LIVRE 11. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
intérêt, de par la raison d'État, décrétait le bien et le mal.
Le pouvoir exécutait et maintenait les décisions du souverain.
La liberté morale du citoyen n'existait pas. Soumis en cet ordre à l'organe qui représentait le peuple, il était véritablement dans une sujétion excessive.
Il est digne de remarque que, lorsque le représentant du souverain (le peuple) vint à se confondre avec le chef du pouvoir par la création de l'empire, cette puissance formidable fut l'origine et la justification d'une oppression étrange ; Rome dans sa décadence rétrogradait ainsi vers le droit social de l'Orient : il n'est personne qui n'ait été frappé de cette vérité en lisant l'histoire du Bas-Empire.
C'est d'un semblable malheur que nous sommes menacés. Il semble que les nations, comme les individus, à l'heure de la décrépitude, retombent dans les faiblesses du premier âge.
Née de Rome, notre société jetourne au droit romain; vieille et mourante, elle s'enveloppe comme en un linceul dans les langes et les maillots dont sa jeunesse avait dégagé son enfance.
C'est ainsi qu'elle répète machinalement et bégaie, sans en comprendre le sens, les mots et les chansons dont elle fut bercée.
Que me reste-t-ilà prouver? Il suffit de la simple énumération que je viens de faire.
Voyez ce qui se passe de nos jours. Écoutez les partis : quelle est leur autorité, quel est leur souverain, quels sont ses droits, quelle est la fonction du pouvoir?
L'autorité pour tous c'est l'intérêt du parti, voilé du nom d'intérêt social, c'est la raison d'État.
La morale, quelle est-elle à leurs yeux ? Ils n'ont plus de religion sociale 1 c'est l'ensemble des lois. Qui fait les lois? Le souverain. Quelle est la fonction du pouvoir ? Les défendre. Quelle est la limite de la liberté ? La volonté du souverain.
C'est là l'autorité romaine, le souverain et le pouvoir romain, et c'est la liberté romaine.
Et pendant que l'idée sociale reculait ainsi dans le temps, l'étendue sociale reculait aussi dans l'espace.
La société s'amoindrissait à la fois, dans sa forme et dans sa pensée, dans son nombre et dans son unité, dans la matière et dans l'esprit.
Désolante et juste barmonie ! Voyez :
La catholicité brisée, le souverain, en même temps qu'il s'efforce d'acquérir un droit moral, une puissance injuste, se rétrécit et devient misérable. Votre souverain c'est un peuple, ce n'est plus l'Église ; c'est une nation, ce n'est plus l'auguste assemblée des nations. Que voulez-vous? Quel but a votre activité ? La catholicité voulait conquérir le monde, elle se nommait l'Europe ! Vous vous nommez aujourd'hui la France! l'Allemagne! l'Angleterre ! que sais-je ? Et c'est un rêve, un idéal pour vous que de faire une Italie, quand vous avez eu la chrétienté, quand vous avez à faire une humanité! Les temps se divisent. La vie change. Durer n'est plus, le ciel et l'enfer vous appellent, il faut renaître ou mourir,