LIVRE II. LA LIBERTÉ DE C0N8CIENCE
Avant que la loi de l'ordre et de la liberté fût constatée par la science dans l'univers et constituée dans l'humanité par l'amour, il n'y avait place que pour les enfants de l'ignorance et de la haine : le désordre, la misère et la douleur; et dès le premier jour commence une lutte éloquemment nommée : la guerre à la parcimonie de la nature.
Cette lutte étant un fait universel, l'action et la réaction du globe et de la race humaine, elle ne pouvait se résoudre et prendre un caractère harmonique qu'entre ces divers éléments.
Combien faudrait-il de siècles avant que ces unités fussent comprises? Combien, avant que la pensée pût saisir, comme une réalité, ces deux mots : l'humanité, la. terre ; et, de ces termes enfin connus, s'élever par une synthèse plus haute è l'unité, retrouver par la science et l'amour en un nouvel Eden le bonheur et l'harmonie perdus?
Il fallait, avant tout, unir les hommes, connaître la nature. Sur une double ligne se déroule ainsi devant nous la marche des peuples à la recherche de la science et de la fraternité. Nous les voyons de sociétés en sociétés, de systèmes en systèmes, de révolutions en révolutions, se rapprochant toujours de la connaissance et de la réalisation de ces termes opposés, arriver enfin à constater leur double unité, puis, réclamant la solution de l'antagonisme primitif, poser enfin de nos jours, sur le terrain même de la guerre, les bases d'une science et d'une société nouvelles. Ils ne demandent plus
désormais les lois de I unité morale ou de l'unité physique, mais bien la loi d'union de la race humaine et de son globe, la constitution de la souveraineté de l'humanité sur la terre : la loi du travail.
Ainsi tout d'abord les hommes se trouvèrent en face d'une antinomie: l'amour et la vie; aimer, embellir. Le problème était d'une part de réaliser l'unité humaine par la fraternité, de l'autre de connaître les lois de la nature. En créant la morale, les hommes à la recherche de la fraternité, avec elle ont trouvé la liberté ; en créant la physique, à la recherche de la nécessité, avec elle ils ont trouvé l' unité ; maintenant qu'ils s'élancent à la recherche de l'universelle harmonie, par surcroît, que leur sera- t-il donné?
Ici les conséquences se pressent en foule, nous ne saurions nous laisser entraîner à les développer; mais il nous sera permis de déduire en quelques mots, de ce qui précède, la nature des relations et des limites actuelles de la souveraineté, du pouvoir et de l'autorité.
Les lois physiques étant connues ou en voie de l'être, toute décision nouvelle à ce sujet ne serait désormais qu'une Absurde et ridicule tyrannie : dans cet ordre, on ne commande plus, on démontre. La détermination de ces lois échappe donc à la souveraineté, elles la dominent. Cela est tellement évident aujourd'hui, tellement accepté, qu'il semble oiseux de le dire, et que l'on ne conçoit plus chez le souverain la prétention de légiférer la science. Le procès de Galilée nous paraît à tous la plus étrange et la plus condamnable iniquité.