‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 102 sur 228 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

X attache une telle importance à la fixation des caractères du pouvoir, de la souveraineté, de l'autorité; je suis tellement convaincu des dangers que présente la confusion qui s'introduit entre ces idées si distinctes, que ce que je viens de dire à ce sujet ne saurait me satisfaire.

Je me vois forcé de réclamer quelque attention , je ne voudrais pas dans cette étude me laisser entraîner à des formes trop philosophiques auxquelles la plupart des lecteurs ne sont point habitués. Ce m'est une grande difficulté de rester parfaitement clair en m' imposant une telle condition.

Ces considérations sortent en effet du champ des discussions habituelles, et l'on n'est point dans l'usage de leur attribuer une valeur politique. C'est une grande erreur. Ce sont d'ailleurs les questions les plus hautes

qu'ait à résoudre l'intelligence humaine; et si Ton veut bien songer que la fixation de la souveraineté est le plus grand problème qui se puisse poser, que de la solution qui en est donnée dépendent tous les droits , tous les devoirs, toutes les relations sociales et la vie même de l'humanité, enfin que lorsqu'une solution est une fois acceptée un grand nombre de siècles s'écoule toujours avant quelle soit mise en suspicion, et que le problème se pose de nouveau devant l'esprit humain ; on comprendra qu'une telle recherche demande des considérations plus élevées que celles au moyen desquelles on espère résoudre les difficultés qui naissent de quelques divisions passagères ou de quelques faits contemporains.

L'on voudra bien remarquer encore que les spéculations plus restreintes auxquelles on a l'habitude d'attribuer une valeur politique suffisante, ne semblent point cependant de nature à rétablir en Europe l'ordre et la stabilité; que, bien au contraire, malgré les efforts tentés dans cette limite par des hommes d'un mérite incontestable, la situation se complique tous les jours, que les difficultés augmentent, que les institutions se dégradent et que la contradiction envahit toute chose et nous conduit au chaos.

Peut-être alors pensera- t-on qu'il n'est point inopportun de monter dans des régions plus lumineuses et moins agitées, et, contemplant d'en haut ce monde tumultueux et bruyant, d'écouter si dans tous ces cris il n'est pas une voix qui domine, si dans tous ces remous il n'est pas un grand courant au milieu duquel ils tourbillonnent emportés.

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