PREFACE
rent nombreuses en Alsace aux mois de mai et juin 1918. Le 4 juillet suivant, au cours d'un banquet fraternel, le Salut de l'Alsace aux Américains fut dit devant les généraux des États-Unis, par une jeune fille dont le père est un instituteur alsacien.
Maurice Bouchor.
Novembre igi8.
AVEUTISSEMEiNT
LA pièce que voici exige, comme interprètes, deux jeunes files, deux fillettes et trois garçons. Les garçons peuvent être remplacés par des jdles en travesti.
La Fée est une jeune file adulte, ou, si l'on veut, une jeune femme. Elle doit être plus grande que Marguerite et paraître plus âgée. Elle a ce qu'on appelles de l'autorité î. L'aisance familière, la grâce, la gaîté, ne lui manquent pa^.; mais, dès que le texte l'exige, elle doit sans effort hausser le ton, donner à ses paroles de l'ampleur, de la gravité, une émotion contenue.
^larguerile est à l'âge encore indécis où la f dette a complètement disparu sans que la jeune file soit tout à fait éclose. Il ne s'agit, bien entendu, que de donner cette impression ; peu importe l'âge exact des interprètes. Marguerite est blonde : le texte l'affirme. Comme je l'ai dit, elle est moins grande que la Fée, mais cette différence peut être minime.
L'une et l'autre sont très sensiblement plus grandes que les cinq autres personnages. La Carotte et La Pomme de terre sont, en ce qui concerne l'âge, de grandes fillettes, L'Oiqnon, Le Chou, Le Morceau de lard, de grands garçons; mais les unes et les autres sont encore des enfants. La voix des garçons n'a pas commencé à muer. Ainsi qu'ila été dit, trois fillettes costumées en garçons peuvent tenir les rôles de l'Oignon, du Chou et du Morceau de lard.
Tous les interprètes sont censés prendre part au
chœur final {^) ', mais ce qui importe avant tout, c'est leur aptitude à bien tenir leur rôle. S'ils n'ont pas de voix ou ne sont aucunement musiciens, ils se contenteront d'ouvrir la bouche au lieu déchanter. En revanche, les jeunes spectatrices ou spectateurs qui, sur l'invitation de la Fée, passeront sur la scène afin de renforcer le chœur, devront non seulement avoir quelque peu de voix, mais aussi être capables d'attaquer avec ensemble et de chanter en mesure sans être dirigés (*).
Bien que la chanson finale soit écrite à deux parties, il faudra — dans la pièce — la chanter à l'unisson (^).
Disons quelque chose des costumes.
La Fée, qui tient à la main une baguette dorée, est vêtue d'un costume de ville, rehaussé de quelque fantaisie gracieuse. Sans exclure le feuillage, les fieurs et les fruits, qui peuvent orner sa coifiure et son costume, les attributs spéciaux du potager peuvent — discrètement — figurer dans sa parure. Il est bon qu'en l'apercevant on n'ait aucun doute sur sa qualité de fée présidant aux séductions (végétales) de la table; mais la mesure, le goût, doivent ôter à ces indications tout ce qui les rendrait lourdes et ridicules.
Marguerite est vêtue de Jaçon propre et modeste, en Alsacienne, si l'on veut, mais sans apparat, comme il est naturel de se vêtir pour vaquer à des travaux domestiques. Elle a nécessairement un tablier.
(t) Vendanges d'Alsace, chez Leduc, éditeur, 3, rue de Grammont, Paris. Le morceau se veud avec ou sans accompagncmenî.
(2) Cependant, une personne assise dans la salle, tout près de la scène, par exemple à côté du piano, pourra batire discrètement la mesure.
(3) Avec l'autorisation de l'éditeur, j'ai donné deux couplets (le second et le troisième) de cette chanson. Gela est suffisant ; mais rien n'empêche de chanter les trois couplets, si on le préfère.
Pour attifer les cinq petits personnages, je m'en rapporte à l'imagination de mes interprèles, de leurs Jamilles, des directrices ou professeurs des écoles où la saynète sera jouée.
Peut-être un collier d'un ou plusieurs rangs de petits oignons, un bouquet — à la ceinture — de petites carottes avec leur verdure légère, désigneraient-ils suffisamment L'Oignon et La Carotte. // ne serait pas impossible d'y ajouter des coiffures imitant une moitié d'oignon, une tête de carotte.
La Pomme de terre pourrait être revêtue d'une robe de chambre ayant à peu près la couleur du tubercule, et coiffée d'un bonnet arrondi, de même éto^e et de même nuance. Ou bien, on fixerait au corsage de la fdletie des fleurs de pommes de terre, vraies ou artificielles.
En ce qui concerne Le Ghou^ l'idéal serait qu'il eût une sorte de casque formé par des jeuilles de chou, son visage figurant la partie lisse et pommée du légume, avec un encadrement de feuilles largement déployées sur le devant de la tête. Ce casque prendrait bien la forme du crâne et, tout en laissant passer les oreilles, serait attaché sous le menton. Seulement il serait bon, pour la solidité, que les feuilles de chou fussent artificielles, el je ne me chargerais pas de les fabriquer. Par bonheur, il y a plus malin et surtout plus maligne que moi...
Le plus difficile à concevoir, c'est Le Morceau de lard. Ne pourrait-on juxtaposer une bande d'étoffe rouge brun, simulant la couenne, à un tissu dont les raies parallèles seraient blanches et roses? On combinerait une coiffure avec quelque chose de ce genre, et on en ferait aussi une ceinture très large. Au surplus, dans le texte, le Morceau de lard prend soin de spécifier qu'il en est an, ce qui rend impossible toute erreur du public.
// serait bon, en outre, que Vmterprète eût le physique de l'emploi. A Saint-'Amarin, mon petit Morceau de lard, •"- excellent artiste, — était si blanc et si rose, si grassouillet, si dodu, si appétissant, qu'il ne pouvait y avoir aucune hésitation sur ce qu'il représentait.
La petite pièce pourrait terminer bien des programmas très différents les uns des autres; mais elle viendrait particulièrement à propos, si l'on avait parlé auparavant des choses du ménage. Dans les deux réunions où elle fut représentée à Saint-Amarin, et qui eurent lieu, l'une avec le concours des écoles primaires élémentaires, l'autre avec celui des écoles primaires supérieures, j'avais pris comme sujets, d'abord: La Patrie et la Famille, puis : La Famille et la Poésie du ménage. Au cours de la deuxième séance, on fit une lecture dialoguée de quelques scènes des Femmes savantes {Chrysale, Martine, Philaminte, Bélise), et l'on interpréta, entre autres morceaux plus courts, une « Chanson de l'Aiguille » et le charmant poème d'André Theuriet : Les Confitures.
La saynète doit durer environ vingt-cinq minutes. Si elle était, à la représentation, sensiblement plus courte, cela tiendrait à ce que la diction serait trop rapide ou à ce que l'on ne prendrait pas des temps là où il en faut, ou à ces deux causes réunies.
Pour tout ce qui concerne, en général, la diction et les gestes, je me permets de renvoyer à la préface des Programmes de Réunions civiques et familiales {première série), imprimés par les soins du Ministère de l'Instruction publique et destinés à être placés dans les bibliothèques scolaires.