LA SOUFFRANXE DES EAUX
Mon cœur battait d'amour pour les roses sauvages Et tremblait au courrcmx des astres furieux : En flots brûlants tombait mon âme de mes yeux Et ce voile de pleurs me cachait les rivages.
Mais j'ai senti bondir mon pouls, comme les flots, Mes flancs ont tressailli du tremblement des vagues. — La Mer a des douleurs immortelles et vagues Et devant ses effrois que sont mes vain^ sanglots !
J'épouse ta souffrance, ô Mer inconsolable : Les larmes de la terre ont composé tes eaux... — J'ai courbé des nefs d'or et de cèdre et d'érable Et je pars en faisant des signes aux oiseaux 1
Clhiiît bc roi que
Seul flans les ténèbres, il marcha vers la Mer blanchissante ei il invoqua les dieux des mugissantes tempêtes...
PlNPARE.
La violette aussi est noire et Thyacinihe ; cependant, les premières, elles sont choisies pour les couronnes...
'riIKOCRirR.
A M. Paul Souchi
URORE ' je n'ai pas a t'arrachor tes voiles Et je ne ferai point jaillir l'eau du rocher. — Pourtant je porto aux flancs des semences d'ctoiies Tout un montie naissant sous mon front est caché.
Hagard, j'ai pris des vols d'éclairs dans mes mains jointes, Des lierres d'or à mes cheveux sont mélangés Et sur mon arc tremblent des flèches dont les pointes Versent la mort aux flancs des hommes étrangers !
Un ciel naquit par moi plein d'étoiles vivantes — Seul, comme un vin de feu, Soleil tu p3nétras Dans ma veine où roulaient de pâles épouvantes... Et j'ai passé portant la Beauté dans mes bras !
Les forêts m'ont couvert tl'ombrages prophétiques, Mon cœur battit sous les écorces du bouleau, La brise m'enseigna de sauvages cantiques Et mon âme a souri dans mes yeux, près de l'eau.
Et les vieux dieux du feu m'ont répandu l'audace !.. Mon regard transforma tout ce qu'il a touché. O vous tous tressaillez, car je suis d'une race D'astres... Un monde en fleurs sous moi front est caché !
La tendresse des luths unie au son des brises Fit héroïquement palpiter mes seins blancs ; J'ai des paroles de candeur que m'ont apprises Les myrtes douloureux et les lauriers tremblants.
LA SOUFFRAN-CK DES KAIX 23
On profana ma voix sur des luths adultères, Comme un vent enflamma d'autres burent mon sang, — Nul ne saurait tarir le cœur joyeux des terres Et j ai versé la vie a grands flots, en passant !
Car la foudre est tombée et retentit aux bouches De mes trompettes d'or où sonnent des effrois ; La foudre qui blessa vos flancs, flûtes farouches, Consume aussi le sceptre aux mains vaines des rois
Ncgligcant une lutte où languit ma main forte J'ai lancé sur les mers d'éblouissants vaisseaux. Jtisus ! ta croix de feu tombe au gouffre et j'apporte l'nc lyre qui chante ainsi que les oiseaux.
L'illustre sang des dieux brille aux buissons de mûres L'éclat des fleurs illumine mon horizon : — Enivrez les cieux bleus de vos profonds murmures O vents spirituels de la sainte raison '
J'élèverai, comme un ciel se courbe, la Coupe ! La jeunesse des yeu.x de l'homme y resplendit.
— La lime, aigle d'argent, bat de l'aile à ma puupe,
— Le sourire du monde a mes lèvres gramlit '.
Quand ma nef passera prés des plages obscures A l'heure délicate où dorment les troupeaux, Jetez aux vents des nuits, ô vierges, vos ceintures, Sombres bergers, jetez au torrent vos pipeaux !
Et courez vers la vague où traînant l'aube grave Le grand Vaisseau tonnant de musique s'accroît ; — La mer engloutira la plage où dort l'esclave, — . Le fruit de vie est mûr dans les jardins du Roi.
àïi àTi àTi w i^% iTé w 4t4 i^r^ rt àîi àii àt4 ;î-4 à% àîi
Les z le von s
A M. Camille Miiuclair.
.l'ai pour des souvenirs...
F. ViELÉ-fiRIl I IN.
prêtresse élevant s<nis le laurier verdàtre Une eau d'antiques pleurs dans le creux de tes mains Tes yeux sacrés feront resplendir mes chemins, Tes mains couronneront de cèdre un jeune pâtre !
Mes cheveux s'étendront sur les vents : mes bras nus S'en viendront secouer les colonnes du temple!... I*our que s'élance aux cieux et renaisse plus ample L'éclat des lampes d'or de l'antique V^énus.
Sur les prés scintillaient les larmes d'une race, Mais le soleil dorait l'urne des lys séchés, Les parfums des bouleaux rendaient ta gorge lasse Et près des flots bénis, nous nous sommes couchés ^
Ma barque emportera sous la lune marine
Ma ténébreuse sœur plus belle que les mers,
Les flots la jetteront souvent sur ma poitrine,
Ses deux lèvres boiront mes vieux sommeils amers !
Car ses beaux bras dcnfanl ont une étreinte telle, Ses mains ont soulevé tant de mes vains remords Que tous mes souvenirs tomberont devant elle De mon cœur, en silence, ainsi que des fruits morts.
Elle m'a réservé de si graves délices Q'un chant de vagues sonne à mon luth en courroux Ses cheveux sont des lys d'orage aux noirs calices, Les roses du rivage ont baisé ses genoux !
Et je la bercerai de tels chants sur la vague (ç)ue les chênes sur la plage tressailleront : Les vents des mers soulèveront sa tempe vague, Les astres printaniers parfumeront son front.
(Jue le chant des oiseaux de mer a d'amertume ! Vas-tu sécher encore mes pleurs de tes cheveux ? Quand tes mains ont flotto sur mon luth dans la brume A mes tempes chantait tout le sang des aïeux !
ChûJit Je l'Homme de l/igic
A M. Henri De g r ou.
BmIk la tige des dieux i*;su. fleur claire et forte. Rh^V'ers le soleil des morts mon calice est tourné ; Si lies mouches ont bu mon sang doré, qu'importe ? Pour éclairer leur aile tMi deuil, i'ai ravonu»:.
Elles ont bu le sang de mes fraîches corolles, Mais, des terres vers moi tant tle sève a jailli, ■Qu'on m'a vu resplendir sous un v«>l d'auréoles Et (\\\ç les vents des mers en passant .m'ont cueilli.
Les vents m'ont transplanté sur une haute roche. Terrible, je domine et la vie et la mort 1 La mer brille: quelqu'un d'invisible s'approche, Et mon sein rouge éclate enflé de graines d'or.
L'éclat des astres-rois que la nuit douce enfante Eveille en mes pollens des êtres inconnus. Ma semence a volé sur la mer triomphante, Voici, voici fleurir la nouvelle Vénus.
Lumière au sel des mers ! paix aux fleurs sur la terre f Que les diamants bleus du grand ciel soient bénis 1 L'homme a tant égorgé qu'il se meurt solitaire. Ceux qui portaient le feu, l'homme les a bannis.
Que la foudre en grondant fasse trembler les forme- Sous le grand vent qui crée, ô forêts, mugissez ! Et que des hommes purs, sous des chênes énormes. Passent, tendant des lys vers leurs yeux abaissés.
Je suis la fleur de joie éclatante et féconde, J'ai grandi sur un roc, loin des hommes amers ; Le parfum de mon sein enivre, encens du monde, Les vagfues vivantes des mers !