‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 104 sur 228 · LIVRE IL LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE IL LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

souveraineté se trouvait limitée dans l'étendue de ses droits législatifs par l'autorité même qui l'avait investie de ces droits.

Mais l'Eglise avait besoin d'un instrument pour assurer le respect de l'autorité révélée et de sa propre législation. Elle investit de cette fonction une organisation chargée de l'exécution et de la police réglementaire. Cette organisation fut très-variable suivant le temps et lés localités; la féodalité fut sa forme la plus générale : c'était le pouvoir.

De même que l'organe de la souveraineté, la hiérarchie ecclésiastique, s'était unitarisé dans le pape, il y eut tendance à uuitariser le pouvoir dans l'empereur.

Telle est l'ensemble idéal du catholicisme tel qu'il fut conçu, mais ne put être réalisé.

La souveraineté organisée dans l'Église par le clergé, unitarisée dans le pape, chargée de maintenir l'autorité de la révélation d'une part, et juge des infractions à cette loi fondamentale et parfaite ou du moins considérée comme telle ; chargée d'autre part de créer une législation secondaire et perfectible ; recevant l'investiture de l'autorité, donnant l'investiture au pouvoir, jouant ainsi le rôle d'un pouvoir vis-à-vis de l'autorité, le rôle d'une autorité vis-à-vis du pouvoir.

On doit maintenant comprendre clairement ce que signifient ces mots : l'autorité, la souveraineté, le pouvoir; caries conditions de l'organisation catholique sont les conditions mêmes de toute organisation sociale. Toujours le pouvoir issu du souverain trouve en lui la sanc-

tion de ses actes, et c'est ainsi qu'il les justifie et peut obtenir obéissance et respect. Le souverain à son tour justifie ses décisions par l'autorité de laquelle il est issu, et c'est ainsi qu'il obtient également obéissance et respect. Enfin l'autorité se suffit à elle-même, car elle est justifiée aui yeux de tous par sa définition : l'ensemble des vérités acquises à l'esprit humain.

On le voit : créer un pouvoir sans souveraineté, puis demander pour lui le respect, c'est une tentative insensée ; car alors le pouvoir ne peut se maintenir que par la force et ne peut se justifier.

Créer une souveraineté sans autorité, c'est-à-dire sans principe, sans origine légitime aux yeux de tous et demander pour elle et l'organe qu'elle investit du pouvoir, le respect, c'est encore tourner dans le même cercle vicieux, c'est l'agrandir, mais ce n'est point en changer la nature.

Chercher au contraire la véritable autorité d'une époque, en déduire une souveraineté, puis de celle-ci déduire un pouvoir, c'est se trouver dans les conditions d une organisation sociale possible et régulière.

Telle doit être l'œuvre de ce temps.

Or, nous défions qui que ce soit de nier la vérité de ces affirmations :

Si la conscience des hommes n'est pas d'une nature identique, ou si cette nature est viciée, la liberté de la conscience et le droit d'examen sont destructeurs de toute autorité, et, par suite, de toute société.

Si cette conscience est la même chez tous les hommes, si leur raison est de nature identique, la liberté de la conscience et de la raison peut devenir une autorité

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