Et l'autre jour, je m'en avoye [alloye
Tara ra huy damgnoys...
6. Hault le bois, compaingz, hault le bois I Qui la gainera sans esmoy .?
On trouve dans les Trente et une Chanson[s] musicales a quatre parties, nouvellement imprimées a Paris par Pierre Attaingnani...^ 1529, in-8 goth., f. ] b, une pièce qui se rapproche beaucoup de celle-ci, si même ce n'est pas un couplet de la même chanson :
Hau hau hau le boys [ter] !
Prions a Dieu, le roy des roys.
Les bibliographes attribuent d'ordinaire la Sotise a huict personnaiges à Gringore, ou à Jehan Bouchet (Brunet, II, 1749), ^^^^ ^^^ cette attribution ait jamais été appuyée d'aucune preuve. Un poëte du commencement du xv!*" siècle s'est distingué entre tous par les formes extravagantes qu'il a données à ses rimes, et a pris plaisir dans la plupart de ses ouvrages à entasser les vers batelés, équivoques, rétrogrades, etc. ; c'est André de la Vigne, l'auteur du Vergier d'Honneur et des Complaintes et Epiîaphes du Roy de la Bazoche. Gringore n'est guère tombé qu'une fois dans ce ridicule ; il a glissé des vers batelés et couronnés dans un petit ouvrage de sa jeunesse : La Complainte de la Terre Saincte^ mais le Jeu du Prince des Sotz et le Mistére de Saint Loys montrent bien qu'il ne se serait pas permis ces misérables tours de force dans une œuvre dramatique. Quant au grave Jehan Bouchet, il a su, lui aussi, éviter presque toujours ces rebutantes équivoques, et quand même il les aurait cultivées de préférence, il faut n'avoir pas lu ses ouvrages pour lui attribuer la Sotise. Il dit lui-même qu'il ne se sent aucune disposition pour l'art dramatique,
Car en telz faictz ne mis onc mon estude
Et ne sçaurois ung bon jeu composer
Tel qu'il le fault sur chauffaux exposer, etc.
{Epistres morales et familières du Traverseur ; Poitiers, i$4$, in-fol., II, fol. 34^, n° XLii).
Quant à nous, nous croyons pouvoir attribuer la Sotise à André de la Vigne, et voici sur quoi se fonde notre opinion.
Avec la pièce qui nous occupe, le même imprimeur publia dans le même format, avec les mêmes caractères, la même marque et, à ce qu'il semble, le même privilège, une pièce plus ancienne intitulée : Le Nouveau Monde, avec Pestrif du Pourveu et de l'Ellectif, etc. Tout nous porte à croire que la sottie est du même auteur que la moralité ; or celle-ci contient en toutes lettres le nom d'André de la Vigne. Université promet l'absolution à ceux qui ont attaqué le pape et ajoute :
C'est la vigne., c'est i'olivet
De Dieu, dont sor[t] fruit blanc et nect.
Les mots : la vigne ne sont ici que pour indiquer le nom du poëte ; ils n'ont qu'une relation des plus forcées avec le passage qui précède.
LA SOiriK EN l'KANCK 43
André de la Vigne s'est, du reste, fait connaître ù l'aide du m^rne procédé dans les Cumplainctcs d Kpilaphcs du Kuy de la Hazoclic et dans plusieurs petites pièces insérées au Vcrii,ier d'honneur.
La Sotise a huict personnaigcs est la seule de nos sotties dont nous retrouvions quelques traces à l'étranger. L'auteur anonyme d'une pièce néerlandaise, dont nous ne possédons qu'un fragment, parait l'avoir connue et s'en ôtrc inspiré. A l'exemple du poète français, il a mis sur la scène le roi Abus. Voy. Eeen Spcl van scven personagien : H cet scliamcl Volck, Vcrwaent Ghcpeyns, Fortuyne, Abuys, als cnn coninck,Den Tijt, Godts Glieessel, Godts Rocde, ap. Willems, Belgisch Muséum voor de nederduitsche Tael-en Letterkundc, VI (Cent, 1842, in-8), 327-351.
Bihlioiiraplne :
T Sotise a huit persônaiges c'est || asauoir le monde abuz Sot dis- || solu sot glorieux sot corrôpu sot || trôpeur sot ignorât et sotte folle. || Hz se vende t a la iuifrie a lenseigne des deux || Sagittaires 1 et au palays au troisiesme pillier. — [Au r" du dernier f., après cinq lignes de texte :j Deo gratias. || ^ Et a donne le roy nostre sire audit || Guillaume eustace libraire et relieur || de Hures iure de luniuersite de Paris || lettre de preuilege/ et terme de deux II ans pour vendre <i distribuer sesditz || liures : affm de soy rembourser de ses || fraitz ^ mises. Et défend ledict sei- 1| gneur a tous ïprimeurs et libraires || de ce royaulme de nô ïprimer ledict Il liure iusques au temps dessusdit : || sur peine de confiscation desdictz liures/ et damende || arbitraire. || Ainsi signe de Landes. S. d., gr. in-8 goth. de 38 ff. de 32 lignes à la page, sign. A-D par 8, E par 6.
Au titre, une marque de Guillaume Eustace représentant les deux sagittaires (Silvestre, n* 63) ; au v" du titre, un bois représentant l'acteur agenouillé devant le pape et lui présentant son livre ; le pape est entouré de six cardinaux.
Au v° au dernier f., une grande marque représentant les armes de France supportées par deux lévriers ; au-dessous de l'écu de France sont placés deux petits écus, dont l'un contient le monogramme d'Eustacc et dont l'autre est vide. Au-dessus de ces deux petits écus, se voit le porc-épic de Louis XII. En bas de la planche on lit : Cum gratia et privilegio régis.
Bibl. nat. : Y, 4372, Rés., deux exempl., dont un sur vélin (Van Praet, L. 325). — Bibl. de M. le duc d'Aumale {Catal. Cigongne, n"» 1465, exempl. sur vélin, et 1466, exempl. sur papier). — Bibl. de M. le comte de Lignerolles.
SoTYE NOUVELLE DES Croniqueurs, [par Pierre Gringore?].
Personnages.
La Mère, Le Troisiesme,
Le premier Sot, 5 Le Quatriesme,
Le Second, Le Cinquiesme.
[Paris ^ mai i $1 j].
Cette pièce est un tissu d'allusions historiques qui paraissent d'abord très-hardies, mais, en les étudiant, on reconnaît bien vite que François P"", continuant la tradition de Louis XII, ne laissait parler les comédiens qu'à la condition qu'ils soutiendraient la politique royale. La pièce commence ainsi :
La Mère.
Nous sommes les folz croniqueurs, Qui trouvons dedans nos croniques Que ceulx qui n'ont esté vainqueurs Se sont monstrez lâches en cueurs, Aymant tropt argent et praticques. 5
[Le] premier Sot.
Les machinacions, traffiques Firent perdre renom et los.
Desprisant bonnes loix antiques, Qui dient : nul ne tourne dos...
En écrivant leur chronique, les sots ne dissimulent pas les sentiments d'hostilité dont ils sont animés envers le clergé. C'est aux ministres sortis des rangs de l'église qu'ils attribuent tous les maux que la France a soufferts, en particulier au fameux La Balue : Loys XI^ fut mené Au Liège par un cardinal, Dont cuida venir ung grant mal.
Voire sur sa propre personne... 24
Prebstre ne fera
Ne feist jamais bien en France. 30
Le poète est plus favorable à un prélat (Briçonnet) ,
Qui trespassa A Nerbonne n'a pas gramment
(Briçonnet mourut en 1514), mais il stigmatise avec force les favoris qui ont jadis épuisé le royaume : Chastillon, Bourdillon, Bonneval.
Les chroniqueurs parlent successivement de Louis XI, de Charles VIII et de Louis XII, de Jules II et de Léon X, et jepréseiitent la mort de
LA SOTTIK KN FRANCK 45
Louis XII comme un événement récent; cnfm ils font allusion aux quatre maréchaux créés par Krançois I'' :
[Lk] Prkmiek.
A quoy tient que la paix entière 26j
On [n'ja forgée depuis huit ans,
Veu que gens si preux et vaillans
Ont traversé montaignes et vaulx ?
La Mf^rk.
C'est faulte de bons mareschaulx
Qu'on [n']a forgé la paix en France ; 270
Mais maintenant j'ay congnoissance
Que nous en avons de nouveaulx,
Par quoy villaiges et hameaulx
Seront desormès supportez
Les derniers vers indiquent nettement que la pièce a été composée au moment où François I'^' entreprenait l'expédition d'Italie, c'est-à-dire
au mois de mai 1 5 1 5 :
[Le] Premier.
Je treuve qu'il est convenable Que retournons delà les mons, Affin que nous y recouvrons 32^
Nostre honneur perdu puis naguéres.
Le Tiers.
On dit que c'est le cymetiére Des Françoys.
La Mère.
Se sont parabolles Et toutes opinions folles ; Se on y va par bonne conduicte, j 50
N'ayez double qu'on y prouffite
Mieulx qu'on y prouffita jamais
Croniqueurs
De brief verrez François vainqueurs ;
La chance n'est qui ne retourne, 340
Mais est mal faict quant on séjourne
A suyvir la bonne fortune.
Vous en souvient il?
[Le] Cinquiesme.
C'est pour une.
La Mère.
Il suffist. Sans plus de répliques, Il fault recloser nos croniques 345
Et chanter bas a voix série, Pour l'honneur de la seigneurie :
Alleluya !
La Sotye des Croniqueurs contient trois fragments de chansons :