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LES LIBERAUX A L'ŒUVRE. — INFLUENCE INDUE DU PRETRE. M. LANGELIER DE L'UNIVERSITE-LAVAL. — ELECTION CON- TESTEE DE CHARLEVOIX. — Mcr. TASCHEREAU AURAIT PU EMPECHER CE SCANDALE. — ERECTION CANONIQUE DE L'UN- VERSITE LAVAL. — TRIOMPHE DES LIBERAUX.— ELECTION CONTESTEE DE BONAVENTURE, — M. FLYNN JE L'UNIVERSITE LAVAL. — LE JUGE CASAULT DE L'UNIVERSITE LAVAL. — Mcn. DE RIMOUSKI PROTESTE. — Mcr. TASCHEREAU DONNE RAISON AUX LIBERAUX. — LE JUGE TASCHEREAU, FRERE DE MGr. L'ARCHEVEQUE,
Par ces mille et une intrigues, disons mieux, par ces mille
et une malhonnêtetés, on était enfin parvenu à se débar-
rasser de l’importune lettre pastorale du 22 septembre 1875, lettre qui avait porté un si rude coup aux partisans du libéralisme.
Ils purent alors mettre facilement à exécution les funestes théories qu'ils avaient antérieurement développées dans leurs journaux, savoir, qu’il est dans l'ordre de faire annuler une élection politique, si l’on prouve que des voteurs, à cette élection, ont été influencés par les paroles du prêtre en chaire, ou parlant ailleurs, comme directeur de conscience. L'influence exercée par le prêtre, dans les questions politiques qui se rattachent à la religion, est toujours dite indue par nos libéraux, c’est-à-dire légitime et condamnable, quand même le prêtre éclaire comme il le doit, la conscience des électeurs, car en politique, nos libéraux réclament pleine et entière liberté de conscience.
Il leur est permis, à eux, de répandre les principes les plus dissolvants an sein de nos populations des villes et des campagnes ; il leur est permis d'entasser mensonges sur mensonges et calomnies sur calomnies; il leur est permis aussi de parler contre l'autorité du Pape, des évêques et des prêtres ; mais ils prétendent qu'il est défendn aux prêtres de prémunir les fidèles contre la perversité de leurs actes et de leurs enseignements.
Il y a quelques années, notre parlement de Québec a porté une loi pour mettre un terme aux menées corruptrices qui avaient lieu dans les élections politiques, et ces menées corruptrices ont été dans la loi désignées sous la dénomination vague d'influence indue.
Nos législateurs, dans le temps, n’ont manifesté d'autre intention que celle de comprimer par des peines toute mauvaise influence. exercée au profit des candidats sur les rangs.
Or, il est arrivé qu’un des principaux professeurs titulaires de l'Université Laval, M. Charles François Stanislas Langelier, tout imbu d'idées révolutionnaires, quoiqu'il fasse extérieurement profession de piété, a entrepris de faire décréter: de par sentence judiciaire, que l'influence dite indue par le texte de la loi, devait aussi s'entendre de l'influence que le prêtre
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pouvait exercer en chaire sur les électeurs, en combattant les mauvais principes qu'émettent certains candidats pour flatter les’ passions, et par là recruter un plus grand nombre de partisans.
M. Langelier s'est donc mis en campagne contre les enseignements donnés en chaire par quelques curés, à l’occasion d'une élection politique qui venait d’avoir lieu dans un comté du diocèse de Québec, le comté de Charlevoix. Il suggéra de s'appuyer, pour contester cette élection, sur le chef de l'influence indue, qu'avaient exercée, selon lui, les curés du comté ; et il se fit l'avocat des contestants. Mgr. Taschereau et le Séminaire de Québec, dont il relève comme professeur de l'Université Laval, auraient pu l'arrêter, ou au moins lui ôter sa chaire de professeur, s'ils ne réussissaient pas à l’arrêter; mais, loin de là ils le laissèrent agir en toute liberté. Les Messieurs du Séminaire de Québec firent même plus : ils l'approuvèrent.
Or, dans cette élection contestée de Charlevoix, toute l’enquête roula sur ce que les prêtres avaient dit dans leurs prônes ou dans leurs sermons. Là, la parole de Jésus-Christ fut baffouée et honnie, mise sur le pied des discours profanes que la loi civile peut condamner. Des personnes ignorantes, incapables de rendre exactement compte d’une instruction, même aussitôt après l’avoir entendue, furent citées comme témoins pour déposer contre des sermons prononcés quatre ou cinq mois auparavant. Toutes les simplicités, les balourdises et les impossibilités, qu’on recueillit dans ces témoignages, furent mises à la charge des prêtres du comté. Les livrer ainsi à la risée et au mépris du public, c'était atteindre de la manière la plus efficace le but qu'on se proposait, puisqu'on ruinait complètement leur infiuence. © Tous les hommes bien disposés et vraiment catholiques de la province de Québec gémirent en face de cette abomination, dont on n'avait jamais eu d'exemple au pays, pas même dans les jours les plus critiques que le Canada a traversés sous le mauvais vouloir de la protestante Angleterre. Malgré cela, les Messieurs du Séminaire de Québec ne furent que
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plus ardents à proclamer que leur professeur Langelier agissait avec plein droit. M. Thomas Etienne Hamel, supérieur de cette maison, recteur de l'Université Laval, et vicairegénéral de Mgr. l’archevèque de Québec, se plaisait à dire à qui voulait l'entendre, que M. Langelier n'attaquait ni le clergé, ni la religion, ni les droits de 1 Eglise en conduisant l'enquête de Charlevoix, mais les seulex extravagances commises en chaire par quelques individus. Le même M. Hamel disait tout dernièrement encore en parlant de lui et de ses confrères du Séminaire de Québec : “ Nous sommes libéraux “ d'esprit et de cœur et nous demeurerons libéraux. Nous “ comptons nos meilleurs amis parmi les libéraux. Nous “avons déjà fait faire un grand pas au libéralisme dans “Ja province de Québec et nous espérons même le faire “ triompher à Rome. Nous avons assez de théologie pour ‘“ savoir qu'on peut être catholique libéral et rester catho- «6 lique.”
Dans l'enquête de Charlevoix, parce que les prêtres n'avaient pas été eux-mêmes cités devant un tribunal laïque et civil, et que par ruse on avait ainsi respecté l'immunité personnelle du prêtre, on croyait pouvoir attaquer, sans provoquer de réclamations, ce qui est bien supérieur à cette immunité, c’est-à-dire l’immunité de la parole de Dieu. Et c’est l'autorité de cette parole qu’on a surtout voulu anéantir. On a eu toutes les chances de réussir, vu le mystère d'aveuglement dans lequel étaient plongés ceux qui étaient les défenseurs nés de cette parole, et l’on en a largement profité.
Le scandale immense de l'enquête de Charlevoix a duré au moins trois mois, et, pendant ce laps de temps, Mgr. Taschereau, uniquement préoccupé du soin de sévir par ses réprimandes contre les journaux catholiques, ne trouva pas un mot à dire pour protester contre cette enquête. Dès le principe cependant, il aurait pu empêcher ce scandale, car c'est à lui tout d'abord que la cause fut soumise. Il s’en occupait et n'avait encore rendu de sentence d'aucune sorte, lorsque ceux qui l'avaient portée à son tribunal en appelèrent à Rome. Il deféra à cet appel, et le temps qu'il faut pour