‹ La sottie en FranceChapitre 13 sur 18 · PICOT · texte numérisé non relu

PICOT

Bru de la Bouille et Moulineaulx,

Bru des isles partout les eaulx ,

Bru partout, [bru] a Dernetal,

Bru partout, tant a mont qu'a val.

Bru de Gournay, bru de Beauvais, 1 1 ^

Bru Sainct Julien, bru Sainct Gervais,

Bru de Dieppe, bru de Treport,

Bru d'Arqués, sans en dire mot ;

De Rouen, je n'en parle poinct.

Ce dernier trait indique suffisamment que la sottie est rouennaise. On remarquera d'ailleurs la forme normande on (= nous) au v. 299. Nous croyons voir la date de la pièce dans les vers suivants (290-291):

Tant en Piedmont comme en Savoyee Argent [si] faict partout la voyee.

Le style général de la composition ne permettant guère de la placer après le règne de François I""', il y a sans doute ici une allusion à l'occupation de la Savoie et du Piémont par ce prince au commencement de l'année 1 5^6.

La Vieille Bru clôt le spectacle par les vers suivants :

Qui a argent il a des brus ; 29^

Aultre choze je ne conclus.

Avant que partir de ce lieu,

Un petit bran pour dire a Dieu.

Pourtant s'on n'avon poinct musique ^

Pas ne diminués vostre don ; 300

A vous nous nous recommandon.

Jeu nouveau couste a qui l'aplique ;

C'est une chosse autenticque.

En prenant congé de ce lieu, Or dansons pour dire a Dieu ! 305

Bibliographie :

A. Bibl. nat., ms. fr. n» 24341 {olim La Vall. 63), fol. 199^-204^.

B. Le Roux de Lincy et Michel, II, n° 36.

Farce nouvelle a cinq personnages, c'est à sçavoir :

La Mère de Ville, Le Garde Nape,

Le Varlet [Soucyclet], 5 Le Garde Cul.

Le Garde Pot.

[Rouen, vers i S40-]

Voici, à n'en pas douter, une pièce jouée par les bazochiens de Rouen ; non-seulement elle est toute hérissée de termes de pratique

!,A SOTTIE EN FKANCK 65

dont l'efTet était surtout plaisant pour les clercs du Palais, mais le sujet môme parait ôtrc emprunté ù un règlement judiciaire, qui nous est resté inconnu.

Le principal personnage, qui n'est autre que Mère Sotte, prétend s'élever au rang de Mère de Ville. Quel sens faut-il attribuer à ce nom de Mérc de Ville ? A notre avis, c'est une appellation satirique qui revient à dire que tous les habitants de la ville sont les enfants de la Folie.

Mère Sotte, pour donner plus d'éclat à sa dignité nouvelle, a chargé son varlet de lui recruter des gardes ; elle veut maintenant passer en revue cette milice improvisée et Soucyclet fait défiler devant elle trois gardes grotesques, dont les fonctions prêtent à de joyeux développements. Il est probable que l'auteur aura voulu persifler quelque ordonnance sur les huissiers ou les sergents.

La pièce débute par une ballade, en tête de laquelle on remarque une allusion au célèbre voyageur Jehan Parmentier, né à Dieppe en 1494 et mort à Sumatra en 1 5 50. Parmentier, lauréat des palinods de Rouen en 1 $ 17, 1 5 18 et 1 528, également lauréat du puy de Dieppe en 1520 et 1527, avait laissé un nom comme poëte (voy. Ballin, Notice historique sur [^Académie des Palinods; Rouen, 1834, in-8, 48; Suite à la Notice^ 1 3 ; Deuxième Suite, 26 ; cf. Jehan Bouchet, Epistres morales et familières du Traverseur; Poitiers, 1 54$, in-fol., 111, xliii, xliiii), et nous avons encore le texte d'une moralité fort singulière composée par lui en l'honneur de l'Assomption de la Vierge :

11 n'a rien qui ne s'aventure,

Dit le Parmentier, bon Pilote;

C'est par trop mys, je vous asure

Quant on court après sa pelote.

Les uns me nomment Mère Sote, 5

Despourveu de sens, peu habille,

Mais, malgré eulx et leur cohorte,

Sy serai ge Mère de Ville...

La Mère invile Soucyclet à faire comparaître les gardes qu'il a enrôlés et le menace de se fâcher contre lui s'il ne se hâte, mais le Varlet l'exhorte à la modération et lui rappelle (v. 54-55) quelque punition précédemment infligée par la cour aux bazochiens :

On vous feroyt aler prescher Pardon a la cour souveraine.

Les gardes comparaissent donc. D'abord vient le Garde Nape, qui n'est autre qu'un sacristain, peu révérencieux pour le pape et pour les évêques ; le second, le Garde Pot, personnifie le prêtre. C'est dans son rôle que se montrent surtout les tendances nettement protestantes de la pièce :

Je garde que le marmiton

Et la marmite qui est creuse,

Qu'i n'y ayt quelque maleureuse

Personne qui la vueille abatre ;

Je faictz acroyre de troys quatre 175

Et de feing faulxché que c'est feurre ;

Je faictz acroyre que le beurre

N'est poinct bon au pouesson salé...

LeGardeCul,qui vient en dernier, paraît être le complaisant qui, moyennant finance, endosse les fautes commises par les curés et les chanoines.

Ces gardes ne sont pas ceux qui défendront les bazochiens, ce sont au contraire ceux qui les poursuivront par crainte de leurs bons mots et de leurs railleries. La Mère de Ville semble indiquer dans la sentence qui termine la sottie qu'une première fois elle avait été condamnée sur leur dénonciation :

Donc, gardes, oués ma sentence,

Qui n'est pas de grand conséquence.

Se contre vous je n'ay peu résister, Me cuydés vous garder d'y assister, 340

Gardes ingras, efeminés de cœur.

En lieu plaisant, pour dechaser l'ereur.? S'on me repince et on me tient rigeur, Dictes a ceulx dont leur langue vacile Que je ne crains leur cruelle douleur. 34 j

Prenez en gré de la Mère de Ville.

En prenant congé de ce lieu,

Une chanson pour dire a Dieu.

L'attribution de cette pièce à la ville de Rouen est certaine. Outre que le rôle du valet est écrit en grande partie dans le langage des paysans normands, on y trouve cités (v. 121) deux villages voisins de Rouen : Compain [Compainville .?] et Carville. Quant à la date, il est difficile de la déterminer. D'une part cependant on relève (v. 16$) une allusion à Gargantua (1532) et d'autre part les tendances ouvertement protestantes de l'auteur ne permettent guère d'admettre que la pièce ait été jouée après 1 540. A cette date, le Parlement de Rouen fut supprimé ; il fut rétabli en 1 541 et se distingua dès lors par le soin qu'il mit à poursuivre les protestants ' .

En tout cas la Mère de Ville est postérieure à la célèbre farce de Seur Fesue (voy. v. 293).

I. Les plaintes que le chanoine Guillaume Le Rat exhale en 1543 contre les tendances irréligieuses du peuple de Rouen semblent se rapporter à un état de choses remontant à quelques années. Voy. Floquet, Hist. du Parlement de Rouen^ II, 227.

Biblioyjaphie :

A. liibliolh. nat., ms. franc, n" 24^1 (olim La Vall. 6j), fol. 144/;- 149 a.

B. Le Roux de Lincy et Michel, II, n" 28.

Farce nouvelle tresuonne et fort récréative pour rire des

Cris de Paris.

Personnages :

Le premier ('lallant. Le Sot.

Le second Gallanl,

[Rouen / vers 1 540 ?]

Cette pièce paraît avoir été inspirée par ces petits recueils de cris de Paris qui eurent tant de succès au xvi*-' siècle (voy. Brunet, IV, 1452 ; V, 971 ; II, 425, 640) et qui avaient été formés dès le xiiic (voy. Les Rues et les Cris de Paris au XIII^ siècle^ pièces historiques publiées par Alfred Franklin ; Paris, 1874, in- 16). ^^^ deux Galants s'entretiennent ensemble de choses et d'autres comme dans les sotties en général, mais à chaque phrase ils ont la parole coupée par un sot qui répète quelque cri de Paris. L'effet comique vient de ce que les interruptions du crieur sont combinées de telle sorte qu'elles servent de réponses aux galants. Se demandent-ils : « Quel metz est bon ? », le sot répond : « Pastez tous chaux )) (v. 1 58) ; s'agit-il de savoir ce qu'il faut à un père mécontent de ses enfants, le sot s'écrie : « Balays, balays ! » v. 182, etc.

Le même procédé dramatique se retrouve dans deux pièces du même temps, le Sermon joyeux de bien boire, a deux personnages (Viollet le Duc, II, $-20), et la Farce joyeuse^ tresbonne, a deux personnages^ du Gaudisseur qui se vante de ses faictz^et ung Sot qui luy respond au contraire [ibid.^ II, 292-302). Ces pièces, il est vrai, ne sont pas des sotties ; bien qu'elles soient jouées par deux personnages, nous les rangeons parmi les monologues. Le rôle des interrupteurs n'est qu'un rôle accessoire uniquement destiné à rompre la monotonie de ce genre de composition.

Voici le début de notre sottie :

Le premier Gallant commence :

Et puis .?

Le Second.

Et fontaine }

Le Premier.

Et rivières .?

Ce sont tousjours de tes manières ;

Tu te gaudis.

' Le Second.

Je me gaudis Et en povreté m'esbaubis, En passant ma melencolie. 5

Le Premier.

Melencolie n'est que follie...

Malgré son titre, nous ne croyons pas que cette sottie soit parisienne. Lorsque le Sot se fait entendre pour la première fois, l'un des Gallantz remarque que c'est un « crieur de Paris » (v. 57), observation que lauteur eût sans doute jugée inutile s'il eût écrit pour un théâtre parisien. Les mots harier (y . ^4)^ fallût (w. 175, 357), poyre d'angoisse {v. 195), agardez (v. 305, 33$), etc., appartiennent plutôt à la Normandie qu'à aucune autre province. Nous supposons donc que notre sottie est d'origine rouennaise. Quant à la date, il nous est impossible de la préciser ; celle de 1 540 est purement hypothétique.

La pièce se termine ainsi :

Le Sot conclut.

Enfans, pensez a mon affaire, Et vous semble que j'aye l'aage D'estre marié ceste année?

Une belle robbe tennée 430

A chascun vous pent, de gros vert.

Voila vostre cas recouvert.

En faisant la conclusion, Ce n'est pas [par] illusion Ce que avons faict ny par tens; 435

Ce n'est que pour passer le temps Et resjouyr la compaignie.

A Dieu. Qu'il vous doint bonne vie !

La sottie contient des fragments de deux chansons, savoir :

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