SCÈNE III
OLIVIER, KLARY, DARCHI
KLARY Votre femme ne vous comprend pas?
OLIVIER Ma femme nattache de prix qu'aux sentimentalités courantes ; elle ne comprend pas mes aspirations d'artiste, mon rêve de vie intellectuelle inspirée seulement de raison et d'idéal, détachée de toutes les mesquines sujétions, de tous les mesquins appétits.
KLARY Il ne fallait pas vous marier.
Est-ce qu'on sait? Je croyais arranger bien ma vie. Ah! j'écrirai quelque jour un livre sur cette souffrance de vivre, de sentir autour de soi cette unique préoccupation d'entretenir la vie. C'est abaissant. . . (Il prend machinalement la tasse de bouillon et en boit une gorgée.) Je vous demande pardon : j'ai l'habitude à cette heure-ci. Je suis un peu affaibli : le surmenage, la lassitude.
KLARY Moi, je prends du peptone. J'ai horreur des repas. Quand j'ai mangé il me semble que de la matérialité pèse au bout de mes doigts ; je n'ose plus prendre mes pinceaux ou toucher à un piano.