LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
réelle et par suite le fondement d'un ordre social nouveau, mais elle n'en reste pas moins destructive de tout ordre social basé sur une autre autorité.
Or, notre ordre social étant basé sur l'autorité de la révélation, et, socialement, cette autorité n'ayant plus de valeur par la déclaration du droit d'examen et de la liberté de conscience, il s'ensuit que notre ordre social tout entier est fatalement conduit à néant, et que quoi qu'on fasse, nulle obéissance et nul respect ne sont plus possibles en lui parce qu'il est sans autorité.
Nous n'avons donc qu'une ressource pour échapper à la plus effroyable anarchie, au plus horrible chaos, c'est de constituer sur le principe de l'unité de conscience et de raison un ordre social compatible avec cette nouvelle autorité.
Avoir conduit les hommes à la nécessité d' un tel choix, telle fut la mission des idées radicales ; elles ont tué l'ordre ancien.
Arracher les hommes à cette situation funeste, telle est la mission des idées sociales; elles doivent enfanter Tordre nouveau.
Comment?
La révélation chrétienne supposant l'homme originellement vicié, l'investissait de la souveraineté par le baptême. Le souverain sous l'empire de l'autorité de la conscience a-t-il besoin d'une investiture semblable? Non. Il est homme, la révélation permanente est en lui : cela suffit, il est souverain. Devant le tribunal de la conscience et de la raison, au nom de l'autorité nouvelle, cela est indiscutable.
Quelle sera la fonction du souverain?
Assurer l'autorité dans toutes les relations réglées par elle, faire une législation progressive, c'est-à-dire hypothétique, dans l'ordre des relations qui n'est pas réglé par l'autorité.
Tout l'ordre moral étant réglé forcément par la loi naturelle, la conscience et la raison, dans cet ordre la fonction du souverain se borne à assurer la liberté absolue de tous et à empêcher que nul ne porte atteinte à la liberté de quelqu'un.
La fonction législative du souverain n'a donc lieu de s'exercer que dans l'ordre économique. La législation devient ainsi purement administrative.
Le principe de la souveraineté étant l'identité de toutes les consciences, nul en aucun cas ne peut être distrait de la souveraineté sans qu'il y ait négation même du principe, c'est-à-dire impossibilité logique de justifier la souveraineté, par suite désordre et secousses prochaines et inévitables.
Même impossibilité pour le souverain d'établir aucune règle morale qui ne soit justifiée par la loi naturelle, inutilité d'ailleurs d'écrire les règles que cette loi justifie, puisqu'elles sont déjà formulées dans la conscience de tous. Ceci ne serait pas un abus, mais une superfétation, et toute chose inutile amène forcément à l'abus en troublant les notions de l'esprit. On ne larderait pas à obéir à ces lois, parce qu'elles sont écrites et non plus parce qu'elles sont l'expression de la conscience, l'autorité serait ainsi méconnue et toute porte serait ouverte aux abus et aux excès de la souveraineté.