‹ La souffrance des eaux (première partie)Chapitre 6 sur 8 · II · texte numérisé non relu

II

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Cbûiit d'o^moiir

UE SOUS tes seins un coeur de gloire en toi bondisse.

Clair et s'enflant comme la lune sur les flots ; Délivre-nous de toute ton ombre, Eurydice Vers toi nos luths sont tout soulevés de sanglots !

Notre soeur souriante, hors des sombres demeures. D'une robe de flamme environne tes flancs, Délivre-nous du mal, délivre-nous des heures, Porte-nous vers la tombe, ivres dans tes bras blanc«

Un sculpteur ténébreux en notre chair ébauche La forme de ton songe, après les dieux déçus ; Viens t'asseoir à jamais près des mers, sur la roche, Aide-nous à renaître ô toi qui nous conçus 1

Voici la triste rose et le grand lys qui garde Le pur silence en lui des siècles de douleurs ; Eurydice. Eurydice, Eurydice, regarde ! Nous tordons ta couronne à genoux dans les fleurs.

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)^^AZU.(Sé

Le yaisscaii

E vaisseau parfumé de couronnes de roses 'Et dont le flanc de cèdre au soleil resplemlit Sur la vague a glissé loin des plages moroses Et sur la terre et sur la mer il est midi

Sur les fort'is d'ormeaux brillant^ et sur les sables Il est midi ! le vaisseau craque et tremble aux vents Et l'homme tend ses bras aux cieux impérissables Et la terre est vivante et les cieux sonts vivants !

^4 LA SJUFFRANCE DliS EAUX

On tend la voile d'or, son ombre est rayonnante Au loin les chênes noirs et les verts citronniers Décroissent sur la rive et la vague tonnante Découpe, à son fracas, le chant des nautonniers :

« Adieu lacs blanchissants, chênes, torrents, vallées,

« Antres pleins de ruisseaux et fermés de rochers !

« Nous montons sur les mers par les brouillards voilées

« Car la terre est sans fruits, car les dieux sont cachés.

s< Tu partis d'Orient, lumière ; le grand âge

v< Tant tu bus d'océans, tant tu gravis de monts,

s< O lumière ! a flétri ton éclatant visage ;

N< Nous ne te voyons plus, lumière, et nous t'aimons.

« En ancres nous avons courbé le fer des coutres, <.< Le vieux vent des sillons dans la voile a soufflé, s< Nous avons emporté les sources dans des outres, « Du blé de neuf moissons le vaisseau s'est enflé.

« Là-bas l'autre soleil se forme aux cieux fertiles, v< Entre nos bras nerveux nous le ramènerons, « Sur les îles des mers nous sèmerons des villes s< Au tonnerre des luths et des fougueux clairons !

La proue est un massif de roses ; sur la poupe Ces hommes qui portaient dans leurs cœurs le destin Mangèrent, le soleil se coucha dans leur coupe, Le sommeil les raidit sculptés sur le festin.

Seul le pilote veille et Diane éclatante Dont le beau char d'argent fend les nocturnes airs Guide, étendant sur eux sa torche palpitante, L'équipage endormi qui flotte sur les mers.

Le Premier Livre des Sonnets

Invocation

ImJks longtemps sur le luth j'exerce Bteia Mes doigts, sur tous, les mieux instruits Qu'une nouvelle mer me berce Sur des vaisseaux par moi construits.

Ma hache brillante renverse Un pin couronné de ses fruits Qui coupe le ciel et qui verse Des torrents d'ombres et de bruit*

Qu'en SCS flancs je taille ma barque ! Après Ronsard, après Pétrarque Légers sonnets emportez-moi !

Jusqu'à ce qu'en l'or des trompettes, Faisant trembler les cieux d'effroi, Ma bouche souffle des tempêtes !

Rome, Mai 1898.

tAii Toiiibcaii de yirgilc

ES Muscs aux beaux yeux lont ici déposé Nourrissant de leurs pleurs l'amertume des menthes Et le peuple guerrier des abeilles fumantes A. du pollen poudreux, un beau miel composé.

Il enfla d'un zéphyr sur des fleurs reposé Tes sonores pipeaux, Nymphes aux ondes aimantes! Il chanta les raisins, puis souffla des tourmentes Dans l'airain des combats par sa force brisé.

Près des brillantes mers sa haute colonnade Resplendit ; et parfois, la nuit, une Naïade Sous l'oranger fleuri coupe l'onde en nageant,

Saute à terre aux clartés de la lune sauvage, Et courant au tombeau, cueille sur le rivage Cet arbre où l'or mûrit entre des fleurs d'argent.

N a pies, Mai 1898^

Le Massacre des Mers et les ï/endanges matinales

IIRAIN noir, la cuve des nier< Tonne, crépite, écume et fume Aux bords toute forrt s'allume Tout brûle : arbres, pierres et chairs.

L'amas des nuages amers Frappe la lune qu'il consume :

Vulcain furieux, sur l'enclume.

Forge et sculpte un autre univers.

44 f'E PREMIER LIVRE DES SONNETS

Mais l'orient s'ouvre et nous venge Le soleil foule la vendange, Vulcain fuit sous les monts voisins.

La mer de pampres se couronne,

Ses flots écument de raisins,

Le vin nouveau brille et bouillonne.

Castellamarc, Mai i8g8.

ç7{oiivelle Statue de [Minerve

A la mémoire de Phidias "Je dédie

Ces simples paroles.

lERGE au casque dorù, jeune et fière Minerve.

Dans ton beau sein guerrier tu formas mon esprit, Ton cœur bondit en moi, sa force me conserve Et l'azur de ton œil m'éclaire et me nourrit.

Si la mer bat ma nef, si l'insensé m'observe Ton œil les déconcerte et leur rage périt. Contre l'onde des temps que ta vertu proserve Ces sonnets, nef pieuse ou l'olivier fleurit.

Vierge aux yeux bleus, mon sang s'embrase à ta doctrine Je te porte partout couchée en ma poitrine Mes chants gardent en eux tes trésors radieux.

J'ai, pour venger ta loi que maint rhéteur transgresse, Dans un vers simple et pur comme un marbre de Grèce^ Vierge, sculpté ta bouche et ton front et tes yeux.

iÂrcrse de [Mai

[ ES demeures du jour s'écroulent ; leurs décombres Fument sur la montagne. Ah ! quel affreux tison Transforme en blocs cendreux de nuages et d'ombres, Les temples d'or léger où riait la saison.

Bientôt sur les ormeaux, les rochers, les mers sombres Sur la prairie en fête et la blanche maison Pluie ! on entend sonner ta, lyre aux riches nombres Dont les cordes sans fin trainqnt sur l'horizon.

Mais soudain sur ton char aux rayonnantes roues

Tu t'élances, soleil, tu bondis, tu secoues.

De tes flambeaux mortels la frayeur et l'amour.

Tes coursiers, de la pluie ont gonflé leurs poitrines Toi, le laurier au front, de tes mains purpurines. Riant, tu rebâtis les demeures du jour.

Gênes, Mai 1898.

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Lançon

|ans tes prés Cythéréc. avec la rose, coupe L'hyacinthe de pourpre et le lis blanchissant La lumière t'enivre, ô Lançon, et le groupe De tes maisons couronne un mont resplendissant.

Sous tes ormeaux fleuris, j'ai rencontré la troupe Des Bacchantes, aux sons des flûtes, bondissant. A ton chaste horizon la mer brille en sa coupe De rochers où, le soir, l'astre épuisé descend.

Toi de mes hauts destins berceau mystérieux, Tes murs furent jadis bâtis des mains des dieux, Dante enfla de soupirs les vents de tes vallées.

Comme lui, par Phébus instruit dans l'art des vers Je chanterai sa flamme égale en tes hivers Et les clartés d'argent de tes nuits étoilées.

Temple à la Splendeur

HANÇON, je veux bâtir sur ta colline austère Un temple à la splendeur ; tes vallons d'églantiers Y porteront le flot des peuples de la terre Et ses flancs contiendront les peuples tout entiers.

Ses hauts toits d'or perdus dans le ciel solitaire Jetteront des torrents de flamme à tes sentiers : J'ai taillù dans le marbre, instruit d'un vieux mystère, Sa blanche colonnade aux chapiteaux ailiers.

Sur l'autel le soleil trônera dans sa gloire

Là le saint vendangeur tordra la grappe noire,

Le moissonneur aux vents lancera la moisson,

Phidias te chanta, Sagesse, un chant de pierre :

Des paroles de vie harmonieiix maçon,

Moi, Splendeur, j'ai construit ton sacré sanctuaire.

Les Oliviers

AILE en fureur, l'hiver sur les monts vole et vente, Du sang glacu des fleurs se paissent les janviers : Voire pleine verdure étincelle vivante, Vous, oliviers que j'aime, oliviers, oliviers !

Votre t'tre fortuno c'est Pallas qui l'enfante,

Sa mamelle est d'argent, jadis vous y buviez ;

Vos fruits broyés trempaient de flamme et «1 ep«>uv.uit«'

Les muscles des lutteurs par les dieux envies.

Les siècles garderont ma voix, et d'âge en âge Mon front resplendira sous un triple feuillage ; Car à mes beaux lauriers, à mes myrtes nouvea<ix,

Vous dont le sang nourrit un peuple ardent de lampe? Sacrés oliviers d'or, vous joignez vos rameaux Pour courber la couronne immortelle à mes tempes.

La Cigale

toi qui te nourris de la rosce t.-paisse Cigale aux tendres yeux qui, collée au rocher, l'res tics brûlantes mers chantes, chantes sans cesse Quand on voit fumer l'onde et les moissons sécher.

\\)wv qu'aux étés futurs ton chant plus pur renaisse Dans les pins résineux, mère, tu vas cacher Tes œufs mélodieux, semence de tendresse, Puis le soleil qui t'aime allume ton bûcher.

Vous qui buvez l'Arno, le brillant Rhône et vous Dans l'or divin des mers vous mirant à genoux Naples, Pise éclatante, Avignon, Florence, Arles

O Latins ! des vieux chants surmontez les clartés I

Cigale et toi nourris le cœur de ces cités

Du langage immortel qu'avec tant d'art tu parles.

Pise, Mai 1898.

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Chant d'ivresse

|es premiers lilas Brillent de rosée, Mais helas ! hélas !

J'ai l'âme épuisée,

Les flambeaux sont las, La coupe est brisée Tu me consola>i D'un chant d'épousée.

Ta tresse est si noire, Ton cœur si puissant Ah ! je voudrais boire,

Pâle, et m'affaissant, A tes amours neuves Comme on boit aux fleuves.

Hymne sur le Lutb

Ce qui t'ait tressaillir lliomme est le meilleur de l'homme.

Gœtue.

OLBERG, la rose née au vallon de Tempe iDo sa douce lumière empourprera tes tempes

Pour toi le luth français j'ai savamment frappe.

Car Pallas composa le beau feu de tes lampes.

C'est aux flots d'Hippocrène, ô Souchon, que tu trempo-

Tcs purs pinceaux, et toi d'I'ranic occupe,

Calixte Toesca. tu t'accoudes aux rampes

Du saint mont où le chœur des sphères est groupe.

j'ai fait bondir d'amour des cœurs indifférents De mes terribles mains j'ai sculpté des torrents, Le sincère Apollon est debout dans ma barque,

L'ode me dut la vie : au langage épuisé, Muses, poitrines d'or ! j'ai par vous infusé L'abondante douceur de l'antique Pétrarque.

mmïïm

Les [Muses et V étoile de Vénus descendent pour délivrer le poète environné malgré lui et écrasé par les ténèbres d'une cathédrale gothique.

SI

Muses, mes neuf sœurs ! dans un temple sauvage, 'Lourds feuillages de pierre et qu'un vain artisan, Comme un bûcheron noir, la hache au poing, ravage Un hêtre d'or, blessa de son ciseau pesant,

Futaie où des hauts troncs ouverts jusqu'au rivage Du Styx la sève tombe en un fleuve cuisant ; Courbé sous un tragique et divin esclavage, Je tournais vers l'aurore un œil agonisant.

Frappant la lyre et tourbillonnant dans l'aurore Vous m'appeliez d'un timbre éclatant, Terpsichore, Calliope, Clio, Polymnie, Erato,

Uranie et Thalie, Euterpe, Melpomène !

Vous chantiez et Cypris, belle étoile là-haut, Descendait en mes bras sous sa figure humaine.

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c^tAjeAjtRj*

A M. H'igues Rcbell.

KNDRES rubans, amas de ganses innocentes Ornant d'aimable a/ur mes beaux cheveux d'enfant Qui coulaient de vos nœuds en boucles bondissantes Comme un torrent doré hors du rocher qu'il fend.

Vous surmontez du feu de vos clartés décentes L'azur limpide et fier du grand ciel tricimphant Kt la sérénité des mers resplendissantes Et l'œil bleu de Pallas qu'un sombre cil iléfcnd.

La pourpre, le safran et l'argent des étoiles Dans mes vers ont coulé de tes puissantes toiles Toi des hautes couleurs chantre énergique et pur

Je veux élargissant, Titien ! ton exemple,

F!mplir, teindre, inonder d'un immortel azur

Ce beau sonnet de marbre éclatant comme un temple.

Cbant en Vhonneur des Lilas nouveaux

A M. Paul Claudel.

ti.ANGE à tes cheveux les grappes opulentes [Du lilas que Phébus de ses feux a formé ; Entre les lis d'argent et les roses brillantes Il surgit, ornement du pompeux mois de mai.

Fleur de cristal limpide entre toutes les plantes Sur le luth immortel qu'il soit enfin nommé ! Descends du haut des cicux, A pluie, aux vagues lentes De ta force nourris l'arbuste bien-aimé...

Qu'il croisse aux sons profonds de mes cordes guerrières,

Qu'il élève dans l'air une cité de fleurs :

Thèbes aux sons du luth vit s'amasser ses pierres.

Qu'il parfume de paix le vallon des douleurs ! D'un cercle durnes d'or qu'il ceigne vos visages Avec la rose, ô dieux ! et le myrte des sages.

Chant uuptiiil

ji Août iSgy.

Imassez, ô vaisseaux ! amassez sur les iles Les fleurs dont 4out,un bois se couronne, et le miel (Jui brille aux maisons d'or des abeilles agiles, Et des pressoirs fumants le vin substantiel.

O Muses ! enlacez a vos cheveux dociles La fleur des citronniers ; qu'un myrte sur l'autel Jusqu'à Jupiter monte, et vous lauriers fertiles Que j'ai créés, formez un lien immortel.

Dans ta couche enivrante où je pourrai dormir, Comme un astre enfanté naîtra tout l'avenir, Mère du siècle heureux, ô déesse, déesse !

Mélangés, nous saurons, tels deux sculpteurs fougueux. La lèvre enthousiaste et l'œil fou de jeunesse Tailler dans les baisers l'éclatant corps des dieux !

^ Eus:cnic

IE soir, en écoutant les vagues gémissantes Sur ta couche où mes sœurs les Muses a l'icil pur Tendant sur ton sommeil leurs ailes rougissantes Du feu de leurs pensers nourrissent l'être obscur.

J'ai rêvé de courber des nefs retentis«;antcs Fendant l'onde du temps d'un éclair prompt et sur : Sur ma poitrine plane un luth aux voix puissantes, Comme un aigle emlurmi sur le sein de l'azur.

Une île sur nos mers s'étend, Délos nouvelle : Sur cette île un palmier somptueux étincelle, Son autel de rochers par la vague est lavé.

Là tu fus par Phébus à mon sang même unie, Toi dont les mains, calmant les mers, ont soulevé, Sur mon luth, des torrents bondissants d'harmonie.

l^ase autiqiu

IJK^ES sonnets sont un vase antique BfiS Par la main des Heures sculpté Mélodieux et sympathique Il luit pour l'immortalité.

A chaque anse un corps athlétique Brille en sa pure nudité Et dans son ventre d'or plastique Un nrKjnde neuf semble porté.

L'or forme sa brillante écorce, Le fougueux soleil dans sa force Contre lui brise tous ses dards.

Dans ses flancs la vendange tonne, Mai l'emplit de fleurs, et l'automne Le couvre de ses étendards.

Rome, Mai 1898.

Lévriers de Sparte

ÉPAIS soleil de Sparte embrase dans la plaine iTa vague rouge, ô mer des hauts sainfoins fleuris, Sur leurs pointes le vent se berce avec des cris Et la pourpre des fleurs luit dans sa force pleine.

Sur ce tapis, couleur du sang troycn, Hélène, Fléchit et s'agenouille aux baisers de Paris : D'or, de marbre et d'airain leurs feux seront nourris Ilion déjà tremble et croule à leur haleine.

Là-bas de noirs lauriers couvrent TEurotas bleu, Près d'eux, comme du sang qui fume dans du feu, Dans les sainfoins vermeils un coquelicot bouge

Et pour boire ce sang qui rayonne à midi

Vers la mer des sainfoins roulant sa vague rouge

Des lévriers plus blancs que les lis ont bondi.

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Sacrifice au T^r in temps

A M. Ednuird Sausot-Orland

lE veux boire au brûlant calice iL'harmonie et la vcrité:

Pour les temples d'or de l'été Je quitte ton blanc édihce.

Ta brise en mes vers coule et glisse.

Par toi mon sein est habité, O Printemps ! Printemps regrette Reçois encor ce sacrifice.

Sur ton autel mélodieux

Toi le plus délicat des dieux,

Toi dont j'éternisai les charmes,

Reçois, avec ces passereaux, Ces cerises, ces thyms nouveaux.

Et cette urne pleine de larmes.

Florence, yuin i8ç8.

Envoi Du premier Livre des Sonnets a M. u^ndrè Gide

SE sont vos fruits, ô Muses, C'est l'aigle et son aiglon, Ce sont brises confuses Par le sacré vallon.

Dans la nuée infuses Tes foudres, Apollon !

Qui jamais ne refuses Ma bouche à l'aquilon.

LE PREMIER Ll\ RE DES SONNFTS

La fontaine au beau ventre Tonne et luit dans son antre, Gide, et j'ai pris sa voix :

Dans ma coupe parlante C'est son onde opulente, Son esprit que tu Lois,

lie d'Ischia, Mai i8q8.

Les Elégies

iSi m fféW ^4 ||f n ^4 ^4 i^4 n n ^4 ^4 ^4 ^4

Elégie I

SERS ! la nef douloureuse aux sombres voiles d'or Sur vos vagues glissant emporta loin du bord La déesse aux beaux yeux de ses cheveux voilée: Des échos de mon coeur a tremblé la vallée . J'ai faim et soif sur mes sommets étincelanls ; Celle qui fut l'aurore élevant ses bras blancs Ne me tend plus ses purs calices de rosée, La statue aux yeux d'or de l'aurore est brisée, Sur l'ivoire du luth ruisselle un lierre amer, Le front taché de sang la lune est sur la mer, Le pain ne fleurit plus sur les blés pour ma table, L'eau coule et n'inscrit plus ses formes sur le sable : Je suis le chêne en fleurs dont la force a ployé, Tout le ciel sur moi croule et je meurs foudroyé.

Elégie II

Au cimetière de Tivoli

|a colonnade en marbre éclate sur le ciel : iSur les cyprès fleuris puisant un sombre miel Erre un troupeau léger d'abeilles rougissantes, La source à la clarté joint ses ondes naissantes, Où maint spectre s'assied d'eau vivante abreuvé. Quand l'astre couronné de lis sera levé, Diane aux voiles blancs, l'œil clos sous sa couronne, Que la brise du fleuve en grondant t'environne ! Nous mettrons aux bergers des flambeaux dans les mains, Nous leur dirons : « Versez, par torrents, aux chemins La lumière opulente ! Assez d'âmes sont mortes !... De la maison sans joie allez ! brisez les portes ! L'oeil de l'homme a du ciel les charmantes couleurs. Les membres parfumés des enfants sont des fleurs Où, du pollen des dieux, l'homme vrai fructifie Des sépulcres brisés jaillit l'aube de vie !. »

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ElCOr/C III

gi

toi, belle lumière en nos sombres prisons !

Toi dont l'œil tour a tour a l'éclat des saisons, Couleur d'or printanier, couleur de fruits d'automne, Livide et gracieux comme un été qui tonne Foudroyant les rameaux d'un orage de fleurs, Comme un hiver de neige enflé, tout blanc de pleurs ! Par les vivantes eaux roulant au fond du gouff^re A l'immense contact de l'univers qui souffre Tu rendis tout ton corps sensible, bloc pieux, Immortel marbre humain où vont vivre les dieux ! L'harmonie à ton nom coule à flot de mes flûtes, Les torrents ébranlant les déserts de leur chute En font gronder l'or pur des clairons assoupis. Par ces roses en gerbe et ces bouquets d'épis Je viens te consacrer mes bosquets solitaires, Ma plaine à pleins sillons roulant le sang des terres Toi. tendre fleur des ceps, force et saveur du pain ! Je viens te consacrer par ces rameaux de pin Les monts, pour qu'à jamais sur leurs sommets tu vives Et la mer avec tous les temples de ses rives.

Rome, Octobre 1S96.

Les Poèmes

Chant pour l'-ylnuinfc

Deux amants sont un peuple assemble.

Gœthb.

lERGE aux pieds blancs posés sur réternclle cime, Jadis la fleur du hêtre embauma ton flanc pur, Reçois, toi qui guidas mes vaisseaux sur l'abîme, L'off^rande d'ambroisie en des coupes d'azur !

Jadis j'ai vu briller plus que la chair des femmes

Tes épaules d'argent sous nos soleils amers :

Tu visites mon cœur, vierge, élevant des flammes

Comme au creux de tes mains tu p.>rtas l'eau des mers !

pO LES POEMES

C'est l'heure de rosée et l'astre est sur la plaine : Entends les bûcherons chanter dans la forêt ! Tous les blés sont en fleurs ; mais mon âme est trop pleine Une face du monde en tes traits m'apparaît.

Aux bois, l'astre triomphe : il fait fumer les sèves, Sois-moi l'ombre des lys, douce au cœur des bannis Toi dont le pas sonnait sur le sable des grèves ; Et qui portais des fleurs, des essaims et des nids !

Le feu gonfle le flanc des terres, et, sonore. Tressaille en jets de fleurs hors du rosier brûlant. Ne regrettes-tu pas les blancheurs de l'aurore ? — Sous les feuillages gît le troupeau somnolent. —

Sur le volcan cendreux une flamme s'élance, Le pâle coudrier près des laves grandit. L'ormeau mélancolique au zéphyr se balance, Au loin la mer silencieuse resplendit !

Le feu ! voici le feu ! le grand soleil s'effondre. Les astres sur la mer montent et sur ses bords Un peuple de bergers lève pour leur répondre. Des flambeaux rayonnants sur la cendre des morts.

LES POKMES 91

D'un laurier radieux j'illustrerai tes tempes : Vierge ! ton cœur est doux comme un soleil lovant. Lorsque laube d'été fera pâlir les lampes, Sur mon luth douloureux mets tes mains en rêvant.

O toi ! dont le sourire alimente mon songe. Il est une montagne aux deux vallons secrets. — Dans les flots de la mer que le soleil se plonge Ou qu'en ses voiles blancs l'aube coure aux forêts.

Marchons vers la montagne où des flammes plus amples

Brûlent sur un parvis qui luit à ses sommets :

Je te constituerai la Vestale des temples,

Mes trépieds d'or vivant sont sculptes pour janini^ '

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Chant pour Prométbêe

0 ma inere ! O mon culto ! Vous voyez que je souffre pour la justice !

ESCIIVLB — PROMÉTIIÉB.

gl.

père des clartés, des arts et des présai^cs 1 iQui formas de doux sucs pour assoupir nos maux, Un mont noir et frappé du choc des mers sauvages A nourri de ton sang les vents et les oiseaux !

Toi qui vins à Lemnos ravir aux f(irges saintes Pour animer tes blocs sculptés dans les limons, Des fîammcs que les vents de l'Olympe ont »;tcintcs, Surgis : la lyre éclate aux sommets de tes monts !

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