ACTE DEUXIÈME
tour à l'heure où fleurira au ciel la première étoile. Quand je n'aurai plus, par la grande chaleur du jour, à rêver les joies divines de la nuit ou à les revivre encore par le souvenir, me sentirai-je assez abandonnée, dans cette maison, où la fraîcheur du soir, le souffle du vent dans les branches, le chant de mes oiseaux, le gazouillis de mes ruisseaux, tout ce qui me charmait autrefois est, en ton absence, d'une tristesse à pleurer!... Ces deux nuits, sans toi, m'ont paru si longues!... Et tu parles de semaines!... Des semaines à me dire : « Où est-il? Que fait-il? Pense-t-il à moi?... S'il allait ne plus revenir ! ... » (Mouvement d'Enrique, vivement.)
Ah ! si c'était là ce que tu n'oses pas dire?
ENRIQUE
Moi!
ZORAYA.
Si tu redoutais ces gens-là?... Si tu voulais en finir avec moi?
ENRIQUE, protestant.
Cette lâcheté... Quand je me risque en plein jour pour te voir un instant.
ZORAYA.
C'est vrai!... Mais tu as Tair si préoccupé, si inquiet...
ENRIQTJE.
De ce danger, comme toi.
ZORAYA.
Oui, mais je n'en suis que plus tendre, moi. Tandis que toi!... on dirait que ton cœur est ailleurs, loin,... loin de moi!... Regarde-moi 1... .le veux que tu me regardes ! . . . vite! . . . sans prendre le temps d'inventer un mensonge! (eiic tourne le visago d Enrique de son côté.) Il y a pourtant de l'amour dans ces regards, qui semblent se dérober aux miens!
ENRIQUE
Ah! charmeuse. Il serait bien temps! — Dès l'heure de notre rencontre, ils m'ont suivi partout, ces yeux-là... m'appelant jour et nuit! — Ramiro me l'avait bien dit : « Prenez garde, seigneur, que la magicienne ne vous jette un sort, dans un regard d'amour ! »