LIVRE IL LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
vous reculez à ce point, que vous faites un ennemi de votre défenseur ; et le christianisme , chose étrange , s'unit à nous pour vous combattre.
Ah ! je connais l'avenir qui vous est réservé, je sais votre misère I j'appelle et je cherche l'espoir, je cherche en vain l'amour: lui seul est fécond, lui seul enfante et sait donner la vie ; partout je vois le doute et la haine, le doute impuissant et la haine stérile.
Il faut cependant s'arracher à ces tristesses, à ces découragements inutiles. Rien ne retourne au néant, et s'il est des sociétés qui meurent, il est des sociétés qui naissent :
Naître, vivre, mourir; tuer, enfanter; organiser et désorganiser : voilà l'homme, son œuvre, et leur commun destin.
Les périodes organiques et critiques se succédant ainsi régulièrement dans le progrès incessant de l'humanité, on peut établir deux systèmes de divisions dans l'histoire.
Tantôt le récit commence avec l'origine d'une société, la suit dans ses développements, et passant par l'apogée de sa puissance, la suit encore dans son déclin, et gémit sur elle quand elle a cessé d'être.
Tel est malheureusement le système le plus généralement adopté ; telle est la forme ordinaire de l'histoire, et chacune de ses divisions porte ainsi le nom d'un peuple ou d'une institution; elle embrasse une évolution.
Mais si le récit commence avec l'époque critique, il
descend avec elle l'abîme des décadences, se relève avec un nouveau peuple et l'abandonne alors que , dans toute la plénitude de son être, il règne plus heureux, plus puissant et meilleur, oublieux de celui qui naquit et mourut avant lui.
Le premier de ces systèmes, presque toujours employé, triste et décourageant, n'est que la biographie des sociétés; il enseigne à redouter le temps, à craindre la vie ; en lui, chaque pas est un pas vers la ruine. La fin des nations, le suprême résultat de leurs efforts, c'est un livre, quelque monument, un souvenir! moins que rien ! un écho qui retourne au silence ; un nom dont chaque heure livre une lettre à l'oubli ! c'est le martyrologe des dévoùments et des peuples, l'école des doutes et des lâches abandons.
Si tout passe et si tout est la proie du néant, à qui donc attacher un amour éternel? Pourquoi lutter, patrie, si tes jours sont comptés?
Le second mode, au contraire, plein de promesses et d'espoir, nous montre à chaque pas, dans sa route glorieuse, l'humanité jeune et bien faible encore, toujours plus près de la vérité, plus amante de la justice.
Les nations meurent, leur nom s'efface, mais la pensée qu'elles ont élaborée pendant des siècles, ne descend pas avec elles dans la nuit. Comme des générations, les peuples se suivent, et chacun lègue à son successeur un héritage immortel : le peuple enfant grandit et construit dans le temps l'idéal de bonheur et de justice que son père a rêvé.
Ainsi, l'âme humaine s'agrandit et s'élève; au-dessus de la vie individuelle, au-dessus de cette vie plus large