LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
Avant de nous livrer à l'examen de ces questions, si embrouillées de nos jours, choisissons, dans une organisation antérieure bien connue, un exemple qui puisse nous y préparer, et servir de guide à notre esprit.
Soit la construction sociale de la chrétienté par le catholicisme.
Dans l' organisation catholique quelle h ai! l'autorité ?
Ceci ne fait point doute, c'était la révélation.
Comment se constituait la souveraineté?
L'autorité, c'est-à-dire l'ensemble des vérités considérées comme certaines — la révélation — étant d'origine divine, l'homme étant d'ailleurs, de par cette révélation même, considéré comme vicié par le péché originel, la . souveraineté se constituait par une investiture religieuse et divine, destinée à effacer cette souillure primitive, par un sacrement : le baptême. Ainsi se constituait logiquement la souveraineté dans l'Église.
Cette souveraineté s'organisait par des moyens qui ont souvent varié, mais ces moyens n'étaient que des procédés préparatoires. Pourjaire partie de la hiérarchie organique de l'Église, il fallait être investi de la fonction par un sacrement : l'ordre. Ainsi s'organisait la souveraineté par la hiérarchie ecclésiastique : le clergé.
Dans le catholicisme, le souverain déduit delà révélation, c'était l'Eglise; l'organisation qui représentait ordinairement par une sorte de délégation le souverain , c'était la hiérarchie cléricale ; l'investiture de la souveraineté, c'était le baptême; celle de la délégation, c était Y ordre.
Le clergé n'était pas l'Église ; il la représentait ; mais il était toujours permis d'en appeler de la représentation au souverain, du prêtre au chrétien, du pape au concile, de la hiérarchie cléricale à l'Église.
La loi fondamentale, la révélation n'avait point tout prévu. Une partie considérable des relations sociales n'était point réglée par elle; dans ces relations la vérité n'était pas connue. Il est même vrai de dire que dans la donnée chrétienne ces relations étaient considérées comme d'une nature inférieure, elles tenaient à l'état d'imperfection de la vie, en elles il n'y avait pas de vérité absolue. Cependant il fallait les soumettre à de certaines règles et cela d'autant plus qu'elles étaient plus imparfaites et plus dangereuses. En somme c'était par elles, aux yeux du chrétien, que le mal pénétrait dans la catholicité. La législation divine les ayant négligées, * il fallait leur créer une législation humaine. C est-à-dire qu'en attendant que l'on connût la vérité dans cet ordre, il fallait faire des suppositions , des lois qui probablement étaient fausses, mais qui n'en devaient pas moins être obéies, car ce n'était qu'en les soumettant à l'expérience qu'il était possj^le d'en reconnaître les vices et de les améliorer.
La souveraineté avait donc pour mission de maintenir la pureté de la doctrine, la révélation; et de faire des lois pour toutes les relations qui n'étaient pas suffisamment réglées par cette autorité. Elle avait reçu l'investiture de cette autorité même, et ne pouvait en aucun cas faire aucune loi qui la niât ou la contredit. La croyance générale était d'ailleurs qu'elle jouissait d'une prérogative toute spéciale à ce sujet : la grâce. Ainsi la