LIVRE H. LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE
mais passagère encore, qui s'enferme entre des frontières dans le temps et dans l'espace, elle plane et s ; attache à la vie même de l'humanité. Elle trouve un objet digne de son amour, une fin digne de son sacrifice et de son espoir; la certitude d'un avenir meilleur, la certitude de travailler à l'atteindre; à la fois, le repos, le bonheur et la force : savoir, aimer, vouloir 1 Cette étude féconde est celle des révolutions.
Essayons de déterminer quelques-uns des caractères de ces grandes transformations. Que ce soit la dernière qu'ait vu le monde, le passage du monde païen au monde chrétien. Aussi bien j'ai besoin d'en dire quelques mots pour définir complètement la révolution moderne, et répondre à ceux qui nous accusent de vouloir * détruire la religion, la famille et la propriété.
Si je me renfermais dans un silence prudent, et si je ne disais rien de ces importantes institutions qui caractérisent la philosophie , la morale et l'économie politique d'une société, ce serait à bon droit que l'on pourrait me taxer de faiblesse et d'hypocrisie. Je n'entends point être aussi coupable, et toute réticence en ces graves matières me paraît une déloyauté.
Ces institutions répondent en effet aux trois attributs de l'âme humaine : l'esprit, le sentiment, la sensation. Ce sont les formes suivant lesquelles les hommes s'unissent au monde ; elles sont la règle de l'extension de leur personne au dehors, pour ainsi dire ; elles indiquent le mode suivant lequel les hommes se lient à Dieu, aux
hommes, à la nature ; leur manière enfin de comprendre, d'aimer, de sentir.
Si l'autorité, la souveraineté, le pouvoir, qui répondent également à ces trois attributs de l'âme, constituent l'organisation politique ; la religion , la famille et la propriété, représentent particulièrement l'organisation sociale. Après avoir parlé des tendances du mouvement politique, ce sont donc les tendances du mouvement social que je veux tenter de préciser à leur tour.
Avant d'entreprendre cette tache, je dois faire quelques observations.
Cette distinction de la révolution politique et de la révolution sociale, n'est qu'une idée fausse, attendu que ces mouvements sont identiques, et qu'on ne saurait en rien les séparer. Us ont la même cause, la même activité, le même objet, les mêmes caractères.
Secondement, l'organisation morale n'est point entièrement exprimée par la famille, tant s'en faut. Le sentiment qui la crée est loin d'être le seul qui serve de base aux relations sociales des hommes entre eux , et à l'extension de leurs personnes par la passion. Sans parler des sentiments libres et spécialement réglés par les mœurs, tels que l'amour et l'amitié, il est certain, en se renfermant dans le cercle des sentiments réglés par les lois, que l'ambition à laquelle est due toute la force de la hiérarchie exécutive a dans l'organisation sociale un rôle aussi puissant que la famille. Mais je n'ai d'autre but que de montrer le caractère de la révolution ; il me suffit pour cela de l'exemple que