LIVRE 0. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
considéré comme absolu ne tendrait à rien moins, dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui, qu'à porter atteinte au droit d'autrui. Il est certain que le droit d'user persiste, mais le droit d'abuser ne saurait durer, et ce qui est en question, c'est de déterminer la limite qui sépare l'us de l'abus.
Nous remarquerons que la liberté d'enseignement absolue, parfaitement légitime vis-à-vis des citoyens en puissance d'une raison qui réagit et la limite, ne saurait être admise vis-à-vis des enfants mineurs sans constituer un véritable esclavage de l'enfant et non pas une liberté du professeur. La raison du mineur ne pouvant réagir et limiter la liberté de l'enseignement, il ne peut être permis de fournir à cette jeune raison des documents erronés et de la maintenir ainsi dans l'obscurité. Là, tous doivent intervenir pour empêcher l'abus ; il en est de même de la liberté d'association vis-à-vis des mineurs.
Ceci suffît pour faire apprécier le sens de ces mots : liberté de l'enseignement, liberté absolue de propriété. Ce ne sont là que les démembrements des libertés de discussion et de possession. Ce sont précisément ces libertés dont l'abus n'est qu'une véritable domination et la négation même de la liberté de l'enfant et de la socialisation des forces naturelles. Elles sont ainsi, sous le nom de liberté, des formes d'oppression et des ennemis de la liberté.
Il est donc fort logique que les mêmes hommes qui nient la liberté de discussion, d'association et de possession, liberté de jouir, d'aimer et de savoir, liberté individuelle en un mot, réclament en même temps les
abus de la liberté de l'enseignement et de la propriété.
Ils ne sont dans l'un et l'autre cas que des ennemis de la véritable liberté. Ils veulent l'oppression et défendent la liberté de l'esclavage.
Ils se disent conservateurs ; c'est ici que nous voulons montrer qu'il n'en est rien et qu'ils sont de véritables révolutionnaires; seulement, au lieu de révolutionner le catholicisme en avant, ils le révolutionnent à rebours, et rétrogradent d'une période sociale dans le passé.
Cette preuve offre un grand intérêt, elle est pleine d'enseignements et mérite quelque attention. Alors que j'entreprends de signaler la tendance des parfis à remettre en honneur les principes vicieux de l'organisation sociale antique , on ne s'étonnera point que j'examine les caractères de cette organisation. Hélas! cette revue rétrospective, quelque inutile qu'elle puisse sembler, n'a que trop d'actualité.