‹ La souveraine; comédie en trois actesChapitre 13 sur 22 · SCÈNE VII OLIVIER, RENÉE, puis HEURTOUX · texte numérisé non relu

SCÈNE VII OLIVIER, RENÉE, puis HEURTOUX

(Olivier resté seul, se promène nerveusement; il s'arrête devant son bureau, allume une cigarette puis se remet à se promener.

(Renée entre de droite.)

OLIVIER Renée, vous vous êtes conduite tout-à-l'heure de façon inadmissible.

RENÉE

Je vous avais prié de ne plus recevoir cette

femme.

OLIVIER

Mais vous avez négligé de me donner de ce désir une raison sérieuse.

RENÉE

Il me semble que vous ne devez pas recevoir chez nous des femmes que je ne reçois pas, moi.

OLIVIER Je vous en prie, Renée, ne recommençons pas toujours les mêmes discussions inutiles. Je ne puis pas user mes efforts à essayer de vous faire comprendre que vous n'êtes inspirée que de préjugés. J'en ai fait mon deuil.

RENÉE Comme j'ai fait mon deuil, de mon côté de tant de choses. . . Depuis un mois, depuis cette dernière discussion sur ce sujet pénible que je ne veux même pas vous rappeler, j'essaie d'oublier mes rêves de femme. Mais il faut pourtant qu'il n'y ait, dans votre vie, rien d'outrageant pour moi aux yeux des autres.

OLIVIER

Je ne puis pourtant pas souscrire à vos façons de vivre. Je dois vivre avec les gens de mon milieu.

RENÉE

Mais, votre milieu, il me semble que c'est votre famille, moi, le foyer.

OLIVIER

Mon milieu, ce sont les gens avec qui je puis causer des choses qui m'intéressent, qui me passionnent, qui sont ma vie intellectuelle.

C'est à dire tout le monde sauf moi ?

OLIVIER Est-ce ma faute si rien de ce qui occupe ma vie n'intéresse la vôtre, si vous vous êtes refusée obstinément, toujours, à me faire la concession d'essayer de partager mes préoccupations, de vous élever un peu au-dessus des banalités du ménage.

RENÉE Hélas ! c'est la tendresse que vous trouvez banale. Je me suis efforcée de comprendre vos aspirations; je n'en ai pas trouvé une qui fît une place à cette tendresse.

OLIVIER La vraie tendresse est dans la communion des idées.

RENÉE Vos paroles sont froides et vos idées étrangères

au cœur.

OLIVIER

Comme doivent l'être celles d'un homme fort, conscient. Voilà : celle dont vous parlez et avec qui j'entretiens des relations purement intellectuelles, comprend et aime ces paroles là. D'ailleurs notre dernière discussion a montré l'infranchissable malentendu existant entre nous. . .

RENÉE, avec fierté.

Je ne songe pas à l'oublier, croyez le.

OLIVIER Et comme j'ai besoin pour mes travaux, pour

le développement de ma pensée, du commerce d'intellectuels comme moi, il faut bien. . .

RENÉE Non, il ne faut pas, parce que c'est me faire outrage. Et je me révolte! Mon intelligence... — Oh ! je sais que vous n'y croyez pas. . .

OLIVIER Si j'y crois. Mais on ne vous a pas appris à la conduire. . .

RENÉE Mon intelligence et ma dignité se rebellent !

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