‹ La source du mal de l'époque au Canada [microforme]Chapitre 26 sur 33 · MGR. CONROY A MONTREAL · texte numérisé non relu

MGR. CONROY A MONTREAL

Arrivé à Montréal, à la fin d'août, Mgr. Conroy fit là ce qu'il avait fait à Québec, c'est-a-dire qu'il n'écouta les àcfenseurs de la cause catholique que pour essayer de les réf 1ter et de les convertir au libéralisme.

Il prétendit d'abord, pour leur donner à croire qu'ils demandaient trop, que nous sommes au Canada comme les Irlandais par rapport à l'Angleterre. Rien de plus faux. Une telle assertion, communiquée à nos principaux hon nes, qui s'occupent de politique, les jeta dans le plus profond étonnement. Ils en conclurent que Mgr. Conroy ne connaissait pas le premier mot même de la situation politique du Canada,

quoiqu'il y eut déjà passé plusieurs mois, ou qu'il voulait

en imposer au public.

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Canada et celle de l'Irlande. L'Angleterre traite ces deux pays d'une manière absolument différente. L'Irlande envoie bien, il est vrai, des députés au Parlement britannique, mais elle ne se gouverne pas elle-même, comme le Canada. Au Canada, et cette remarque est de la plus haute importance, nous nous gouvernons véritablement nous-mêmes. Nous sommes sujets anglais ; mais l'Angleterre n'intervient dans nos affaires que pour nous protéger et pas pour autre chose. La province de Québec, comme nous l'avons déjà fait voir, a pour elle seule un sytème particulier de gouvernement, parce qu'elle a ses usages et sa religion à part, et qu'elle tient à les conserver. Au Canada, en un mot, nous pouvons être, surtout dans la province de Québec, comme on était au moyen-âge. S'il n’en est pas ainsi, ce n’est pas la faute de l'Angleterre, ni de la majorité des protestants qui vivent avec nous mais c'est notre propre faute. Ce sont nos libéraux, et nos libéraux que les protestants eux-mêmes redoutent et combattent, qui mettent en danger toutes nos libertés, et, surtout nos libertés religieuses.

Mer. Cor: oy a prétendu, et cela à maintes reprises, qu'on pouvait voter pour un catholique libéral reconnu pour tel, et même pour un impie fieffé, dont lui-même, tout le premier, mentionnait le nom. Cet homme, cependant, M. Rodolphe Laflamme, ne désirait être député que pour assurer le triomphe des mauvaises doctrines. Qu'importe ; Mer. Conroy voulait absolument qu'il fut permis de voter pour lui.

Il a même soutenu que les prêtres, qui disent en chaire, d'une manière générale, que ’est un péché grave de voter avec connaissance de cause pour de tels hommes, somt dans une erreur taanifeste ; qu'ils parlent et qu'ils agissent contrairement à la théologie catholique, et qu'ils se rendent coupables d'un abus intolérable. ‘“ Et cet abus, a-t4l écrit à “ quelqu'un, je suis venu le faire disparaitre.”

Mgr. Conroy ne voulait pas du tout, non plus, que nous disions que nos libéraux sont condamnés. ‘“ Qui les a con- ‘ damnés,” a-t-il demandé à quelqu'un avec humeur ?—“ Le

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Pape,” a répondu celui-ci. ‘Il est vrai, ajouta-t-il, que le # Pape n'a pas condamné les libéraux canadiens en particu- “ lier et nommément; mais comme il a condamné les libéraux en général, et que nos libéraux comptent évidemment ‘ parmi ceux dont Pie IX a tracé le portrait, ils'en suit qu'ils “ sont condamnés comme tous les autres. La partie suit le “ tout. ?”

MGR, CONROY OBJECTE QUE LES LIBERAUX N'ONT PAS DE PROGRAMME HOSTILE À L'EGLISE.

Mgr. Conroy a de plus objecté que notre gouvernement fédéral, dans le temps, n'avait pas de programme hostile à l'Église, et que même ce programme n'avait trait en rien à la religion.

Mer. le Délégué change ici de terrain et de question. On ne lui a jamais parlé du gouvernement fédéral, considéré comme tel, mais de quelques individus qui en faisaient partie. On ! ia parlé des seuls libéraux canadiens-trançais de la

province de Québec, qui prenaient tous les moyens possibles et se servaient de toutes les ruses pour ruiner l'autorité de l'Eglise parmi nous, et pour faire prévaloir une politique athée.

Le gouvernement fédéral d'alors était composé de libéraux, et c'étaient nos seuls libéraux de la province de Québec qui lui donnaient vie et force, et qui lui suggéraient les plus mauvaises mesures. Ce gouvernement, il est vrai, n'a pas publié de programme hostile à la religion : mais tout son programme n'était pas contenu, tant s'en faut, dans ee qu'il a d'abord rendu publie.

Le vrai programme de ce gouvernement, il faut le chercher dans les idées que ses membres ont carressées toute leur vie et qu'ils ont défendues dans la presse. Or, tous les canadrens-français, qui ont fait partie de ce gouvernement, avaient des principes tout-à-fait opposés aux principes catholiques, et ils n'avaient travaillé à devenir ministre Que pour faire triom-

pher l’impiété et lui donner corps dans les faits et la législation.

Ce gouvernement a de plus agi en plusieurs circonstances tout comme s’il avait eu un programme hostile à l'Eglise.

Au Nouveau-Brunswick, il a maintenu, malgré les plus justes réclamations, une loi des écoles qui n’est que la persécution organisée contre les catholiques. À Manitoba, province que nos missionnaires ont tirée de la barbarie et dont les premiers colons ont été de fervents catholiques, il a bafoué la justice en haine de l'Eglise. Chaque année, il a envoyé là, en les encourageant par ses largesses, non pas des canadiens catholiques, que la misère force d’émigrer chez les protestants des Etats-Unis, mais des centaines de familles russes et schismatiques. Tout cela, il l’a fait pour ruiner dans cette province l'influence que pourraient avoir les catholiques.

Afin d'assurer le règne du libéralisme dans la province de Québec, il lui a donné un lieutenant-gouverneur très-libéral, qui s’est entouré de ministies semblables à jui. Il a enfin choisi tous les juges, qu'il avait à nommer, dans le camp libéral, et ces juges sont des hommes imbus de funestes prin ‘pes. Quelques-uns n'ont usé de leur autorité que pour fouler la justice aux pieds, et que pour donner gain de couse à toutes les mauvaises passions déchainées contre l'Eglise.

Voilà ce qu'a fait le gouvernement fédéral que Mer. Conroy a loué et applaudi, et ce qu'il a fait, il ne l’eût jranais fait, répéterons-nous encore, s’il n'avait pas eu l'appui de nos libéraux canadiens, et même s’il n'eut pas été poussé par eux.

Mgr. Conroy avait le défaut d'être vain, et ce défaut, saisi de suite par les libéraux, a été cause de son raalheur. Ils lui ont tendu des piéges en conséquence. Ils l'ont complimenté, flatté, loué et accablé de politesses. En même temps, ils lui faisaient, mais d’une manière vague, mille et mille protestations d'orthodoxie. Il a gobé tout cela. Il s’imagina que tout irait pour le mieux parmi nous, si l'on mettait de

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côté les exagérations de certains catholiques, évêques, prêtres

et laïques, et que nos libéraux étaient les hommes les mieux intentionnés du monde. .

Mgr. Conroy a encore fait cette objection : *“ Pourquoi êtes- “ vous si exigeants et pourquoi criez-vous si fort à cause de “ quelques lois défectueuses que renferme votre Code civil? “ Ces taches ne l'empêchent pas d'être le code de beaucoup “ le plus catholique de tous ceux qui existent aujourd'hui. “ Loin de vous plaindre, vous devriez, au contraire, vous “ féliter de jouir de tant de précieuses libertés qu'on vous “ Jaisse.”

À cela, nous avons répondu que nous étions loin de méconnaitre les avantages qu'il préconisait. Mais, comme une mauvaise loi est toujours un mal, et un mal qui en entraine plusieurs autres après lui, nous lui avons ensuite fait remarquer que, quand même notre Code Civil, comparé à ceux qui sont en vigueur dans les autres pays, serait excellent, il ne s'en suivrait point que nous dussions nous tenir tranquilles et ne pas travailler à faire disparaitre tout ce qui le dépare, vu que nos eftorts peuvent encore aujourd’hui être couronnés de succès.

Ensuite, quand même aussi nous devrions prendre à la lettre ce compliment que notre peuple est le plus catholique de tous, s’en suit-il que nous ne devions pas faire bonne garde ? S'il y a un moment où il faut repousser l'erreur et le mal de toutes ses forces, c’est alors qu'ils veulent à tout prix pénétrer là où ils n'ont pas encore pénétré. Plus nous sommes bons, plus nous devons travailler à éloigner de nous ce qui est de nature à nous corrompre : et plus nous avons de libertés religieuses, plus nous devons craindre ce qui dans l'avenir pourrait servir de prétexte ou d'appui à ceux qui seraient tentés de nous ravir ces précieuses libertés.

Mgr. Conroy a ajouté que M. McKenzie, premier ministre du gouvernement fédéral, en 1877, et que supportaient nos libéraux, valait autant que Sir John McDonald, chef de lopposition, que les ultramontains appuyaient, puisque cous deux étaient protestants. Il a prétendu en consïquence que

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le parti libéral, ayant M. McKenzie pour chef, était tout aussi bon que le parti conservateur qui avait à sa téte M, McDonald.

Cette objection tend à dénaturer entièrement la vérité en ce qui concerne notre situation. Les chefs libéraux, en eflet, ne sont pas dans la province d'Ontario, mais bien dans la province de Québec. Ce sont des hommes de notre race. Ils se disent catholiques, et, sous le masque dont ils s'affublent, ils travaillent avec activité à détruire la religion pour lui substituer le règne de la raison.

Les alliances de nos hommes politiques de la province de Québec avec ceux de la province d'Ontario, au parlement fédéral, ont cependant toujours eu une grande signification. Admettons, comme dit Mgr. Conroy, que MM. McKenzie et McDonald se valent personnellement ; comme hommes politiques, ils diffèrent beaucoup entre-eux, et voici qui le prouve.

Chaque fois que Sir John McDonald a été à la tête du gouvernement, il a appelé comme ministres, pour le seconder, les hommes de la province de Québec les plus sincèrement catholiques et les plus dévoués à l'Eglise. Autant que la chose a été en son pouvoir, il a rendu justice aux catholiques dans la plupart des questions où ils étaient intéressés.

Il n’en a pas été ainsi de M. McKenzie. Les hommes, qu'il

a choisis parmi nous, pour être ses collègues, n'ont généralement été que des ennemis acharnés des libertés de l'Eglise, des hommes professant le libéralisme impie. Dans les chapitres précédents, nous avons vù comment ils ont agi. Ni Mgr. Conroy n'a pas saisi cette différence, c'est qu'il était trop préjugé en faveur de nos libéraux.

MGR. CONROY BLAME LES ULTRAMONTAINS D'AVOIR FAIT LA LUTTE.—IL LES REGARDENT COMME LA CAUSE DE TOUT

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