‹ La Souveraineté du peuple, essais sur l'esprit de la RévolutionChapitre 107 sur 228 · LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

de la conscience et de la raison, la loi naturelle et vivante.

Mais il arrive qu'à peine investis do leur fonction, la représentation et le pouvoir, imbus de jugements préconçus, de préjugés qui ne sont que les déductions logiques de l'ancienne autorité de la révélation, réagissent, au nom des conséquences de la loi écrite révélée, contre les conséquences de la loi naturelle et vivante.

C'est là un état effroyable.

Telle est notre situation : La souveraineté déchirée par la révolte de ses propres organes contre elle-même, puis à travers cette souveraineté, l'autorité qui crée le souverain livrant un combat acharné au pouvoir auquel le souverain lui-même a donné l'investiture.

Mais ce n'était point assez de ce chaos de forces contradictoires. Effrayés de ces luttes monstrueuses, de cette guerre étrange sans conscience et sans raison, de cette destruction de Tordre et du sens commun, les hommes ont fermé les yeux, ils n'ont plus voulu voir, et seuls dans les ténèbres, désolés, ils insultent, ils pleurent, ils crient en attendant des coups invisibles, en attendant la ruine, en attendant la mort.

Ceux qui repoussent le principe de l'autorité de la conscience voyant ce principe généralement accepté, l'ont eux-mêmes proclamé, puis ils font tous leurs efforts pour en nier les conséquences. C'est ainsi qu'ils tentent de faire la nuit dans tous les esprits; la frayeur les aide dans cette œuvre de ténèbres et d'hypocrisie. C'est pour maintenir cette obscurité qu'ils sont parvenus à faire repousser des discussions politiques tout ce qui pouvait y apporter quelque lumière, et qu'ils ont fini par

interdire comme une inutilité tout rappel aux principes eux-mêmes.

Voilà T organe du souverain, voilà l'enceinte ou se fait la loi. Les idées s avancent, elles viennent toutes une lumière au front, entreront- elles?

Oh! ne craignez rien , la porte est bien gardée. Ecoutez :

— Idée, que nous veux-tu? quel est ton nom?

— Je suis une idée religieuse!

— Une idée religieuse, oh! la rêveuse et l'enfant! Cette enceinte est trop petite et ne saurait te contenir. Va-t'en! ce n'est point ici la porte d'un concile!

Va-t'en.

— Hélas ! mes sœurs ont tant de fois sauvé les peuples!

— Il s'agit bien de sauver les peuples! il s'agit de nous sauver nous-mêmes. Va-t'en!.... Et toi, quel est ton nom?

— Je suis une idée philosophique.

— Une idée philosophique! Vous me serablez une idée folle, vous croyez- vous à l'université? Allez en Allemagne, allez ma chère.

— Mais je suis la vérité, je suis la science.

— Eh! nous ne sommes point des savants, nous sommes des hommes d'État, nous ne cherchons point le vrai, nous cherchons l'utile. Va-t'en !

— Mais l'utile c'est le vrai.

— Ah! va-t'en! Et toi?

— Je suis une idée historique.

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