ACTE TROISIÈME
MARTHE
Clotilde?
MAX
Oui, quand je suis entré... à propos de moi ?
MARTHE, très vite.
De vous? Mais elle ne m'a rien dit !
MAX, à part.
Rien ? Comment rien? Mais c'est encore plus difficile alors! Ah! si seulement je trouvais l'attaque... Quand j'aurai l'attaque...
MARTHE, à part.
Il va me faire de la peine, je le sens.
MAXj trouvant son idée.
Ah! (Haut). Alors Clotilde ne vous a rien dit de son projet sur moi ?... Au fait, pour vous, cela n'a pas grand intérêt... D'ailleurs, il est si extravagant son projet... S'est-elle pas imaginée, ah! ah! ah! j'en ris... parce que... Ah! cette Clotilde! Elle veut me marier, figurezvous !...
MARTHE, baissant les jeux.
Ah!
MAX
Oui. (Apari.) Pas fort ! mais je ne trouve pas mieux. (Hau;, en riant.) Me marier, moi! Ah ! ah ! ah !...
MARTHE, à part, attristée.
Oh ! comme il parle de cela !
MAX
J'ai beau lui répéter sur tous les tons : Mais enfin,
Clotilde, vous n'y pensez pas! Mais c'est insensé! Je suis un vieux garçon, moi !... C'est-à-dire, vieux, entendonsnous... Je ne suis ni cacochyme, ni maniaque, ni rhumatisant, ri même d'âge à l'être, Dieu merci ! Je suis assez jeune, il paraît, pour qu'on puisse encore... (a par-, sercpicnant.) Hum ! (Haut.) Et c'est pour Cela que je lui disais : Cloilde, vous voyez bien que c'est impossible !
MARTHE, à part.
Ah ! Je n'ai pas été longtemps heureuse !
MAX
D'autre part, je lui disais aussi... d'autre part, celle que vous rêvez pour moi... car c'est un rêve et jamais je n'aurais osé hausser jusque-là, je ne dis pas seulement mon espoir, mais ma pensée... (se reprenant à part.) Hum ! ce n'est pas cela ! (Haut.) Celle que vous me destinez enfin, n'est-elle pas un peu loin de moi par des différences de toute sorte... le caractère... la nature... et même l'âge. Oh! ce n'est pas une enfant, je le sais bien, elle est môme plus âgée qu'elle ne le paraît, beaucoup plus âgée, mais enfin pour moi, pensez donc, pour moi?
MARTHE, tristement.
Vous ne la trouvez pas digne devons, monsieur Max?...
MAX
Ah ! Dieu ! Mais c'est moi, au contraire, qui me trouve indigue d'elle, c'est moi qui ne veux pas recevoir plus que je ne donne... C'est d'elle seule, c'est pour elle seule (|ue j'ai peur ! Ah !...ah !si son bonheur ne dépendait que de moi, avec quelle joie je lui donnerais ma vie inutile! Comme elle trouveraiten moi plusqu'en loutaulre ce sentiment de protection passionnée, éclairée, indulgente, cette sorte de paternité charmante qui est au l'ond de l'amour