LIVRE II. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
il faut monter ou descendre : et vous choisissez la mort ! Et vous aimez l'abîme.
Et vous voulez être obéis par les hommes? Et vous voulez être respectés ? Et vous voulez représenter l'esprit du temps? Et vous vous dites la révolution? Haltelà ! je vous le défends, et j 'en ai le droit, et nous l'avons nous tous que vous déshonorez en volant ce nom glorieux que vous auriez avili s'il pouvait l'être par vous. Et vous vous dites la conservation ? Ceci est au moins étrange quand vous vous suicidez.
Songez y donc, ailleurs je vous l'ai déjà dit : qu espérez-vous ainsi défendre? Mais vous nourrissez dans votre sein un implacable ennemi, un ennemi qui vous a déjà vaincus quand vous étiez armés, quand vous étiez toutpuissants, un ennemi que vous ne pouvez attaquer, contre lequel vous n'oseriez vous défendre. Le catéchisme vous tuera.
Croyez-vous donc que l'idéal s'oublie, que le souvenir de l'ordre et de la vérité s'efface, lorsque pour les remplacer, vous nous offrez un idéal infime, un ordre, une vérité moindres?
Si je nie votre souverain, et j'ai droit de le nier, le sang des martyrs et l'esprit vivant de la patrie me l'ont donné ; si je nie les droits que le souverain s'arroge : que ferez-vous? Vous emploierez la force, vous méjugerez, vous me condamnerez. Après? En serez-vous moins vaincus? Rome employait une autre force ! elle condamnait autrement ! elle est morte. Allez dans le sépulcre, allez la rejoindre , elle vous attend. Mais ce que vous
donnez à César, au souverain, c'est là précisément ce que les chrétiens refusaient à César. C'est ce droit même de fixer le bien et le mal, d'affirmer par sa volonté seule ce qu'on devait respecter, ce qu'on devait obéir; c'est ce droit que César défendait avec rage, avec folie. Cette histoire des persécutions, celte lutte d'une société qui ne veut point changer, qui ne veut point renaître, qui recule devant un nouvel idéal, ce combat insensé, cette horrible agonie ! l'avez-vous oublié? N'avez-vous rien appris?
Et si vous n'employez pas la force, et cela vaut autant pour vous, croyez-moi, si vous discutez : que m'opposerez-vous? L'assentiment d'un peuple, le jugement d'une majorité, quelques millions de votes contestés par d'autres millions, en moindre nombre, j'y consens. Ah ! que m'importe? Quoi ! vous osez me parler d'un peuple, d'une génération, d'une majorité, quand je m'élève contre vous, soulevé par le flot des générations et des peuples, par leur unanimité. Ah ! faites de moi ce que vous voudrez ; je ne vous crains pas, j'ai mes témoins, je vous défie. Parlez-moi d'un idéal plus pur, d'une idée qu'ils n'ont point connue; mais ne parlez pas de l'idée qu'ils ont méprisée; car j'ai le droit d'en mépriser les défenseurs et de la mépriser avec eux.
Ce droit : c'est mon héritage et le legs des générations passées ; c'est le prix de leurs douleurs, de leurs travaux, de leur génie, de leur amour. Si vous le foulez aux pieds, je le relève, il est à moi. Contre vous c'est ma force et ma sauvegarde et mon talisman.
Ainsi déjà, la liberté de conscience suffisait pour détruire votre organisation, etvoilà que, pour vous sauver,