‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 10 sur 228 · LIVRE I ç r. LES POUVOIRS 'ET L'OPINION · texte numérisé non relu

LIVRE I ç r. LES POUVOIRS 'ET L'OPINION

sant leur mission, entreprennent de résister au mouvement au lieu de le guider.

D'autre part, les conditions de la lutte que les révolutionnaires soutiennent contre les institutions sociales et politiques, exigent de ces hommes une résolution tenace et des dévoûmenls qui ne sont possibles qua des caractères tout spéciaux. Les défenseurs des formes établies résistent avec un véritable acharnement, et la fortune, la liberté, la vie, l'honneur de ceux qui les combattent , sont incessamment menacés, ils doivent ainsi faire le sacrifice de tous les biens que les hommes recherchent dans l'état de société. Cet abandon volontaire suppose en eux des passions et des espérances essentiellement différentes de celles des autres hommes, et dans cette lutte sans merci ni repos, ils ne peuvent être soutenus que par un puissant amour de l'idéal ou par une énergie de volonté toute particulière.

C'est ainsi qu'ils se divisent en deux catégories : les uns, plus entraînés vers l'avenir, les autres, plus ennemis du passé; les enthousiastes et les révoltés, en d'autres termes, les utopistes et les hommes d'action. Quelques-uns, en petit nombre, unissent ce double caractère, ils sont l'expression même de la révolution, et brillent en elle d'un légitime éclat. Plus généralement, il ne saurait en être ainsi. Or, il est inutile de montrer comment ces habitudes exclusives de l'esprit l'entraînent à tenir peu de compte des institutions ou des hommes.

Ces catégories fournissent naturellement d«?s apôtres

et des soldats. C'est tout ce qu'il faut à la révolution. On en tirerait plus difficilement des préfets et des chefs de bureau. Or, c'est là ce que réclame une administration.

Je ne m'étendrai pas sur les conséquences qui résultent de cette analyse, elles sont nombreuses et faciles à saisir ; je dirai seulement qu'on ne saurait en faire un reproche à ces hommes ; leur mission étant donnée, ils ne sont que ce qu'ils doivent être pour l'accomplir. Rien déplus, rien de moins.

Enfin les scission naires dans la société sont de deux sortes : ceux qui sont plus mauvais qu'elle et qu'elle a le devoir de rendre meilleurs , ceux qui la conçoivent plus parfaite et tentent de l'améliorer à leur tour. Ceux-ci seuls sont légitimement révolutionnaires. Mais il est impossible qu'il ne se mêle pas dans leurs rangs un certain nombre de scissionnaires de la première espèce. C'est d'ailleurs une tactique de tous les gouvernements de les compromettre avec cette sorte de gens. Ils manquent presque toujours de moyens pour reconnaître ces intrus, et la police, loin de les éclairer à ce sujet, emploie tous ses efforts à les tromper. C'est, pour le dire en passant, une des plus grandes fautes des gouvernements que d'avoir confondu la police et la répression criminelles avec la police et la répression politiques. Us unissent ainsi dans une lutte commune deux classes d'hommes qui, par leurs habitudes et leurs idées, seraient toujours séparés par un monde, la société tout entière, et rendent les révolutions plus faciles et plus

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