‹ La souris; comédie en trois actesChapitre 64 sur 118 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Oh ! je le sais bien, allez, que je n'ai ni importance ni âge pour personne, quejesuisun être sans conséquence, une Cendrillon...

MAX, plus sci-icux.

Oh ! Mademoiselle, pour une plaisanterie d'un goût médiocre, j'en conviens, je ne comprends vraiment pas...

Vous ne comprenez pas, monsieur Max? vous ne comprenez pas que, dans celte maison, je n'ai pas ma place, que, sans Clotilde qui m'y a rappelée, je n'y serais pas même tolérée, que je ne compte pas, que je n'existe pas, que je suis une étrangère pour cette mère qui n'est pas la mienne et dont je ne suis pas aimée, que je le sais, que je le sens, si petite tille que je s is! Oh! ne pas se sentir aimée, c'est déjà si dur ! Et se voir tourmentée avec cela, raillée, dédaignée, cela me fait tant de chagrin, c'est si méchant !.,. Tout ce qui serait indilTércnt, dans une autre situation, est si cruel dans la mienne, offensant même... Que tout le monde ne comprenne pas cela, c'est possible, mais vous, vous ! Oh ! c'est mal, que c'est mal !

Elle pleure, la tèle caclico dans une main, accoudée à la tablo. MAX, sérieux.

Vous avez raison. Mademoiselle, ce n'est pas bien, je le comprends maintenant, et je n'ai que cette pitoyable excuse de ne pas l'avoir compris plus tôt. Je croyais jouer avec votre amour-propre, et c'était votre cœur que je blessais. Ce n'était ni généreux, ni intelligent. Mais vous ne croyez pas que c'était volontaire au moins... dites!... oh ! vous ne le croyez pas?

MARTHE, toujours pleurant , la ù^utc cachée.

Non, monsieur Max,

MAX

Je VOUS ai vue si jeune... Il me semblait toujours que... enfin, l'enfant me cacliaillafemme... Vous comprenez?...

MARTHE, de même.

Oui, monsieur Max!

MAX

Mais je m'en repens, vous voyez, et sincèrement, je vous jure... Vous ne m'en voulez plus?

MARTHE, de même.

Non, mmisieur Max !

Eh bien, alors, ne me punissez pas trop sévèrement de mon élourderie... Ne pleurez plus, je vous en prie, ne pleurez plus !... et regardez-moi, que je lise mon pardon sur votre doux visage et dans ces grands yeux rassérénés... Allons! allons! un peu de clémence, voyons, petite Souris?...

MARTHE, pressant la poupée do sa main libre sans tourner la tète.

Couic! couic !

MAX

Oh!... Mademoiselle, c'est vrai! pardon! mademoiselle Marthe!... Eh bien, voyez-vous que c'est involontaire, et que vous auriez tort de m'en vouloir.

MARTHE, tournant sa figure vers lui, lentement.

Alors, vous ne me haïssez pas?...

MAX

Moi? oh ! Dieu 1 C'est plutôt vous qui devez me détester.

Page 1