‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 100 sur 228 · LIVRE II. LA. LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA. LIBERTÉ DE CONSCIENCE

Mais ce que l'on comprend moins en général, c'est que, dans l'ordre spirituel, la science étant également fixée, et la loi morale étant constatée par la proclamation de la liberté de conscience , il se passe dans cet ordre un fait analogue, et qu'il est tout aussi absurde, inique et ridicule de légiférer souverainement la morale, alors qu'on en proclame la liberté. C'est là une contradiction très-grave. Si l'on ne revient à des idées plus saines, elle produira des chocs désastreux et de véritables impossibilités sociales. Il faut choisir absolument entre la législation humaine et l'obéissance d'une part, et la légistation naturelle et la liberté d'autre part ; car, ou ces deux législations sont semblables, et alors il en est une inutile; ou bien elles sont contraires, se combattent et s'entre-détruisent ; alors il ne saurait être convenable d'entretenir ces combats et ces déchirements.

La loi naturelle, morale et physique, voilà donc la croyance commune, l'autorité qui limite la souveraineté.

Je ne m'arrêterai pas à montrer comment cette autorité qui crée le souverain en même temps qu'elle le limite et lui donne ainsi sa légitimité, n'est compatible qu'avec la souveraineté du peuple , c'est-à-dire de la conscience et de la raison de tous sans exception.

Mais si cette souveraineté ne peut légitimement réagir contre l'autorité qui l'investit; si elle ne peut faire ni lois morales ni lois physiques , que fera-t-elle?

Elle maintient autant qu'il est en elle la liberté parmi les hommes, l'ordre dans la nature; c'est-à-dire qu'obéissant aux lois naturelles, elle en favorise et en règle l'action pour le bonheur et la liberté de tous.

D'autre part , ignorant encore la loi unique qui lie l'homme à la nature, l'esprit à la matière, le souverain étudie l'action réciproque de ces termes opposés, recherche l'ordre et la vérité dans les relations qui les unissent, fait à ce sujet des suppositions (des hypothèses) destinées à servir de lois en attendant que les lois vraies soient connues. Il charge les pouvoirs de préparer ces lois provisoires et d'en assurer l'exécution ; comme souverain, il accorde ou refuse sa sanction à ces lois.

Les sciences morales se résolvant toutes aujourd'hui dans l'idée unique de liberté, ladirection morale échappe à la souveraineté. Les sciences physiques se résolvant toutes également dans une idée de nécessité, toute tentative de direction physique échappe de même à la souveraineté.

La mission du souverain s'élève ainsi jusqu'à la recherche du plus haut problème qui se soit posé devant l'esprit humain : celui de la conciliation de la liberté morale et de la nécessité physique. Il s'agit do trouver les conditions les plus favorables au développement du bonheur et de la vie, et cela sans résister aux lois de la nature, ce qui serait tuer la vie ; sans porter atteinte à la liberté humaine, ce qui serait tuer le bonheur. Ces conditions favorables peuvent être exprimées par des institutions plus ou moins hypothétiques, et dont la création peut être l'œuvre de l'action souveraine. Cette action se propose ainsi pour but ultérieur d'arriver à la connaissance de l'ordre universel et de la loi de vérité

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