. 330.
Croix : le criaillement des oiseaux a mis « le Père » sur ses gardes, il se lève comme un tigre » : '
— « Madame Thibault que font « ces ouvriers d iniquité ? »
— « Père, ils mettent votre portrait dans un cercueil. »
— « La loi du contresigne et du choc enretourva les punir, répondait le Père, et il donnait l’ordre de placer la déclaration de guerre dans un cercueil semblable, et de l’enterrer au grenier. »
— « Madame Thibault, que font maintenant ces méchants?»
— « Père, ils disent contre vous une messe noire. » « Boullan bondissait. Ayant revêtu la grande robe rouge vintrasienne, que liait une cordelière bleue, et au dos de laquelle s’allongeait la croix renversée, signifiant que le règne du Christ souffrant est terminé, Boullan, tête nue et pieds nus — cela pendant toutes les hostilités — prononçait le sacrifice de Melchisédech, apanage des Elus du Carmel. Parfois les « ouvriers d’iniquité » n’étaient pas anéantis... Alors le Père accomplissait lesacrifice de gloire, où « le rite féminin alliéau rite masculin, le vin rouge au vin blanc, disait-il, créait, selon la loi retrouvée par Pasteur (sic), un victorieux ferment, par quoi les autels impies étaient renversés et les officiants sataniques frappés de mort. »
C’est alors que Boullan fit connaissance de M. Huysmans, qui cherchait des documents sur l'occultisme; il se présenta au romancier sous le plus beau jour, il se posa en victime des Rose-Croix, qu’il appelait des mages noirs. Ainsi se fait que dans « Là-Bas (4) », M. Huysmans a peint Boullan, bien facile à reconnaître en la personne du docteur Johannès, sous les traits les plus flatteurs, tandis qu’il a dit beaucoup de mal de la plupart des autres occultistes.
Lorsque de Guaïta eut dévoilé les mystères du Carmel, ce fut à cet auteur que Boullan attribua la plupart de ses persécutions. D’ailleurs vers cette époque l’état mental du pauvre
t1) Huysmans, Là-Uas , Paris 1890.
abbé empirait de jour en jour; de môme que son maître Vintras s'était cru la personnification d’Elie, lui se croyait la réincarnation de Jean-Baptiste. De plus, atteint d’une maladie de cœur, il voyait ses forces diminuer progressivement; et le genre spécial de prières auquel il se livrait avec ses élues et en particulier avec le « Trio angélique », n’était guère fait pour relever ses forces.
En 1892, le « Père » se vit poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Ce fut là, pour lui, une nouvelle source d’émotions qui lui fut funeste; il commença à voir des envoùteurs partout autour de lui, et, en janvier 1893, il mourut en accusant Stanislas de Guaïta, alors à Nancy, de le tuer par envoûtement.
Aussitôt, des journaux, à l’affût de nouvelles étranges, commencèrent une campagne en faveur de Boullan. On prétendit que ce malheureux était réellement mort envoûté, on basa ces affirmations sur des expériences faites par le colonel de Rochas, l’année précédente, expériences desquelles il résulte qu’il serait possible d’ « extérioriser la sensibilité» d’un sujet hypnotisé et d’envoûter ce sujet.
Papus (docteur Gérard Encausse) s’empressa de défendre son ami de Guaïta devant l'opinion publique; dans la brochure intitulée « Peut-on envoûter?», il montre, que, si l’envoûtement est possible d’après les expériences du colonel de Rochas, c’est seulement sur une personne préalablement hypnotisée qu’en conséquence de Guaïta n’a pas pu de Nancy où il était malade de la grippe envoûter Boullan qui était à Lyon et qui n’avait pas été hypnotisé. Pour terminer et nous montrer comment on a exploité la vogue momentanée de l’envoûtement, il nous promène dans le monde où l’on envoûte, et nous présente une envoùteuse d’amour, un professeur d’envoûtement, une désenvoùteuse, enfin une femme qui cherche partout le moyen d’envoûter son mari.
Le titre de la brochure de Papus était une question : « Peut-on envoûter ? »; un occultiste, Marius Decrespe, s’em-
Regnault
pressa d’y répondre en publiant une nouvelle brochure intitulée : « On peut envoûter (1). »
A cette meme époque de Rochas, joignant un certain nombre de documents historiques à ses documents expérimentaux, publiait aussi une petite brochure & V Envoûtement ».
Parmi les nombreux écrivains qui ont contribué alors à attirer l’attention du public sur ce genre de maléfice, nous citerons Péladan dans « le Vice Suprême » et dans « la Victoire du Mari »; le docteur Bataille, dans « le Diable au xixe siècle »; Bois, dans « le Satanisme et la Magie »; Dubus (“2), Lermina (3), Jolleaud-Barral (4), Pilon (5).
En 1896 « le phénomène de V alence-cn-Brice », que nous étudierons plus tard, est venu solliciter l’attention des occultistes et remettre en honneur la question des envoûtements.
Nous voyons donc que la croyance au pouvoir des sorciers est toujours vivace dans les « pays de la chrétienté. »
Cela ne doit point nous étonner d’ailleurs, car le christianisme, en poursuivant les sorciers, n’a fait qu'accréditer la croyance à Faction des maléfices.
La religion du Christ a eu une grande influence sur les modifications apportées aux pratiques de la sorcellerie, surtout au moyen-ûge. C’est alors, en effet, que Satan, personnification de tous les démons, fut créé pour remplacer Hécate.
La femme qui était quelque peu intelligente et qui, usant
des « simples », pour soulager les maux de ses semblables,
avait connu la pitié et commencé à deviner les lois de la
nature, comprit très vite qu’elle ne devait point « d’actions %
de grâce » au dieu officiel, au dieu autoritaire, au nom duquel la noblesse et le clergé la pressuraient. Elle adressa
(*) Decrespe, On psut envoûter, Paris, 1893.
(s) Figaro, 20 janvier 1893.
(3) Lermina, VEnvoûteur ( Cosmos , 22 octobre 1892); V Initiation, novembre 1892.
(*) Jolleaud-Barrai., la Justice ,2 août 1892.
(:i) Pilon, V Envoûtement, supplément de la Lanterne, 28 mars 1896.
alors ses vœux au dieu de la nature, au grand révolté, et c’est ainsi que le vieux Pan, qu’on avait cru mort à la naissance du Christ, renaquit en Satan. Ce nouveau dieu eut son culte, calqué en grande partie « à rebours» sur celui de son adversaire « Janicot » (ainsi appelait-on Jésus parmi les sorcières). Il eut sa messe, la messe noire. 11 eut son baptême, dans lequel Peau était remplacée par le sang. Et, pour lui être agréable, on fît intervenir, dans certaines cérémonies magiques, des espèces consacrées qu’on pollua.
« Ces conceptions terribles n’arrivèrent pas par la longue filière de la tradition, nous dit Michelet;' elles jaillirent de l’horreur des temps.
» D'où date la sorcière ? Je dis sans hésiter : « Des temps du désespoir. »
» Du désespoir profond, que fit le monde de l’Eglise. Je dis sans hésiter : « La Sorcière est son crime. »
Nous croyons que Michelet se laisse aller ici à l’exagération. La sorcière est de tous les temps et de tous les pays; elle n’est donc pas « le crime de l’Eglise. »
Mais ce qu’on peut dire, c’est que les épidémies de sorcellerie ont été favorisées par la misère qui régnait au moyenâge, par les terreurs que produisaient la crainte de l’enfer et l’attente de la fin du monde, par les troubles religieux qu’ont amenés les hérésies et les schismes.
La croyance aux sortilèges eut, de son côté, une grande influence sur les modifications apportées au cuite religieux; c’est ainsi, qu’en dépit de la défense formelle faite par le concile de Laodicée, de se servir d’amulettes, les médailles, les scapulaires, les chapelets, les reliques, etc., ont une grande vogue près de tous les « fidèles ».
Aujourd’hui le pauvre Satan paraît bien vieux; ‘le scepticisme du xviiic et du xixe siècle l’ont rendu bien malade, et, pour consoler sa vieillesse, il n’a plus guère de disciples, car les satanistes sont rares actuellement. Peut-être pouvait-il encore se consoler en s’attribuant, à tort ou à raison, les hommages des Lucifériens: mais, hélas! ceux-là aussi coin-
meneent à l’abandonner : sa plus chère prêtresse, Diana Vaughan, né viendrait-elle pas do passer dans le camp de « Jariicot? »
Cependant il n’entraînera pas avec lui la sorcellerie dans sa tombe; celle-ci, en effet, se raccroche désespérément aux cordages que lui tendent certains magnétiseurs et certains spirites. Elle a aussi la prétention de surnager, en reposant sur l’une. des principales bouées de la science, l'expérimentation.
Puisqu’il en est ainsi il n’est peut-être pas inutile, à la fin du xixe siècle, de consacrer quelques heures d’étude à rechercher sur quels faits réels a pu s’établir, d'une façon si ferme, la croyance aie pouvoir des sorciers. Mais avant de commencer une telle étude, il nous semble bon de jeter un coup d’œil en arrière, pour nous rendre compte du rôle important que la crainte des sortilèges a pu jouer dans le monde,