ACTE QUATRIÈME
OLIVEIRA
Puisque mon très vénéré confrère m'oblige à donner mon humble avis, j'avoue que l'une de ces deux femmes, celle qu'on appelle iVfrida, me paraît vme vieille folle qui, à force d'entendre parler sortilèges et diableries, s'est chaussée de l'idée qu'elle était en commerce intime avec le démon. Elle prend ses visions et ses cauchemars pour réalités et dénonce à tort et à travers toutes les femmes et fdles de sa connaissance, comme les ayant vues au sabbat. Une douzaine de ces malheureuses sont depuis hier dans nos cachots, et si l'on écoutait cette mégère, toutes les femmes de Tolède seraient sorcières... surtout les jeunes !
CALABAZAS.
N'a-t-elle pas raison de les dénoncer, si elle les a vues à ces réunions sabbatiques?
Approbation discrète.
OLIVEIRA
Pour les y voir, mon père, il faudrait qu'elle y fut allée elle-même...
IBARRA
Elle en convient!...
MOLINA
Et VOUS en doutez?...
OLIVEIRA
Pour cause ! — Comme elle prétendait, malgré les murs et les verrous de son cachot, assister encore au sabbat, j'ai voulu, l'autre nuit, en avoir le cœur net. Je me suis assuré, à trois reprises, qu'elle était bien dans sa prison, sur son grabat, endormie profondément... Ce qui ne l'a pas empêchée à son réveil de me conter tout ce qu'elle avait cru voir cette nuit-là, chez le diable!...
ALBORNOS.
Moins novice en ces matières, maître Oliveira, vous sauriez que les sorcières peuvent assister à ces agapes sataniques, en abandonnant leurs corps dans leurs lits.
Approbation,
CLEOFAS.
Et qu'à ce corps lui-même le Diable peut substituer celui d'un diablotin, qui en a toutes les apparences.
Nouvelle approbation.